‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 20 sur 217 · LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN

ces fonctions, et ce festin n'aurait guère à redouter, pour le luxe de table qui y régna, la comparaison avec le fameux banquet sacerdotal que nous venons de signalera Rome1. Il est vrai que, durant les années écoulées entre

1 Voici quelques détails sur le banquet (cœna aditionalis) de Leipzig :

La table principale, occupée par les sommités du clergé, les membres du conseil municipal et le recteur de l'Université de cette ville, était de 24 couverts. On y servit, comme première entrée, un pâté de gibier, un potage aux perdrix, de grosses truites au bleu, des perches au beurre, avec hors-d'œuvre, pistaches, raifort, etc., du bœuf salé de Hambourg aux haricots, deux gigots de mouton avec une sauce d'anchois et deux vol-au-vent aux écrevisses; comme seconde entrée, un filet de porc garni de six faisans, un chevreuil rôti tout entier, une tête de cochon garnie de langues de bœuf, diverses salades et deux grandes tourtes de baptême; puis, pour les dames (6 personnes), une collation formée d'un pâté de dinde, d'un cuisseau de chevreuil garni de deux perdrix rôties, de truites au bleu et d'une tarte aux groseilles; pour dessert enfin, quantité de pâtisseries sèches et sucrées, des tartes aux amandes ou autres, et des fruits. *I1 n'est pas fait mention de fromage, mais peut-être n'estce que par oubli *. Ce festin fut copieusement arrosé, mais seulement de bières indigènes et de vin du Rhin, plus ou moins vieux.

A trois autres tables, aussi de 24 couverts chacune, dressées pour le commun du clergé, tout le service se borna à six plats. De plus, il y eut une collation de quatre plats pour les 12 musiciens, ainsi que pour les 32 garçons qui servaient.

Sur le luxe de table au moyen âge et dans les premiers siècles de l'âge moderne, on trouve des renseignements non moins curieux dans deux ouvrages allemands, les Femmes allemandes au moyen âge (321, etc.) de Weinhold et un autre intitulé Matériaux pour l'histoire de la civilisation (p. 205, etc., 312, etc., 471, etc.) de Volz. Dès l'an 1130 Pierre de Cluny, en France, se plaignait de la gourmandise des moines, qui, ne se contentant plus de ce que le pays offrait de meilleur, allaient chercher à l'étranger de quoi la satisfaire. Dans tout le onzième siècle, les faisans et les paons figuraient parmi les mets de choix des grandes tables, ainsi que dans les menus de la cuisine des couvents riverains du lac de Constance. A celui de Hirschauon recevait et consommait, sous le régime de Guillaume, abbé dudit monastère de 1069 à 1091, nombre de poissons et quantité d'épices, ainsi que de fruits exotiques, notamment de citrons, de figues et de châtaignes, de poivre et de gingembre. On sait pareillement qu'en 1303, lors de la consécration de l'église paroissiale de Weissenfels, les dîners offerts à l'évêque de Zeitz, qui y officia,

la date de celui-ci et l'époque où Varron débita ses censures, l'importation de friandises exotiques pouvait avoir, néanmoins, beaucoup augmenté. Mais on ne voit aussi figurer que des plats indigènes au festin, décrit par Horace, où le riche Nasidiénus traite Mécène et ses amis, et à ce propos, comme dans d'autres circonstances1, l'humeur satirique du poëte se tourne moins contre le luxe de la table, poussé à l'excès, que contre les ridicules des gourmands et des soi-disant maîtres en cuisine, affectant de se donner, dans l'exercice de leur art, une importance qui devait paraître doublement sotte à un partisan de la doctrine épicurienne, s'accommodant des mets les plus simples, avec une préférence marquée pour la nourriture végétale2.

La période du plus grand luxe de table, chez les Romains, ne commença qu'après la bataille d'Actium, ainsi que Tacite le constate dans un passage cité plus haut. L'essor de prospérité que le commerce prit après la pacification du monde romain, notamment après l'ouverture de relations commerciales avec l'Inde et l'Asie en général, par la voie d'Alexandrie, contribua essentiellement, sans doute, à l'effet signalé. C'est à partir de cette époque seulement que Rome devint, par le fait, une place où. un vaste négoce, embrassant tous les pays, en faisait affluer tous les produits naturels et ouvrés, et où l'on pouvait à son aise

se composaient aussi tous de trois entrées, de trois à quatre plats chacune.

1 Notamment dans la IVe satire du livre II.

2 Horace, Sat., II, 6, 114:

Inde domum me

Ad porri et ciceris refero laganique catinum.

Voir aussi Sat., II, 6, 13, et Odes, I,*31, 16.

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