LIVRE VU. — LES VOYAGES
Le Muséum, comme on appelait l'académie fondée par les Ptolémées, et la Bibliothèque, continuaient à former le centre de tout ce mouvement d'études. Enfin, il est probable que des mobiles religieux , notamment la foi dans le culte du dieu Sérapis, si secourable dans une foule de crises et particulièrement en grande vénération à Alexandrie, où sa fête principale se célébrait en été, y déterminaient un pèlerinage de nombreux adorateurs de ce dieu ^ Tels furent les motifs de Septime Sévère S sinon aussi ceux de son fils Caracalla^ et du rhéteur Annius Florus\ Les étrangers, séjournant à Alexandrie, ne négligeaient ordinairement pas, sans doute» d'aller visiter les lieux de plaisance et les bains du voisinage, les deux Taposiris et Eleusis, mais surtout Canope. Tous les trois se remplissaient chaque année de visiteurs^. Les bords du canal ^ long de 22 à 23 kilomètres, qui joignait Canope à la capitale, étaient couveris d'hôtelleries luxueuses. Sur le parcours de la même route ^ Eleusis offrait aussi, comme pour donner un avant-goût des délices et des plaisirs de Canope^, de nombreuses habitations, en partie munies de belvédères, généralement aménagées avec le plus grand luxe et toutes prêtes à recevoir les étrangers; à plus forte raison Canope même, lieu
1 Aristide, Orat., VIII (p. 56). — Juvénal, VI, 525, etc.
2 Vie de Septime Sévère, chap. xvi : Jucundam sibi peregrinationem hanc propter religionem dei Serapidis et propter novitatem animaliuni vel locorum fuisse, Severus ipse postea semper ostendit.
3 Herodien, IV, 8, 6.
* Je me rendis en Egypte, dit-il (Jahn, éd. Flori epit., p. xlii), « ut ora Nili viderem et populum semper in templis otiosum peregrinœ de» sistra pulsantem. »
5 Strabon, XVIT, p. 799.
*5 Ibid., p. 801.
'' Ibid., p. 800.
iiO MŒURS ROMAINES.
de délices, si jamais il en fut, où l'on se sentait comme transporté en rêve dans un autre monde, sous le ciel le plus radieux, auprès de l'haleine douce et rafraîchissante des brises de la mer et du léger murmure de l'onde ^ Des malades surtout venaient là visiter le temple de Sérapis, objet d'une vénération toute particulière, pour y recevoir pendant le sommeil les prescriptions du dieu, données sous forme d'oracles, dont ils espéraient leur rétablissement 2. Mais une grande partie des visiteurs ne recherchaient Canope que pour s*y livrer aux débauches effrénées dont cette ville était le théâtre et pour lesquelles elle avait acquis, dans le monde de ce temps-là, une réputation proverbiale, à laquelle n'atteignait aucune autre ville de plaisirs^ Nuit et jour, du temps de Strabon, le canal était couvert de canots, qui y amenaient, d'Alexandrie, des sociétés d'hommes et de femmes. Beaucoup de ces canots, munis de cabines, s'arrêtaient à l'ombre des touffes de la plante qui produit la fève égyptienne (nelum- Uum speciosum ) , et qui s'élève à une grande hauteur audessus de Peau. C'est là qu'on voyait les bandes joyeuses tenir leurs repas, au milieu des séductions du parfum et
1 Ammien, l. c, 14 : Hactenus (?) impendio locus et iaclis diversoriis exstructus, auris et salutari temperamento perflabilis, ila ut extra raundum nostrum morari se quisqiiam arbitretur in tractibus illis agens, cum sœpe aprico spiritu immurmurantes audierit ventos.
2 Strabon, p. 801. — Plutarque, De Tsi et Osiri, c. xxvii. — Voir aussi Pausanias, l\, 4, 7.
3 Juvénal (VI, 84), qui dit ailleurs :
Horrida sane
iEgyptus, sed luxuria quantum ipse nolavi Barbara famoso non cedit turba Canopo.