‹ Mois de MarieChapitre 13 sur 48 · CD LA RENCONTRE DE JÉSUS ET DE MARIE SUR -LA ROUTE DU CALVAIRE · texte numérisé non relu

CD LA RENCONTRE DE JÉSUS ET DE MARIE SUR -LA ROUTE DU CALVAIRE

0 vos omnes qui transitis per vîam, attendite et videte si est dolor sicut dolor meus.

0 vous tous qui passez par ce chemin, considérez et voyez s'il est une douleur comparable à ma douleur. [Jér., Thrèn., i, 12.)

Les jours du mois de Marie se précipitent... et déjà nous sommes obligé d'entrer dans une série nouvelle de mystères, si féconde, qu'elle pourrait seule donner des sujets de méditation pour un mois entier... Ce sont les mystères de douleurs. La vie de la Mère de Dieu a été remplie d'amertumes; son nom même {Mare amarum) ne lui

(1) C'est le nom que l'on donne au célèbre tableau de Raphaël qui représente le sujet de cette contemplation.

présageait-il pas cette étrange destinée ? Nous ne pourrons méditer que bien peu de ces grandes souffrances. Ainsi nous ne dirons rien des adieux de Jésus-Clirist à sa mère, la veille de la passion; rien de la flagellation, ni du couronnement d'épines... et pourtant elle Ta vu! Vidil suum dulcem natum... Et flageUis subditum... Nous choisirons trois ou quatre tableaux, sujets touchants de contemplations saintes et pratiques. Aujourd'hui c'est la rencontre de Jésus et de Marie sur la route du Calvaire.

Commençons par le récit d'après les Évangiles et la tradition... Et bojulans sibi crucem exivit in Calvariae locinnJJediU, xix, 17.) Jésus, condamnée mort parle lâche Pilate, montait au Calvaire, portant sa lourde croix... Marie, de son côté, se rendit auGolgolha, puisque l'Évangile nous la montrera debout sur la sainte montagne, et qu'elle y reçut les derniers adieux de son Fils, à la mort. Rien de plus naturel et de plus vraisemblable, dès lors, que la rencontre de Jésus et de Marie sur la voie douloureuse. La tradhion nous apprend que ce fut après la première chute du Sauveur. Cet incident, ayant forcé les soldats et les bourreaux de ralentir un peu la marche, avait donné à Marie le temps de rejoindre le cortège fatal...

Elle s'avançait donc lentement au-devant de

Jésus^ qui venait de se relever et qui montait écrasé sous le poids de sa croix ; au milieu des cris de rage et des opprobres... Elle lé vit... et tomba !... J'ai dit cette parole, mais elle n'est, ni dans l'histoire sacrée de l'Évangile, ni même au livre des traditions; seulement elle semble autorisée parle sentiment naturel de la douleur suprême, qui dut percer le cœur de Marie en ce moment, et par le monument le plus célèbre de l'art chrétien, le fameux tableau de Raphaël, qui a donné même le nom à cette station du Calvaire : le Spasmo^ ou l'Évanouissement de la Vierge à la rencontre de Jésus.

Et en effet, quand leurs yeux se rencontrèrent, quelle douleur de mort! Tout est dans celte pa* rôle : 0 mon fils!... 0 ma mère I.. parole que vous entendrez et méditerez dans le second point de la contemplation; mais, pour le premier, vous n'aurez qu'à vous placer entre Jésus et Marie, afin que leurs regards pleins de larmes tombent sur vous, pauvre pécheur! et vous les considérerez d'aborà attentivement, pour tâcher de pénétrer dans leur cœur...

Puis, vous ferez quelques réflexions aussi utiles que touchantes sur la croix... Vous vous direz à vous même : Il n'y a de salut que par la croix; il n'y a d'espérance que dans la croix; ou mieux

encore : Il faut absolument porter la croix i)Our aller au Ciel; on ne peut frapper à la porte du Ciel qu'avec une croix. Cette vérité va être prouvée par trois autres propositions également certaines et consolantes pour la foi.

1° Jésus a toujours porté la croix, ir Marie, mère de Jésus, l'a toujours portée aussi. 111° tous enlin doivent la porter.

f. Jésus notre Sauveur a porté la croix, et il marche devant nous. Ce n'est pas seulement dans le mystère de sa passion et de sa mort; mais dès son enfance môme et pendant toute sa vie mortelle, il n'a cessé de souffrir : Tota viia Christi crux fuit et martyrium. {/mit.) Quelle destinée pour un Dieu!... Mais il faut vous rappeler premièrement que c'est un Dieu Sauveur, et la croix répare et expie le péché ; et en second lieu que c'est un Dieu médiateur, et la croix mérite le pardon. Le sang de la victime est le prix même des grâces quelle demande pour nous, en mourant. Ces deux mots vous donneront un sujet abondant de réflexions pieuses et pleines de lumières.

Mais vous trouverez encore plus de force et de douceur à penser, que la croix de Jésus est pour nous la source même de l'espérance et de la con-

solalion pour le temps de cette vie d'épreuve, et la source, du bonheur et de la gloire pour la vie de l'éternité.

Le Christ-Sauveur lui-même l'a dit : Oportuitpati ChrUtum, et ita intrare in gloriam. (Luc, xxiv,26.) Nous ne pouvons aller au Ciel que par ce chemin, Si compatimur... c'est pour cela que ce Dieu marche devant nous, portant sa croix, et qu'il nous invite à le suivre, si nous l'aimons, Si guis diligit me,tollai crvcem suam^ etsequatur ??^e.(Marc,viii, 34.) Il n'y a pas d'autre condition ni d'autre chemin. Qui non bajulat crucem suam, non est me dignus. (Matt., X, 38.) On n'estpas digne de lui, si on ne porte une croix.

Pour vous encourager à marcher à sa suite, contemplez-le donc, succombant, pour ainsi dire, sous le poids, et vous priant de venir l'aider à porter cette croix jusqu'au Calvaire, où il doit mourir, mourir pour vous ; et, touché de compassion, vous irez à lui, comme Simon deCyrène, mais de meilleure grâce que cet étranger, puisqu'il a fallu en quelque sorte le iorc^r , Angariaverunt.,. Et si cependant cet homme a été sauvé, parcequ'il avait touché la croix de Jésus ; que ne fera-t-il pas pour un ami, pour un disciple fidèle qui viendra l'aider à la porter, par un sentiment de religieuse compassion et d'amour généreux?

II. Marie, Mère de Jésus, notre mère, a aussi porté la croix pendant toute sa vie. Si Jésus est riiomme de douleurs, Marie a été justeaient appelée la mère des douleurs. Quelques jours seulemc-it après la naissance de son divin Fils, le grand prophète Siméon lui transperça l'âme d'un coup de ce glaive mystérieux. Cette destinée pour la mère d'un Dieu pourrait surprendre et scandaliser môme notre foi, si nous ne savions que la croix, c'est-à-dire la souffrance, est le partage des âmes les plus pures et les plus aimées de Dieu. N'élait-il pas infiniment juste que Marie ressemblât à son divin Fils !.. Et pouvait-elle lui prouver son amour d'une manière plus parfaite? Si enfin la gloire des Cieux est la récompense des douleurs de la vie, et la mesure même et la proportion de ce qu'on a souffert pour Dieu, n'étaitil pas convenable que la mère de Jésus souffrît beaucoup, et plus que. tous les autres, puisqu'elle doit nécessairement l'emporter sur toutes les créatures? Elle est donc la reine des martyrs, car elle a plus souffert qu'eux ; et, comme Jésus, elle peut dire à tous les hommes par la bouche du prophète des larmes : Voyez s'il est une douleur comparable à ma douleur, Videie si est dolor sicut dolor meus. (Jér.)

Mais c'est surtout au Calvaire qu'elle a souffert,

2i2 VINGTIÈME JOUR.

comme nous le méditerons demain, ei c'est alors que dans les larmes elle nous a adoptés pour ses enfants. Vous n'oublierez donc pas les g-éraissements de votre mère! Vous penserez plutôt à ses douleurs, au jour de vos douleurs, et vous croirez qu'elle vous donne comme une parcelle véritable de la croix de son Fils... Certes ! si dans ce jour de larmes, et au moment où Jésus n'en pouvant plus, allait succomber encore une fois sous le poids de sa croix, si sa mère vous avait prié de venir à son secours et de l'aider un peu , auriezvous pu jamais le lui refuser?.. Eh bien! dans le langage le plus vrai de la foi, ce n'est pas une yaine hypothèse que nous faisons ici ; compatir à Jésus, c'est-à-dire souffrir pour lui, avec lui, c'est porter sa croix, c'est l'aider à monter au Calvaire ; et Marie vous regardera comme elle a regardé son Fils.... Courage donc ! ami de Jésus, enfant de Marie, courage et confiance!.. C'est par la douleur aussi et parla croix, que vous devez aller à la 2;loire et au ciel même de Dieu.

III. Tous les hommes, tous les chrétiens surtout, doivent porter la croix ; c'est la condition de la vie sur la terre. L'homme est né pour la peine, comme l'oiseau a été créé pour voler ; et tous les jours sont des jours de combats, puisque la vie

n'est qu'une guerre continuelle, une lutte incessante : Militia est vita hominis super ten^am. (Job, vn, 1.) En effet que de souffrances, et de toute nature, ne cessent de nous assaillir : les peines de cœur sont les plus amères, les peines d'esprit sont les plus poignantes, les souffrances du corps sont les plus cruelles ; mais on ne peut jamais être longtemps à Tabri de quelqu'une de ces douleurs, souvent même elles se réunissent toutes et semblent s'acbarner, pour accabler une victime..

Que faire alors ?...

Le chrétien, pour ne pas se laisser abattre ou décourager, doit se rappeler que Jésus- Christ a voulu souffrir pour nous, et n'a pu entrer dans sa gloire que par la douleur. Il pensera que sa peine est une parcelle de la vraie croix de Jésus-Christ, et non-seulement il ne se plaindra plus, mais plutôt il la recevra avec joie et reconnaissance; au moins il la portera toujours avec courage. Jésus savait bien que sa croix était trop pesante, qu'il tomberait accablé sous le poids, qu'il ne pourrait arriver jusqu'au bout, et monter jusqu'au sommet du Calvaire, et pourtant il la prit avec joie, Pmposito sibi gaudio sustinuit crucem, (Hébr., xn, 2.) Imitons-le donc, et soyons bien persuadés qu'il ne nous laissera même pas tomber, Simon le Cyréneen a aidé Jésus à porter sa croix,

Jésus nous aidera à porter la nôtre. Vous méditerez cette parole trouvée dans les écrits du jeuno Beerkmans, que l'Église vient de placer sur nos autels : Christ us Dominus, etiam si corpus suum tiimis débile sciret, iamen humeris suis crucem excevit,,,, Christum Siinon juvit, juvabit te Christus ipse. Jésus, dit-il, Jésus Notre-Seigneur, quoiqu'il sût bien qu'il n'avait plus assez de force, prit cependant la croix sur ses épaules ; Simon lui est venu en aide, et c'est Jésus qui vous aidera.

Vous terminerez cet exercice par un colloque fervent avec Jésus et Marie, pour demander les grâces ordinaires, d'esprit et de cœur. Ou bien vous resterez quelque temps en silence, et comme placé entre Jésus et sa mère, sous leurs regards pleins de larmes et de compassion, et vous marcherez ainsi au Calvaire !

Sancta maier istud agas, etc,»»

Virgo dolorosissiiûa^

Ora pro nobis.

UtOULEURS DE MARIE.

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