‹ Mois de MarieChapitre 15 sur 48 · LA PIETA · texte numérisé non relu

LA PIETA

ou JÉSUS MORT ENTRE LES BRAS DE SA MÈRl

Fasciculus myrrhae , dileetus meus mihi, inter ubera mea commorabitur.

Comme un faisceau de myrrhe, moQ biea-aimé est à moi; et il reposera sur mon cœur.

{Cant., I, 12.)

Pendant Tagonie de Jésus sur la croix, le ciel devint sombre et noir, le soleil était caché derrière un nuage de sang... et toute la nature sembla souffrir avec son Dieu. Mais à sa mort, bien d'autres prodiges encore attestèrent le grand deuil des cieux et de la terre. Les Anges pleuraient au sommet de la montagne; la terre trembla, les

(1) Mot consacré, en Italie, pour exprimer le sujet de cette contemplation ; nous disons aussi, une Notre-Dame de Pitié ou de Douleur.

DOULEURS DE MARIE (LA PIETâ). 22T

rocliers du Golgotha se fendirent, et les morts, sortis de leur tombe, apparurent aux bourreaux, et répandirent partout l'épouvante et l'horreur... Des soldats descendirent du Calvaire en se frappant la poitrine, et publiant que celui qui \enait d'être crucifié était le vrai fils de Dieu... Toute la foule s'écoula avec douleur, et ceux mêmes qui avaient assisté à la mort de Jésus, comme à un spectacle, dit saint Luc, Et omnis turba eorum qui sirnul aderant ad spectaculum istud (Luc. xxiii, 48), les soldats les prêtres, les bourreaux ne pouvaient s'empêcher de trembler ou de verser des pleurs.

Continuons le récit de ce drame sanglant. Toutes ces circonstances bien méditées, nous rendront plus facile le sujet de la contemplation de ce jour. Cependant Marie, mère de Jésus, était restée seule avec Madeleine auprès de la croix... Marie debout, en silence ; Madeleine en pleurs et jetant des cris de douleur, qui retentissaient au loin... Quand vint un soldat armé d'une lance... Marie eî Madeleine, à la vue de cet homme, s'écartent: '»*, celui-ci,s'approchantdelacroixquiétaitau milieu, regarde attentivement: C'est lui, dit-il, il est mort, mais je le frapperai encore, et dirigeant sa lance vers le côté droit, il y fait une large blessure. Le fer pénètre jusqu'au cœur et J'ouvre; et quand le

soldat retira sa lance, il tomba de la plaie profonde, du sang et de l'eau : c'étaient les dernières larmes du cœur de Jésus et les dernières gouttes de son sang !... Madeleine jeta un cri, comme si elle-même avait été blessée au cœur, et Marie, en silence toujours, pressa sa poitrine et leva les yeux au ciel.

Et puis, il y eut quelques heures de solitude et de larmes... jusqu'à ce que les disciples fidèles, Joseph d'Arimathie et l'apôtre bien-aimé à leur tète, vinssent, pour descendre le corps sacré de la croix. On procéda à ce travail, sans proférer un mol, et avec le plus saint respect... La sainte Vierge, debout, tendait les bras, deuiandant qu'on lui remit ce dépôt sacré... et, quand elle l'eut reçu, elle s'affaissa lenteuient sous le poids, et s'appuyant contre la croix, elle pressa sur son cœur le corps meurtri, pâle et ensanglanté de son fils bien-aimé , et pleura amèrement. — C'est la Pietà, ou le tableau de Jésus mort entre les bras de sa mère; sujet touchant de notre contemplalion.

I". Point. Voir .'Jésus et sa mère... considérez ce corps glacé, sanglant... ces plaies profondes et vermeilles... et adorez votre Dieu mort, et mort par amour pour vous... Voyez tous les inslru-

DOULisORS DE MARIE (LA PIETA). 229

ments de son supplice, tout ce qui a servi à sa. passion : la couronne d'épines, qui est sur les genoux de Marie ; les clous, qui sont à ses pieds... quelle majesté! quelle douleur! quel amour dans les traits augustes de ce divin Sauveur 1 quelle tendresse dans ses yeux éteints !. . Ses lèvres parlent encore de pardon et de miséricorde. — Qu'il est beau! dit saint Bernard, même dans la. mort et tout couvert de son sang !.. N'est-ce pas la pourpre de mon Roi ?.. Mais c'est surtout à ses plaies qu'il faut attacher vos regards... Vous sonderez celle du cœur; c'est un abîme! et, la baisant avec respect, vous vous enivrerez de sang et d'amour.

Puis, vous contemplerez la mère de Jésus dans sa douleur immense; elle est calme et digne; mais il n'y a jamais eu plus de tristesse dans une âme, parce qu'il n'y a jamais eu autant d'amour. Elle aimait plus que toutes les mères ensemble, et elle a souffert plus que tous les martyrs à la fois...

Approchez, et voyez comme elle presse sur so»^ cœur le corps de son fils bien-aimé... comme elle touche Tune après l'autre toutes ses plaies, pour en étancher le sang... Sa main tremblante resta quelque temps sur la blessure du cœur ; elle semblait l'interroger et chercher s'il n'y avait^

pas encore peut-être une espérance de vie î Mais hélas ! il était mort; et elle soupira plus amèrement ! Puis, elle baisa le front ensanglanté de Jésus, et ses mains, et son cœur, et elle lui ferma les yeux !.. Le corps divin était couvert des pleurs de Marie... Et pendant cette scène muette des douleurs, les disciples, Jean surtout, à qui Jésus avait légué sa mère, répandaient aussi des torrents de larmes, sans oser dire une parole... Et Madeleine, prosternée à terre, baisait les pieds de Jésus.

Contemplez donc ce tableau et nourrissez votre âme des pensées et des sentiments que ce spectacle doit inspirer... Mais ici surtout ne vous contentez pas d'un regard extérieur; pénétrez dans les cœurs de Jésus et de Marie, et vous y goûterez tous les fruits de ces mystères, en compatissant à tant de douleurs, c'est-à-dire en prenant une part réelle à ce grand deuil.

Pour cela, vous vous demanderez sans cesse, comme le conseille saint Ignace de Loyola : Qui souffre donc ainsi?... Et pourquoi?... et comment?...Etpour qui?... De cette manière vous entrerez dans les desseins de la miséricorde, et dans le plan de la Rédemption... Vous comprendrez le prix des âmes, qui ont coûté si cher à votre Sauveur, et vous ne pourrez plus jamais vous laisser

aller au découragement ni au désespoir, envoyant ce que ce Dieu a fait et souffert par amour pour vous, et pour votre salut.

IP Point : Entendre. Au milieu du silence qui règne sur la montagne et qui pénétrera votre âme d'un saint recueillement et d'une religieuse terreur... vous serez soudain frappé par le bruit que font les disciples, qui viennent pour détacher Jésus de sa croix... et vous écouterez les plaintes et les gémissements de Marie... les cris de Madeleine. — Pour la mère de douleurs, elle ne cesse de répéter le nom de Jésus son fils. .. et cette triste parole que, dans d'autres mystères, elle disait avec tant d'amour et de bonheur : 0 mon fils ! ô mon Dieu ! — Et pour Madeleine, au miheu de ses cris, vous distinguerez ce mot : 0 mon maître! et, // est mort l.., paroles qu'elle ne cesse de répéter.

, Vous vous imaginerez ensuite, que saint Jean lui-même, ou le disciple Joseph d'Arimathie, s'efforcent de consoler la sainte Vierge. Vous écouterez ce qu'ils peuvent dire, et ce que leur répond Marie... Sinite, amare flebo..,. laissez, laissez- moi pleurer....

Et puis, c'est le grand silence des larmes, delà nuit et du tombeau....

232 YINGT-DEUXIÈME JOUR.

Le convoi funèbre va se mettre en marche bientôt, et Jésus va descendre dans le sépulcre....

Mais avant de terminer cet exercice, je \eu% encore livrer à votre cœur une simple pensée, Nous sommes les enfants de Marie : elle nous aime, comme elle aima Jésus ; et nous avons dit, avec saint Bonaventure, dans la méditation du jour précédent, qu'elle nous a même préférés à Jésus. Eh bien ! aujourd'hui je veux dire qu'entre tous ses enfants, ceux qu'elle aime le plus, et qu'elle préfère, ce sont les plus malheureux, les plus coupables, les plus ingrats, les pauvres pécheurs enfin.... Oui, et précisément parce qu'ils son» plus à plaindre. Comprenez bien cette pensée, mon cher lecteur, et qu'elle vous console toujours.

Marie voit dans les hommes l'image de son fils Jésus, et c'est pour cela qu'elle les aime tant. Les justes lui représentent Jésus, comme elle Ta vu à Nazareth : doux, humble, affectueux, plein de grâces en un mot ; et touchée à ce souvenir, elle leur prodigue ses bienfaits. Mais les pécheurs lui rappellent l'image de Jésus pâle, sanglant, tout meurtri, muet, immobile et glacé entre ses brasi Àh! il nous semble qu'elle l'aimait encore plus; elle eût voulu pouvoir lui conserver, ou lui rendre la vie; c'est pour cela quelle meltaii sur le

cœur de son divin Fils sa main tremblante, et qu'elle répandait tant de larmes sur ses blessures. Et vous, pauvres pécbeurs, si vous avezrecours à elle, pourrait- elle vous délaisser, vous laisser mourir?.,, non jamais! 0 peccator, ne diffidas !

C'est sans doute pour cette raison, que l'Église dans toutes les plus belles prières qu'elle nous apprend à adresser à Marie, ne manque pas de nous faire rappeler à notre mère ce titre le plus capable de la toucher, notre titre de pécheurs ; nous le disons dans V Ave. Maria... Ora pro nobîs peccatoribus ^T^iiez pour nous, pauvres pécheurs... dans leMeinorare : Coram le gemens peccator assista: et moi pauvre pécheur gémissant sous le poids de mes iniquités. ... Ainsi dans le Salve Begina.., enfin dans toutes ses prières, sans exception, pour attirer sur nous un regara ae miséricorde et d'amour, nous lui parlons de nos misères, de nos ingratitudes. 0 peccator, ne diffidasl

Vous terminerez cet exercice par un colloque avec le Dieu, Père éternel du Verbe incarné; et. par la mort de son divin Fils, vous demanderez les deux grâces ordinaires. Pater noster.

Le deuxième colloque à Jésus-Christ mort,, pour obtenir les mômes grâces ; Anima Christi^ tanctifica me.

Et le troisième à Marie : Sancta mater, istud agas.., ou la prière d'hier ; Ave Mario doioribus plena/.,. etc.

Refugium peccatorum Ora pro nobis^

VtNGT-TROISiOÏE JOUR

(quatrième TABLEiO.)

Page 1