‹ Moines et sibylles dans l'antiquité judéo-grecqueChapitre 15 sur 43 · LA POÉSIE SIBYLLINE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE SIBYLLINE

Chaque sanctuaire illustre devenait, pour ainsi dire, une école où se formait avec le temps une sorte de littérature à la fois religieuse et politique. Le dieu, suivant l'usage, prenait en chaque lieu un surnom spécial : à Delphes, on adorait Apollon Pythien ; à Dôlos, Apollon-Phœbus, le dieu du jour, qualifié de Cynthien ; eu Éolide, à Cyme, selon toute vraisemblance, Apollon avait aussi son surnom ; et ses prophétesses, au lieu de se nommer pythies, s'appelaient sibylles. Ce mot est, en effet, éolien1. On conçoit donc que les divers oracles aient pu, à cause de leur provenance, s'appeler Pythiques, Cynthiens et Sibyllins. Les oracles sibyllins ont dû se confondre de bonne heure avec ceux de l'Ionie, auxquels Erythrée, comme nous l'avons vu, donna son nom.

Nous distinguons la poésie sibylline des oracles

1 Varron (Antiquit. rerum divin., iv), cité par Lactance (Divin. Inst.y I, 6), cite que le mot sibylle est formé des deux mots Sto's (@sd$.) et |3uAvj (j3ouA>î) du dialecte éolien, et signifie volonté divine, comme SzoèovAYi. Varron a emprunté cette étymologie à un auteur ancien qu'il ne nomme pas.

proprement dits, Les oracles étaient rendus pour des cas déterminés, dans des circonstances définies et s'adressaient soit aux particuliers, soit aux Étals; c'étaient des réponses, d'ordinaire courtes et ambiguës, qui tenaient dans un, deux, trois ou quatre vers. Peut-être étaient-ils plus développés à l'origine, alors que la ferveur de la foi religieuse dispensait les prêtres d'envelopper leurs prédictions de nuages et de mystères. La poésie sibylline est autre chose. Elle naît dans le secret du sanctuaire, d'une méditation soutenue, d'un enthousiasme en quelque sorte réfléchi, qui n'exclut ni la froide raison avec ses prévisions et ses calculs, ni les renseignements venus du dehors sur l'histoire et sur la politique des cités et des pays voisins ou lointains. Dans ces conditions, l'oracle s'allonge en petit poëme, célèbre les grands événements du passé et de l'avenir, vante la gloire de fel ou tel dieu, et perd le caractère individuel de l'oracle rendu en réponse. L'oracle-réponse fut le premier moule dans lequel le sacerdoce jeta ses inspirations et ses conseils ; le progrès des idées et des lumières fit surgir autour des sanctuaires en renom des écoles de poésie prophétique. C'est ainsi que l'histoire, à l'origine des sociétés helléniques, rapproche et confond dans un but commun, qui est l'enseignement des peuples, et sous une même autorité, qui est l'inspiration divine, le prêtre, le prophète et le poëte. La poésie sibylline précéda la poésie épique; Homère, à ce titre, est véritablement fils d'Apollon ; et les Rapsodes tiennent autant du temple que de l'agora.

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