CUIY1ES ET ROME
C'est une sibylle et non une pythie que nous trouvons à Cumes. Pourquoi? c'est que la ville de Cumes est fille de l'Éolide.
Les villes grecques de Chypre ne voulaient pas remonter moins haut que la guerre de Troie : prétention excessive, que beaucoup de colonies italiennes mettaient aussi en avant, sans plus de droit. Cumes, seule, pouvait se vanter de remonter au douzième1 ou au onzième siècle. Suivant l'opinion la plus probable, elle fut fondée, en 1050, par des habitants de Chalcis en Eubée et deCyme, la capitale de l'Éolide. Scymmus de Chio assure qu'elle fut fondée d'abord par des Chalcïdiens, ensuite par des Éoliens K
Cet auteur ajoute que les chefs de la colonie étaient convenus qu'elle appartiendrait à l'un des deux peuples, tandis que l'autre lui donnerait son
1 Raoul Rochette [Hist. des colon, grecq., t. II, p. 109 et suiy.) place la fondation de Cumes au douzième siècle.
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nom. L'influence éolienne paraît avoir dominé à Cumes, si Ton en juge par ce fait important que l'alphabet qui y prévalut fut l'un des types principaux de celui que nous connaissons aujourd'hui sous le nom d'alphabet éolo-dorien.
Cumes fut la reine des colonies chalcidiennes de l'Italie, établies d'abord dans les îles Pylhécuses, plus tard à Àbella et à Nola. La plupart des villes chalcidiennes de cette contrée lui durent sans doute leur origine, son accroissement rapide ayant exigé bientôt qu'elle répandît hors de son sein la surabondance de ses habitants. Un de ses premiers établissements fut la ville, si célèbre depuis sous le nom de Néapolis, et qui portait alors celui de Paleeopolis. La ville de Dicœarchia, appelée Puteoli (aujourd'hui Pouzzoles) par les Romains, fut aussi une des colonies de Cumes et lui servit dans l'origine de port et d'entrepôt de commerce K
L'apogée de la puissance de Cumes se place du huitième au sixième siècle. Sans prétendre que sa domination se soit étendue au loin dans les terres, et qu'elle ait cherché à soumettre les dures peuplades italiotes qu'elle se contenta de refouler vers l'Apennin, nous admettons qu'elle joua durant cette période, en Italie, un rôle prépondérant, à cause de •l'hégémonie qu'elle possédait sur les cités florissantes dont nous venons de parler, et qui la désignait, en cas de danger, comme le chef suprême de toutes les autres colonies grecques de l'Italie centrale.
1 Hist. des colon, grecq., t. III, p. 117 et suiv.
Le danger ne vint pas des peuplades indigènes, cantonnées dans les montagnes et satisfaites de leur vie agricole et pastorale ; il vint des Étrusques, qui aspiraient, comme les Grecs, à la prépondérance maritime et commerciale. Les confédérations grecques résistèrent longtemps et avec avantage. Cette'lutte ne nous est connue que par de vagues indications qui nous montrent des batailles acharnées se livrant entre Grecs et Étrusques sous les murs de Cumes, et nous laissent entrevoir avec certitude le rôle important de l'antique cité éolienne. Les Éfrusques eurent le dessus. Leur conquête ne tendait pas d'ailleurs à absorber les vaincus, mais à les englober dans Tune des trois confédérations qu'ils formèrent depuis l'Arno jusqu'à l'extrémité de la Campanie et qui comptaient environ quarante cités.
« Il n'est pas admissible que Rome, incapable alors de vaincre les Èques ou les Herniques, Rome, qui n'avait pu résister aux Sabins, ail pu lutter contre le courant supérieur d'une civilisation armée et d'une conquête bienfaisante. Rome fut englobée dans le mouvement étrusque. On lui laissa sa langue, sa nationalité, ses croyances ; elle fut gouvernée plutôt que dominée. Gomme elle n'avait qu'une importance secondaire, les Étrusques s'en assurèrent au passage et allèrent plus loin. Aussi, ne peut-on entendre sans sourire le récit des annalistes romains qui nous montrent les rois étrusques devenus romains par l'adoption et conquérant toute l'Étrurie. Dans l'histoire romaine, l'expulsion des Étrusques de Rome coïncide avec la fin de la monarchie ; dans la réalité, il n'en
est pas ainsi : l'influence et la suprématie politique de lÉtrurie ne cessent pas de sitôt1; » on les retrouve encore persistantes à plus d'un siècle de distance. L'histoire romaine nous apprend du moins par analogie que les nombreuses villes d'origine grecque, Cumes en tête, vaincues par les Étrusques, conservèrent leur langue, leurs institutions, une grande partie de leur autonomie. Il en résulta nécessairement une tendance persévérante, plus ou moins ouverte selon les circonstances, à se grouper entre elles. Il faut reconnaître que les liens relâchés du système fédéral des Étrusques, qui expliquent le peu de durée de leur suprématie, favorisaient cette tendance. Rome sut en profiter ; elle y trouva le premier instrument de son esprit de conquête ; ce fut le premier degré de sa grandeur.
Vers la fin de la monarchie, les princes étrusques, qui régnaient à Rome, étaient devenus les chefs d'une ligue de trente villes du Latium. Servius Tullius avait conclu un traité entre Rome et ces villes, en vertu duquel on éleva en commun un temple à Diane sur le mont Aventin. Dans ce temple on exposa et on conserva la table sur laquelle étaient inscrits le traité et les noms des peuples qu'il comprenait2. Rome venait de se substituer ainsi au rôle de sa métropole, à l'hégémonie d'Albe dans le Latium; elle recueillait l'héritage de la cité-mère. Celte ligue était évidemment, au point de vue des Étrusques, un Étal dans l'État ; elle mettait en ques-
1 Fouilles et découvertes, par M. Beulé, t. Ier, p. 351.
2 Kiebulir, Hist. rom., t. II, p. 85.
tion la confédération supérieure. Mais, la politique toscane n'était ni inquiète ni jalouse, et ne prenait ombrage que des actes directement contraires aux statuts qu'elle avait imposés; confiante dans ses ressources militaires immenses, dans la fortune passée de ses armes, elle attendait pour intervenir que la révolte fût un fait accompli.
LesTarquins, entrés dans cette voie, qui conduisait à relever la confédération latine au profit de Rome contre les Étrusques, étaient amenés naturellement à restaurer le vieux culte de Jupiter Latiaris, chef su- . prême de la ligue primitive, et dont la Diane adorée sur FAventin semble avoir été la parôdre. Denys d'IIalicarnasse, qui rapporte que la première fête de la nouvelle confédération fut célébrée après une victoire de Tarquin l'Ancien sur les Étrusques, nous indique sûrement la signification vraie de la ligue : son but était d'affranchir le Latium de la suprématie étrusque1.
1 Les féeries latines (voy. Les Dieux de Vancienne Rome, par M. Preller, p. 148) étaient des fêtes demi-politiques : on y renouvelait les traités, on y fortifiait l'alliance commune par un sacrifice solennel. Le nœud de la fête était, comme toujours, un sacrifice, une prière, accompagnés d'un festin. La victime était un jeune taureau à peine arraché à sa mère, et qui n'avait jamais courbé la tête sous le joug ; il devait être blanc. On élevait des taureaux pour ces sacrifices dans les belles prairies des environs de Faléries. C'était le roi de Rome, plus tard le dictateur, enfin l'un des consuls, qui immolait l'animal, dont la chair était répartie entre toutes les villes confédérées.
Le mont Albain était le centre du culte de Jupiter Latiaris. On voit encore aujourd'hui au sommet de la montagne, dans l'enceinte d'un couvent des Frères de la Passion, les ruines d'un vieux temple, d'où l'œil domine au loin les monts, les plaines et la mer ; et, sur la pente, il s'est conservé des restes assez considérables de la voie sacrée par laquelle jadis les citoyens et les processions de Rome et du
Quelles étaient ces villes confédérées sous l'hégémonie d'Albe, puis de Rome ? C'étaient, parmi les plus importantes, Tibur, Gabies, Tusculum, Préneste, Ardée, Aricie, toutes colonies grecques ; nous en donnerons plus loin la preuve. Ainsi, c'est en relevant et en organisant politiquement et militairement les restes de la puissance des villes grecques qui l'entourent, que Rome se fait un nom et une situation dans le Latium. Sans doute, aux cités d'origine hellénique appartenant à la confédération latine, il se joignait des cités, telles que Rome, d'origine différente ; nous ne soutenons pas que l'élément grec existât seul dans l'a confédération; il y était largement représenté, voilà ce que nous pouvons affirmer.
Ce fut à force d'énergie patiente et modeste, après bien des défaites, après mille efforts en apparence stériles, que Rome parvint à triompher des premiers obstacles. Toutefois, dès le début, on voit poindre dans sa politique un principe qui tranche nettement avec la conduite des Étrusques : le génie absorbant et dominateur de la future reine du monde se trahit par des signes qu'on n'a pas assez remarqués. Il y avait dans la confédération dix villes plus puissantes que Rome ; elle ne dut peut-être qu'à sa faiblesse et aux rivalités de ces villes le choix qu'on fit d'elle pour être capitale; elle ne pouvait donc prétendre à
Latium montaient au sanctuaire. C'était là que l'on célébrait, le triomphe des généraux romains auxquels on n'accordait pas le triomphe dans Rome môme. Dans les solennités de ce genre, la couronne n'était pas de laurier, mais de myrte, comme dans les ovations. Preller toit dans ce fait une allusion au culte de Vénus, qui est, elle aussi, une vieille divinité de la ligue latine.
absorber les villes liguées; mais elle s'appliqua à resserrer les liens de la confédération, elle mit de l'emportement et une sorte de turbulence impérieuse à réclamer la stricte exécution des statuts. De là naquirent sans doute les luttes où nous la voyons engagée sous Tarquin le Superbe contre Gabies et contre Ardée.
Survient enfin la révolution qui chasse les Tarquins et met Rome en révolte ouverle contre l'Étrurie. Il se passe alors deux faits considérables, qui permettent d'entrevoir l'ensemble d'une situation que les historiens romains ont, par orgueil national, laissée dans l'ombre.
Le premier fait est celui-ci : seules, deux villes de la confédération étrusque, Véies et Tarquinies, se lèvent pour faire rentrer Rome dans le devoir, et livrent la sanglante bataille d'Arsia, où la victoire demeure incertaine1. Nous avons là une preuve des divisions qui travaillaient alors l'Étrurie, affaiblissaient son action et avaient sans doule encouragé Rome à secouer le joug.
Voici le second fait : la ligue latine n'assiste pas indifférente à cette tentative d'émancipation couronnée presque de succès. Suivant l'exemple de la capitale, Aricie se soulève; un souffle d'indépendance agite alors les villes grecques de la contrée. Et si l'on pouvait douter qu'au fond il s'agit ici de l'antique rivalité des Étrusques et des Grecs, qui renaît sous
1 Dans cette bataille, plus de 22,000 hommes avaient succombé, et l'avantage serait, suivant la tradition, resté aux Romains, parce qu'ils avaient perdu un soldat de moins que leurs ennemis.
une autre forme et avec de nouveaux éléments, voici qui achèvera de dissiper toute incertitude : Cumes intervient soudain ; poussée par sa haine séculaire contre les Étrusques, elle fait un suprême appel aux cités qu'elle avait jadis conduites à la lutte et parfois à la victoire; elle rassemble une armée puissante et l'envoie au secours d'Àricie.
Cependant l'Étrurie s'était réveillée de sa torpeur ; la grandeur du danger avait fait taire, provisoirement du moins , les dissensions intérieures, et le chef militaire de la confédération, Porsenna, roi de Clusium, à la tête de tous les contingents envoyés par les villes restées fidèles, était venu mettre le siège devant Rome. Après une résistance héroïque, Rome succombe. Le Conseil des Anciens envoie à Porsenna le trône d'ivoire, le sceptre, la couronne, la robe de pourpre, qui étaient les insignes de la royauté. Dans le traité, qui fut alors conclu, il y avait celle clause expresse1 que les Romains renonceraient à l'usage du fer, excepté pour cultiver la terre, et cette autre condition qu'ils abandonneraient leur territoire de la rive étrusque2. Un succès aussi complet permettait à Porsenna d'abandonner les Tarquins,
1 Pline, Hist. nat., xxxiv, 59.
2 Mebuhr [Hist. rom., t. II, p. 155) fait remarquer qu'il est peu vraisemblable que ce territoire ait été rendu à Rome avec une grandeur d'âme romanesque; il explique de la sorte la disparition d'un tiers des tribus primitives, disparition que les annales dissimulent, de peur de montrer dans toute leur étendue l'abaissement et la chute de Rome. 11 reste très-probable, sinon démoni ré, que les dictateurs, élus à cinq ans d'intervalle, qui, après ces événements, héritèrent dans Rome de la puissance royale avec le titre étrusque de lars ou larcins, furent, pendant plus d'un siècle, des chefs politiques choisis, ou tout au moins agréés, par l'Étrurie.
sans trahir la cause de PÉtrurie1. D'ailleurs, tout n'était pas fini par la soumission de Rome. L'orage devenait menaçant du côté d'Aricie. Porsenna envoie contre les rebelles son fils Aruns. L'armée cuméenne survient et décide de la défaite des Étrusques ; Aruns est tué dans la mêlée. Le succès arrivait trop tard. Ce grand effort fut perdu pour longtemps ; Rome venait de capituler et les fuyards de l'armée d'Aruns y trouvèrent un refuge assuré et des soins pour leurs blessures.
« Ce n'est qu'un siècle après l'expédition de Porsenna, dit M. Beulé 2, que les Romains pourront commencer à relever la tête, à se mesurer avec une ville étrusque, une seule ville, Véies; mais avec quels efforts, au prix de quelle persévérance, et cela, quand PÉtrurie est en pleine décadence, quand les confédérations du Nord et du Sud sont dissoutes ; quand la marine tyrrhénienne est singulièrement affaiblie ; quand le luxe, la corruption, les dissensions ont ôté à la confédération centrale son action et peut-être sa raison d'être. Alors Rome s'étend, grandit, fait des conquêtes; elle profite des divisions des petits peuples, s'avance par les alliances autant que par les armes et devient l'héritière des Étrusques plutôt que leur ennemie. Elle est, un jour donné, la capitale de l'Étrurie ; elle représente glorieusement la civilisation étrusque, qui l'avait conquise et tenue en tutelle,
1 C'est à dîmes que se réfugient les Tarquins, abandonnés par leurs compatriotes; l'accueil amical et la sécurité qu'ils y trouvent sont une preuve nouvelle et décisive du rôle que nous attribuons à la cité grecque.
2 Fouilles et découvertes, t. Ier, p. 556.
jusqu'à ce qu'elle représente un peu plus tard la civilisation grecque. »
Nous souscrivons à ces judicieuses remarques avec cette réserve que Rome, nous l'avons montré, contenait déjà de nombreux éléments puisés dans la civilisation des colonies grecques. Les cités d'origine hellénique entraient pour une très-grande part dans la ligue latine. Cumes, qui représente l'influence grecque en Italie, avait conservé des relations d'étroite amitié aves la confédération du Latium; elle secourt Aricie, elle est l'amie des rois de Rome, et leur donne asile après la victoire des Étrusques. Ces faits commentent la légende qui nous montre Cumes transmettant à Rome le dépôt sacré de ses vieux oracles, et achèvent de nous convaincre que, pendant les septième et sixième siècles, les rapports entre Rome et Cumes ont été constants, qu'ils ont donné lieu à des emprunts considérables, au profit delà cité latine, qu'enfin, parmi les héritages qui ont commencé et préparé la puissance de Rome, le premier en date, et peut-être en importance, est l'héritage de Cumes.
Si ce sont là des inductions, on conviendra toutefois qu'elles reposent sur des faits précis, incontestables. Ces inductions viennent d'êlre confirmées de la manière la plus éclatante par la découverte récente de l'origine de l'alphabet latin. Cet alphabet, formé primitivement de vingt et une lettres, ne dérive pas de l'étrusque, comme les alphabets de POmbrie, du Picenum et des pays Osques. M. Ottfried Muller1 et
1 Die Etrusker, t. II, p. 512.
M. Mommsen1 ont constaté qu'il sortait du grec. M. Kirchoff est allé plus loin en reconnaissant le premier2 la variété particulière de l'écriture grecque éolo-dorienne usitée dans les colonies chalcidiennes du midi de l'Italie et de la Sicile, Cumes, Naples, Rheggium, Naxos, Messine, Himera, et en signalant dans cette écriture la source précise d'où l'alphabet lalin est directement sorti. M. François Lenormant3 a achevé la démonstration commencée par les savants allemands, en rapprochant dans de curieux tableaux les alphabets du grec chalcidien et du lalin, et en réunissant les divers types de lettres de l'écriture latine archaïque. Il est donc démontré que l'alphabet latin, à son origine, n'a été autre chose que cette variété de l'alphabet hellénique, adoptée sans aucune modification, sauf toutefois la suppression des signes des trois articulations aspirées : pli, ch. « Au reste, ajoute M. François Lenormant, si Ton consulte les vraisemblances historiques pour savoir de quelles localités l'alphabet grec a pu être transmis aux Latins des âges primitifs, de la période des rois, elles répondent : Ce dut être de Cumes ou des villes de la Sicile.
« L'action de l'influence grecque, venue de ces deux sources à Rome, dès le temps des rois, se ma-
1 Unter ital. Dialekt., p. 26 et suiv.
2 Mémoires de L'Académie de Berlin pour 1863, p. 228.
5 Dans la seconde livraison du beau Dict. des Ant. grecq. et rom. de MM. Ch. Daremberg et Saglio, à l'article Alphabetum, p. 188- 218, excellent résumé du grand travail du même auteur sur la Propagation de l'alphabet phénicien, couronné par l'Académie des inscriptions.
nifeste par beaucoup de preuves. La réforme de la constitution de la cité, que la tradition attribue à Servius Tullius, est une imitation des républiques grecques; le système des poids et mesures, tel qu'il se présente à nous dès les temps les plus anciens, système que l'on comprend également dans les institutions mises sous le nom de Servius Tullius, est en grande partie d'origine grecque, et dans ce qui y subsiste de vestiges d'un système indigène antérieur, nous trouvons des modifications qui ont pour but d'accorder exactement le système indigène avec celui des Hellènes. La plupart des mots qui s'y rapportent sont grecs. Il en est de môme du système monétaire1. »
Nous croyons, quant à nous, qu'il faut distinguer dans l'histoire de Rome trois phases de l'influence grecque, différentes non-seulement par le temps où elles se sont produites, par la nature des éléments mis en œuvre, mais encore par les conséquences qui en résultèrent. La première phase remonte au septième siècle, c'est celle que nous étudions; dîmes y joua le principal rôle. La seconde commence lorsque Rome, devenue maîtresse du centre de l'Italie, marche à la conquête de l'Italie méridionale et de la Sicile, et se heurte aux armées de Pyrrhus et aux flottes de Carthage. La troisième, qui est la suite de la précédente, commence à la proclamation de l'indépendance de la Grèce, se prolonge jusqu'aux Césars, et, réveillant tous les germes antérieurs, fait
1 Dict. des Antiq. grecq. el rom., p. 216.
dire au poëte : La Grèce vaincue a subjugué son vainqueur! »
Graacia capta ferum victorem cepit et artes Intulit agresti Latio.
En même temps que Cumes donnait à Rome une écriture, des usages et des institutions, elle lui confiait le dépôt sacré de ses oracles, et complétait ainsi son éducation politique et religieuse. Ceci nous ramène à notre point de départ, c'est-à-dire à la légende romaine delà sibylle de Cumes; tout ce qui précède n'en est que le commentaire historique.