LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS l'eMPIKE ROMAIN
Hiéron, en l'an de Rome 490 (264 avant Jésus-Christ). On portait notamment aussi de ces tableaux, peints sur bois et sur toile, dans les marches triomphales, comme par exemple, celui de la prise de Syracuse (en 212 avant Jésus- Christ), au triomphe de M. Marcellus. Paul-Emile fit venir exprès d'Athènes le peintre Métrodore, pour l'illustration de son triomphe de l'an 168 avant notre ère. L. Hostilius Mancin, qui avait le premier forcé un des ouvrages extérieurs de Garthage, en 148, fit exposer au Forum des vues de l'aspect général, du siège et du sac de cette ville, qu'il expliquait lui-même au peuple, ce qui le rendit si populaire, qu'il obtint en 141 le consulat. Tibérius Gracchusfit peindre, dans le temple de la Liberté, un banquet donné en 214 à son armée, par les gens de Bénévent, après un combat heureux livré dans le voisinage. On y voyait surtout figurer les esclaves incorporés à l'armée, avec les signes du don qui leur avait été fait de la liberté, en récompense de la valeur dont ils avaient fait preuve1. La première image peinte d'un combat de gladiateurs fut exhibée au sixième siècle de la fondation de Rome, ou plutôt au septième, par un certain L. Térence Lucain, dans le temple de Diane, à Aricie.
Cet emploi des beaux-arts à l'illustration et à la glorification des personnes et des événements, tant pour des besoins de circonstance que pour une commémoration durable, continua sous l'empire, en affectant les plus grandes proportions. Par son principe, accusant une tendance descriptive, diamétralement opposée à celle de l'idéalisation des formes, qui domine dans la peinture grecque, ainsi que par la large empreinte du cachet pcsitif que
* Raoul-Rochette, Peintures inédites, p. 303, etc.
portent ses illustrations, la peinture romaine de la période qui nous occupe se rapproche extrêmement, dans son but comme dans sa manière de faire, de celle de l'Egypte et de l'Assyrie antiques, et ses œuvres offrent beaucoup de ressemblance avec les peintures des palais de Thèbes, les tables d'albâtre de ceux de Ninive et les tapis de Babylone. C'étaient les empereurs romains eux-mêmes qui parlaient au peuple, dans ces peintures contemporaines. A cette époque, où la presse n'existait pas, les images tenaient lieu de manifestes et de proclamations1; de même, au moyen âge aussi, à Florence et à Rome, on usait d'images historiques et allégoriques, en s'adressant au peuple2. Chaque triomphe fournissait de l'occupation à une multitude d'artistes, chargés d'illustrer, par toute sorte d'images et de tableaux, la nature du pays vaincu, et l'histoire de la campagne terminée, pour les spectateurs de la solennité. Au triomphe de Vespasien et de Titus sur la Judée, on promena des tribunes de trois à quatre étages, tendues de tapis brodés d'or,' parées d'ornements d'or et d'ivoire, et décorées d'images, où toutes les péripéties de la guerre étaient représentées. On y voyait la dévastation d'un pays riche, le massacre des troupes ennemies,, la panique des fuyards et les prisonniers qu'on emmenait, des murs énormes cédant aux coups des machines de siège, l'assaut de grandes forteresses, l'escalade des murs d'enceinte de cités populeuses, l'armée se répandant dans l'intérieur de celles-ci et y remplissant tout de carnage, les habitants sans défense, implorant le pardon des vainqueurs, en tendant les mains vers le ciel; on voyait les brandons lancés sur les temples, les maisons s'écrou-
1 Burckhardt, VAge de Constantin, 310 (en allemand).
2 Preller, Mythologie romaine, 208.