‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 113 sur 217 · LIVRE IX. LES BÈAUX-ARTS DANS l'eMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. LES BÈAUX-ARTS DANS l'eMPIRE ROMAIN

lant sur les têtes de leurs habitants, et, après toutes ces scènes de ravage et de* deuil, des eaux torrentielles se déversant, non sur des champs cultivés, ni dans les canaux servant à désaltérer les hommes et les animaux, mais sur une ville embrasée de tous les côtés1. Les figures plastiques des montagnes, fleuves, contrées et villes, personnifiés suivant la mode antique, n'y manquaient pas non plus. Encore aujourd'hui, nous voyons par un bas-relief de l'arc de Titus, comment la statue couchée du Jourdain fut portée à ce triomphe, et, pour les triomphes célébrant la défaite de peuples germaniques, on ne se faisait jamais faute de commander des figures colossales du Rhin2. Les bûchers artificiels aussi, que Ton élevait au champ de Mars, d'après l'usage asiatique, pour la cérémonie de la consécration d'empereurs défunts, et qui se composaient de plusieurs étages diminuant successivement, sous la forme d'une pyramide, au sommet de laquelle on posait le cercueil du mort, étaient extérieurement surchargés de couvertures brodées d'or, de sculptures d'ivoire en relief et de tableaux, représentant les scènes principales de la vie du souverain dont il s'agissait de faire l'apothéose. Au moment où toutes ces magnificences, vouées à la destruction d'une façon vraiment barbare, s'en allaient en flammes, un aigle, prenant son essor du faîte du tabernacle couronnant l'étage supérieur, s'élevait dans les airs3.

Cependant rien ne met en évidence jusqu'à quel point on avait pris l'habitude de se servir de la peinture pour l'illustration momentanée des faits, comme l'emploi d'images à la barre des tribunaux^ Déjà dans les derniers

1 Josèphe, Bell. Jud.,VUt 5.

2 Jahn, adPersium, VI, 47.

3 Hérodien, IV, 2.

temps de la république, il était d'usage d'appuyer les actes d'accusation, ceux du moins qui étaient portés devant le for des assemblées populaires, d'enseignes peintes, ayant pour objet de faire sauter aux yeux les crimes prétendus ou réels des accusés1. En l'an 67, le tribun A. Gabinius montra au peuple, en y joignant de vive voix toutes les explications nécessaires, une vue de la villa tusculane de Lucullus , pour convaincre la multitude assemblée de la vérité de ce qu'on disait de la vie luxueuse du riche consulaire2. Quand, en l'an 68 de notre ère, Galba somma ses troupes, à Carthagène, de marcher avec lui sur Rome, il fit dresser devant lui, au tribunal, comme autant d'accusateurs muets, tous les portraits qu'il avait pu réunir d'hommes ayant péri victimes du despotisme de Néron. Un accusé, que son adversaire avait fait peindre sur une toile, comme un joueur incorrigible, dans des situations diverses, tantôt dépouillé jusqu'à la chemise, tantôt détenu dans la prison pour dettes, tantôt racheté par ses amis, ne put s'empêcher de dire aux juges : Tout cela est bel et bon, mais je n'en ai pas moins aussi maintes fois gagné3. Quintilien4 lui-même avait vu quelquefois, de ses propres yeux, comment on cherchait à prévenir les juges contre l'accusé, par l'exhibition de portraits repoussants de celui-ci, sur bois ou sur toile. Il désapprouvait ce moyen au plus haut degré, parce que, disait-il, l'accusateur se faisait ainsi l'affront de convenir lui-même qu'il comptait plus sur l'éloquence d'une image muette que sur la valeur de ses propres

1 Semper, le Style, I, 314, etc.

2 Cicéron, pro Sestio, 43, 93. — Drumann, Histoire romaine, IV,

3 Suétone, Galba, ch. x. — Voir aussi Raoul-Rochette, p. 358, 1. * VI, 3, 72.

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