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LA SOLEDAD

OU LE DEUIL DE MARIE DÂh'S LA SOLITUDE... ET AU TOMBEAU.

Ego derelicta sum sola

Et solum niihi superest sepulehrum.

Je suis seule et délaissée ,•

il ne me reste plus que le tombeau. (Bar., lY, 19; /o6, X.VII, 8.)

Nous pouvons appliquer ces deux textes à la douleur immense de la sainte Vierge, au tombeau de son Fils, à la solitude profonde où elle resta plongée, pendant les trois jours et les trois nuits que Jésus passa dans le sépulcre.... C'est à peine si en France on connaît, même de nom, ce touchant mystère de \a.Soledad. Les douleurs, la mort de Jésus s'emparent de toutes les âmes pieuses,

(1) Mot espagnol, la solitude, qui exprime parfaitement le mystère que nous allons contempler.

236 VINGT-TROISIÈME JOUtt.

on va baiser sa croix, prier à sa tombe, et trop souvent on oublie sa Mère, qu'on laisse seule, et dans'les pleurs

Oh ! qu'il nous semble que la catholique Espagne a été saintement et divinement inspirée, dans iCS hommages touchants qu'elle rend à Marie, le jour du Vendredi-Saint; et combien ce culte de larmes doit attendrir son cœur maternel!

Le soir même de ce grand jour, après i'otnce des ténèbres, commence aux flambeaux une longue procession de fidèles, tous en deuil. Les prêtres eux-mêmes vêtus de noir, et portant une image delà sainte Vierge couverte d'un long voile et de crêpes funèbres, s'avancent lentement jusqu'à l'Église choisie pour figurer le tombeau du Christ, et, pendant toute la marche, cène sont que des prières de pénitence et des chants lugubres.... Arrivée au tombeau, la multitude prie et pleure... et puis s'en revient en silence, laissant au sépulcre qui va être fermé, l'image sainte de la Mère des douleurs.... et elle y restera jusqu'à l'aurore du dimanche matin. Mais ce jour, elle doit reparaître, brillante d'or et de pierreries, quand on la ramènera dans son Église, au chant joyeux des Anges : Regina cœli laetare. Alléluia,..

Nous allons contempler Marie dans cette triste solitude, la nuit du Vendredi-Saint, au tom-

DOULEURS DE MARIE (LA SOLEbAO). 237

beau de Jésus. 1°, Le mystère, 11°, ses fruits da grâces.

I. Commençons par le récit du convoi douloureux, et de la mise au tombeau, que l'Église appelle la sépulture ou déposition,

La sainte Vierge Marie, Mère de douleurs, tenait entre ses bras et pressé sur son cœur le corps de Jésus son Fils, et elle l'adorait. Comme elle ne cessait de répandre des larmes, en silence, personne n'osait, parmi les disciples, dire une parole, pour essayer de la consoler, où même pour parler de convoi ou de sépulture... A la fin pourtant, l'Apôtre bien-aimé de Jésus, Jean dit à la sainte Vierge qu'il était temps de confier à la tombe le dépôt sacré, et la supplia avec respect de lui permettre d'ensevelir Jésus... Elle le donna donc, en poussant cette fois un profond soupir... On enveloppa le corps divin dans un linceul plus blanc que la neige, et les disciples le portèrent dans le jardin, où était le sépulcre nouvellement :reusé dans le roc. Marié suivait lentement et muette de douleur ce triste convoi. A quelque distance. Madeleine ne cessait de pousser des cris et des gémissements. Pendant qu'on plaçait Jésus dans sa tombe, tous, sans excepter Marie, y laissèrent tomber des larmes... on y jeta des parfums

précieux, des fleurs mystérieuses... et quand on eut roulé la grosse pierre, qui devait en fermer rentrée, tous rentrèrent dans la ville, excepté Marie qu'on n'osa pas encore prier de se retirer, et qu'on n'aurait pu arracher au tombeau de son Fils bien-aimé.

Contemplez-la, cette Mère de douleurs, debout encore, vis-à-vis du sépulcre. ..immobile et priant dans les larmes, au milieu des ténèbres de cette nuit profonde... De temps en temps quelques rayons de la lune, perçant les nuées, viennent éclairer cette scène lugubre, et alors Marie regarde la pierre du tombeau, et elle soupire avec plus d'ardeur... Et les Anges de la paix au-dessus de la tombe divine versaient des pleurs amers... C'est à cette heure que l'âme de Marie fut comme une mer d'amertume : Magna velut mare contritio tua^ïhvQU., n, d3)... Ce fut la véritable agonie de la Mère de Dieu, semblable à celle de Jésus au jardin des Oliviers. Elle repassait dans son esprit toutes les horreurs de la passion et de la mort de son fils... et, comme lui, seule et délaissée, elle priait avec ies larmes de sang...

Et que]q;3c;tois, dans l'excès de sa souffrance, elle l'appelait : 0 mon Jésus ! disait-elle.. . et l'écho du Calvaire répétait ce nom béni, Jésus; en l'entendant, sa Mère tressaillait et retombait bientôt

dans le silence de la prière et des gémissements.

Tachez de pénétrer dans son âme désolée, dans son cœur brisé, pour entendre et méditer cette prière de la solitude... Mon Fils, mon Fils!., pourquoi m'avez- vous abandonnée?... Je reste seule et délaissée; je n*ai plus que cette tombe... 6 Jésus, venez au secours de votre Mère, soutenezla dans l'abandon.,. Quare me dereliquisti?... Derelicta sum sola... et solum mihi superest sepulchrum... adjuva mesolitariam.,. Ah! qui me donnera d'être avec vous dans ce tombeau? Mon cœur y est, mon âme y restera, car là est mon trésor ; là, ma vie et mon amour.

Venez donc et essayez de la consoler... Et d'abord, elle n'entendra pas votre parole... et ne pourra répondre. Essayez de nouveau... Ah! retirez-vous..- taisez-vous, dira-t elle alors,... laissez-moi pleurer... retirez-vous... vos mains sont pleines de sang... C'est vous qui l'avez tué ! Rece^ dite, amare flebo... Manus enim vestrae sanguine plenae suntî... Vous lui direz que c'est vrai... mais qu'il est mort pour vous, et qu'elle v a consenti par f*mour pour vous... et elle s'en souviendra; elle aura pitié ; elle vous permettra de pleurer avec elle... et vous ne la quitterez plus, pendant toutes les heures de cette solitude affreuse de la nuit et du tombeau.

II. Mais il est temps d'indiquer ici les pensées pratiques et les fruits, que nous pouvons et devons retirer de cet exercice touchant.

D'abord, je vous prie, mon cher lecteur, de ne pas oublier ce mystère des douleurs, et de vous rappeler de faire, tous les ans, cette douce contemplation, le soir du Vendredi-Saint, et je vous promets que vous en retirerez des fruits merveilleux de grâce. Il n'y a pas de tableau plus émouvant dans toute la passion, pas de scène plus déchirante , plus poétique, plus grandiose dans toute cette histoire de la mort de notre Dieu... Le cœur de Marie, toujours sensible et reconnaissant, sera touché des efforts que vous ferez pour la consoler, et de la part que vous prendrez à ses douleurs.

Mais une autre remarque importante sur ce sujet, c'est l'application même que nous pouvons faire de ces vérités saintes à bien des âmes, qui souffrent, à l'imitation de Marie, dans l'abandon, dans le délaissement et dans les larmes d'une affreuse solitude, que j'appellerai aussi la solitude de la nuit et du tombeau pour les cœurs.... Celte épreuve n'est ordinairement réservée qu'aux âmes saintes et fortes ; mais il est impossible de

dire ce qu'elles souffrent en cet état quand

tout, tout leur manaue à la fois.... le Ciel et la

DOULEURS DE MARIE (LA SOLEDAD). 2 il

terre.... Dieu, les Anges et les hommes! Le oie) alors est sombre et ne répond pas; la terre tremble, ou ne montre que des abîmes... Dieu se tait et se cache... il est comme endormi dans la tombe.... Les Anges pleurent, mais en silence et loin de vous., et les hommes, vos amis les plus saints, se taisent ; le père même de votre âme ne peut plus rien : ou il ne comprend pas, ou il ne sait pas vous répondre une parole... Oh ! quelles douleurs !.... Notre cœur alors semble n'être plus à sa place, ni en nous, ni avec nous : .... Et ipsum non est mecum ! (Ps. xxxvn*, u)

Ah ! je puis bien prévoir qu'il y aura un jour une de ces âmes délaissées, qui ouvrira ce livre et qui tombera sur cette page ! . . . Car il y en a même parmi les enfants de Marie, à qui ce travail est plus spécialement dédié, et je voudrais pouvoir les consoler et les fortifier. Pour cela, je leur dirai simplement de se souvenir des gémissements de leur mère, Gemitus matris tuae ne obliviscaris ;... (Eccli., VII, 29) et de comparer leur douleur à sa douleur. Qu'elles restent avec Marie dans la solilude, qu'elles pleurent avec elle, et Jésus ne tardera pas à sortir de celte tombe ; et il viendra les consoler dans la lumière et dans la paix, fruits de sa victoire sur la mort.

Vous terminerez cet exercice par un colloque,

OU une prière de silence à la sainte Vierge Marie, c'est-à-dire qu'à ses pieds vous méditerez quelque temps dans votre cœur, et vous y écouterez sa voix et ses gémissements. — Puis, vous lui consacrerez toutes les peines de votre vie, par ia prière de saint Louis de Gonzague ou toute autre semblable. — 0 Domina mea I

G Sainte Vierge Marie, ma souveraine et ma « mère, je viens me jeter dans le sein de votre « miséricorde, et mettre, dès ce moment et pour « toujours, mon âme et mon corps sous votre a protection spéciale ; je vous confie toutes mes « consolations et mes espérauces, toutes mes «c peines et mes inquiétudes, ainsi que le cours et « la fin de ma vie, afin que, par votre puissante « intercession et f ar vos mérites, toutes mes « œuvres soient faites selon votre volonté, et en « vue de plaire à votre divin Fils. — Ainsiftsoit-il. »

Sancta Mater istud agas ....

Mater doiorosissima^ Or a pro no bis.

HYSTÈRE E U C H A R I S T 1 Q UF

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