DEDXIÈME TABLEAD.) MARIE AD PIED DE LA CROIX
Staiant juxta crucem Jesu Mayir ejus, et... Maria MagriaieitJt
Debout aupvès de la croix de Jésus était sa mère... avec Marie- Madeleine. [Jean, xix, 25.)
Quel spectacle! queues douleurs!.. C'est la grande contemplation du Calvaire et de la mort d'un Dieu; le sujet le plus ordinaire des méditations des âmes élues, c'est le sacrifice de l'amour... Et Marie, mère de Jésus, était là, sur la montagne, au pied de la croix, et elle se tenait debout, Sfabat /Elle a vu clouer son Fils adorable et bienaimé sur ce bois infâme... elle a vu la croix s'élever par la main des bourreaux... elle a vu le sang couler de toutes les plaies... elle a entendu les dernières paroles, les derniers adieux, le dernier cri de Jésus... elle l'a vu mourir,, Vidit suum dulcem natum moriendo desolatum... et elle
restait debout, ferme, immobile au pied de cette croix, comme un prêtre est debout à son autel... Stabat mater... Virgo sacerdos. Si le spasmo a été une inspiration sublime, pourndus révéler Texcès de la douleur dans Marie, le Stabat ne peut être que l'expression d'une force divine et d'un amour supérieur même à cette douleur immense, et ce tableau est plus digne encore d'un Dieu et de sa Mère: Stabat!
Ici nous suivrons la métbode ordinaire de la contemplation la plus simple : l" voir cette scène douloureuse du sacrifice ; IP entendre les dernières paroles, lés cris de la victime. C'est le seul moyen de ne pas amoindrir un si beau sujet.
P' Point. Voir. — Vous considérerez Jésus d'abord, et sa mère ensuite, sans les séparer pourtant; et vous aurez soin d'entrer dans leur cœur.
Jésus, vous le verrez au moment où il arriva au sommet du Calvaire. Tout avait été préparé pour le supplice. On lui arrache ses vêtements, sa robe sacrée et sa tunique sainte, travail de sa mère, hélas !.. Quelles douleurs, et quelle honte en ce moment pour Jésus et pour Marie. On lui ordonne de se coucher sur la croix; il obéit comme un agneau, sans se plaindre... Le bour-
reau demande la main, il la donne comme à un ami, il l'ouvre lui-même.. . Voyez ce soldat cruel, qui la tire avec violence, pour la fixer à l'extrémité de la croix, et qui place au milieu de cette main, sî douce et si puissante, un clou énorme; puis il saisit un lourd marteau, il lève le bras etfrappe ! Le sang jaillit de toutes parts... et Jésus, les yeux au ciel, prie pour son bourreau... mais celui-ci, animé à la vue du sang, demande l'autre main; et bientôt elle est percée, déchirée... Les pieds aussi, par une large et profonde blessure sont attachés à la croix... La voilà qui s'élève lentement dans les airs, au milieu des cris de rage et des éclats de rire de ces furieux... Elle tombe avec bruit dans la cavité préparée pour la recevoir, et la fixer entre les rochers de la montagne. A cette secousse, le corps de Jésus a tressailli, le sang a coulé avec plus d'abondance de toutes les plaies élargies... Il porte ses regards vers le ciel, et le ciel est sombre et comme fermé... il les abaisse sur la terre... et il ne voit que des ennemis qui l'outragent et qui blasphèment.
Mais que dis-je?... A quelques pas, à côté même de sa croix, à droite, Jésus aperçoit soudain Marie, Marie sa mère... et aussitôt il détourne les yeux, comme on ferait d'un glaive que IV-ii aurait approché, sans le vouloir, d'un cœur
bien-aimé... Il voit Madeleine qui pleure, et Jean, son disciple fidèle, tousles deux debout aussi et immobiles de douleur... Vous les considérerez attentivement et vous entrerez dans leur cœur... pour sonder ces abîmes de souffrance et d'amour.
Marie surtout attirera votre attention... Oui, elle est debout, Stabat; mais sans doute qu'elle s'appuyait de temps en temps sur la croix de son tîls, pour ne pas tomber... Quelle force! quelle con» stance! mais aussi quelles douleurs!... Ses larmes se mêlaient au sang de Jésus ; et vous ne pourrez parvenir à savoir, même en entrant dans son cœur, lequel de ces deux sentiments était le plus fort, de l»a douleur et de la compassion pour Jésus-Christ |3n fils, ou de sa tendresse pour les enfants des lommes qu'elle adoptait au pied de la croix. — Eaint Bonaventure dit qu'elle a tant aimé le i.<ionde, que, pour nous, elle a voué son fils à la mort : Sic {Maria) dilexit mundum^ ut filium suum unigmitum daret (Joan-., m, 16), en appliquant ainsi à la 3Jère de Dieu, une parole, qui devait s'entendre du Père éternel et du Verbe divin.
Quelques réflexions utiles se présenteront à votre esprit, dans le cours de cette contemplation douloureuse, en même temps que des sentiments de compassion, de raconnaissanee et d'à-
mour pénétreronl votre âme. — Ah I qu'il est rare que les chrétiens se tiennent debout dans les épreuves! Combier^ tombent dans l'abattement et le découragement ! combien même se laissent entraîner ou se précipitent dans l'abîme du désespoir ! Apprenez donc, mon cher lecteur, à imiter Marie, à rester ferme dansées moments de souffrance. Comme elle, appuyez-vous sur la croix de Jésus, c'est-à-dire, souvenez-vous de ses douleurs et de la cause môme de sa mort. C'est pour nos péchés qu'il a été blessé, broyé, Vulneratus, attritus (Is.), dit le prophète ; et nous, malheureux pécheurs, nous ne voulons pas souffrir; la pensée d'un sacrifice nous épouvante, la croix nous fait horreur. Allez donc au Calvaire, et faites ce que vous aurez vu sur cette sainte montagne : un Dieu, la sainteté même, y souffre, sans se plaindre, il meurt avec joie et pardonne à ses bourreaux, tandis qu£ sa mère, debout au pied de la croix, les adopte pour ses enfants.
IP Vowï, Entendre : — Il faudra bien un instant prêter l'oreille aux cris des soldats, aux blasphèmes et aux imprécations des scribes et des pharisiens, aux outrages et aux éclats de rire des princes de ce peuple déïcide, et de ses prêtres iniques... Et puis, nous approchant de la
croix de Jésus, nous recueillerons avec attention et r^îspect ses dernières paroles et son testament d'amour. — Je voudrais, par un seul mot, essayer de les caractériser toutes; mais nous n'en pourrons méditer qu'une seule.
La première fut un cri de pardon : Pater, dimitu illiSy nesciunt enim quid faciunt. Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Quelle bonté! Il va jusqu'à vouloir excuser le crime de ses ennemis ; un déicide !
La seconde est une parole de paix et d'ESPÉrànce, au bon larron : Hodie mecum eris in para- É?/5o/ aujourd'hui avec moi, vous serez au Paradis! Quelle bonté encore une fois!., mais aussi qu'il y avait de foi et de confiance dans la prière de cet homme! Mémento meil.. Souvenez- vous de moi!
La troisième, c'est la parole d'ADiEU, le vrai testament de Jésus-Christ. Ecce mater tua^ Ecce filius tuiis. Voilà votre mère, dit-il à Jean, et puis il dit à Marie : Voilà votre fils. C'est la seule que nous méditerons tout à l'heure.
La quatrième est la parole, le cri de Tabandon, du délaissement, et non la plainte ou le murmure du désespoir, comme a dit l'impie Luther : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti we? Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Ce mot est presque aussi étonnant que le Transeaide
Geth5(3mani, Mon père, ôtez ce calice,., et ilrévèle la plus excessive tristesse du cœur de Jésus.
La cinquième est un cri de souffrance et de désik tout ensemble : Sitio, j'ai soif. Il suffirait pourtant d'une larme de notre cœur, pour étancher cette soif brûlante de Jésus-Christ, Sitit sitiri; il a soif d'être aimé.
La sixième est la parole suprême d'AGOME, Consiunmatum est : tout Gst consommé. La haine des hommes ne peut aller plus loin, ni l'amour d'un Dieu, ni la souffrance même. Consummatum est! Et pour le péché, tout est-il fini aussi? c'est à vous de répondre...
La septième parole est un cri, ou plutôt une prière de mort : Pater^ in manus tuas commendo spiritum meum, ô mon Père, je remets mon àme entre vos mains.
Et comme Jésus achevait cette prière, le sang cessa de couler des plaies; il baissa la tête et rendit le dernier soupir : Et haec dicens, expiravitî
Nous ne reprendrons que la troisième parole de Jésus, et encore, seulement pour indiquer la manière dont on peut méditer, en suivant ces méthodes de contemplation.
Jésus était donc dans les douleurs de l'agonie... tantôt il levait les yeux aux ciel, et tantôt il les abaissait sur la terre... C'est dans un de ces mou-
veraenis qu*il apperçut samèreauprès de la croix, et, se détournant aussitôt, il vit de l'autre côté son disciple bien-aimé, saint Jean, et à cette vue, touché de compassion et d'amour, il prononça ces deux mots : Ecce mater tua,,, Ecce filins tuus; Voilà votre mère... Voilà votre fils. Tout son cœur est dans cette parole d'adieu à Marie, et dans le clon sacré qu'il nous fait de sa mère... C'est comme s'il disait à Jean : je meurs, mais ayez soin d'elle, je vous la laisse; aimez-la comme votre mère. C'est comme s'il disait à Marie : je meurs, adieu... mais je vous laisse un cœur, un enfant qui vous aimera ! Et vous aussi, vous aimerez non-seulement le disciple que je vous donne pour me remplacer, mais tous les hommes pour lesquels je meurs! Qu'ils soient vos enfants ! Ecce filius timsl.. Et c'est dans ce moment, disent saint Augustin et saint Bernard, que Marie nous enfantait dans les larmes! — Qui pourra jamais comprendre la douleur de son cœur, séparé de Jésus?... Qui pourra dire ses tendresses, et j'oserais dire ses préférences pour nous, qu'elle adoptait en ce jour du sacrifice... Sic Maria dilexit mundum ut filium suum daret.
Pour bien saisir cette pensée de saint Bonaventure, que le lecteur pieux se rappelle ceque l'histoire rapporte du massacre de Thessalonique.
Nous ne verrons dans ce trait qu'une simple parabole, qui nous fera comprendre et les douleurs de Marie en ce moment, et l'amour qu'elle eut pour nous. Une victime devait ôtre frappée dans chaque famille de cette ville infortunée... une seule. Or, au moment où le carnage commença, il y avait là, dans l'amphithéâtre, un père, et auprès delui, ses deux enfants : l'un déjà fort et l'espérance d'une grande maison, et l'autre jeune encore et si tendrement aimé!.. Le soldat, ou plutôt le bourreau dit au père de choisir... Lequel des deux faut-il que je frappe ? Le père infortuné regarde ses deux fils, se tait et pleure. — Choisis, dit le bourreau;—C'était impossible. Le père alors prend ses deux enfants dans ses bras, les presse sur son cœur, et il prie qu'on les tue tous les trois d'un seul coup... Ils tombèrent... mais un seul avait été frappé par le glaive... et quand cet homme revint de sa douleur à la vie, le corps dun beau jeune homme était étendu auprès delui... et le plus jeune de ses enfants, suspendu à la main de son père, pleurait.
Eh bien! au Calvaire aussi, il fallait une viciime à la justice de Dieu... et ce Dieu dit à Marie de choisir... ou Jésus, ou cet autre enfant, l'homme coupable, le bourreau même; et elle a choisi... Sic Maria dilexit... elle a consenti à la mort de
Jésus, et elle a eu la force de se tenir debout, à l'heure de ce grand sacrifice. — 0 pauvre pécheur! quelle raison pour vous d'espérer toujours ! mais aussi quel motif plus puissant pour pleurer vos ingratitudes et pour aimer enfin un Dieu victime d'amour, et pour aimer sa îuère, votre mère !
Finir par les deux colloques ordinaires, Je premier à Jésus mourant ; vous le prierez de vous donner à Marie d'une manière particulière. Le second à Marie, afin d'obtenir qu'elle vous adopte aussi pour son enfant. — Vous terminerez le premier colloque parla prière Anima ChristijSancti/îca me, âme de Jésus, sanctifiez-moi ; et le second par quelques strophes du Stabat! Sancta Mater, istudagas... Eia mater, fons amoris; ou bien cette Imitation de VAve Maria, attribuée à saint Bonaventure.
Ave Maria, doloribus plena, crucipxus tecum, lacrymabilis tu in mulieribus, et lacrymabilis fructus ventris tut, Jésus ! Sancta Maria, Mater crucifixi, lacrymas impertire nobis crucifixoribus filii tui^ nunc et in horâ mortis nostrae. Amen.
Je voussalue, Marie, pleine de douleurs, Jésus crucifié est avec vous, vous êtes la plus désolée des mères, et Jésus le fruit de vos entrailles est' digne de toutes nos larmes. Sainte Marie, mère
DOULEURS DE iMARIE ^AU CALVAIRE). 22î
de Jésus, mort sur la croix, donnez-nous des lar^ mes, à nous, les bourreaux de votre fils, des larmes maintenant, et à l'heure de notre mort. Ainsi» soit-il.
Mater dolorosissima^ Ura pro noois.
VllNGT-DEUXIEIWE JOUR,