LIVRE VI
LES SPECTACLES
tion de savoir s'il y avait présomption de vente ou de location dans un contrat d'après lequel il y aurait eu, par exemple, à payer vingt deniers au maître , pour l'emploi d'un gladiateur, si celui-ci se tirait du combat sain et sauf; mille, s'il y était tué ou mutilée Les esclaves, cherchant à se soustraire aux peines encourues par eux , pour un détournement ou quelque autre délit, en s'offrant euxmêmes pour combattre les animaux dans les spectacles de l'arène, devaient, d'après un édit d'Antonin le Pieux, être rendus à leurs maîtres, qu'ils eussent ou n'eussent pas encore pris part à ces combats^. On rapporte comme un exemple de la dureté de Macrin, qu'il destinait, sans autre forme de procès, aux combats de la gladiature les esclaves fugitifs que l'on parvenait à saisir^. L'affranchissement déhvrait les esclaves ayant servi comme gladiateurs de l'obligation de reparaître dans l'arène, tandis que les affranchis des autres catégories n'en restaient pas moins en partie obligés de continuer leur service habituel auprès de leurs anciens maîtres'*. Cependant il paraît que même des affranchis combattirent souvent encore dans l'arène, pour complaire au désir de leurs patrons, et que le public faisait plus de cas de ces volontaires que des esclaves dans le métier de gladiateurs^. Du reste, il n'est pas douteux qu'on faisait aussi la presse d'hommes libres pour ce métier sanglant. Déjà au commencement de l'empire, on se plaignait des riches qui, abusant de l'inexpérience des
i Gajus, Institutes, III, § 146.
- Digeste, XI, 4, 1. V. — Wallon, III, p. 245.
» Vie de Macrin, chap. xii.
^ Callistrate, livre III, edict. monitor. — Digeste, XXXVIIl, 1, 38.
^Pétrone, Satyr., c. XLV, dit : Et ecce habituri sumus munus excellente in triduo, die fesla, familia non lanistitia, sed plurimi liberli. — Voir aussi Dion Cassius, LX, 30.
110 WOCURS ROMAINES.
jeunes gens pour les tromper d'une manière infâme^ faisaient enfermer à l'école des gladiateurs les plus beaux sujets et les plus propres au service militaire ^
Les engagements volontaires d'hommes libres paraissent avoir été fréquents, à toutes les époques de l'empire, et n'étaient certainement pas rares dans les derniers temps (le la république même. Parmi les atellanes du temps figure « l'Engagé {Auctoratus) » de Pomponius, ainsi qu'une autre pièce intitulée a le Butor engagé (Bucco auctoratus) ». Dans un document de la même période, un citoyen de Sassina fait don à sa ville natale d'un lieu de sépulture, du bénéfice duquel il n'exclut que les gens qui se seraient engagés comme gladiateurs, pendus eux-mêmes ou déshonorés par l'exercice d'une profession vile 2. Il pouvait bien aussi, quelquefois, arriver qu'un motif n'ayant rien d'ignoble poussât dans une école de gladiateurs, sous l'empire de la fatalité, un malheureux dépourvu de tout autre moyen d'existence. Cependant, l'homme qui s'engage pour rendre les derniers honneurs à son père [auctoratus ob sepeliendum patrem^), et le gladiateur par enthousiasme guerrier [vir fortis gladiafor^), qui figurent parmi les thèmes sur lesquels on déclamait alors et revenait sans cesse, avec une complaisance frisant la sentimentalité de certains littérateurs que l'on voit s'étendre^ de nos jours, sur les vertus des dames aux camélias, n'existaient probablement guère dans la réaUté. L'histoire du Scythe qui, dans Lucien^, se décide à combattre comme
1 Sén^que, Controv., V, 33.
'^ Mommsen, C. I. L., 1418.
3 Quintilien, Declam. 9 et 302.
* Calpurnius, 50. .
^ Toxaris, 58.