Première partie. La parole et les miracles de Jésus- Christ
L La parole. Dieu parle au cœur de l'homme de trois manières ; et la sainte Vierge a entendu toutes ces voix d'en haut.
1* Et d'abord la parole intérieure, directe, personnelle et toute privée, si on peut s'exprimer ainsi; lorsque Jésus, seul avec sa mère, lui révélait les mystères les plus secrets du royaume de Dieu, et ses desseins de miséricorde pour le salut des hommes ; quand il lui faisait le récit de ses souffrances et le tableau même de sa mort... Et quand il lui montrait les plans de son Église, qui allait bientôt se répandre par toute la terre. Avec quelle respectueuse attention Marie écoutait alors Jésus, avec quelle docilité elle gardait en son âme ces entretiens intimes, et ces mystérieux secrets !
L'Évangile nous assure qu'elle ne laissait pas perdre un seul mot de ce- que les bergers et les Mages lui révélèrent de son divin Fils, et qu'elle ne cessait de méditer ces choses dans son cœur,
combien plus de religieuse sollicitude et de soin ne dut-elle pas mettre à conserver toutes les paroles de Jésus-Christ même 1 Mm^ia autem conservabat omniaverba haec^ conferens incorde sko. (Luc, il, 19.) 2° La parole extérieure et publique. Jésus étant entré dans sa carrière apostolique, on ne peut douter, comme nous le disions tout à l'heure, que Marie n'ait souvent assisté à ses prédications sur la montagne, ou dans le temple. Comment croire, par exemple, qu'elle n'ait pas suivi la mission solennelle que Jésus-Christ prêcha, peu de temps avant sa mort, ou du moins la dernière année de sa vie? Erat quotidie docens in temple. (Luc, xix,47.) Or cela admis, comme il est si vraisemblable, et conforme d'ailleurs au témoignage de la tradition, et aux plus antiques monuments de l'art chrétien, comment vous représentez-vous que la sainte Vierge Marie devait écouter ces discours?.... Avec quelle foi, quelle attention, quelle docilité d'esprit et de cœur î... Comme elle devait méditer ces paroles sacrées, entre autres : Beati pauperes... Beati mundo corde.., Bsaîi mites... Beati qui lugentl... Heureux les pauvres! heureux ceux qui ont le cœur pur !... heureux ceux qui pleurent et qui souffrent persécution !... Combien le souvenir de ces vérités mystérieuses devait pénétrer 5on àme, la nounîr, la fortifier pour les jours des
souffrances et de la mort 1 Maria autem conservabat omnia verba haec, conferens in corde suo.
3° Mais indépendamment de cette parole vive et pénétrante qu'elle dut entendre et qu'elle entendit réellement, de la bouche de son Fils, tant qu'il demeura sur la terre, il y en a encore une autre qui ne s'éteint pas comme un son ; il y a une pa» rôle écrite^ un livre sacré qui renferme ce que ce grand Dieu a dit aux hommes. La sainte Vierge aimait à nourrir son âme de ces écritures divines, et elle consultait sans cesse cette voix du ciel qui retentissait doucement dans son cœur... Avec quelcharme elle interrogeait la loi du Seigneur !. .. Avec quelle ferveur elle répétait les cantiques sublimes des saints Prophètes! Avec quelles larmes elle relisait le récit des douleurs de l'homme- Dieu son fils, avant la passion et depuis sa mort même et sa glorieuse ascension !... Quel souvenir pour cette âme si tendre et si sensible, pour une mère ! On peut dire que ces paroles ne sortaient pas de son cœur, et qu'elle ne cessait de les méditer jour et nuit. Maria autem conservabat omnia verba haeCy conferens in corde suo,
IL Quant aux miracles de Jésus : comme il marquait tous ses pas par des merveilles de puissance et de miséricorde, il est impossible que la
sainte Vierge souvent n'en ait pas été témoin. C'est d'ailleurs à sa prière directe et positive que ce Dieu a commencé à se manifester au monde, comme nous l'avons vu, dans l'exercie du jour précédent, aux noces de Canaen Galilée. Mais qui nous dira les sentiments, qui remplissaient doucement l'âme de Marie, et qui agitaient son cœur maternel, quand elle le voyait ainsi rendre la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds et la vie aux morts ?... Comme elle devait admirer en silence tous ces prodiges d'amour! et comme elle devait glorifier Dieu avec le peuple reconnaissant alors, et depuis si ingrat!...
[1 nous est impossible de ne pas faire ici deux remarques principales au sujet des miracles de Jésus-Christ. La première, c'est que sans doute ce fut bien souvent à la prière de Marie que Jésus opéra la plupart de ces prodiges. Cette pensée nous est inspirée par le fait même des noces de Cana, et aussi par un grand nouibre de peintures antiques, c'est-à-dire du bon temps de l'art chrétien, où presque toujours les artistes pieux mettaient auprès de Jésus l'image de Marie, qui, par ses larmes, semble souffrir avec les pauvres malades, et prier pour eux (1).
(1) J'ai en ce moment même sous les yeux la reproduction d'un charmant tableau de M. Pichon, où cette pensée de foi
La seconde remarque porte sur les caractères mômes et la nature de ces prodiges ; on y trouve toujours le signe d'une puissance divine assurément, mais bien plus encore la preuve d'une bonté infinie, d'un amour sans bornes. Tous les miracles de Jésus, sans exception, sont des bienfaits, des grâces, des actes de bonté enfin et de miséricorde. Il n'en a jamais fait aucun autre; il n'a jamais voulu en faire. Un jour on lui a demandé un signe dans les Cieux, il n'a pas même répondu : une autre fois on lui disait de faire tomber le feu du ciel sur la tête de ses ennemis; il s'est indigné contre le disciple qui méconnaissait à ce point son esprit et son cœur! Mais aussitôt qu'il voyait des larmes, une souffrance, il était toucbé ; il faisait des miracles : et il guérissait tous les malades : Et sanabat omnes.
C'est ce que ne peuvent ignorer ceux qui savent lire l'Évangile ; et le peuple, reconnaissant, avait si bien saisi ce caractère des œuvres de Jésus, qu'il ne cessait, dans toutes ces circonstances, de glorifier et d'exalter la bonté de ce Dieu et sa
est rendue avec un bonheur parfait. C'est le miracle opéré en faveur du fils du Centenier romain. Ce brave officier est à genoux devant le Christ, et son geste rappelle le mot : Domine, non sum dignus. Mais aussi Marie est là; elle prie, elle parle au cœur de son fils, et Jésus touché semble dire: Allez^ il est sauvé.
miséricorde, bien plus que sa puissance et sa gloire : Ecce quomodoamabat! Voyez donc comm^ il l'aimait!... s'écria la foule, après la résurrection de Lazare ! L'amour était en effet toujours le premier motif et la raison de ses miracles: Amabat, (Luc.)
La sainte Vierge non-seulement avait compris merveilleusement ce divin caractère des œuvres de son Fils, Conferens in corde suo; mais elle Ta toujours, et parfaitement imité. Nous ne pourrons jamais assez dire que c'est aussi la raison même et la nature exceptionnelle de tous les prodiges qui s'opèrent à ses autels. Ce sont des grâces et des bienfaits, dus à sa tendresse, à la bonté de son cœur compatissant. C'est ce que redisent à haute voix tant d* ex-voto qui couvrent les murs de ses sanctuaires les plus vénérés; partout c'est la voix de la reconnaissance qui bénit son nom et qui célèbre sa puissance.
Deuxième partie. Maintenant donc, pour venir à la pensée pratique de cet exercice, nous allons considérer Marie, comme le modèle des âmes fidèles, et nous apprendrons, à son exemple, comment nous devons écouter toute parole qui vient de Dieu.
i** Et d'abord la joaro/e intérieure, qui s'adresse directement à nous, dans les communications
intimes de l'Esprit -Saint, soit qu'une lumière brille à nos yeux et nous montre ce que nous devons faire, soit qu'une inspiration sainte demande à notre coeiir un sacrifice d'amour; soit qu'une plainte ou un tendre gémissement nous reproche une ingratitude; nous n'avons qu'une seule chose à faire : il faut alors non-seulement écouter avec respect et garder cette parole sacrée, mais toujours y répondre avec fidélité, sous peine de contrister ou même d'éteindre ce divin Esprit dans notre âme : Confei^ens in corde suo.
^° Pour la parole divine ejc^eVeewre, ou publique, celle qui nous est portée par les ministres de Dieu , par ses prêtres , il y a aussi bien des devoirs à remplir, si on veut en profiter. Il faut
avant tout l'écouter avec un esprit de foi
Car, en vérité, c'est Dieu qui nous parle du haut des chaires sacrées , et la parole du prêtre, dit saint Augustin , est aussi réellement la parole de Dieu, que le pain du saint Autel est
le corps de Jésus-Christ Non minus verbum
Dei est quam corpus Christi, — Et dès lors nous comprendrons qu'il faut craindre de profaner cette parole, Ue la juger même avec l'esprit du monde. MaiiS surtout nous nous efforcerons toujours de faire ce qu'elle nous demande, et nous la méditerons dans notre cœur, où elle doit produire des
fruits pour la vie éternelle : Conferens in corde suo.
3** Enfin pour la parole écrite, ou les saintes et pieuses lectures : vous devez penser que c'est •encore Dieu qui vous parle; et, puisque la lecture spirituelle est un exercice religieux, ne manquez pas de la commencer par le signe de la Croix. Lisez lentement, pour comprendre ce que Dieu TOUS dit, et gardez toujours, au moins un mot, que vous méditerez plus à loisir et qui sera comme le fruit ou le parfum, que vous aurez recueilli de ce commerce céleste, et de vos rapports avec Dieu, ou avec un ami de Dieu, selon que vous venez de lire l'Écriture sacrée, ou quelque livre émané d'un saint.
Car, pour le dire ici en passant, je vous conseillerai de faire toujours de préférence votre lecture spirituelle dans les divines Écritures, ou du moins dans un livre écrit par quelque grand serviteur de Dieu. L'expérience vous apprendra bientôt qu'il y a une grâce particulière attachée aux ouvrages des saints : ils ont sans doute beaucoup prié pour obtenir de faire toujours du bien aux âmes. Mais enfin ce que je dois TOUS recommander par-dessus toirt, c'est de réfléchir, de méditer, de conserver dans votre cœur ce que vous aurez lu, comme la Vierge fidèle : "Conferens in corde suo.
0 Marie! je vous en prie, obtenez de votre divin Fils que ce petit livre, commencé pour votre gloire et peur votre amour, puisse aussi faire quelque bien à vos enfants. Vous savez que c'est là tout le désir de mon cœur, et je ne puis avoir d'espérance qu'en vous seule, ô ma Mère, Vierge Immaculée !
-^edes sapientiae, — Virgo fideiiêf Ora pro nobis.
(premier TABr.EAU.)
LE SPASMO (1)