L'ESSÉNISME ET LA DOCTRINE ÉVANGÉLIQUE
Nous abordons la partie la plus ardue de notre fâche et la plus vive de la question, celle qui concerne les analogies entre le monachisme juif et le christianisme. Ici encore, il y a deux systèmes coniraires et extrêmes : l'un nie absolument la valeur ou la réalité de ces analogies ; l'autre les estime tellement considérables qu'il absorbe le christianisme dans le monachisme juif.
Laissant à d'autres le domaine de la révélation et mettant hors de notre examen tout ce qui touche à Tordre miraculeux ou divin, nous voulons rester fermement établis sur le terrain de la philosophie. Nous admetlrons donc tout d'abord que Finslitulion chrétienne, si l'on considère en elle le côté humain ] n'a pas échappé à la loi générale, d'après laquelle un fait ou un ensemble de faits ne se produit jamais sans antécédents et contient en germe des conséquences logiques. L'œuvre de Jésus-Christ, embrassée du point de vue philosophique, ne nous paraîtpas moins animée d'un esprit propre; elle a son but, sa raison
d'être. Bien qu'elle ait des points de contact et des liens de parenté avec le mosaïsme, avec l'essénisme, avec le monachisme alexandrin, avec l'école de Philon, même avec l'hellénisme, elle ne se confond avec aucune de ces choses. Elle est supérieure à toutes.
On est conduit par les rapprochements indiqués plus haut à penser que les Thérapeutes et les Esséniens ont une origine commune, et par suite à conjecturer que les établissements d'Hébron et du lac Maria ne sont pas restés sans relations. Les moines alexandrins propagèrent leur institution dans les colonies juives de la Grèce et de la Barbarie. Philon du moins l'atteste. Josèphe nous apprend aussi que les Esséniens avaient des adeptes dans plusieurs villes et bourgades de la Palestine. Si nous avions la preuve que saint Jean-Baptiste fut essénien et qu'il suivit, en se retirant au désert, un usage fréquent, nous pourrions affirmer que les rigueurs ascétiques en Palestine égalèrent les austérités des Thérapeutes. Mais nous ignorons si Jean fut affilié à la secte; cela paraît possible.
En voyant Jésus imiter l'exemple de Jean ; en rapprochant celte "pratique, qui semble commune aux prophètes de ce temps-là, de celle qu'on a observée chez quelques prophètes antérieurs ; en se rappelant que les Voyants d'Israël avaient des écoles, des établissements, sortes de séminaires ou de monastères^ destinés à leur préparation et à leur recrutement, on a conclu de ces considérations que les faits connus supposent beaucoup d'autres faits du même genre
60 LE MOMCHISME JUIF.
que l'histoire n'a pas signalés, et l'on s'est trouvé conduit à soutenir que la Judée a eu, comme i 'Egypte, ses Thérapeutes et sa Thébaïde. Opinion plausible, que le défaut de témoignages suffisants ne permet pas cependant d'accepter sans réserve.
Les conjectures sont allées plus loin : l'intervalle des quarante jours, durant lesquels Jésus vécut dans le désert, est un sacrifice fait à un nombre consacré par les Écritures ; cet intervalle cache le temps beaucoup plus long passé par Jésus dans la société de Jean l'Essénien, lequel l'initia aux doctrines de la secte. Après sa prétendue résurrection, Jésus se réfugie dans un monastère essénien, ce qui explique à a fois ses apparitions et le mystère de sa disparition définitive.
C'est là un tissu d'hypothèses hasardées, indignes de la gravité de l'historien.
L'irrésistible besoin d'expliquer quand même ce qui échappe à nos investigations excuserait un pareil excès, si le critique et le philosophe n'avaient pas le libre accès d'un terrain fécond en rapprochements solides et en déductions rationnelles : nous parlons des Évangiles et des documents laissés par Josèphe et par Philon sur le monachisme juif.
Le fond de la morale essénienne est le triple précepte qui commande « d'aimer Dieu, d'aimer les hommes, d'aimer la vertu l. » L'amour est le premier et le dernier mot de la morale évangélique. « Un des docteurs de la loi s'approcha de Jésus, pour le mettre
1 Philon; Tout homme de bien est libre.
LE MONACUISME JUIF. Gl
à Tépreuve, el lui dit : Rabbi, quel est le plus grand commandement dans la Loi? Jésus lui dit : Tu aimeras Dieu, c'est le plus grand des commandements. Le second lui ressemble : Tu aimeras ton prochain comme loi-même. Dans ces deux commandements sont résumés la loi et les prophètes \ » Jésus a supprimé le troisième'terme, l'amour de la vertu, précepte abstrait et parasite, qui répugne à la nature pratique de son enseignement. Pour le reste, il confirme la doctrine essénienne.
Chez les Esséniens, l'égalité préside à tous les rapports de la vie ; ils n'accordent, comme les Thérapeutes, de distinction qu'à la vieillesse et comptent l'âge par les années passées au sein de la secte. Ils ne reconnaissent ni inférieurs ni supérieurs, se servent entre eux et proscrivent l'esclavage comme une abomination ; ils ne confèrent qu'une seule charge, élective et d'une durée limitée : elle consiste, chez les Esséniens, 5 gérer les fonds de l'association, à subvenir à ses besoins, à héberger les vo\ageurs. « Les princes, dit Jésus, ont pouvoir sur leurs sujets-; » mais il n'entend pas qu'il en soit ainsi dans la société chrétienne : «Quiconque voudra se rendre supérieur aux autres devra se faire le serviteur de tous5. » Au sein de la première génération chrétienne l'égalité règne en souveraine, suivant cette parole de Jésus : « Ne vous faites pas appeler maîtres, vous n'avez qu'un maître ; quant à vous, vous êtes tous frères4. »
1 Mattti., xxi.
2 Luc, xxii.
5 Matth., xx.
4 Malth., xxin.
M l\l monacuisme îuïf:
Se cherchez pas a vous élever au-dessus de voire frère, dit encore l'Evangile.
L'Essénien. en entrant dans la secte, s'engage a ne pas user tyranniquement du pouvoir que la fortune lui confierait ; sans doute parce que la source de ce pouvoir est divine, car suivant la formule commune à saint Paul et aux Esséniens : « Tout pouvoir vient de Dieu1. » Tous les préceptes évangéliqucs de fraternité et d'humilité : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; — Abaissez celui qui s'élève, élevez celui qui s'abaisse : — ^~e donnez rien à l'ostentation et à la vanité, » sont formulés et mis en pratique par les Esséniens. Celui des Thérapeutes qui commente en assemblée l'Écriture le fait « sans souci de plaire, désireux d'être compris, préoccupé de comprendre, ne se prévalant pas sur ceux qui lui paraissent inférieurs en intelligence, parce qu'ils ont un désir d'apprendre égal au sien2. » Le jour où Jésus, plaçant un enfant au milieu de ses disciples, leur déclare qu'il faut devenir simple comme cet innocent pour entrer dans son royaume, il se rencontre jusque dans son langage avec la doctrine essénienne: l'obéissance et le respect à l'égard des anciens sont absolus chez les moines d'Hébron; « ils sont, dit Joséphe , comme des enfants dans la main d'un père". »
L'Essénien n'a d'autre famille que ses frères; le
1 Omnts poiestas a Deo, dit saint Paul. Voici la formule essénienne : Du yàp ciyv. Bsoù izepiyiv^dai tcvî tô Zy/jw. Josèphe; Guerr. Jud., t. H, p. 8.)
- Philon; Vie contrai] lat .
5 Josèphe; Guer. Jud., L II. ch. vin.
LE MOÎN'ACHÏSME JUIF. 05
Thérapeute abandonne femme, enfants, parents, amis pour la vie du cloîlre; le Fils de f homme n'a pas même un lieu où reposer sa têle ; « il n'a de père, de mère et de frères que ceux qui écoutent sa parole et font la volonté de Dieu l. »
La loi autorise le serment dans certains cas ; l'Essénien renchérit sur cette restriction : il évite le serment comme une faute plus grave que le parjure; son affirmation vaut la plus solennelle des formules2. Philon est d'accord avec Josèphe sur ce point tout spécial de la doctrine du monachisme juif3. L'enseignement de Jésus est conforme à cette doctrine : « Il a été dit aux anciens : Tu ne commettras point de parjure ; tu rendras au Seigneur les serments que tu lui auras faits. Et moi je vous dis de ne pas jurer du tout. »
11 y avait dans le mosaïsme un dogme capital : « Un seul Dieu, un seul Temple. » Symbole de l'idée monothéiste, seule image matérielle autorisée de l'Être suprême, ce temple honoré, enrichi, à travers une longue suite de siècles, par la vénération et la munificence des fils d'Israël de tous les pays, était le seul lieu dans lequel il fût permis de sacrifier, c'était le séjour redoutable que la présence du Très-Haut remplissait d'horreur et de majesté4. Les Esséniens, ces rigides observateurs de la loi, dont ils outre-passaient même la sévérité à propos du serment et du repos
1 Marc, m.
2 Josèphe; Guer. Jud., I. II, ch. vra.
3 Philon; Tout homme de bien est libre.
4 Philon; Légation à Caïus,
6i LE M0NACH1SME JUIF.
sabbatique, ne paraissent pas avoir accepté l'idée traditionnelle du temple et de l'efficacité des sacrifices qui s'y offraient. Pour éviter le scandale, ils y envoyaient néanmoins chaque année des prémices et des victimes; mais ils professaient que le sacrifice le plus agréable à Dieu, c'est la victoire remportée sur nos passions, c'est là prière, qui, de n'importe quel lieu, monte d'un cœur pur vers le trône du Seigneur. Jésus, de même, attache peu d'importance à l'effusion du sang des taureaux et des béliers ; il veut la purification du cœur et l'offrande de la vertu, « Un jour viendra, dit-il à la femme de Samarie, où Dieu sera adoré par toute la terre et non plus seulement sur les lieux hauts, car Dieu est esprit et vérité, et veut être adoré en esprit et en vérité. » Fidèle a cet enseignement, saint Paul disait au milieu de l'Aréopage : « Le maître du ciel et de la terre n'habite point dans les temples élevés par nos mains. » Un des principaux griefs mis en av?nt par les Juifs pour perdre l'Apôtre des nations, c'est qu'il blasphémait contre le Temple; ce grief figurait déjà dans l'accusation portée contre Jésus. Les chrétiens judaïsants se défendaient de mériter un tel reproche; mais on le voit se reproduire avec une telle persistance, on surprend dans les prédications apostoliques des traces si nettes de la tendance incriminée, qu'on ne peut guère conserver de doute à cet égard. Le premier des martyrs, le diacre saint Étienne, fut lapidé à la suite d'un discours dans lequel il s'était écrié : « Le Très-Haut n'habite pas dans les édifices élevés par la main de l'homme! » Ainsi, sur trois points capitaux, le serment, le
temple, le sacrifice sanglant, l'Évangile s'écarte ou s'affranchit de la loi ; et sur ces trois points l'Évangile est d'accord avec la doclrine essénienne.
On ne trouve dans les Évangiles que des indications très-sommaires sur la nature et les attributs de l'âme et sur le mode de l'existence ultra-terrestre. Cependant on rencontre chez les chrétiens des premiers temps des doctrines précises et détaillées là-dessus. C'est là une chose très-digne de remarque, et qui s'explique par le fait de la tradition orale venue de Jésus, et transmise, par l'intermédiaire de la génération apostolique, aux premiers docteurs de la loi nouvelle.
Quoi qu'il en soit, il y a un grand intérêt pour nous à constater chez les Esséniens l'existence de croyances absolument conformes aux croyances chrétiennes. Cette particularité de la doctrine essénienne a vivement frappé Josèphe. « Chez les Esséniens, ditil1, s'est établie l'opinion que les corps sont périssables, que leur matière peut être anéantie, mais que les âmes sont impérissables. Sorties des plus pures régions de l'éther, elles ont été enfermées dans les liens du corps comme dans une prison ; elles sont attirées à former ces nœuds par un charme naturel. Quand elles sont débarrassées des liens de la chair, comme si elles étaient affranchies d'un long esclavage, elles s'envolent joyeuses dans les espaces. Suivant une croyance conforme à celle des Grecs, les âmes pieuses ont un séjour au delà de l'Océan, que ni la neige, ni les pluies, ni la chaleur n'attristent et
1 Josèphe; Guer. Jud.f 1 lï.
n'incommodent, mais que réjouit un doux zéphyr soufflant agréablement de la mer. Quant aux âmes des impies, ils les relèguent sous terre, dans un antre obscur, glacé, théâtre de supplices éternels. »
Nous n'avons qu'une parole bien brève de Jésus à mettre en regard de ce passage : « Les méchants, ditil, iront au supplice éternel, et les bons à la vie éternelle.,. Le ver qui ronge le méchant ne meurt pas. » Mais si l'Évangile ne s'explique pas sur la nature de l'âme, il indique du moins nettement son immortalité par l'éternité du supplice infligé aux méchants, et la perpétuité de la jouissance accordée aux éluse Ailleurs, Jésus envoie les réprouvés au feu éternel. Au lieu du séjour ténébreux et glacé qui figure dans la tradition essénienne, il s'agit donc dans l'Évangile d'un séjour torride. Le supplice est différent, mais la doctrine s'accorde de part et d'autre sur deux points d'une importance supérieure : l'immortalité de l'âme et l'éternité du châtiment ou de la récompense. La vie des bienheureux est dépeinte dans l'Apocalypse1 en des termes qui se rapprochent beaucoup du texte de Josèphe : « Les justes sont devant le trône de Dieu, où désormais ils n'auront plus ni faim ni soif et ne souffriront plus des ardeurs du soleil. »
Le christianisme professa le dogme de la résurrection des corps, admis par les pharisiens et repoussé comme hétérodoxe par les sadducéens. Nous savons que les Esséniens croyaient à la résurrection '2. Nous
1 Ch. vi.
2 Dans la seconde partie du volume, l'étude du Livre d'Enoch nous renseignera plus complètement sur les opinions eschatologiques ayant cours chez les Juifs durant les deux siècles avant notre ère.
LE MOMCTIÏSME JUIF, G7
n'avons aucune preuve directe que les Thérapeutes aient professé sur l'âme, sur la vie ultra-terrestre, sur le paradis et l'enfer, sur l'éternité des peines, les opinions des Esséniens. En considérant sur une foule d'autres points le parallélisme soutenu des doctrines des deux sectes, on peut seulement supposer, sans invraisemblance, que ces opinions leur étaient communes. Quelle était là-dessus la doctrine de Philon et de son école? Il est difficile de le présumer. Nous ne connaissons qu'un seul passage clans les œuvres du philosophe qui se rapporte à ce sujet d'une manière indirecte : « La mort du méchant est pour la justice de Dieu le commencement du châtiment 1 . » Il n'y a là rien qui autorise à admettre l'éternité du supplice.
Comme l'Essénien, Jésus méprise les richesses et glorifie la pauvreté. Il recommande l'abandon des biens comme une perfection de pratique. « Ne vous inquiétez, répète-t-il à ses disciples, ni de la nourriture ni du vêtement. » — « Vendez ce que vous avez, dit-il aux foules, et répandez-le en aumônes; ayez des sacs qui défient la vétusté, et faites-vous au ciel des trésors qui ne vous manqueront jamais. » Il conseille à un pieux Israélite, rigide observateur de la loi, qui aspire à la perfection, de vendre tous ses biens, de les donner aux pauvres, et de se mettre à sa suite. Il plaint les riches, car leurs richesses font obstacle à leur entrée dans la cité de Dieu. Voilà un enseignement bien net et une série de préceptes bien catégo-
1 Philon; Des sanctions de la loi.
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riques. Jésus avait formé autour de lui une association dont les ressources élaient communes; Judas y représentait le trésorier du couvent essénien : c'était lui qui portait la bourse et la besace. Après la mort du maître, ces usages se maintiennent: les disciples s'organisent à Jérusalem sur le plan d'une confrérie essénienne ; « ils mettent tout en commun, vendent leurs biens et les partagent entre tous, suivant le besoin de chacun. » En constatant des mœurs semblables chez les Thérapeutes, Eusèbe1 y voit une preuve évidente de leur christianisme. Il en faudrait dire autant des Esséniens.
« Ceux des Esséniens qui voyagent, quand ils arrivent dans un monastère de la secte, ont tout à leur disposition ; on traite ces passants, que Ton n'a jamais vus, comme des amis intimes. Lorsqu'ils se mettent en chemin, ils n'emportent aucune provision ; dans chaque monastère, il y a une personne chargée du soin des hôtes, qui leur fournit la nourriture, l'abri, le vêtement, tout ce qui leur est nécessaire2. » On dirait que Jésus veut faire passer ces usages dans la société qu'il fonde, quand il recommande aux disciples de « n'emporter en voyage ni or, ni argent, ni monnaie d'aucune sorte dans leur ceinture, ni besace, ni tunique, ni chaussure de rechange, ni bâton ; de demander, là où ils arrivent, la demeure d'un homme de bien, et d'y rester jusqu'à leur départ3. »
1 Hist. Eccîesiastic. , 1. II.
2 Josèphe; Gner. Jitd., I. II.
5 Matth., x.
LE MÔNACIITSMÈ JUIF. 6
Chez les Esséniens, le repas est Pacte religieux par excellence, la partie lapins importante du culte ; c'est un témoignage de reconnaissance envers le Père céleste, de qui nous tenons tout, c'est le symbole de la fraternité humaine. Avant de se mettre à (able, ils procèdent à des ablulions mystiques, signe de la pureîé du cœur qu'ils apportent au saint banquet. Ils se revêtent d'habits blancs dans le même but. Avant de manger, ils prient. Après la prière du président, qui appelle la bénédiction divine sur les aliments, le pain est rompu. Pendant le repas, la conversation roule sur des sujets propres à instruire, à inspirer l'amour de la piélé et de la vertu. Chez les Thérapeutes, nous retrouvons ce même festin mystique, entouré de pompes et de cérémonies spéciales. Jésus, de son côté, établit parmi les siens l'usage du repas commun ; il leur recommande instamment, dans un moment solennel, de le conserver en mémoire de lui. Jésus prie avant de manger; il bénit le pain avant de le rompre. Celte habitude le révèle aux disciples, à Emmaùs, après sa résurrection. D'où venait aux Esséniens et aux Thérapeutes ce rite, adoplé par le christianisme ? Nous ne saurions le dire. Philon croit y reconnaître un souvenir et un symbole de la table des pains de proposition1.
Les rigueurs ascétiques furent en honneur dans l'Église primitive de Jérusalem. On a dit2 que cette Église eut un caractère prononcé de monachisme ; nous ajouterons : et d'Essénisme. La continence y fut
1 Vie contemplât.
2 M. Renan ; Les Apôtres, p. 75 et suiv.
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considérée comme la première des vertus ; le célibat y parut le plus conforme à la sainteté et le plus compatible avec la perfection. Les Esséniens professaient de même qu'il se faut garder de l'impudence effrontée des femmes. « La femme, disaient-ils, ne peut s'astreindre au seul commerce de son mari ; elle l'enlace de ses filets, l'asservit par sa langue, le séduit par ses charmes1. »
Les chrétiens, qui plus tard mouraient dans l'arène en confessant leur foi, purent s'inspirer de l'exemple des Esséniens, qui, dans les guerres de Judée, bravèrent leurs bourreaux et marchèrent au supplice avec le sourire aux lèvres. « On les vit torturés, dépecés, brûlés, pour les obliger à renier leur règle ou à manger quelque chose de prohibé. Rien ne put les y contraindre. Ils donnaient leur vie avec joie, comme s'ils avaient eu le ferme espoir de revivre aussitôt2. » De même, le martyr chrétien mourra invincible, enveloppé dans sa foi, l'œil levé vers les cieux, où il entrevoit les splendeurs d'une vie bienheureuse et sans fin. « Voilà, s'écrie Philon, les athlètes de vertu que nous formons, sans avoir besoin de recourir au langage raffiné et à l'emphase des Grecs3. » Cet éloge s'appliquerait exactement au christianisme.
1 Philon ; fragment cité par Eusèbe [Prœparat. Evang., 1. VIII).
2 Josèphe; Guer. Jud, 1. II.
5 Tout homme de bien est libre.