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LE TROISIÈME LIVRE DES ORACLES SIBYLLINS (§ IV

Mon esprit se reposait après le chant divin, quand de nouveau la parole du Grand Dieu descendit dans ma poitrine et m'ordonna de prophétiser sur la terre...

Malheur! malheur! sur la race des Phéniciens, hommes et femmes, et sur toutes les villes du littoral; aucune d'entre vous ne restera à la lumière du soleil dans la commune lumière. Nul de ceux qui partici-

1 Nous passons par-dessus les deux cents vers du paragraphe 3, que M. Alexandre suppose écrit au temps des Antonins, pendant le règne d'Hadrien, et interpolé dans ce livre par l'auteur du livre cinquième. M. Ewald croit que ce paragraphe 3 est contemporain du paragraphe 2, et il abaisse la date de leur composition d'une cinquantaine d'années, c'est-à-dire jusque vers l'an 124 avant Jésus-Christ. A notre avis, la discussion qui s'est établie entre M. Ewald et M. Alexandre à ce sujet (voy. la préface de l'édition des Oracul. sibyllin. d'Alexandre de 4869), n'a pas de fondement. Le paragraphe 3 est composé, comme le précédent, de fragments assez courts, divers d'âge et nullement de la même main. Les uns n'offrent aucun indice qui permette d'en fixer la date, et peuvent être réputés très-anciens ; les autres nous paraissent être, soit du temps de Marius et de Sylla, soit du temps des Antonins.

pent à la vie, aucune tribu ne subsisteront, à cause de leur langue injuste, à cause de la vie déréglée et impure qu'ils ont tous menée, en ouvrant leur bouche impure1. Ils ont proféré d'horribles discours, pleins de mensonge et d'injustice; ils se sont posés en adversaires de Dieu, le Grand Roi; ils ont ouvert leur bouche menteuse et obscène. C'est pourquoi Dieu les domptera sur toute la terre par des fléaux prodigieux et leur enverra un affreux destin, brûlant depuis les fondements leurs villes et leurs nombreux édifices.

Malheur, malheur à toi, Crète, condamnée à mille douleurs ! Un fléau fondra sur loi, fléau terrible, qui te détruira pour jamais. Toute la terre te verra de nouveau fumante ; le feu ne te lâchera point à travers les âges; tu seras brûlée.

Malheur, malheur à toi, Thrace! Tu viendras sous le joug de la servitude, quand les Galates, mêlés aux Dardanides, s'élanceront sur la Grèce pour la ravager ; le malheur sera sur toi. Tu communiqueras à une terre étrangère le fléau que tu auras reçu.

Malheur, malheur à Gog, à fous ceux de sa suite et aussi à Maffog, aux Marses et aux Daces. Combien de funestes destinées t'attendent, ainsi que les fils des Lyciens, des Mysiens, des Phrygiens. Beaucoup de

1 Ces répétitions sentent le parallélisme de la poésie sacrée des Hébreux.

peuples succomberont parmi les Pamphyliens, les Lydiens, les Maures, les Éthiopiens, les Cappadociens,les Arabes et les nations au langage barbare1...

Mais pourquoi énoncer chaque désastre ? A

tous les peuples qui habitent la terre le Très-Haut enverra de terribles fléaux

Quand un peuple extrêmement barbare marchera sur les Grecs et fera tomber la tête de beaucoup d'hommes éminents, il pillera beaucoup de grasses brebis, des troupeaux de chevaux, de mulets et de bœufs aux vastes mugissements. Sans frein ni loi, ces dévastateurs livreront au feu les palais bien construits; ils emmèneront par force, dans une autre terre, beaucoup d'individus réduits en esclavage. Les enfants, les

1 Tous ces oracles similaires contiennent des prédictions vagues et faites au hasard, comme l'a remarqué M. Alexandre. Les désastres de la Crète ne répondent à rien de ce que l'histoire nous apprend. Ce qui est dit de la Thrace et de l'invasion en Grèce des Galates, mêlés aux peuples du Bosphore, ne se rattache à aucun événement qui nous soit connu. Puis, vient la menace ordinaire des prophètes juifs contre Gog et Magog, c'est-à-dire contre les nations scythiques, établies au nord de l'Asie, vers le Caucase et le Pont-Euxin, dont les antiques excursions dans l'Asie Mineure et jusque dans la Syrie, avaient laissé en Palestine de terribles souvenirs. Gog et Magog, dans le livre d'Hénoeh, sont représentés comme devant intervenir dans la lutte suprême contre le Messie; ils sont nommés à la tête des peuples ligués qui viennent assiéger Jérusalem, et que Dieu frappe sous les murs de la ville sainte.

Après la mention de Gog et de Magog, nous trouvons une énumération de peupies analogue à celle qui est contenue dans un passage précédent. Rien ne manque à l'analogie, pas même cette réflexion énoncée dans les mêmes termes : « Mais pourquoi énumérer chaque désastre?... 9 Le compilateur aurait-il placé en ces endroits deux variantes du même oracle ?

femmes à la ceinture profonde, arrachées du lit conjugal, tombant suppliantes sur leurs faibles genoux, ils4 les verront enchaînées par des peuples au langage barbare, et souffrant sans cesse tout outrage; et il n'y aura point pour eux un défenseur qui amoindrisse les maux de la guerre et protège leur vie. Ils verront les ennemis prendre leurs biens et toutes leurs richesses. Un tremblement agitera leurs genoux. Cent fuiront ; un seul les fera périr, quand cinq pourraient porter le désordre dans l'armée2. Mais ils se plongeront honteusement entre eux dans des guerres et des tumultes terribles, apportant à leurs ennemis la joie et aux Grecs le deuil5.

Le joug de la servitude sera sur toute la Grèce. De toutes parts et pareillement la guerre et la famine seront sur les mortels. En haut, Dieu rendra d'airain le grand ciel sur la terre entière laissée sans pluie et devenue de fer. Et alors tous les mortels se lamente-

1 Le sibylliste parle maintenant des vaincus.

2 Allusion à ce passage du Deutéronome : Uti; St&Çeroii ses /à/V^, xal ouo /xeTaxivvfaouc-i y.vptcx.QKç (xxn, 50) ; « Pourquoi un seul en poursuit-il mille, et deux en vainquent-ils dix mille?»

3 Cet oracle est curieux : il mêle aux pensées et aux expressions des prophètes hébreux l'imitation la plus fidèle du langage des anciens vers érythréens, très-rapproché, comme on sait, de la poésie homérique. Ce fragment commence une série de morceaux qui concernent spécialement la Grèce; le compilateur paraît les avoir recueillis sans se préoccuper ou de les classer ou de les coudre. Les faits dont il s'agit ici sont tellement vagues, qu'on ne peut les rattacher à une guerre déterminée. On voit bien qu'il s'agit des luttes de la Grèce et delà Macédoine contre les Romains. Il faut en dire autant du passage suivant, qui semble une répétition de ce qu'on vient de lire. Il y a autant de raisons pour le réunir aux vers précédents que pour l'en séparer.

ront terriblement, à cause de leurs champs stériles et incultes et du feu allumé sur la terre. Et Celui qui a créé le ciel et la terre suscitera un grand deuil. Le tiers de toute l'humanité survivra

0 Grèce l, pourquoi as-tu mis ta foi en des

hommes, en des princes mortels, qui ne peuvent échapper au destin de la mort? Pourquoi offres-tu de vains présents à des morts2, et sacrifies-tu à des idoles? Qui t'a mis cette erreur dans l'esprit? Qni t'a poussée à agir ainsi et à quitter la face du Grand Dieu 5 ? Ré-

1 Nous considérons ce morceau comme l'un des plus anciens, des plus importants et des moins mutilés des oracles sibyllins d'Alexandrie. La langue est remarquable; les pensées s'enchaînent bien; le plan de l'oracle apparaît nettement. Le prophète invite d'abord la Grèce à abandonner le vain culte des idoles, qui attirera sur elle le courroux du Grand Dieu. Il y a un moyen d'apaiser ce courroux, c'est de porter des victimes dans le temple de ce Dieu ; mais la Grèce, suivant les desseins mystérieux du Très-Haut, n'y aura recours qu'après avoir subi les plus terribles calamités et le joug d'un peuple dur et cruel. Le Grand Dieu frappera les nations idolâtres et corrompues qui ont méconnu son saint peuple et ses vertus. Les» nations reconnaîtront leur erreur sous le règne du septième Lagide, et se convertiront au vrai Dieu, qui les comblera de biens.

2 Le sibylliste fait allusion au culte des demi-dieux et des héros auxquels les païens rendaient les honneurs divins après leur mort. On peut aussi admettre qu'il parle des dieux eux-mêmes, car, suivant la doctrine d'Evhémère, qui parait avoir été acceptée par beaucoup de Juifs alexandrins, notamment par Philon (voy. la Ugation à Caius, dans nos Écrits historiques, etc.), les dieux sont des personnes humaines que la reconnaissance ou l'admiration de peuples ignorants ont divinisées.

3 Remarquez que le sibylliste, conformément aux traditions bibliques, présente l'idolâtrie comme ayant été précédée par le culte et la connaissance du vrai Dieu. La Grèce n'a pas toujours été idolâtre ; elle a quitté la face du Grand Dieu à une époque déterminée et connue, et à l'instigation de princes orgueilleux qui ont voulu se faire adorer de leurs peuples même après leur mort.

vère le nom du Père de toute chose, qu'il ne te soit plus inconnu! Il y a quinze cents ans1 que des rois superbes ont régné sur les Grecs, qui introduisirent parmi les mortels les premiers maux, les corrompirent par le culte de nombreuses idoles de dieux ayant subi la mort, et vous remplirent ainsi l'esprit de choses vaines. Mais, quand la colère du Grand Dieu sera sur vous, alors vous reconnaîtrez la face du Grand Dieu. Toutes les âmes humaines, avec de grands gémissements, levant leurs mains vers le vaste ciel, commenceront à invoquer le Grand Roi et sa protection, et à chercher qui pourra les délivrer de sa grande colère.

Eh bien ! apprends ceci et grave dans ton esprit tous les maux qui surviendront dans le cours des ans. La Grèce, qui a offert vainement en sacrifice les bœufs et les taureaux aux vastes mugissements, évitera les malheurs de la guerre, la terreur et la peste, et secouera de nouveau le joug de la servitude, quand elle offrira en holocauste ses victimes au temple du Grand Dieu. Mais il existera une race d'hommes impies jusqu'à ce que prenne fin ce funeste destin. Car vous ne sacrifierez pas à Dieu tant que ne seront pas accomplies toutes les choses que le Dieu Seul veut voir accomplir. C'est une nécessité invincible.

La sainte race des hommes pieux existera de nouveau2. Ces hommes, soumis aux volontés et aux desseins du Très-Haut, honorent le temple du Grand Dieu

1 Ces quinze cents ans nous ramènent à environ 1655 avant Jésus- Christ, au temps des patriarches, lorsque Joseph gouvernait l'Égypte, et quelque temps avant le règne de Cécrops à Athènes.

2 C'est-à-dire : brillera d'un nouvel éclat.

par des libations, des viandes brûlées, de saintes hé* catombes, des sacrifices de taureaux bien nourris. Ils offrent en saint holocauste1 sur le grand autel les gras troupeaux de béliers choisis, de premiers-nés des brebis et d'agneaux. Vivant dans la justice et dans l'observance de la loi du Très-Haut, heureux, ils habiteront leurs villes et leurs grasses campagnes. Exaltés par l'Immortel, devenus prophètes du genre humain, ils lui apporteront une grande joie2. A eux seuls le Grand Dieu a donné la sagesse, la foi et de bonnes pensées dans leur cœur. Préservés de vaines erreurs, ils ne révèrent point les simulacres des dieux ,

1 Les Juifs faisaient aux païens un reproche de ne pas brûler entièrement sur leurs autels les victimes, et considéraient comme un manque de respect envers la Divinité Faction de réserver soit au peuple, soit aux prêtres une portion des viandes du sacrifice. (Voy. nos Écrits historiques de Phi Ion, p. 583 et 384.)

2 On remarquera que cet oracle ne fait aucune mention du Messie; c'est la nation israélite qui se trouve, dans le règne de Dieu, transformée en un peuple de prophètes et de rois du genre humain. En cet endroit, le texte offre une lacune; mais cette altération n'enlève rien à la précision des deux vers qui nous montrent les Hébreux exaltés, prophètes, rois et bienfaiteurs de tous les mortels :

xcà ftéya. yi.pu.y. ftpozoïs Travrcsst tpépovTëç*

Nous trouverons plus loin un oracle avec la même donnée; ce qui prouve que dans l'ensemble des croyances eschatologiques des Juifs, il y en avait qui accentuaient le rôle du Messie, d'autres qui l'amoindrissaient, d'autres enfin qui le supprimaient tout à fait. Cette suppression s'explique d'ailleurs aisément. Les poètes orientaux et les prophètes d'Israël avaient l'habitude de résumer et de dramatiser des groupes d'événements, en les représentant par des personnages qui étaient ainsi de véritables mythes. Quelques sibyllistes ont pu croire que le Messie, ce Roi pacificateur et libérateur, était un mythe de ce genre, symbolisant les luttes d'Israël contre les nations idolâtres, et son triomphe définitif sur elles. En substituant le peuple saint au Fils de l'Homme, ils n'ont fait, à leur point de vue, qu'interpréter les anciennes prophéties.

ouvrages fabriqués par les hommes, avec l'or, l'airain, l'argent, l'ivoire, le bois, la pierre, l'argile, ouvrages peints de vermillon, représentant des formes d'animaux et tout ce que les mortels, dans leur fol égarement, adorent. Mais ils lèvent vers le ciel leurs mains pures, que le matin, au sortir de leurs couches, ils purifient toujours dans l'eau; ils honorent Dieu, qui est toujours grand et immortel, et ensuite leurs parents ; en outre, plus que tous les hommes, ils se souviennent de la sainteté du lit nuptial. Ils ne se livrent pas à d'impurs rapprochements avec déjeunes garçons, comme les Phéniciens, les Égyptiens, les Latins, les Grecs, et beaucoup d'autres peuples tels que les Perses, les Galates, tous les Asiatiques enfin, qui violent et transgressent les chastes lois du Dieu immortel.

A cause de cela, l'Immortel enverra à tous les mortels des malheurs, la famine, les douleurs, les gémissements, la guerre, la peste et les souffrances qui font verser des larmes. Car ils n'ont pas voulu honorer saintement le Père immortel de tous les hommes; ils ont honoré des idoles et vénéré les ouvrages de leurs propres mains. Les mortels eux-mêmes les renverseront ces idoles, et, par honte, les cacheront dans les fentes des rochers, lorsqu'un nouveau roi d'Égyte régnera sur ce pays; il sera compté le septième de la dynastie grecque fondée par les Macédoniens, hommes vaillants.

Il viendra d'Asie un grand roi, aigle ardent, qui couvrira toute la terre, de fantassins et de cavaliers; il brisera tout; remplira tout de maux, et renversera

le royaume d'Egypte ; puis, ayant pris toutes les richesses, il s'éloigne sur les vastes plaines de la mer1.

Et alors devant le Grand Dieu, le Roi Immortel, ils fléchiront le genou blanc2 sur un sol fertile; les ouvrages fabriqués de main d'homme tomberont tous dans la flamme du feu. Et alors Dieu donnera aux hommes une grande félicité ; car la terre, les arbres, les immenses troupeaux de brebis fourniront aux hommes des fruits véritables, du vin, du miel doux, du lait blanc et du froment, qui est le meilleur de tous les fruits pour les mortels...

... Mais toi, sans différer, homme versatile et pervers3, reviens de ton erreur, apaise Dieu. Sacrifie à Dieu, dans le cours des heures, des hécatombes de taureaux, d'agneaux premiers -nés et de chèvres. Apaise le Dieu immortel, pour qu'il ait pitié de toi. Car lui seul est Dieu et il n'y en a point d'autre4.

1 II n'est pas douteux, dit M. Alexandre, que par ce septième roi il faut entendre Ptolémée Philométor (180 av. J. C). Or, comme le sibylliste assigne f aussement à cette époque la fin de l'idolâtrie, l'oracle a dû être écrit pendant que ce prince régnait encore. La conversion de l'Égypte au vrai Dieu avait été déjà prédite par Isaïe (xrx, 19). Le poëte fait allusion ici non à la première expédition d'Antiochus-Épiphane en Egypte [1.79 av. J. C). mais à la seconde, dans laquelle, avant d'arriver à Alexandrie, il rencontra des légions romaines qui le firent rebrousser chemin. Il retourna chez lui par terre et non par mer.

2 Nous traduisons littéralement l'expression grecque, qui nous parait faire allusion à la purification du genre humain.

3 Sous avons déjà trouvé plus haut ce vers; sa présence ici nous semble signaler un nouveau fragment. Il est composé, comme on va voir, d'une série de vers déjà connus et sans lien.

4 Ce vers, qui revient pour la troisième fois, est pris du Dëutéronome : KOpto; b @cô$ cbrbç Qîbç îaxtv, kcd ou/ Istiv xfàoç Tz).rjf

Honore la justice, et n'opprime personne. Car l'Immortel ordonne ces choses aux mortels infortunés...

...Mais toi, évite le courroux du Grand Dieu, quand la peste viendra fondre sur tous les mortels. Ils seront frappés d'épouvantables châtiments; le roi prendra le roi et s'emparera de son pays; les nations détruiront les nations, et les souverains détruiront les peuples. Tous les princes s'enfuiront dans une autre contrée, et les pays changeront d'habitants...

...Use puissance barbare ravagera toute la Grèce1, et exprimera de cette terre fertile sa richesse. Il s'élèvera entre eux une querelle dans un pays étranger, à cause de l'or et de l'argent (car la mauvaise avarice régnera sur les cités)2. Et tous resteront sans sépulture, et les vautours et les bêtes sauvages de la terre S3 repaîtront de leurs chairs. Lorsque ces choses se-

1 II s'agit ici sans doute des guerres des Romains contre la Macédoine et la Grèce. Sous avons là le début d'un nouveau fragment, analogue à plusieurs de ceux qui précèdent.

2 Nous n'essayerons pas de rattacher à des événements historiques cette suite de prédictions confuses et malheureusement mutilées; cependant, il semble que la puissance barbare, dont il a déjà été question, ne saurait être autre que Rome. Le sibylliste aurait écrit ces vers alors que les guerres civiles entre Marins et Sylla étaient allumées ou sur le point d'éclater. On est, du moins, tenté d'interpréter de la sorte ce qu'il dit de la querelle qui s'élève entre les vainqueurs pour le partage du butin conquis. Mais la mention d'une terre étrangère, qui paraît être le théâtre de la lutte intestine, fait plutôt songer aux rivalités de César et de Pompée. C'est pourquoi nous inclinons à placer la date de composition de cet oracle à l'époque de ces rivalités, environ un demi-siècle avant la naissance de Jésus-Christ.

ront accomplies, la terre immense absorbera les débris des morts; elle restera tout entière sans semence et sans culture, proclamant, l'infortunée, les abominations des hommes criminels, jusqu'à ce que, après une longue série d'années1, elle rende les boucliers, les écus, les javelots et toutes sortes d'armes. On ne coupera plus le bois du chêne pour alimenter le feu2.

Et alors Dieu enverra du soleil5 un roi qui fera cesser sur toute la terre la guerre funeste; il tuera les uns et imposera aux autres des serments de fidélité. Il ne fera point tout cela de son propre dessein, mais pour obéir aux ordres sages du Grand Dieu4. Et

1 La prophétie ne concorde pas ici avec ce qui a été déclaré plus haut, à savoir, que ce sera sous le règne de Ptolémée Philométor qu'aura lieu la conversion des gentils et que commencera le règne de Dieu; l'oracle affirme que ce sera dans un lointain avenir, après une longue série d'années, que la venue du roi libérateur sera signalée par ce fait qu'on brûlera les engins de guerre.

2 D'après une légende hébraïque, relative aux temps messianiques, ces temps devaient être précédés par une grande victoire des Juifs sur les nations, victoire telle qu'on pourrait brûler pendant sept années le bois des lances et des javelots des ennemis exterminés. C'est à cette légende que ce passage fait allusion. Le lecteur a pu se convaincre déjà plus d'une fois que tout n'est pas concordant dans l'ensemble des traditions messianiques ; ce n'est pas seulement l'ordre et la succession, mais, encore la nature des faits, qu'on éprouve parfois un embarras invincible à déterminer. 11 n'en pouvait être autrement : les légendes qui se forment peu à peu et, pour ainsi dire, membre à membre dans le cerveau des peuples, offrent toujours des incohérences et des contradictions de détail.

3 C'est-à-dire de l'Orient.

4 Gfroerer renvoie ici aux passages analogues du IVe Évangile, dans lesquels il est dit de Jésus-Christ, Messie d'Israël et Fils de Dieu, qu'il ne peut rien sans son Père : Oh Svvotrxt b vîàs tzouïv «ç'eauToy o'ùMv. Cela montre que les sibyllistes et les évangélistes se sont rencontrés dans le choix qu'ils ont (ait des traits de la figure du Messie national.

le peuple du Grand Dieu sera comblé de magnificences et de richesses, d'or, d'argent et de luxueuse pourpre; la terre fertile et la mer seront remplies de biens.

Et les rois commenceront à s'iïriter les uns les autres, méditant le mal dans leur cœur. L'envie est funeste aux infortunés mortels.

De nouveau1 les rois des nations en troupes serrées se rueront sur cette contrée2, préparant leur propre ruine. Ils voudront, en effet, détruire les parvis et les hommes excellents du Grand Dieu. Quand ils seront venus dans la contrée, ces rois pervers sacrifieront en cercle autour de la ville, chacun ayant son trône et son peuple incrédule5. Et Dieu de sa grande voix parlera à tout ce peuple ignorant, insensé. Et le jugement du Grand Dieu sera sur eux; tous périront sous la main de l'Immortel...

1 te prophète fait allusion aux guerres précédentes qui ont désolé la Palestine; cette invasion sera le suprême effort des nations idolâtres contre la nation sainte (Upbv yivoc) des hommes pieux [ehveQsîi

2 La terre sainte.

5 Le texte des oracles sibyllins est ainsi conçu : 0u<7OU!7t xux/w tcoAs&iç jj.iv.pol fixai/\rjeç?

Le texte de Jérémie des Septante, qui semble avoir inspiré directement ce passage, est à rapprocher de ces deux vers; la comparaison fournit une preuve déplus de l'origine hébraïque de l'oracle : Acotc ISob iyà yjyxa/û tzolzzî rà; (Saffi/etaç rr^ yffc àîrà flopjfà. Kac qgouex, xaî É^aoua-iv sxasro; rèv Bpôvov avrov Ini rà itpâQitpoi rcùv jcvÀéâv lêpov— 1rxf\r)fj.} Aoùlni r. avra rà. rctjgq rà xûxA&i aufife, xac hcl ïîaaas rà? nôXeiç 'Ioù5a... « C'est pourquoi j'assemblerai toutes les royautés de la terre du côté du INord. Et elles viendront; et chacune d'elles placera son trône à l'entrée des portes de Jérusalem, et tout autour de ses remparts, et autour de toutes les villes de Juda... »

... Du Ciel tomberont sur la terre des glaives de feu; des torches immenses tomberont aussi et flamboieront au milieu des hommes1.

La terre, qui produit tout, sera, dans ces jours, secouée par la main de l'Immortel. Les poissons de la mer, toutes les bêtes de la terre, les familles innombrables des oiseaux, toutes les âmes des hommes, toutes les mers frissonneront sous la face de l'Immortel ; et il y aura épouvante. Il brisera les sommets escarpés et les hauteurs des montagnes énormes, et le noir Érèbe apparaîtra à tous les regards. Au haut des airs, les grottes dans les montagnes élevées seront pleines de cadavres; les rochers dégoutteront de sang et formeront des torrents qui inonderont la plaine. Les remparts solidement construits tomberont tous à terre, laissant les hommes infortunés sans défense, parce qu'ils ont méconnu la loi et le jugement du Grand Dieu, et parce que dans votre égarement vous vous êtes tous précipités, brandissant vos lances, contre le saint Lieu2. Et Dieu les jugera tous par la guerre, par le glaive, par le feu, par une pluie qui submergera tout3. Dieu fera tomber du ciel une

1 Nous avons expliqué déjà les raisons qui nous font admettre que le fragment commençant par les mots Du ciel tomberont..., pour-

. rait bien être une interpolation et provenir d'un oracle moins ancien. Ce passage est à rapprocher du chapitre lxvi d Isaïe.

2 Faut-il entendre cela de la destruction du temple par les Àssyriens, de sa profanation par Antiochus et plus tard par Pompée, ou de sa destruction par Titus? 11 est impossible de le dire avec certitude. Si on admet qu'il s'agit du dernier événement, ce sera une preuve de l'interpolation de ce passage.

5 C'est une nouveauté dans les croyances eschatologiques des Juifs

pluie de pierres et une grêle abondante et terrible. La mort sera sur les quadrupèdes. Et alors ils reconnaîtront le Dieu immortel, qui accomplit ces choses. La plainte et la clameur des hommes exterminés s'élèveront de la terre immense; puis tous, muets, resteront é(endus, baignés dans le sang. Et la terre boira le sang des hommes exterminés ; les bêtes féroces se rassasieront de leurs chairs...

Le Dieu Grand, Eternel m'a dit de prophétiser tout cela. Et ces choses ne resteront pas sans être accomplies. Car ce qu'il a une fois résolu dans sa pensée ne peut pas ne point s'accomplir. Véridique est l'Esprit de Dieu dans le monde1...

... De nouveau2, les fils du Grand Dieu vivront tous paisiblement autour du temple, se réjouissant des dons du Créateur, du Juge équitable, du Monarque. Car seul il les défendra ; et, les protégeant fortement, il les environnera d'un feu brillant comme d'un mur. Ils seront à l'abri de la guerre dans les villes et dans les campagnes. La main de la guerre funeste sera loin d'eux. L'Immortel combattra pour eux ; le bras du Saint les couvrira. Et alors toutes les îles et les villes diront :

que ce second déluge. Nous savons que l'opinion commune attendait une purification par le feu et non par l'eau.

1 >ous avons dans ces quatre vers une terminaison d'oracle qui ne paraît pas ici à sa place, car elle sépare assez mal à propos deux morceaux que l'on serait tenté de rejoindre.

2 C'est-à-dire que la prospérité passée renaîtra. Nous ne trouvons aucune raison grave d'isoler ce passage ou de le réunir à ce qui précède.

(( Combien l'Immortel aime ces hommes! En toute occasion il combat avec eux et leur vient en aide ainsi que le ciel, la lune et le soleil envoyé par Dieu. »

En ces jours, la terre, qui produit tout, sera secouée1.

Et deleurs bouches sortiront de doux chants : « Venez, tombons tous sur le sol, prions le Roi immortel, le Dieu Grand et Très-Haut. Envoyons des offrandes à son temple, puisqu'il est l'Unique Souverain. Tous, proclamons la loi du Dieu Très-Haut, qui est de toutes les lois de la terre la plus juste. Nous nous étions égarés loin du sentier de l'Immortel et, dans notre folie, nous adorions les images en bois, fabriquées par nos mains, les images d'hommes morts... »

Les ames des hommes devenus fidèles s'écrieront2 : « Venez ! avec le peuple de Dieu tombons sur notre face; célébrons par des chants le Dieu créateur dans nos maisons. Recueillons par toute la terre les armes des ennemis, pendant une période de sept années, les boucliers, les javelots, les casques, toutes sortes d'armes, une multitude de flèches et d'injustes traits : car on ne coupera plus du bois du chêne pour alimenter la flamme du feu3.

1 Ou bien le compilateur a commis un lapsus calami, en reproduisant en cet endroit ce vers qui rompt le sens, ou bien ce vers indique le commencement d'un fragment analogue au précédent, et pour cette raison mis à sa suite.

2 Ne faut-il pas voir ici le début d'un troisième fragment pareil aux précédents?

3 Nous retrouvons là une nouvelle allusion, plus précise, à la légende des lances brûlées pendant sept aimées par les Juifs avant l'ère messianique. Lactance [Instit. Div., vu, 26) a évidemment dans la pensée

Ah! Grèce infortunée, dépose tes pensées d'orgueil. Si tu as souci de toi-même, prie l'Immortel au grand cœur. Envoie dans cette ville le peuple irrésolu qui est originaire de la grande terre sainte. N'agite pas Camarina : mieux vaut que Camarina ne soit pas agitée. Ne tire point le léopard de son repos, de peur de t'attirer quelque malheur. Modère-toi ; ne garde pas dans ton sein l'audace orgueilleuse et cruelle qui te pousse à cette terrible lutte. Sers le Grand Dieu, afin d'avoir part à ses bienfaits quand prendra fin ce jour funeste1...

ce passage, quand il dit, parlant du début du règne messianique : a Alors, pendant sept années entières, les forêts demeureront intactes; on ne coupera point de bois sur les montagnes; mais on brûlera les armes des nations; il n'y aura plus de guerre; la paix et un repos éternel régneront. » Ézéchiel est le premier qui ait parlé de cette tradition. Il le fait en ces termes : « Et les habitants sortiront des Tilles d'Israël ; ils brûleront et consumeront les armes, les boucliers, les lances, les arcs et les flèches, les piques et les pieux, et ils les consumeront par le feu pendant sept ans. Ils n'apporteront point de bois du milieu des champs; ils n'en abattront pas dans les forêts, parce qu'ils brûleront les armes... » (Ézéch., xxxrx, 9, 10. J

1 Ce morceau pourrait bien être un oracle à peu près complet. En tout cas, il est obscur. Le passage que nous traduisons par : « Envoie dans cette ville le peuple irrésolu..., » doit être altéré. Nqus ne discuterons pas les explications généralement admises de ces allusions ambiguës, d'après lesquelles le peuple irrésolu serait Israël dispersé; Camarina, marécage de Sicile, représenterait la nation juive. Le léopard dormant, auquel la nation est comparée, et dont il ne faut pas troubler le repos, sous peine de s'exposer aux plus grands périls, ne peut être que Juda, dont les Livres Saints parlent en termes tout à fait semblables dans la prédiction du mage Balaam : 'AvoOTaûWrai //j-v.ùxbz\z ùiç, léoiv, ij trxû/ivo, léovroç, aâ/a •/.y.rxypovr.ri/.ôjs, Ss<Uù$ ovBévoc, fôGov roïç àlloiç ivsipyocvfièvoç. *AQXtoq o og av avrôv izapuxirfrai iyetpy. — a II se reposera couché comme un lion, ou comme un lionceau, plein d'un dédain superbe, ne craignant personne, inspirant aux autres la crainte. Malheur à qui, l'ayant secoué, le réveille-

... Le jugement du Dieu immortel viendra sur les mortels... il viendra aussi sur les hommes vertueux, suivant Tordre du Grand Dieu1...

... La terre 2 , qui produit tout, donnera aux mortels d'excellents fruits, du froment, du vin et de l'huile. Du ciel coulera le doux breuvage du doux miel; les arbres prodigueront leurs fruits ; les gras troupeaux de bœufs, de brebis et de chèvres se multiplieront à Tinfini. Il fera jaillir3 des sources agréables de lait blanc comme la neige. Les villes regorgeront de biens; les champs seront fertiles. Plus de glaive, plus de tumulte sur la terre ; plus de ces tressaillements profonds qui secouent le sol gémissant; plus de guerre, plus de sécheresse, plus de famine, plus de grêle malfaisante et meurtrière pour les fruits. Une grande paix régnera sur toute la terre; le roi gardera amitié au roi jusqu'à la fin des siècles ; l'Immortel dans

rait! » (Voyez Philon, De vit. Mosis, i.) Nous serions disposé à admettre que l'oracle, dans la pensée du sibylliste, avait pour but d'écarter des Juifs les persécutions que les Grecs leur infligeaient trop souvent. Peut-être aussi a-t il été écrit au moment où quelque expédition des Séleucides ou des Romains s'avançait contre la Judée. Plusieurs commentateurs, frappés de l'invitation adressée aux Grecs de laisser partir les Juifs hellénistes pour la Terre Sainte, ont cru que le sibylliste prévoyait un soulèvement général des Juifs dans le monde entier pour délivrer la Palestine, et y ont vu une allusion aux guerres des Macchabées.

1 Ces deux vers sont manifestement égarés ici.

2 C'est un morceau analogue à celui que nous avons rencontré plus haut sur la félicité du règne mécanique; il est plus développé.

3 II, c'est Dieu. Comparez ces détails et ceux qui suivent à la description que Philon donne du règne messianique.

le ciel étoilé donnera aux hommes par toute la terre une loi commune, qui enseignera ce qu'il faut faire aux infortunés mortels...

Car lui seul est Dieu, et il n'y en a point d'autre...

... Et il châtiera parle feu l'audace méchante des hommes1...

... Gravez mes pensées dans vos cœurs. Fuyez l'iniquité et le vol. Sers le Vivant. Évite l'adultère, et l'impur commerce avec les mâles ; élève tes enfants, ta propre race, et ne les tue point. Car l'Immortel se courroucera contre ceux qui commettront ces crimes. . ,

... Et alors2 surgira un royaume, qui durera éternellement et s'étendra sur l'humanité entière. Celui

1 Le texte offre en cet endroit un notable désordre; ce ne sont plus que des pensées courtes et sans suite, ou des sentences vagues, susceptibles d'être introduites partout. Puis, nous allons voir revenir les descriptions, toujours similaires, de la prospérité finale. Le précepte relatif au respect de la vie des enfants est curieux; l'infanticide, aux yeux du sibylliste, devait être une pratique ordinaire aux païens. Est-ce une allusion aux lois de Sparte, qui permettaient de jeter au gouffre les enfants chétifs ou contrefaits; est-ce un reproche adressé spécialement aux Égyptiens?

2 L'incohérence devient manifeste si l'on rapproche ces mots de ceux qui terminent le fragment précédent. Cet oracle, analogue à deux ou trois morceaux que nous venons de lire, efface la personne du Messie, et y substitue le rôle du peuple israélite dans le règne de Dieu. C'est la seconde fois que nous avons à signaler cette particularité dans les vers sibyllins. Nous ne reviendrons pas sur l'explication du passage qui nous montre dans le temple le Fils du Grand Dieu

qui a donné aux hommes pieux une loi sainte, leur a promis à tous de leur ouvrir la terre, le monde, les portes des bienheureux, toutes les délices, l'esprit immortel et l'éternelle félicité. De toute la terre on portera de l'encens et des présents à la maison du Grand Dieu ; et il n'y aura pas d'autre maison à vénérer pour les générations humaines à venir que celle que Dieu a donnée au respect des hommes fidèles. Les mortels l'appelleront le Fils du Grand Dieu.

Tous les sentiers de la plaine, les rochers escarpés, les hautes montagnes, les flots furieux de la mer seront faciles à parcourir dans ces jours. Une paix et une félicité profondes régneront sur la terre. Les prophètes du Grand Dieu supprimeront le glaive1; car ils seront les juges et les rois équitables des mortels. Les hommes jouiront de richesses qui ne seront pas acquises par l'injustice2. Ce sera la judicature et la magistrature du Grand Dieu.

Réjouis-toi, jeune fille, tressaille d'allégresse; c'est une félicité éternelle que t'a donnée Celui qui a créé le ciel et la terre. Il habitera en toi; à toi appartiendra l'immortelle lumière. Les loups mêlés aux agneaux mangent l'herbe sur les montagnes ; les léopards et les chevreaux paîtront ensemble ; les ours vagabonds seront parqués avec les génisses. Le lion carnassier mange la paille de la crèche comme le bœuf ; et de tendres enfants les conduisent enchaînés. Il5 fera ramper inoffensive la bête féroce sur le sol. Les

1 C'est-à-dire: a Les Israélites feront régner la paix dans le monde. »

4 Même doctrine dans Philon, qui affirme que le souci des richesses engendre l'iniquité

5 Dieu.

dragons dormiront avec les enfants sans leur nuire : car la main de Dieu sera sur eux l„

Je te dirai un signe évident qui te fera connaître quand la fin de toutes choses doit survenir sur la terre. Lorsque dans le ciel étoilé des nuits on verra des glaives, après le soir ou avant l'aurore; lorsque des pluies de poussière fondront du ciel sur toute la terre ; lorsque, la clarté du soleil s'éteignant au midi dans le firmament, les rayons de la lune apparaîtront, et que cet astre, revenu en arrière, éclairera la terre; lorsque se produira le signe des rochers dégouttants de sang ; quand vous verrez dans les nuages un combat de fantassins et de cavaliers, et dans l'air des vapeurs pareilles à la représentation d'une chasse de bêtes féroces ; c'est qu'alors le Dieu qui habite le ciel va mettre fin à la guerre. Mais il faut que tous les hommes sacrifient au Grand Roi2.

1 Ce passage est emprunté à Zacharie et à Isaïe : « Chante et réjouis-toi, fille de Sion, loue Je Seigneur, car voilà que je viens et j'habiterai au milieu de toi, dit le Seigneur. » (Zach., n, 10.) a Sous son règne, le loup habitera avec l'agneau, le léopard reposera auprès du chevreau; la génisse, le lion, la brebis, se joueront ensemble, et un petit enfant suffira pour les conduire. » (Isaïe, xi, 6.) Il est incontestable que ce passage offre plus d'une analogie avec la quatrième églogue de Virgile. L'illustre poëte a-t-il traduit le chant sibyllin? La chose est possible. Mais il est possible aussi, et M. Alexandre incline à cette opinion, bien qu'elle admette une coïncidence vraiment merveilleuse, que Virgile ait tiré de son propre fonds ces gracieuses images.

2 ftous avons ici une sorte de variante d'un passage précédent . Les visions de combat dans le ciel dont il est question ici sont décrites en termes pareils au livre II, chapitre v des Macchabées : « Il arriva que par toute la ville de Jérusalem, pendant quarante

Voila ce que je te prédis après avoir, dans mon délire prophétique, quitté les longs murs de Babylone en Assyrie et annoncé à tous les mortels le feu envoyé sur la Grèce et les châtiments de Dieu. Ainsi j'ai prophétisé aux mortels les oracles divins. Les mortels diront faussement que je suis originaire d'une autre patrie, en Grèce, d'Erythrée ; ils diront que, moi Sibylle, j'ai eu pour mère Circé et pour père Gnostos, que je suis délirante et mensongère. Mais quand tout sera accompli, alors vous vous souviendrez de moi, et nul ne m'appellera plus délirante, mais la grande prophélesse de Dieu1.

jours, on vit dans les airs des cavaliers courant çà et là avec des habits blancs, des cohortes armées de lances, des courses de chars serrés en rangs, des attaques, des mouvements de boucliers, des foules d'hommes casque en tète, l'épée nue, des armes d'or et des cuirasses resplendissantes. » Ces étranges apparitions eurent lieu à Jérusalem, lors de la persécution d'Antiochus, vers l'époque où furent composés les plus anciens de nos oracles. Le sibylliste indique à la fin qu'avant les signes précurseurs de la catastrophe suprême, tous les hommes se convertiront au vrai Dieu, et lui offriront des sacrifices.

I Nous avons donné les raisons qui nous portent à croire que ce passage, plutôt fait pour éveiller que pour endormir les soupçons des Grecs, a été ajouté aux anciens oracles alexandrins à une époque postérieure à la naissance de Jésus-Christ, et alors que les conditions et les nécessités de l'ancienne prophétie pseudo-érythréenne n'existaient plus.

II est certain que du temps de Lactance cet oracle faisait partie des vers réputés érythréens. Cet auteur, en effet, dit « que la sibylle d'Erythrée a mis son vrai nom dans son poëme, et a prédit qu'on l'appellerait érythréenne, bien qu'elle fût née à Babylone. — Erythrœa, quœ et nomen suum verum carmini insérait, et Erythrœam se nominatam iri prœlocuta est, cum esset orta Babylone. » (In^t Div., i, 6.)

Quant au morceau qui termine le livre III, c'est une supercherie des plus grossières. Nous ne le jugeons pas digne de figurer parmi

les oracles des sibyllistes alexandrins. M. Alexandre n'a pas hésité à reconnaître dans ce morceau les traces évidentes d'une interpolation. En voici la traduction :

« Celui qui m'a montré ce qui est d'abord arrivé à mes pères, et tout ce qui s'est passé au commencement, c'est Dieu. Tous les événements survenus ensuite, Dieu me les a mis devant les yeux, pour prophétiser l'avenir et le passé, et les révéler aux mortels. Lorsque le monde était submergé par les eaux, et qu'un seul homme juste fut choisi, et navigua sur les ondes avec des bêtes féroces et des oiseaux, dans une maison coupée dans la forêt, afin que le monde fût repeuplé, j'étais sa bru, j'étais sortie de son sang. C'est à lui que les premiers événements sont arrivés, et que tous les événements suprêmes ont été dévoilés. Ainsi, regarde comme vrai tout ce qui est sorti de ma bouche. »

Cette mention du patriarche Noé n'est pas aussi étrange qu'elle le semble de prime abord. Nous savons qu'une partie du livre d'Hénoeh est placée sous l'autorité de Noé. Il est évident que l'auteur de ces derniers vers a voulu imiter ce procédé. Mais, je le répète, si le patriarche était une autorité pour les Juifs, il n'en était pas une pour les Gentils. La supercherie ne nous paraît point avoir été commise par les sibyllistes judéo-alexandrins, d'ordinaire plus mesurés; mais plutôt par quelque chrétien, préoccupé de recommander les oracles autant à ses coreligionnaires qu'aux païens, et ne se rendant pas un compte exact des circonstances au milieu desquelles s'étaient produits ces oracles. Le secret et le mystère dont le Juif aimait à s'envelopper pesaient au chrétien, impatient de prédication ouverte et de prosélytisme au grand jour.

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