‹ Moines et sibylles dans l'antiquité judéo-grecqueChapitre 18 sur 43 · LA SECONDE COLLECTION D'ORACLES CAPITOLINS · texte numérisé non relu

LA SECONDE COLLECTION D'ORACLES CAPITOLINS

L'an 671 de Rome, quatre-vingt-un ans avant notre ère, durant la Guerre sociale, le vieux temple de Jupiter, bâti par les Tarquins, fut incendié. Avec lui périrent les Livres du Destin. Six ans après, le temple était reconstruit plus magnifique, et le sénat ordonnait de rechercher partout les oracles sibyllins, afin de reconstituer, autant que cela était possible, le trésor prophétique perdu. Les oracles ne manquaient pas, et le nombre des livres sibyllins s'accrut, dit Vairon1, « parce qu'on apporta à Rome les livres attribués à n'importe quelle sibylle, qui furent recueillis dans toutes les villes grecques et italiques, principalement à Erythrée. » Les députés envoyés à Érylhrée, Gabinius, Octacilius et L. Valerius, rapportèrent de cette ville environ mille vers, transcrits par des particuliers, et qui furent déposés au Gapilole 2.

La collection nouvelle se composa d'oracles venus,

1 Loc. cit.

2 Fencstella, cité par Lactance. [Divin. Instit., \, 60

soit de la ville d'Erythrée, soit des villes grecques d'Italie, soit d'autres villes; on accepta même ceux de quelques hommes privés1. Parmi ces derniers, ajoute Denys d'Halicarnasse, qui suit ici le témoignage de Varron, il y en avait d'apocryphes, que Ton reconnaissait aux acrostiches2. Une lettre, adressée au sénat par Tibère, atteste que les prophéties avaient été recueillies à Samos, à Ilium, à Erythrée, en Afrique, en Sicile, dans les colonies grecques d'Italie3. Les livres fatidiques, après la recherche de l'an 75, continuèrent d'affluer à Rome, en si grande quantité que, cinquante ans après, on en comptait plus de deux mille. Il y en avait de grecs et de latins, les uns anonymes, les autres attribués à des auteurs invraisemblables. Auguste donna l'ordre der brûler tous ceux qui, après un premier triage, ne seraient pas reconnus pour être sibyllins4. Un second triage fut opéré sur ceux-ci; on ne conserva définitivement que ceux qui parurent le plus authen tiques, ou qui intéressaient le peuple romain. On les mit dans deux coffres d'or, placés sous le piédestal de la statue d'Apollon Palatin.

Cette épuration était jugée à peine suffisante : car l'un des quindëcemvirs commis à la garde des nouveaux oracles ayant proposé au sénat, par l'entremise d'un tribun du peuple, d'admettre un livre sibyllin dans la collection restituée, Tibère blâma la proposi-

1 Antiq. Rom., iv, 193.

$k taù; y.c/ùov/jÀvccis àx^oTTi/tV:. [Antiq. Rom., iv, 193.) 5 Tacite, Annal., vi, 12.

4 Suét., VU. Aug., 31.

tion, la déclarant inconsidérée et privée des garanties nécessaires, c'est-à-dire de l'avis préalable du collège et de l'examen, des maîtres. L'empereur rappela en même temps la défense, faite aux particuliers par Auguste, de posséder et de lire les prétendus livres prophétiques, que la recherche de l'an 75 avait mis en circulation à Rome.

Dans ce flot d'écrits fatidiques, qui submergea Rome et l'Italie, il y avait un élément nouveau, appelé à jouer bientôt un grand rôle dans le monde. Depuis plus d'un siècle, Alexandrie avait aussi sa sibylle, ignorée des Romains et des Grecs, car elle avait pris le masque et le nom de la sibylle d'Erythrée. Le prophétisme d'Israël faisait ainsi irruption au milieu des païens, à leur insu, et leur annonçait, en même temps que l'écroulement prochain de l'hellénisme et de l'idolâtrie, l'aurore d'une ère nouvelle de justice et de paix, le règne d'un libérateur qui ferait triompher sur la terre régénérée la concorde et la vérité.

Nous allons quitter Rome et nous transporter à Alexandrie, pour étudier les causes et la nature du mouvement qui produisit la onzième sibylle, la seule antérieure au christianisme, dont quelques chants sont parvenus jusqu'à nous.

LA

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