LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
vaient dès lors plus se vendre à des prix exorbitants. Aussi voyons-nous, dans le tarif qui établit le maximum des prix sous Dioclétien, le faisan coté seulement 25 pour 100 de plus que l'oie1.
Du reste, non-seulement l'acclimatation des animaux et des plantes exotiques, qui formera l'objet d'une notice plus détaillée au paragraphe suivant, mais aussi l'importation de ces produits, demandés au commerce pour les tables de Rome, ne se déploya sur une grande échelle qu'à partir de l'établissement du régime impérial. Ce ne furent donc que les commencements de ce luxe qui excitèrent, à un si haut degré, la mauvaise humeur de Varron. Il paraît en effet que, de son temps , on ne voyait encore que rarement des mets exotiques figurer dans les repas, quelque opulents qu'ils fussent. Ainsi, nous avons le menu d'un festin sacerdotal de bienvenue de la première moitié du siècle qui précéda la naissance du Christ2. Observons que ce repas eut lieu à la date du 24 août d'une année indéterminée, mais, sans nul doute, peu éloignée du milieu de ce siècle. On n'y mentionne qu'un seul plat avec des ingrédients en partie exotiques, mais point de mets rares outrés-coûteux.
On y servit, pour commencer, des doussins, des huîtres
' Mommsen, Rapports de la Société saxonne , 1851, p. 12 :
Fasianus pastus. . 250*
— agrestis 225
Fasiana pasta , . 200
— non pasta ; 100
Anser pastus . . . . 200
— non pastus 100
Pullorum par 60
Lepus i50
2 Marquardt* Manuel, IV, n. 1136.
crues à discrétion, deux espèces de moules, une grive sur un lit d'asperges, une poularde, un ragoût d'huîtres et de moules, ainsi que des marrons noirs et blancs; puis encore diverses espèces de coquillages et de poissons de mer avec, des becfigues, des filets de sanglier et peut-être aussi de chevreuil, une espèce de pâté de volaille et des pourpres avec des becfigues. L'entrée principale était composée de tétines de truie, d'une tête de cochon, de fricassées de poisson et de tétines de truie, de deux espèces de canard, bouilli ou autrement préparé , de lièvres , de volailles rôties, d'un mets de farine et de pains picentins. Le menu du désert manque malheureusement1. Ce festin, qui réunit ce qu'il y avait alors de plus distingué à Rome, dans les deux sexes , soit probablement six prêtres , parmi lesquels figurait Jules César lui-même, en sa qualité de pontife, avec un nombre égal de prêtresses, paraît avoir marqué comme un des plus somptueux, même parmi les festins sacerdotaux, dont l'opulence était devenue proverbiale2 : autrement un écrivain postérieur de quatre à cinq siècles n'eût, sans doute, pas cru devoir en conserver et transmettre la relation. Or, on trouverait facilement à citer, dans les annales de différentes époques de l'âge moderne, des repas dans lesquels fut déployé un luxe pour le moins égal, ou même supérieur, sans que l'on en fît grand bruit. Ainsi, par exemple, le hasard a fait découvrir, dans les archives municipales de Leipzig, le compte rendu d'un banquet donné, le 13 août 1721 , par cette ville, en l'honneur d'un surintendant ecclésiastique, nouvellement investi de
1 Macrobe, Sat. III, 13 : Gœnam quœ scripta est in Indice IV.Metelli llius pontificis maximi in hœc verba. — Voir aussi Bœttiger, Opuscules, III, 217, etc. (en allem.).
2 Marquardt, Manuel, IV, n. 1076.