‹ Mois de MarieChapitre 11 sur 48 · I. Considérez l'intérieur de cette maison, et · texte numérisé non relu

I. Considérez l'intérieur de cette maison, et

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voyez y tout le monde travailler. — Marie, un peu à l'écart, s'occupe à faire ou à réparer quelque vêtement, ou bien à préparer le repas. — Joseph, et, sous ses ordres, Jésus, son apprenti, travaillent avec ardeur à scier du bois, à faire ou à réparer quelque meuble pauvre et simple... Contemplez cette douce image, et tâchez d'entrer dans leurs cœurs, pour voir quelles pensées, quels sentiments les animent ; et, pendant que vous reposez vos regards, tantôt sur, l'Er.fant, tantôt sur sa Mère, ou sur le bon saint Joseph, vous pourrez occuper votre esprit de quelques réflexions utiles.

Par exemple : quelle merveille qu'un Dieu ne soit occupé qu'à ce vil travail, pendant tant d'années ! et quelle étrange destinée pour le Sauveur des hommes! Qui jamais aurait conçu, imaginé, proposé un pareil plan!... Si nous avions été appelés au conseil de Dieu même, et si l'on nous avait dit: Les temps sont accomplis; les Cieux vont enfin répandre leur rosée^ la terre va bientôw enfanter son Sauveur; le Verbe éternel va descendre et habiter avec les hommes, il ne restera que trente-trois ans dans ce monde... Quelle doit être sa vie, quelle destinée convient-il de faire à ;e Dieu-homme? Je ne crains pas d'affirmer qu'il a'y a pas un seul de nos lecteurs, qui aurait jamais proposé de le cacher ainsi, pendant trente ans,

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dans Tatelier d'un pauvre charpentier, et de lui faire apprendre cet état.

Les uns en auraient voulu faire un grand général, un conquérant... et lui auraient dit de ceindre l'épée et de marcher à la victoire, de soumettre le monde à son empire... Accingere gladio iuo, pofentissime.., intende , prospère procède et régna. (Ps. xuv, 4,5.) — D'autres, mettant plutôt la force dans la lumière de la vérité et dans la puissance de la parole, auraient voulu le faire triompher de tous les cœurs par le charme de sa divine éloquence. ..0 hommes superbes, esprits fiers el ambitieux, allez donc à Nazareth, et vous verrez comment un Dieu a voulu guérir la grande plaie de votre àme, et détruire la cause de tous les péchés qui ont souillé la terre : l'orgueil, l'amour de la gloire !

Ces humihations excessives de Jésus sont si loin de la pensée des hommes, qu'il y a des peuples entiers à qui on ne pourrait en confier le secret ni révéler ce mystère. On les. éloignerait pour toujours de la foi. Ainsi les Japonais n'auraient jamais pu porter cette parole, au témoignage de Xavier leur apôtre, a Je me garderais a bien de leur dire, écrivait-il à saint Ignace, tt que Jésus a été un simple ouvrier sur la terre. « Ils sont si fiers et si orgueilleux, que jamais ils

« ne consentiraient à l'adorer. Plus tard, quand « ils auront peu à peu appris à le connaître, je « leur dirai cette page de l'Évangile. y> Et défait, ils l'ont si bien comprise depuis, qu'ils se sont trouvés heureux de souffrir toutes sortes d'oufrages pour le nom de Jésus-Christ, et de mourir martyrs pour sa gloire.

Mais qu'avons-nous besoin de parler des infidèles? Il y en a tant, parmi les chrétiens môme, qui se sont scandalisés des anéantissements du Verbe fait homme! Que dis-je?... il y a même des saints, qui, malgré ces grandes leçons et les exemples de Nazareth, ont encore rougi de la pauvreté de Jésus-Christ,... rougi d'avoir pour père un simple artisan, pour parents un pauvre ouvrier!.. Et quels saints, ô mon Dieu!... Un saint Vincent de Paul lui-même, si humble d'ailleurs!

On assure qu'un jour, comme il se trouvait dans la compagnie de personnes nobles et opulentes, on vint lui annoncer qu'un de ses parents demandait à lui parler. C'était un pauvre villageois mal Yêtu, et le premier mouvement de Vincent fui de faire semblant de ne pas reconnaître cet homme. Nous devons ajouter qu'ensuite il triompha généreusement de ce sentiment de honte, et qu'il présenta son neveu à la société qui l'entourait.... et tout le monde admira cet

acte d'humilité : les historiens le rapportent comme une victoire superbe, un triomphe éclatant sur l'orgueil, un acte héroïque !... Oh ! qu'il faut que ce vice nous ait profondément blessés !.. Mais voyez donc, voyez Jésus ; il n' a pas rougi de Joseph, jamais! il passait pour son fils, parce qu'il travaillait toujours avec lui. Et putabatvr films Joseph. (Luc, m, 23.) Nonne hic est faber... et fahri filius ? On disait de lui : N'est-ce pas l'ouvrier, le fils du charpentier Joseph ?

Maintenant, il faut au moins consacrer encore quelques lignes à celte douce contemplation. Voyez-le travailler avec son père, et méditez une belle parole de sahit Jean Chrysostome : 0 prodige, dit-il, Celui dont les mains puissantes ont arrondi en un jour la sphère des Cieux... Celui dont le regard a creusé en un instant les abîmes profonds des mers, travaille et sue pour faire le cercle d'une roue, ou pour percer quelques ais de bois... 0 merveille, ô dessein étonnant d'un Dieu I... Ces exemples touchants finiront peutêtre par nous guérir de notre folle ambition ! Un Dieu, trente ans charpentier! Et il savait bien qu'il n'avait que trente-trois ans à passer sur la terre !

II. Vous tâcherez, ensuite, d'entrer dansle cœur de Jésus, pour en étudier les sentiments, et ap-

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prendre à l'imiler dans les heures de travail. D ]k est de foi que, par ces actes si petits en apparence, ' le Fils de Dieu glorifiait son Père et rachetait le monde, comme il a été dit dans la méditation précédente. Le travail de Jésus était une véritable et fervente prière, un sacrifice d'adoration parfaite et d'expiation.

Nous apprendrons, en le contemplant, à travailler d'abord, et puis à sanctifier le travail.

L'homme est né pour travailler, comme l'oiseau pour voler. Dieu avait mis une sfloire et un bonheur dans le travail, même aux jours d'innocence, et nos premiers parents devaient y trouver une douceur infinie dans le jardin des déUces. Depuis le péché, le travail leur a été imposé comme une pénitence, il est vrai, mais dans sa miséricorde le Seigneur a daigné répandre des charmes sur l'accomplissement de ce devoir essentiel.

V y a pourtant sur la terre une foule d'hommes qui ne travaillent pas, et qui vivent dans une honteuse et coupable oisiveté ; il y a des hommes qui perdent et qui tuent même le temps, et le temps est si précieux! C'est un vrai malheur de perdre le temps ; mais le tuer, c'est un crime.

Examinez ici votre conscience; interrogez votre vie; et voyez combien d'heures vous perdez dans un jour, combien de jours dans un mois, et

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peut-être combien d'années vous avez déjà perdues !... elles sont comptées cependant, et, pour tout le monde, il suffît de deux chiffres pour en exprimer le plus grand nombre. Travaillez donc, 5 moucher lecteur, qui que vous soyez : hommes; c'est votre gloire; femmes, c'est votre force ! et au livre de la Sagesse, Dieu même vous Ta révélé dans un tableau magnifique ; ce tableau est la douce image de Marie à Nazareth.

Mais il y a un autre malheur tout aussi triste, c'est de travailler en vain ; c'est de perdre le fruit éternel de tous les travaux de la vie, parce qu'on ne sait pas sanctifier le travail; et il serait pourtant si facile à un grand nombre d'hommes de faire leur salut et de mériter une gloire immense dans les Cieux !... Il suffirait d'une petite prière qui consacrerait à Dieu dès le malin les travaux du jour; et la vie entière serait pleine démérites...

Oh ! combien de fois, en voyant la multitude de ces bons et pauvres ouvriers circuler dans les rues de la capitale, j'ai éprouvé le désir de leur dire •qu'ils pourraient devenir des saints, et les rois du ciel, les riches de l'éternité. i\lais hélas ! il y en a si peu qui pensent à Dieu, à leur àme, au ciel! La plupart ne travaillent que pour la terre. Il y en a même beaucoup qui offensent le Seigneur

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au milieu de cette action sainte du travail, en blasphémant à chaque instant le nom qu'ils devraient bénir ; et tant d'autres, qui l'outragent en travaillant encore le jour qui lui appartient ei qu'ils devraient garder et donner à son service. Que cela est triste à penser !.. Le prêtre, témoin de ce malheur, ne peut s'empêcher de verser des larmes.

Pour vous, mon cher lecteur, vous aurez appris, à Nazareth, à travailler et à sanctifier votre travail.... et peut-être que le zèle vous inspirera quelques moyens un jour pour donner ce secret à des âmes simples et pures, à qui il ne manque vraiment que cette lumière pour s'élever à une haute perfection.... Travailler pour Dieu, c'est prier et aimer, comme Jésus, Marie, Joseph, à Nazareth.

Finir cet exercice par un triple colloque à Jésus, Marie, Joseph, comme hier, et pour obtenir la même grâce de lumière et d'amour.

Virgo fidelis, Vtrgo prudentissimaf

Ora pro nobis.

NAZARE'ia (troisième TABLEAU),

Et Jésus proficiebai sapi''ntiei etaetaie, et gratia, apud Deuru et homines.

Et Jésus jirandissait en âge et en sagesse, et .'.ans la grâce, aux yeux de Dieu et des hommes.

i^Luc, H, 52.)

Nous avons déjà trouvé tant de lumière et de grâces à Nazareth; nous y avons admiré tant de douces et divines vertus, qu'il nous est impossible de ne pas y revenir encore. 3Iais cette fois nous allons entrer dans cette petite maison, et nous y passerons un jour entier, pour étudier à loisir les caractères et les plus intimes secrets de la sainte Famille. — Quelle paix! mais quelle perfection dans cette vie cachée en Dieu !...

Trois mots ont suili à l'Esprit-Saint fOur raconter rhistoire de ces trente ans : Jésus obéissait, Jésus Iravaillait, Jésus grandissait. — Erat tubditus, faber, profîcieboJ. — Les deux premiers ont été médités avec soin. Je ne ferai qu'une simple réflexion pour expliquer le dernier, et nous

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entrerons aussitôt clans le sujet de la contemplation d un jour à Nazareth.

Proficiebaf ; et Jésus s'élevait, grandissait ec sagesse... Cette parole a besoin d'être expliquée, il n'y a pas eu, il ne pouvait y avoir pour Jésus- Christ de progrès réel dans la vertu, dans la sagesse, dans la grâce. Toujours saint, infiniment saint et parfait, il n'a pu croître en ce sens... L'expression de saint Luc, Pue?^ crescebat.., pro* ficiebat, ne doit donc pas ôtre prise à la lettre, si ce n'est pour l'âge et le nombre des années. Cela veut dire que Jésus avait et révélait aux yeux des hommes toutes les qualités d'un enfant de son âge, sans avoir aucun des défauts de ce même âge. Mais enfin, puisqu'il est écrit que ce progrès était sensible aux yeux des hommes, Coram Deo e(: hominibus, il faut que nous puissions encore aujourd'hui reconnaître en quoi ce progrès a pu être remarqué.

Pourle découvrir plus facilement, nous n'avons qu'à prendre les deux extrêmes, le commencement de sa vie mortelle et la fin ; nous serons étonnés et charmés de cette étude, et nous verrons un progrès frappant, bien qu'il ne soit en réalité qu'apparent dans un Dieu... Ainsi, pour me servir d'une comparaison très-inexacte, mais vraie en un seul point, notre œil ne peul voir

grandir une plante, un arbre, en un jour, en une heure, mais si l'on vient à comparer d'une année à une autre année, on voit bien la différence, et l'on dit tout étonné : Oh ! comme il a grandi i Examinez donc les commencements et le terme, et, atin de rendre cette observation plus saisissante encore, ne portez votre attention que sur un seul point, c'est-à-dire sur une seule vertu, celle qui nous a frappé le plus à Nazareth, l'obéissance...

Voyez l'obéissance de Jésus *à Nazareth... et voyez celte vertu au Calvaire, à la mort de la croix... Ne vous semble-t-il pas qu'il y a quelque progrès, et qu'il était plus difticile d'obéir aux bourreaux qui lui ordonnaient de se coucher sur la croix et de donner sa main, qu'à Marie qui lui disait de se mettre dans son berceau?... Donc une vertu est en progrès, quand elle approche de la croix , quand elle vit de sacrifice et de mort. D'après cette notion, voyez si vous avez avancé ou reculé dans la vie de la grâce, si vous approchez delà perfection... et, si vous trouvez que vous ne savez pas vous vaincre, que vous craignez les sacrifices, que vous avez horreur de la croix, soyez sur que vous n'avez pas fait de progrès. C'est là toute la règle. Tanium proficies quantum tibi ipsi vim intuleris. {Imit.)

Mais hàtons-nous d'entrer dans le sujet princi-

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pal de celte contemplation : Un jour à Nazareth, Voir et entendre Jésus, Marie, Joseph... Profiter de tout ce que nous verrons, pour apprendre à Dien sanctifier nos actions ordinaires.

I. Le lever à Nazareth. Un simple regard sur le divin Enfant suffira pour nous dire ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut faire en ce moment, d'où souvent dépend tout le jour. Avec quelle promptitude et quelle modestie parfaite il quitte le lit du repos, où son cœur a veillé I... Mais surtout avec quel amour il donnait aussitôt ce cœur à Dieu son Père ! Et il y a des hommes, des chrétiens qui n'y pensent jamais!... Voyez donc et imitez cet exemple de la sainte Famille. Reprenez cette habitude pendant ce beau mois de Marie ; donnez votre cœur à Dieu, le soir et le matin.

II. Laprière à Nazareth. Voilà un des plus beaux lableaux que la foi puisse offrir à la piété : Jésus, Marie, Joseph en prière... Vous contemplerez d'à' bord leur attitude, et puis vous entrerez dans leur cœur. Quel respect, quels regards et quelles larmes d'amour !

On avait demandé à un jeune et pieux artiste une esquisse de ce sujet ; la prière à Nazareth, avec l'intention d'en faire un jour un grand ta-

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bîeau pour une communauté religieuse ; il présenta, quelques semaines après, plus de trente projets plus touchants les uns que les autres... Tantôt il réunissait les trois personnes de la sainte Famille, comme pour la prière commune; tantôt il les montrait séparés , isolés et priant chacun à l'écart et avec les sentiments divers d'adoration profonde, ou d'amour... Vous pourrez exercer votre intelligence à composer, pour ainsi dire, ces mêmes sujets et à étudier vos modèles.

On se plaint toujours de distractions dans la prière ; mais ce serait déjà honorer le Seigneur que de se tenir humblement en sa présence et dans le silence de l'adoration, immobile ou les yeux baissés... Voyez un pauvre, est-ce qu'il ne prie pas bien, quand il se présente à vous l'œil timide ou plein de larmes, et la main tendue?... Est-il nécessaire qu'il parle pour vous toucher?... Voyez donc prier Jésus, Marie, Josepb, et vous saurez tout ce qu'il faut éviter : ces airs inquiets, ces regards curieux, cette mollesse da!]s l'attitude, cette légèreté ou cette négligence coupable et irrespectueuse, qui indique toujours un défaut d'attention, de foi et d'amour.

Puis, pour apprendre à faire bien, même la prière vocale, vous pourrez vous représenter aujourd'hui que la sainte Vierge invite le divin En-

tant à récffer la prière à haute voix devant vous. Écoutez donc et voyez comment Jésus dit : Notre Père... Oraison sublime, que sans doule il révéla à Marie et à Joseph, avant de l'avoir apprise à ses disciples. Écoutez, et vous éviterez désormais la précipitation, l'inattention, et les distractions. Vous comprendrez, vous sentirez ce que vous dites à Dieu.

III. Ze travail à Nazareth prenait une grande partie du jour. Tout le monde y travaillait avec ardeur, et avec les vuesles plus pures, les intentions les plus sublimes. Mais comme nous avons déjà fait une méditation entière sur ce sujet, et que nous ne pouvons, pour ainsi dire, qu'indiquer les autres occupations du jour, nous ne reviendrons plus sur cette douce contemplation. Nous nous bornerons à remarquer en passant quel ordre admirable, quelle propreté règne partout dans cette pauvre petite maison de Nazareth... C'est le fruit du travail de tous les membres de la famille sainte. Mais nous devons surtout l'attribuer à Marie ; c'est la femme forte dont le roi Salomon a fait le portrait touchant : elle règle et ordonne tout, elle prévoit toutes choses, c'est d'elle que tout dépend, sur elle que tout repose ; en un mot, et comme le dit un beau proverbe, elle est là vraiment la femme qui fait la maison.

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IV. Le repas à Nazareth. C'est encore une scène ravissante et très-Tariée. Nous apprendrons en la contemplant ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut faire, pour être agréable à Dieu. La prière précède toujours, et elle terminera le repas frugal; la tempérance y préside; la douce charité, la simplicité même, assaisonnent les mets ; toutes les vertus élèvent et sanctifient cette action naturelle ; tout y est divin. Il suffirait, dit saint Ignace, de se figurer qne l'on est à table avec Jésus et sa sainte mère, pour n'avoir jamais rien à se reprocher dans les repas... que dis-je?... pour nourrir son âme de la grâce divine, cette force et cette vie du Ciel, pendant que l'on donne au corps la nourriture de la terre.

Telles étaient lesprincipales actions dontse composaient les jours ordinaires de la sainte Famille. On peut les réduire à trois principaux sujets : prière, travail et repas. 3ïais vous remarquerez que je n'ai fait qu'indiquer à grands traits, comme une esquisse de ces tableaux charmants, sur lesquels une âme fidèle aimera souvent à reporter ses regards pendant le mois de Marie... Ce n'est encore que le premier point, voir, contempler; et déjà nous avons atteint les limites que nous nous sommes prescrites pour les lectures de chaque jour.

Nous n'ajouterons donc que deux mots sur le second point : entendre. Et d'abord, le silence ' Vous admirerez le silence de Nazareth. On y parlait peu, parce qu'on y priait beaucoup ei qu'on y trayaillait sans cesse. Joseph, dit un pieux auteur, parlait très- peu, la sainte Vierge Marie, encore moins, et Jésus ne parlait presque point. Aimez le silence, qui conserve une âme dans le recueillement, et le recueillement est nécessaire pour la méditation.

Que si l'on parlait à Nazareth... comment et de quoi? La réponse à cetfe question vous apprendra aussitôt tous les défauts que vous devez éviter, et qui se trouvent presque toujours dans les conservations du monde : les paroles inutiles, vaines, légères ou piquantes ; ces discours frivoles où la vérité, la charité et même la modestie sont si souvent blessées. — Mais quelle douceur ! quelle piété sainte alimentaient les rares entretiens de Ja sainte Famille! Ou n'y parlait que des mystères du royaume de Dieu, et c'est à Nazareth surtout que nous pouvons dire que les conversations étaient toutes dans les Cieux.

Approchez doucement et écoutez parler Jésus, Marie, Joseph, — ou, si vous l'aimez mieux, seulement la Mère et l'Enfant, pendant que Joseph, fatigué du travail de la matinée, prend un peu de

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repos... Prêtez l'oreille à ces comaïunications divines... Oh ! si un jour vous venez à faire un grand silence dans votre âme, et si, dans ce silence, vous pouvez entendre parler Jésus à Marie... quand il lui révélait ses douleurs, et ses mystères de gloire ; quelles grâces de lumière et de force vous pourrez recevoir en un instant !

Une autre fois, pendant que vous serez livré à cette douce contemplation, vous entendrez Marie chanter son cantique sublime, le Magnificat ^ sans interrompre son travail ; mais Joseph suspend tout à coup la hache, et Jésus, levant les yeux ai/ ciel, écoute ravi... Je vous assure que jamais une harmonie aussi touchante, jamais une si céleste mélodie n'aura frappé votre oreille ; et vous serez étonné de toutes les choses admirables que vous trouverez, ce jour-là, dans le chant de la Vierge si humble et si reconnaissante.

Puis, vous pourrez supposer qu'un pauvre vient frapper à la porte de la petite maison, et demander la charité... Écoutez comme on lui parle. — Ou bien c'est un riche qui entre brusquement dans l'atelier pour commander un travail à Joseph... Il parle haut, et Joseph répond avec timidité.

Je ne finirais jamais, si je voulais exposer tout ce que l'àme recueillie peut voir et entendre dans

cet exercice... et je comprends qu'il y ait des religieux, des prêtres, des évoques même qui ne peuvent plus sortir de Nazareth ; parre qu'ils y trouvent toujours une abondante nourriture de grâces, toutes les lumières et toutes les vertus... Ces âmes saintes y reviennent sans cesse... J'en connais qui depuis douze, quinze ans n*ont pu s'éloigner de cette petite maison, où ils demeurent en qualité de serviteurs ou d'humbles servantes, et c'est pour eux une gloire, un bonheur tout céleste d'aimer à n'être rien, à être méprisés de tout le monde avec Jésus et pour Jé^us !

Eh bien ! vous, qui me lisez, aujourd'hui même, présentez-vous avec ce sentiment et ce désir à Joseph d'abord, puis à Marie et enfin au divin Enfant. Dans vos trois colloques vous demanderez avec instance celte grâce d'être admis dans la maison, comme un petit serviteur. Il n'y en a pas, voyez-vous, à Nazareth '....Vous promettrez d'être bien sage, bien obéissant et bien fidèle. Heureux celui qui con}prendra, et qui priera avec désirs! Heureux surtout celui qui obtiendrait cette faveur ! Vivre caché à Nazareth, avec la sainte Famille, ce serait le ciel sur la terre.

Ave Joseph ! Ave Maria I — Anima Christi,,» Domus aurea I Ora pro nobis I

DIX HUITIEME JOITR.

lES NOCES DE CANA.

Nnptia'i factae sunt in Cana Or*' lilaeae, et erat mater Jesu ibi. Vo catus est autem et Jésus. , , ad nuptins.

Vers ce temps-là, on faisait des noces à Cana en Galilée, et la mère de Jésus était là.... Et Jésus fut aussi invité aux noces.

[Jean, ii, 1, 2.)

Nous allons continuer le texte sacré, sans y changer un seul mot; c'est la meilleure manière de donner le sujet de >a méditation. Les réflexions que nous ferons ensuite découleront tout naturellement du récit évangélique.

Jésus et Marie assistaient donc à ce repas de noces, et, « le vin ayant manqué, la Mère de Jésu? « lui dit : Ils n'ont plus de vin. Mais Jésus lui dit : «Mon heure n'est pas encore venue... Sa mère « dit aux serviteurs : Faites tout ce qu'il vous dira, a Or il y avait là six vases de pierre contenant « chacun deux ou trois mesures. Et Jésus leur « dit : Emplissez ces vases d'eau, et ils les empli- • rent ; et Jésus leur dit : Versez maintenant et

u portez-en à l'intendant, et ils lui en portèa rent... » et elle était changée en vin... Et par « ce premier miracle à Cana de Galilée, Jésus « manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en « lui. »

Quel style, quelle simplicité! et que de réflexions saintes se présentent à l'esprit, quand on lit celte page avec un cœur droit ! Quel bonheur pour cette famille d'avoir eu Jésus et Marie, en ce jour si solennel d'un mariage ! quelle gloire pour les jeunes époux ! Mais sans doute que ce n'était pas une famille bien riche. Le peu d'importance de cette localité, et l'incident de la fin du repas semblent assez l'indiquer au lecteur attentif.

Nous saisirons cette occasion pour dire deux mots utiles : P Sur la puissance de Marie qui nous est révélée en même temps que celle de Jésus; 11° sur les mariages et les noces de nos jours, où il arrive si rarement que Jésus et Marie soient invités.

I. La puissance de Marie nous apparaît dans ce premier miracle de Jésus, et de la manière la plus éclatante. Déjà on peut dire que rien ne pourra jamais résister à sa prière. Omnipotentlia supplex... On voit que jamais son divin Fils ne pourra rien lui refuser.

Réfléchissez un instant sur le texte que vous venez de lire, et voyez ce qu'elle demande, et comment elle parle. D'autre part, voyez lesobatacles qui semblent s'opposer au désir qu'elle manifeste. 11 s'agit vraiment d'une chose assez peu importante ; tout au plus d'épargner à la famille des jeunes époux une légère humiliation, parce qu'on aurait manqué de vin, à la fin d'un repas...

Et qu'a fait Marie, qu'a-t-elle dit pour obtenir ce miracle ? Un mot, mais un mot si simple qu'on n'y voit pas môme l'accent d'une prière ni l'expression d'un désir. CependantJésus, qui a vu et compris la pensée de sa mère, paraît d'abord vouloir refuser... il donne même une raison trèsgrave de ce refus : l'ordre des décrets éternels semblerait s'opposer à ce qu'il révèle sitôt sa gloire au monde; son heure n'est pas encore venue....

Eh bien !... Que va donc faire maintenant et qiic va dire Marie ? Prier de nouveau, conjurer son Fils ?... Ah ! elle connaît trop bien la tendresse de Jésus, et sa propre puissance : elle sait qu'on ne peut lui refuser ce qu'elle a demandé ; elle se contente d'ajouter aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira. » Et le miracle a lieu aussitôt. Jésus a changé l'eau en vin, et ce vin miraculeux surpasse tous ceux qui avaient été servis jusqu'à ce moment aux personnes de la

noce, comme le remarque l'intendant du tcstin.

Avec les saints Docteurs de l'Église, qui ont interprété ce texte de l'Évangile, nous ne pouvons nous empêcher d'en conclure que la puissance de Marie est sans limites, et que notre confiance en elle doit être sans bornes. Que peut refuser un fils à sa mère, mais surtout un fils qui est Dieu, et à une telle mère? Demandez-lui donc tout ce que vous voulez, toutes les grâces qui vous sont nécessaires ; parlez à son cœur, comme on paile à une mère, et elle parlera pour vous à Dieu, comme on parle à un enfant. Vinom non habent... ils n'ont pas de \\n.,, Quodcumque dixerit vobiSj facîte. (Jean, n, 5'} Faites tout ce qu'il vous dira... Il n'y a qu'à changer les mots... ils n'ont pas de forces, de patience, de pureté, de foi ; ils n'ont plus d'e;*pérance... ils n'ont pas de santé... et Jésus, touché de la prière de Marie, dira : Donnez-leur ce qu'ils désirent, qu'il soit fait comme vous l'avez demandé !

Aussi bien, il n'y a pas de prodiges qu'elle n'ait obtenus pour ses enfants chéris et ses fidèles serviteurs. Pour eux, la flamme a perdu ses ardeurs; les eaux s'affermissent sous leurs pas, toutes les maladies ont été guéries ; la mort même a vu ses dards brisés, et la tombe a rendu plus d'une victime! Dans un ordre supérieur, que de

miracles pour sauver et consoler les âmes! que de victoires remportées sur l'enfer!.. Il a suffi de prononcer son nom béni pour mettre en fuite le cruel Satan, et rendre la paix du Ciel à des cœurs que ce perfide s'apprêtait à dévorer.

Pour reconnaître la puissance et la bonté de Marie, on lui a donné partout les noms les plus doux... Partout on lui a élevé des sanctuaires, consacré des autels. Sa puissance se révèle par des bienfaits, et son culte partout est une prière d'amour et de reconnaissance. Vous l'invoquerez donc toujours avec confiance, surtout pendant ce mois béni. Vous irez souvent la prier dans quelqu'un de ses sanctuaires vénérés, et là vous trouverez toutes les grâces qui vous seront nécessaires... Vous serez toujours exaucé aux pieds de Notre-Dame des Victoires, ou d'Espérance, à l'autel de Notre-Dame de Paix, ou de Consolation ; de Notre-Dame de Bon -Secours, ou de Délivrance... La douce image de la Mère de toutes grâces et de la miséricorde sourira à votre prière. La Mère de Dieu, votre mère, ne manquera pas de répondre à la voix, aux cris de son enfant.

IL Et maintenant un mot sur les mariages de nos jours, à l'occasion des noces de Cana. — Je le répète, ab ! qu'elles sont rares les familles

OÙ l'on pense à inviter Jésus et Marie ! Il y en a encore pourtant quelquefois, et je l'ai vu, à Paris même, et dans la province... Jésus et Marie, dans la personne des pauvres, prenaient part à la fête, à la joie de ces familles saintes; ils étaient servis parles jeunes époux... Mais aussi quelles bénédictions le Ciel devait répandre dans leurs cœurs, et avec quelles espérances de bonheur s'ouvrait leur avenir!... Hélas ! pourquoi faut-il que cela soit si rare ! Je vous dis que Jésus n'y est pas, que sa Mère n'y viendra pas. — Non, pas même à l'heure solennelle du sacrifice ni au moment de l'auguste Sacrement, devant le saint Autel : on n'y pense pas, souvent on n'y prie pas.

C'est quelquefois dans le lieu saint la même dissipation qu'au théâtre, c'est une joie profane qui fait peur... Ce sont des conversations qui font pleurer les Anges... des regards curieux, avides, impurs même et déjà pleins d'adultère, comme aux spectacles du soir... 0 mon Dieu! que les hommes sont donc insensés et imprudents! et taut-il s'étonner qu'il y ait si peu d'unions bénies, Li peu de bonheur dans la vie du monde !

Mais que dirons-nous donc du repas même des noces, qui doit suivre la cérémonie rehgieusel C'est surtout à cette fête de famille que l'on n'oserait inviter Jésus et sa 3Ière... Que dis-je? On ne

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pourrait môme pas décemment placer leurs images dans la salle du festin... Non ; mais on peut bien y mettre, et de fait on y voit souvent, les statues immondes des dieux et des déesses du paganisme, assurément plus dignes de présider à ces banquets!... Gomment oser mettre un crucifix, une image de la Vierge Marie, au milieu de tous les scandales que vous allez voir, et de toui ce que vous allez entendre !

Scandale de l'orgie même, de l'intempérance et des excès honteux des convives, pour lesquels il faudrait demander à Dieu un miracle opposé à celui de Cana; il faudrait plutôt le prier, à la fin du repas, de changer tous les vins en eau. — Scandales de paroles légères et imprudentes, de \hants impurs ou licencieux, devant des enfants /eut-être, dont on oublie la présence et que l'on devait respecter... Je sais qu'il y en a beaucoup à qui on a ravi l'innocence dans ces malheureux banquets de noces, et leurs mères ne s'en doutaient même pas ; elles n'y faisaient pas attention. — Scandales encore plus tristes de? danses mondaines et odieusement échevelées, c'està-dire licencieuses, obscènes, qui couronnent un festin où déjà Dieu aura été si indignement offensé. — Scandales enfin, et par-dessus tout, des mises indécentes, des parures immodestes, qui ne

permeitraient pas à un chrétien, à un ango de rester un instant dans ces assemblées profanes sans y trouver la mort !

N'est-ce pas, je vous le demande, ce que vou avez vu le plus souvent dans ces grands repas de noces?.. N'est-ce pas ce que voient en pleurant les An^es du Ciel, qu". seuls peut-être pensent que c'est pourtant un avenir qui se décide..., un avenir de bonheur ou de malheur et, presque

toujours même, l'avenir de l'éternité !... Et c'est dans le péché ordinairement que ce jour-là se passe !

Le lecteur comprendra bien qu'il ne peut entrer dans notre pensée de blâmer, de condamner les réunions de famiile pour un jour de mariage,. ni les repas honnêtes que Ton a la coutume de donner dans ces circonstances, avec plus de somptuosité que dans les autres temps. Ce sont de vraies fêtes de famille; il est bien juste de s*y réjouir; mais ce que nous demandons, et ce sera la conclusion pratique de la seconde partie de cette méditation, c'est qu'on évite, en ces jours, les excès, le péché surtout;., c'est qu'on craigne de scandaliser les enfants et de faire pleurer leurs Anges. Nous demandons enfin que l'on prie, pour attirer les bénédictions du Ciel sur l'avenir des jeunes époux.

Pour résumer tout en un seul raot, lorsque vous serez invité, mon ciier lecteur, à une messe de mariage, si vous aimez cette famille, priez bien Jésus, Marie, Joseph de la bénir; priez! il n'y en aura pas peut-être beaucoup qui prieront avec vous; mais Dieu pourra vous entendre, et les jeunes époux vous devront leur bonheur.

Si vous assistez au repas de noces, représentezvous, imaginez-vous que Jésus et Marie ont été invités aussi, qu'ils sont à table auprès de vous ; et non-seulement vous éviterez tout ce qui pourrait blesser leurs regards et les plus belles vertus de leurs cœurs, mais vous serez béni vous-même, et vous n'emporterez de ce jour qu'un souvenir précieux de grâces célestes, et une ferme espérance de votre salut.

Virgo potens, Virgo clément^

Sedes sapienttae.

Or a vro nobis.

Beatus venter qui te portavit. et ubera quae suxisti! — At ille dir.it:

Quinimo beati qui audiuntverbnm Dei et custodiunt illud.

Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et le sein qui vous a nourri! — Mais Jésus dit: Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent.

[Luc, XI, 27, 28.)

Jésus venait de prononcer une de ses plus belles paraboles. L'Évangile nous dit que c'était la forme la plus ordinaire de ses discours. Ce divin Sauveur, pour apprendre à la terre les plus grandes vérités duCiel, aimait à les présenter sous des images simples et naïves. On l'écoutait avec ravissement; et la foule, dominée par la puissance de sa haute intelligence, restait suspendue à ses lèvres, des jours entiers, car il parlait avec autorité, comme un maître, comme un Dieu. Ce fut donc à l'occasion des premières prédications de Jésus qu'une femme du peuple, ne pouvant plus con-

tenir les transports de son admiration, s'écria tout à coup : ce Heureuses les entrailles qui vous « ont port-é, heureux le sein qui vous a nouiri ! » Et quelle femme n'aurait été léeliement jalouse de Marie, la mère d'un Dieu! Jésus répondit : (( Heureux aussi, heureux plutôt ceux qui entena dent la parole de Dieu et qui la gardent I » Comme s'il avait voulu nous apprendre que la gloire même de la maternité divine peut être surpassée par la fidélité du cœur à la voix du Ciel. C'est qu'en effet le mystère de la parole sainte est une sorte d'Incarnation en nous. Mais la Vierge Marie, qui seule a mérité la gloire d'enfanter son Dieu, a dû nécessairement aussi avoir le bonheur etle mérite dele concevoir de cette manière dans son cœur, où elle garda toujours si fidèlement les secrets de la parole céleste.

Nous devons reconnaître cependant qu'il n'est fait que bien rarement une mention expresse de Marie, dans l'histoire de la vie publique de son Fils Jésus, et dans le temps de sa piédication à Jérusalem. Mais on ne peut douter qu'elle n'ait assisté à la plupart de ses discours, et qu'elle n'ait été aussi témoin de ses principaux miracles. C'est l'opinion de saint Augustin, de saint Bonavcn. ture, de saint Bernard, et d'un grand nombre de Docteurs, nos maîtres dans la foi ; et ce sera le

sujet de la première partie de cette méditation. La seconde partie nous apprendra à imiter Marie dans l'attention qu'elle prêtait à la parole de Dieu, sous quelque forme que le ciel la lui communiquât.

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