LIVRE VI. — LES SPECTACLES
rapport d'Asinius PoUion à Cicéron, sur les forfaits du questeur Balbus, à Gadès. Ce monstre fit enterrer et brûler vif, dans l'école des gladiateurs, un soldat de Pompée et citoyen romain, Fadius, qui, cédant à la force, avait combattu deux fois comme gladiateur, mais refusait obstinément de s'engager pour l'arène ^ Sénèque^ parle, comme d'un fait récent, de deux suicides héroïques de bestiaires. L'un des deux, que l'on menait dans l'arène, assis sur une charrette entre deux gardes, fit semblant d'être vaincu par le sommeil, et laissa ainsi de plus en plus pencher la tête, jusqu'à ce qu'il parvînt à la glisser dans les interstices de la roue, qui lui rompit le cou en tournant, ce qui s'explique très-bien avec la hauteur des roues dont sont, encore aujourd'hui, munies les charrettes romaines. Les conspirations, les mutineries, les évasions à main armée, étaient probablement encore assez fréquentes dans les écoles de gladiateurs, bien qu'il ne s'y retrouvât plus de Spartacus. La tentative des gladiateurs de Préneste de se mettre en liberté causa, en l'an 64, de vives inquiétudes à Rome, mais fut déjouée par la vigilance du poste militaire qui avait la consigne de les surveillera A Rome même, sous le règne de l'empereur Probus, quatre-vingts gladiateurs réussirent à s'évader, et l'on ne parvint qu'avec beaucoup de peine à triompher de leur résistance ^ Symmaque mentionne en passant, dans une de se% lettres, un événement bien plus horrible encore que tous les faits déjà signalés. Une partie de ces intrépides Saxons qui s'aventuraient, à cette époque, sur de petites barques, de la mer du Nord dans l'Océan,
1 Cicéron, Ad fam., X, 32.
2 Lettres, 70, 20.
3 Tacite, Annales. XV, 46.
^ Zosime, I, 71.
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et répandaient, comme pirates, la terreur sur les rivages des Gaules, par leurs descentes accompagnées de pillage, étaient tombés entre les mains des Romains. Un certain nombre d'entre eux devaient paraître comme gladiateurs aux jeux de Symmaque. Mais, dès le premier jour, vingtneuf de ces prisonniers s'étaient mutuellement étranglés de leurs propres mains ^
Les jeux de gladiateurs étaient annoncés au public au moyen d'affiches, que les donateurs de la fête faisaient peindre en couleur, par des écrivains (scriptores) attitrés, sur les murs des maisons particulières et des édifices publics, voire même sur ceux des mausolées bordant des deux côtés la grande route, devant les portes des villes; aussi, certaines épitaphes contiennent-elles une prière, à l'adresse de ces écrivains, de respecter le tombeau. Il s'est conservé plusieurs affiches de l'espèce en divers endroits de Pompéji, comme par exemple celle-ci : « La famille des gladiateurs de l'édile A. Suettius Curius combattra le 31 mai à Pompéji. Il y aura une chasse d'animaux, et on sera parfaitement à l'abri, sous un toit de tenture^. » Sur d'autres affiches, on promettait en outre de bien arroser, pour obvier à l'excès de la poussière et de la chaleur. Au lieu d'une indication de date précise, il y a une fois : Quand le temps le permettra; une autre fois : Incessamment. Ces affiche* donnaient souvent les noms des principaux champions, rangés par paires, suivant l'ordre dans lequel ils devaient combattre les uns contre les autres, et, en pareille circonstance, les donateurs
1 Symmaque, Lettres, II, 46.
- Museo Borb., I, rel. dei scavi. — Garrucci, Bull. ISap., 1853, [). 115.