‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 111 sur 217 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN

à-dire destinées à perpétuer le souvenir des hommes et des événements, et qui jamais , à aucune époque antérieure ou postérieure, ne prit un développement aussi colossal que dans les deux premiers siècles de notre ère , où il atteignit des proportions gigantesques, dans lesquelles il continua à se maintenir jusqu'au troisième siècle, et même jusqu'au quatrième.

Gomme en toutes choses, l'art était également ici, pour les Romains, non le but, mais un moyen. L'employer pour travailler à l'embellissement des villes et des maisons qu'ils habitaient, pour en accroître la splendeur et pour y répandre le confort, c'est ce qu'ils n'apprirent que par la conquête des pays helléniques; tandis qu'une tendance toute nationale, toute romaine, chez eux, apparente déjà dans l'ancienne coutume des familles nobles de conserver les masques en cire peinte de leurs ancêtres, c'était de l'employer comme un moyen de fixer le souvenir de leurs faits et gestes, pour les contemporains et la postérité, ainsi que d'immortaliser la figure et les traits de personnes honorées et chéries. La coutume d'ériger publiquement des statues honorifiques était très-ancienne aussi, à Rome ; elle y remontait pour le moins jusqu'au temps des décemvirs (an de Rome 450, soit 304 avant Jésus-Christ); la plus ancienne statue de l'espèce, dont l'existence ait pu être constatée avec certitude, était celle de leur interprète grec, au Forum. Cette statue, comme toutes celles que nous connaissons des deux siècles suivants, était de bronze, matière que l'on avait commencé à employer depuis l'an de Rome 485 (269 avant Jésus-Christ), pour faire les statues des dieux. La première que l'on fît en bronze doré fut la statue équestre du vainqueur d'Antiochus, Acilius Glabrion, élevée par le fils de celui-ci, au temple de la Piété, en l'an de

Rome 573(181 avant Jésus-Christ1). C'est vers le commencement du troisième siècle, ou Fan 300 avant Jésus- Christ, correspondant à peu près au milieu du cinquième siècle, en comptant à partir de la fondation de Rome, que les rois et les hommes célèbres du premier âge de la république paraissent avoir obtenu leurs premières statues2. Après la seconde guerre Punique, le Capitole et le Forum en regorgeaient déjà. En Fan de Rome 575 (179 avant Jésus-Christ), une partie de celles du Capitole furent éloignées, et en l'an de Rome 596 (158 avant Jésus-Christ), les censeurs firent enlever du Forum toutes les statues de fonctionnaires non décrétées par un plébiscite ou par un sénatus-consulte. Caton déjà aimait mieux que les gens demandassent pourquoi il n'avait pas de statue, que de les entendre demander pourquoi on lui en élevait; une de ses complaintes portait sur ce que, dans les provinces, on commençait déjà à en poser même aux femmes; or cet exemple ne tarda pas à être également suivi à Rome : la statue contemporaine de Cornélie , mère des Gracques, y était encore debout au temps de Pline l'Ancien/.

L'usage de parler aux yeux du peuple des hauts-faits et des grands événements de son histoire, par le moyen d'images, prit aussi de bonne heure. M. Valérius Maximus Messala fut le premier qui exposa, à un mur de la curie Hostilia, un tableau de bataille, représentant la victoire qu'il avait remportée, en Sicile, contre les Carthaginois et

1 Tite-Live, XL, 34. — 11 y a doue erreur dans ce passage de Gicéron (Phhlippiques, IX, 6, 13) : Statua... inaurata equestris, qualis L'. SulUc primum statuta est. — Peut-être la statue dorée de Sylla ne fut-elle que la première statue dorée que l'on vît au Forum.

2 Detlefsen, de Arte Romanorum anliquissima (Gluckstadt, 1868), P. II, p. 21 à 26.

3 Hist. nat., XXXIV, 30, etc*

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