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LE MARIAGE DE LA SAINTE VIERGE AVEC SAINT JOSEPH

Ecce Virgo concipiei.

Uae Vierge doit cnfauter.

ijs., vil, 14.)

La sainte Vierge Marie passa les belles années de son enfance dans le Temple de Dieu ; son àme pure goûtait le charme die cette pieuse retraite ; iù mystère de la solitude, la prière, le silence et *^ travail remplissaient tous ses jours de grâces fcl de mérites... Elle s'élevait à la plus haute per- /ection, et les Anges étonnés se demandaient avec ravissement quelles seraient donc les destinées de cet enfant admirable que déjà ils reconnaissaient pour leur reine, et qu'ils servaient avec amour.

31ais cette humble Vierge ayant atteint sa quinzième ou sa seizième année, et le temps étant venu de la marier dans sa tribu, selon la loi, il se présenta un grand nombre de prétendants, qui aspiraient à l'honneur d'épouser la fille

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de Juda, si douce, si pure, el comblée de tant de grâces. Le Ciel même, par le miracle des Qeurs (1), se déclara, en désignant le juste Joseph pour l'époux de Marie ; et en présence du saint Pontite d'Israël qui les bénit avec transport, ils unirent leurs cœurs et leurs mains.

Dès ce jour, enchaînés par les liens sacrés d'un mariage véritable , ils commencèrent à vivre ensemble dans la pratique de la plus parfaite virginité Plus purs que deux lis, qui s'élèveraient du sein de la terre pour mêler leurs parfums dans les cieux;... plus purs que deux rayons de lumière qui, échappés du centre de deux étoiles brillantes, viendraient à se rencontrer dans le ciel pour éclairer le monde;... plus purs que deux anges envoyés du trône de Dieu et qui se rencontreraient en touchant la terre, pour y porter lesordresduSeigneur,... Joseph etMarie, deux nobles cœurs, dignes de se comprendre et de s'aimer, deux âmes saintes, dignes de mêler et leurs vœux et leurs prières, Joseph et Marie priaient, et travaillaient ensemble à Nazareth.

(1) Ce miracle, confirmé par la tradition et par les plus anciens monuments de l'art chrétien, a été raconté par une foule d'auteurs pieux. On peut en lire le récit dans notre livra De la Science de tien mourir (p. 34î)j.

Quelle gloire pour Joseph d'avoir été choisi pour être l'époux de la Vieige et quel bonheur! mais aussi quelle fidélité!

Voilà en peu de mots ce que nous apprend la tradition de l'Église sur le mariage de 3îarie avec saint Josepii. Elle a môme institué une fête spéciale pour honorer ce mystère : Desponsatio Virginis, la fête du mariage de la Vierge; elle se célèbre le 23 janvier.

Je devrais peut-être ici parler delà gloire et des vertus de saint Joseph, de sa puissance et de son bonheur; mais afin de rendre encore ce sujet plus pratique, j'aime mieux généraliser de suite la pensée, et dire ce que la religion demande de la famille chrétienne, quand deux cœurs s'unissent devant Dieu par les hens sacrés et indissolubles de ce grand sacrement du Mariage... Hélas! il y en a tant aujourd'hui qui ne savent pas ces conditions de boni:eur ; et, par une conséquence nécessaire, il y a si peu de mariages heureux, que je ne voudrais pas manquer l'occasion de dire ici ma pensée tout entière!... C'est un sujet difficile; mais je l'aborde avec confiance, et j'espère obtenir la grâce de ne pas dire un mot, qui ne puisse être lu de tous, et faire du bien à ceux qui le liront.

Voyez, do grâce, ce que l'on fait, 1° avant le

mariage; 11° et vous ne pourrez pas être étonné de ce qui arrive après.

I. Avant le mariage. — On ne s'y prépare pas, on ne prie pas. Que dis-je? on ne prie pas, même au jour solennel, à la messe du mariage. Oui, il y en a, où Ton ne prie pas. Et j'avoue que cette dissipation, ces conversations mondaines et tous ces regards de vainc curiosité, m'attristent : cette joie profane, en un mot, me fait peur.

Mais je parle de ce qui se fait avant ce grand jour. Eli bien ! pour beaucoup d'hommes de notre temps, le mariage, c'est une affaire, c'est une spéculation... et si bien une spéculation que ce sentiment indigne a fini par passer dans notre langue, et l'on n'a pas honte de dire que l'on a épousé... qui?... dites donc plutôt: Quoi?... un petit miiiion! Aussi ne sont-ce pas les Auges que Ton consulte, — les Anges qui, pourtant ont une si grande action dans ces projets d'avenir d'où dépend le bonheur de la vie et de l'éternité : ce sontles notaires, qui se voient et s' entendent ^ et qui vont traiter Vaffaire et régler ce contrat. Quelquefois on n'a pas eu honte de dire que l'on attendrait, avant de faire la demande^ que la personne en question ait réalisé son père ou sa mère, déjà d'un certain àgel

Savez-vous maintenant ce que demandent les familles, avant tout, et les notaires aussi chargés de cette affaire et qui ont leur procuration?,.. C'est la fortune, même avant le nom. La fortune la dot... Le nom, plus tard... puis, la santé... après, le caractère, l'éducation. Pour la vertu, les principes de religion, la piété, choses pourtant assez importantes :... on verra, ainsi que pour la forme extérieure, la tournure, etc.. La grande question, c'est l'argent!

Et il arrive de là, que tous les jours, des familles honorables sont trompées sur tous les points, sur la fortune môme el sur le nom aussi parfois; bien plus souvent encore sur le caractère et la santé d'un prétendant. £t, ce qui est bien plus triste, on est trompé sur sa vie, sur son éducation, sur sa moralité, sur sa religion enfin, car il y en a qui, pour entrer dans de nobles et saintes familles, simulent la piété par une infâme hypocrisie, et finissent par obtenir la main d'une jeune personne dont ils feront ensuite le désespoir, et dont il faudra même les séparer en justice, après quelques mois seulement d'une malheureuse union.

Vous ne pourrez donc pas trop vous étonner de Toirtant d'avenirs perdus et tant de cruelles déceptions dans la vie du monde, si vous considérez

OÙ et comment se préparent et commencent ces alliances parmi des personnes qui se disent encore chrétiennes. Or, ce sont les seules dont je veux et je dois parler ici... Où donc va-t-on chercher une épouse?... et où une jeune personne espère-t-elle rencontrer un mari selon son cœur? C'est dans un bal... Cette grande question delà vie va se décider entre un quadrille et une polka... Ce sera un signe à peu près certain que V affaire marche bien... si on danse la polka !...

0 mon Dieu 1 qui me donnerait ici l'éloquence conique et terrible de Tertullien pour flétrir ces létales et diaboliques inventions, qui sont cause, € n'en puis douter, du malheur d'une foule de familles ? Le bal, le spectacle !! ! Ce sont les pompes de Satan; et ce n'est pas au milieu de ces pompes maudites que vous trouverez, vous, l'ange du bonheur que vous désirez, et vous, le soutien, l'appui dont vous avez besoin... Les Anges ne vont pas dans ces assemblées mondaines; et ce sont pourtant les Anges qui doivent préparer les unions saintes et bénies du Ciel... ou, s'ils y vont, c'est pour verser des larmes amères en voyant l'innocence des cœurs se perdre au milieu de toutes ces vanités, et la fleur, le lis de la pureté se briser dans les mains, et tomber pour être foulé aux pieds.

Enfin, si Vaffaire est décidée, terminée, conclue, que feront les familles intéressées, et les jeunes fiancés? C'est alors surtout qu'il faudrait prier et se préparer au sacrement, parlesgrandes œuvres de foi et de charité... et il y a encore, en effet, quelques bonnes et saintes maisons où l'on a gardé ces usages antiques de la piété de nos pèles. La pénitence purifie les âmes, la commuûion vient fortifier et embraser les cœurs... Nous en avons vu nous-mème qui se préparaient à communier ensemble dans quelque sanctuaire vénéré, et qui allaient chercher à Notre-Damed'Espérance, ou à Notre-Dame-des-Victoires, des glaces plus aboMdantes et vraiment miraculeuses... Mais c'est l'exception.

Presque partout, et même parmi ceux qui se disent chrétiens, un mois avant la célébration de ces mariages, ce ne sont plus que des festins et des banquets. Les emplettes, les visites, la toilette, la corbeille enfin... voilà ce qui agite et préoccupe. On court de magasins en magasins, et cette dissipation de l'esprit, absorbant l'âme tout entière, ne lui laisse plus de force, ni de pentîée même, pour l'action principale et rehgieuse. Assurément, cen'est pas mon desseinde condamner les réunions et les fêtes de famille, comme il est d'usage d'en faire en ces sortes de circonstances. Mais c'est

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Texcès que je blâme, et l'oubli absolu de Dieu et de la prière, surtout, qui serait nécessaire !

il. Aubsi qu'arrive-t-il trop souvent? et quelles sont les conséquences ordinaires de ces alliances si peu chrétiennes? Que voyons-nous dans ce beau monde? des déceptions cruelles, des malheurs irréparables, le désespoir affreux d'un avenir brisé... une Vie enchaînée pour toujours dans la crainte, la défiance ou les larmes ! des cœurs qui ne se comprennent pas, et qui ne se comprendront jamais ! Plus de bonheur possible sur la terre, et le salut même compromis. Puis ce sera le scandale d'une séparation devenue nécessaire, et tous les dangers inévitables de cette fausse position. — N'est-ce pas ce que l'on voit tous les jours, dans le mond« le plus à la mode? Mais il suffit d'indiquer ces tristes conséquences... Hélas ! il y aura bien peu de lecteurs qui ne disent en fermant le livre : C'est vrai... et je connais plus d'un exemple de pareils mariages, dans bien des familles.

Disons donc un mot en finissant, et tâchons d'indiquer les moyens d'éviter ces horribles maiheurs. Priez, priez, mères chrétennes, car c'est à vous surtout que je crois devoir m'adresser en ce moment, vous qui aimez tant les entants que le ciel vous a donnés. Priez au jour de leur éta-

n CINQUIÈME JOUR.

blissement. Invoquez la sainte Vierge, Marie immaculée ; priez le bon saint Joseph, protecteur spécial des familles chrétiennes. Je vous conseille encore une tendre dévotion aux saints Anges : trois Anges du ciel doivent être appelés en conseil : le vôtre, celui de votre fille chérie et celui de l'homme qui vous la demande. Vous aurez des lumières, des voix, des attraits, des répugnances ; vous serez sûres de ne pas vous tromper en suivant ces sentiments de votre cœur.

Etvousaussi, enfants, jeunesfiUes, dont la vie va se décider, priez 31arie, saint Joseph et les Anges. Hélas ! je crains bien que vous ne soyez seules à prier dans ces jours solennels et dont dépend presque toujours la vie du temps et celle de l'éternité!

Memorarej o piissima Virgo Maria... etc.

Mater amalilis. — Mater admirabilis.

Ora pro nobis.

SIXIEME JOLK.

i'annonciation.

Missus est angélus Gabriel a Deh in civitatem Galilaene cm nomen Nazareth, ad Yirginem desponsatam viro, cui nomen crat Joseph, et ne men Virginis Marin.

L'ange Gabriel fut envoyé par le Seigneur vers une petite bourgade de Galilée nommée Nazareth, à une jeune fille mariée à uu homme qui s'appelait Joseph : et le nom de cette jeune fille était Marie. [Luc, i, 27.)

Voilà un texte bien pompeux et bien solennel; il est rare de trouver dans l'Écriture sainte et surtout dans l'Évangile de Jésus-Christ, un début de ce genre. Lisez attentivement, et votreesprit sera frappé de ce style inspiré ; et votre cœur entrera sans peine dans la contemplation du plus auguste de nos mystères saints.

Lorsque le Très- Haut appela l'archange Gabriel pour lui confier ce ministère sacré, ...lorsque cet ange descendit desCieux; qui, sur la terre, aurait pensé qu'il dût se diriger vers une pareille bourgade, ce petit village de Nazareth, le dernier et le plus humble hameau de la Galilée, sî inconnu, si méprisé, quec'était un proverbe dans le pays môme

qu'il ne pouvait en sortir lien de bon A Nazareth potest aliquid boni esse? (Jean., i, 46), et encore c'est vers la plus pauvre maison, que le céleste ambassadeur descend... pour parler à une jeune fille mariée depuis quelque temps à un simple artisan, à Joseph. Quant à elle, cette jeune fille s'appelle Marie... Et que va-t-il lui dire, cet Ange :e céleste ambassadeur? Aye^ra^i'a/j/ewa, Dominui tecuni : ie\ous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous... Et aussitôt il lui propose de devenir la mère du Verbe, du réparateur promis, du Roi Messie....

Marie effrayée, tremblant de perdre la virginité qu'elle a vouée au Seigneur, et que le juste Joseph a été chargé de conserver fidèlement, Marie hésite; elle allait refuser tant de gloire;... mais bientôt rassurée par l'Ange saint, elle prononça cette parole plus puissante que le Fiat des jours de la création, cette parole qui a sauvé la terre : Voici la servante du Seigneur... qu'il me soit fait selon votre parole... Ecce ancilla Domini, fiât mihi secundum verbam tuum. Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, Et Verbum caro factwn est... Mystère saint, le plus grand de tous les mystères de Dieu; paroles plus divines que toutes les paroles divine^s ; seul mystère que l'Église rappelle tous les jours, trois fois chaque jour, à ses

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enfants, au son de l'airain sacré ; a l'aurore, à l'heure de midi et au soir, par V Angélus;... paroles qu'elle répète au moins encore une fois, et presque toujours deux fois, à l'autel des sacrifices; parce que ce mystère de l'Annonciation ou de l'Incarnation est le principe : 1° de tous les anéantissements de l'tiomme-Dieu, 11° le principe de toutes les gloires de la Vierge-mère.

I. Abaissements, anéantissements du Verbe en ce mystère. C'est le jour où uii Dieu s'est fait homme pour nous et pour notre salut... Propter nos homine'i et propternostramsalutem. . . descendit de cœlis^et incarnatusest... ethomo /ac/wses^. Un Dieuhomme! Méditez ces deux mots : un Dieu! un Dieu-homme!... le Verbe éternel, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, celui par qui tout a été créé,... le maître, l'auteur de la vie... un Dieu , un Dieu-homme né pour souffrir , pour fnourir. Pulvis /... de la poussière, de la boue !

Oh! il n'y avait que le premier desÉvangélistes qui pût nous révéler ces choses... C'est l'aigle de Patmos qui s'est élevé si haut... il a plané d'abord dans les deux, il s'est plongé dans la gloire, pour V surprendre les secrets de l'éternelle génération ilu Verbe, et puis soudain, il descend, il s'abaisse, il va toucher la terres et it crie avec ^tojinemcnt :

ce grand Dieu, ce Verbe puissant... vient de se faire liomme, Et Verbum caro factumest!... révélant ainsi le mystère de sa génération dans le temps : il s'est fait chair... un Dieu-homme^ encore une fois, un Dieu-homme ! ... Méditez, et à tous les attributs de la divinité opposez les faiblesses, les fragilités, les néants de la nature humaine...

Non-seulement ce grand Dieu s'est fait houune, mais il va venir sur la terre comme le plus pauvre, et pour ainsi dire, le dernier des hommes. Universitatis Dominus servilem formam suscepit (S. Aug.). Le maître souverain de toutes choses a pris la forme de l'esclave... 11 est vrai qu'il naîtra d'une famille illustre, que le sang des rois coulera dans ses veines ; car Marie, sa mère, est fille de David ; mais cette famille est tombée... et Marie a été mariée à un pauvre et simple artisan de la même tribu, qui devra passer pour le père de Jésus, Et puiabatur plius Joseph (Luc, ni, 23).

Enfin il sera en toutes choses semblable à nous,, hors le péché, dont il n'aura pas la tache, mais dont il portera cependant le poids, comme victime du monde. Ce Dieu-homme sera un jour rassasié d*opprobres, et mourra sur une croix, supplice réservé aux seuls esclaves et aux plus coupables des hommes; c'est à ce prix qu'il sera notre réparateur et le Sauveur du monde.

Mais si le mystère de rincarnation est le principe de toutes les humiliations et des anéantissements du Verbe de Dieu, c'est le principe de toutes nos gloires. Autant ce Dieu Sauveur s'abaisse, autant il nous élève. Il descend jusqu'à nous pour nous élever jusqu'à lui ; et c'est en méditant sur ces paroles saintes de l'Evangile, Et Verbum caro factura est^ le Verbe s'est fait chair, que le Pontife saint Léon s'écriait : 0 homme, vois et comprendsquelle est ta dignité. /l^no5C^, ôhomo.digmtatem tuam .'..Le Père pour racheter ton âme a livré son fils. Le Verbe, pour te sauver, va donner tout son sang. Anima^ tanti vales! Agnosce^ ô komo, dignitatem tuam/ Mais qui pourra comprendre la dignité de Marie, de cette Vierge pure, prédestinée à la gloire de la maternité divine ?

IL C'est en effet dans ce même mystère que la fui nous apprend à reconnaître aussi le principe de toutes les gloires de Marie. 1° Gloire de ses vertus, et S'' gloire de ses plus beaux titres.

4°Etd'abord,g]oiredesesvertus.Nousavonsdéjà dit que Marie avait été, au jour de sa Conception, comblée de toutes grâces. A dater de ce premier instant de son existence, la Vierge fidèle n'avait pas cessé de s'élever dans la perfection ; elle possédait tous les trésors de la plus haute sainteté :

aussi l'Ange Gabriel, en se prosternant à ses pieds, la salue pleine de grâces, Gratia plena..,

iMais enfin quelles vertus devons-nous principalement étudier dans son cœur, au jour même de l'Incarnation? C'est saint Bernard qui va nous l'apprendre : Virginitate placuit, humilitate concepit... Marie, dit-il, a charmé le Seigneur par sa pureté sans tache ; et, par son humilité, elle a mérité de devenir la mère d'un Dieu.

La virginité de31arie,la pureté de son cœur attirait les regards du Très-Haut, et, si j'ose me servir de celte expression qui rend la pensée du saint Docteur, elle appelait Dieu sur la terre, car ce cœur était plus pur que les cieux, et ainsi plus digne de servir de tabernacle et de sanctuaire à la Divinité même. Aussi a-t-il envoyé son Ange, pour demandera en prendre possession... et Marie à la vue du céleste ambassadeur, ^jr/>ai;?ï... Marie a tremblé. Mais l'Ange fidèle, pour la rassurer, lui confia le secret du mystère divin, en lui disant que toujours elle serait Vierge. Alors sûre de garder ce trésor qu'elle eût préféré, même à la gloire de devenir la mère du Messie, elle ajouta un mot qui a été cité plus haut et qui est la révélation de son humilité profonde, de cette vertu encore plus belle aux yeux de Dieu, et qui a fait immédiatement descendre le Verbe éternel dans son

cœur : Ecce ancilla Domini... Humilitate concepit.

Car c'est au moment même où la Vierge sainte, en s'humiliant devant le Seigneur, dit qu'elle n'était que sa servante, Ecce ancilli Domini... c*est en ce moment qu'elle devient sa mère, et que Je Verbe se fait chair dans ses chastes entrailles... Et Verbum caro factum est. Et l'on ne pourrait dire laquelle de ces deux vertus en 3îarie a le plus contribué à l'accomplissement du mystère^

La virginité a commencé, elle a attiré Dieu en quelque sorte ; mais c'est l'humilité qui a consommé l'œuvre de notre salut. Un Dieu ne pouvait naître que d'une Vierge ; il a dû choisir pour mère la plus pure de toutes ses créatures, mais en même temps la plus humble... Et jamais il ne viendra, jamais il ne fera rien en nous sans ces conditions essentielles; il ne donnera jamais sa vie et sa grâce qu'à des cœurs purs et humbles.

2° Et maintenant un mot sur la gloire des titres de Marie en ce jour. Tous ses privilèges descendent de ce mystère et y sont reconnus authentiquement. Elle est Mère de Dieu... elle est Vierge-Mère; et, à ces deux titres, bénie entre toutes les femmes, c'est-à-dire élevée au-dessus de toutes les créatures.

La mère d'un Dieu est nécessairement la plus parfaite de toutes les créatures de ce Dieu ; non

pas que nous puissions jamais limiter la puissance du Seigneur, et dire qu'il ne pouvait faire une créature plus parfaite que Marie; mais nous affirmons qu'il a donné à 3Iarie toutes les preuves de sa tendresse; que, dans ce sens, Dieu môme a comme épuisé ses trésors de puissance et d'amour, et que Marie approche ainsi des limites impossibles de l'infinie et divine perfection. Fines divinitatis propinquius attingit.

Il semble que cette parole de saint Thomas d'Aquin dise trop, mais elle ne dit pas plus que cette vérité de la foi : Marie est la mère de Dieu, Mater Dei... Maria, de quâ natus est Jésus, pas plus que la parole de l'Ange en ce jour : Quod nascetur tx te sanctum... Paries filium et vocabis nomen ejus Je&um. En un mot, si la raison nous dit que Dieu infiniment puissant, peut toujours créer un être plus parfait que celui dont la perfection est nécessairement bornée, la raison ne nous dit-elle pas aussi que Dieu a dû. prendre pour sa mère la créature la plus parfaite, et la combler de tous ses dons^

De plus, Marie, seule entre toutes les femmes, est Vierge -Mère. Privilège incomparable, et dogme sacré de notre sainte foi. Virgo Deipara....

Virgo mV^mww, Vierge Mère de Dieu Vierge

des vierges c'est-à-dire la plus pure ; comme

un lis s'élève du sein des épines.... Plus pure que la lumière des cieux, plus pure que les Anges... Vierge avant le divin enfantement... Vierge dans i'étable au moment où elle mit au monde son

fils Jésus Vierge après la naissance myst6

rieuse du Sauveur; toujours Vierge et Imma« culée.

C'est à ces deux titres de Mère de Dieu et de Vierge sans tache, c'est à ces deux vertus de virginité et d'humilité qu'elle doit sa puissance au Ciel et sur la terre. Puissance sans bornes, parce que les trois personnes adorables , qui régnent dans les Cieux, ne peuvent plus rien lui refuser.

En finissant cet exercice vous admirerez comment -ce grand mystère de l'Incarnation du Verbe, s'est opéré dans le silence et dans la nuit. Personne au monde ne pensait à ces merveilles saintes , ni à Rome , ni à Jérusalem; et cependant le Ciel tout entier était à Nazareth :1e Père, le Fils, le Saint-Esprit et les Anges? .0

Puis vous ferez un colloque avec la sainte Vierge Marie.... Vous méditerez quelques paroles de VAve Maria.... gratta plena.... Dominas tecum.,.. benedicta tu in mulieribus et vous demanderez par cette prière les deux vertus que

VOUS avez admirées en Marie : la pureté et l'humilité.

Vous demanderez aussi la même grâce à saint Joseph.

Mater Christi^ Mater Creatoris^ Mater Salvatoris^ Orapronobiê»

Exsurgens autrm Maria m iliebu»

mis, abiit in montana cum fp^tinatione. in civitatem Juda. — Et intraoit in domum Zachariae. et salif tavit Elisabeth.

En ces jojrs-là, Marie se levant s'en alla en toute hâte vers k-s mon»

gnes, en la ville de Juda. — Et elle entra dans la maison de Zachane et salua Élisabeih. [Luc, i, 39, 40.)

Commençons encore par ]e simple récit du fait évangélique : toutes ces paroles demanderaient à être méditées dans la prière. — En ces jours, c'est-à-dire quelques jours après le grand mystère de l'Incarnation, Marie, à qui l'Ange Gabriel avait annoncé que le Ciel venait de donner un fils à sa parente Elisabeth, qui était non-seulement stérile mais très-avancée en âge, Marie se lève et part en toute hâte, et elle traverse une grande partie de la Judée pour se rendre à Hébron, dans la tribu de Juda, afin de féliciter sa noble parente.

En entrant dans la maison de Zacharie, elle

salua Elisabeth... et celle-ci n'eut pas plutôt entendu sa voix, qu'elle sentit son enfant tressaillir. Remplie de l'Esprit-Saint, elle dit à Marie : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles... Et d'où me vient ce bonheur que la mère de mon Dieu daigne venir me visiter !... Marie répondit en célébrant les bontés et les grandeurs de Dieu, dans un cantique merveilleux, qui est comme le chant extatique de la reconnaissance et de Tamour, et aussi le triomphe sublime de l'humilité : Magnificat anima mea Dominum.

Saint Augustin dit que Marie et sa noble cousine prophétisent toutes deux, par l'Esprit-Saint dont elles sont remplies : Elisabeth voit, annonce le mystère de l'Incarnation, que la modestie de ]a Vierge lui cache... et elle reconnaît un Dieu dans cet Enfant qu'elle porte en son sein. — Marie de son côté, dans le cantique céleste du Magnificat^ raconte et publie toutes les merveilles de Dieu, et l'histoire môme de son Église.

La tradition nous apprend que 3Iarie resta près de trois mois dans la maison d'Elisabeth, jusqu'à la naissance de l'enfant destiné à être l'ange précurseur de son fils Jésus. Puis elle revint à Nazareth, et elle y restera jusqu'au jour où Tédit de l'empereur Auguste l'obligera de se rendre à

Belli]éeni,où nous verrons naître le Sauveur dans

une élable.

La Visitation est pour l'âme fidèle un mystère de lumière et de grâces bien particulières. On y trouve la leçon parfaite de toutes les petites vertus dont se compose la vraie sainteté des personnes appelées à vivre dans le monde. Celles qui semblent briller surtout dans les deux principales figures de ce tableau ravissant, c'est l'humilité et la charité. Mais nous n'étudierons ici que les caractères de l'humilité de la sainte Vierge,

P Envers le prochain, et 11° envers Dieu.

I. Et d'abord envers le prochain. — C'est un caractère de vérité et de simplicité admirables. La vérité est tellement le cachet, la forme essentielle de l'humilité, que c'est la définition môme de cette vertu, d'après saint Thomas : Est veritas ! C'est la vérité ! Et le Saint-Esprit avait aussi donné cetie définition, en disant de l'ange superbe qu'il n'était pas resté dans la vérité, la veritate non stetit. (Joan., vin, 44).

Mais voici les trois actes de cette vertu, dans le mystère de ce jour : 1" Marie prévient Elisabeth, 2° Elle s'abaisse, 3° Elle se sacrifie. Reprenez tous les mots du texte; et vous verrez: — Ahiit cum festinationey Marie se hâte de partir et de pré-

venir Elisabeth sa parente. — In montana, traversant les montagnes qui la séparaient de la ville d'Hébron, et faisant avec tant d'empressement ce long voyage, et dans ces circonstances. — Eimlutavit Elisabeth, Qiex\ entrant dansia maisondeZacliane, elle s'incline etsaluela première sa parente.

Ce ne sont pas ici des commentaires ingénieux, ni des interprétations plus ou moins arbitraires; ce sont des pensées saintes et tirées des homélies des Pères et des docteurs de l'Église sur le texte sacré de l'Évangile. C'est aussi l'explication de Bossuet,qui est entré dans la contemplation de ce mystère divin avec une piété touchante. C'est encore la pensée du saint Évêque de Genève, François de Sales, qui a trouvé, dans ces deux versets de Saint Luc, toutes les vertus qu'il demande à ses filles de la Visitation, anges de charité et d'humilité.

Mais ici, il est impossible de ne pas nous arrêter un instant, pour réfléchir sur la conséquence même de cette définition ; conséquence terrible pour le mande, où tout est si faux. Il n'y a vraiment pas d'humilité dans le monde, parce qu'il n'y a pas de vérité. Aussi, loin de prévenir le prochain par des soins, des attentions, on attend ses hommages... Loin de s'abaisser, on ne cherche qu'à s'élever, à dominer... Loin de se sacrifier, on rapporte tout à soi-même, on ne cherche

que son propre intérêt et son avantage personnel. Il n'y a de sacrifice vrai, et par conséquent de dévouement et d'humilité que parmi les chrétiens fervents, dans les saints amis de Dieu.

II. Et maintenant, considérons l'humilité de la sainte Vierge vis-à-vis de Dieu même en ce mystère. Tous les sentiments de son cœur nous sont révélés dans la réponse sublime qu'elle fit à sainte Elisabeth, dans son cantique Magnificat. Vous reconnaîtrez aussitôt le caractère de la vérité dans l'expression des trois sentiments qui semblent partager son âme et qui sont inspirés par l'humilité la plus profonde. D'abord la vue, ou la connaissance de sa faiblesse, de son néant : Respexit humilitatem ancillae suae... On vient de lui donner le titre de Mère de Dieu, et elle ne prend auprès d'Elisabeth, comme auprès de l'Ange, qu'une seule quaUté, celle de sa servante : or c'est la vérité même, car tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a, vient de Dieu, qui seul est grand et tout-puissant, seul maître.

Mais ce sentiment de sa faiblesse, la vue de son néant, ne l'empêchera pas de reconnaître et de publier avec amour les grandes, choses que le Seigneur a daigné faire en elle. Elle le dit avec une sorte de transport et d'emphase, qui pourrait

tromper ceux qui ne savent pas distinguer la vraie €t solide Yertu, de ses fausses apparences : — Fecit mihi magna qui potens est, et sanctum nomen ejus... Ex hoc beatam me dicent omnes gênerai ionef Oui, le Seigneur a fait en moi de grandes choses... Tous les siècles m'appelleront bienheureuse. Voyez et comprenez la nuance délicate de ce senlirapnL Un orgueilleux se serait attribué une part au moins de ces grandes choses ; il aurait voulu ravir à Dieu quelque peu de sa gloire, et ce Dieu jaloux a juré de ne pas en laisser prendre, Gloriam meam alteri non dabo (Isaï., XLViii, H). C'est la raison principale pour laquelle il s'est vengé toujours, et des esprits superbes, et des pauvres orgueilleux, c'est-à-dire des anges rebelles et des hommes ambitieux.

Enfui, la Vierge Marie, après avoir comme prouvé ce lait capital par un tableau général, qui embrasse à la fois le temps passé et l'avenir, l'histoire du peuple de Dieu et l'histoire de l'Église de Jésus-Christ, nous révèle par un seul mot la raison de sa confiance, le motif de ses espérances certaines ; c'est en Dieu seul, c'est dans ses promesses saintes et dans le souvenir de ses miséricordes, qu'elle se fonde et se repose : liecordatus misericordiae suoe... Malheur à celui qui chercherait un autre fondement, et qui voudrait mettre

sa confiance en lui-même, ou s'appuyer sur une force de la terre, sur des vertus humaines. C'est en Dieu seul qu'est notre force, notre vie, Tu es, Deus, fortitudo meal... en lui seul notre espérance.

Loin de nous donc le sot orgueil des ennemis de Dieu, car ils seront humiliés, abattus,... Deposuit patentes de sede... Mais aussi, loin de notre cœur le sentiment perfide et la parole insensée d'une fausse humilité, car elle sera confondue et dissipée comme une vaine fumée; Dispersit superbos mente cordis sui... Le ciel laissera ces âmes dans un vide immense et dans le néant de leurs pensées ambitieuses... Divites dimisit inanes/... Tandis que les fruits de la véritable humilité sont doux aux cœurs qui la possèdent : Esurientes implevit bonis... une gloire immense lui est réservée dans les cieux, et souvent même sur la terre : £t exaltavit humilesf

Terminer par un colloque dans lequel on demande à la sainte Vierge la connaissance et l'amour de l'humilité.

Et méditer, goûter les paroles sacrées de VAve Maria et le cantique sublime du Magnificat.

Spéculum justitiae,

Sedes sapientiae^

Ora pro nobis.

l'expectation, ou l'attente du divin enfantement,

Expectans expectavi Dominum.

J'ai attendu le Sei^^neur dans l'ardeur des désirs de mou cœur.

(Ps. xxiix.)

Depuis le jour de rAunonciation et de l'Incarnalion du Verbe, la sainte Vierge Marie, heureuse de posséder cette sublime espérance et ce doux trésor, vivait encore dans une solitude plus profonde et dans les ardeurs d'une incessante prière. Elle gardait le silence sur le secret du Très- Haut, dans un sentiment d'humilité sainte ; elle n'en avait pas môme parlé à son fiaèle époux, le juste Joseph ; et, si un Ange des cieux ne fût venu pour rassurer ce saint Patriarche, il aurait pu en concevoir quelque peine ; un doute même commençait à s'élever dans son esprit ; mais on est partagé sur la nature de ce doute.

H y a des auteurs respectables qui interprètent la parole de l'Évangile : Voluit occulte dimittere

eam, en ce sens, que Joseph soupçonnant le grand mystère qui venait de s'accomplir en Marie, se trouvait indigne de rester auprès d'une âme si sainte et si parfaile. Rien ne s'oppose à cette interprétation dans le texte sacré, bien qu'elle soit moins ordinairement admise par les saints docteurs. Il n'y a rien d'invraisemblable dans cette supposition, tandis qu'il n'est pas facile d'expliquer comment Joseph , qui était sans cesse le témoin heureux des vertus de Marie, aurait pu, même un instant, la croire coupable.

Qui pourra jamais dire ou concevoir avec quelle ardeur la Vierge sainte devait en ce temps-là prier son Dieu et le jour et la nuit?... ce Dieu qu'elle possédait ainsi et qu'elle portait dans son sein : enfin son Dieu, à elle !... Il me semble que je l'entends dire et répéter sans cesse dans l'extase de son amour ces douces paroles : Devs meus et omnia, mon Dieu et mon tout.

Mais enfin, ce qui devait caractériser la forme de sa prière pendant ces neuf mois et tous les 'ours de cette douce attente, c'était sans doute i'ardeur de ses désirs... Elle ne cessait de sou[tirer, dans l'espérance de voir bientôt de ses yeux cet enfant du ciel, le vrai Fils de Dieu, que déjà elle appelait son enfant.

L'Église a institué, elle célèbre tous les ans, le

18 (léceoibre, huit jours avant Noël, une fête charmante qu'elle appelle VEx])ecieiiion (Expectatio parties) OU l'attente du divin enfantement; fête inconnue à beaucoup de chrétiens, mais bien douce aux serviteurs , aux enfants de Marie. Elle va nous donner l'occasion et nous fournir le sujet d'une méditation, qui s'adressera plus particulièrement aux âmes pieuses... N'est-ce pas à ces âmes que nous devons le plus souvent parler, dans un mois de Marie ? Les autres, hélas ! n'ouvriront ces pages que par hasard, et n'iront pas y chercher la nourriture dont elles ont pourtant un si grand besoin !

Donc, à l'occasion de ce mystère et des sentiments si doux qui occupèrent, pendant ces jours d'attente, le cœur maternel de Marie ; mais surtout afin de chercher à imiter en quelque manière, l'ardeur de ses désirs qui augmentaient sans cesse, à mesure qu'elle approchait du terme de ses glorieuses espérances ; je me propose de méditer, quelques instants, sur deux sortes de désirs analogues que le Saint-Esprit met dans les âmes fidèles, et qu'il y entrelient comme une flamme de vie : P Le désir d'enfanter Jésus dans les cœurs, ou la soif des âmes, et 11° le désir de posséder Jésus dans notre cœur, ou la soif de la communion.

I. Et (l'abord le désir du bien, le zèle ; ce travail divin : donner la vie à Dieu dans une àme, enfanter Jésus dans un cœur. Il est certain que les désirs ont une grande action dans l'œuvre de notre salut et dans le travail denotrt sanctitication, mais j'entends les vrais désirs; car je ne parle pas ici de ces velléités qu'on trouve quelquefois dans des âmes molles, et même dans des cœurs partagés. La bonne volonté attire Dieu, nous assure la paix du ciel... et c'est aux regards de Dieu un mérite, une gloire, que dis-je?une vertu même que d'être un homme de bonne volonté, un homme de désirs, Vir desiderîorum.

Si cela est incontestable de tout désir saint et qui vient de l'Esprit de Dieu, il est certain qu'il y aura encore plus de mérite et de gloire dans le désir dont nous parlons ici ; car la soif des âmes, le zèle de la gloire de Dieu, est, de tous les sentiments religieux, le plus pur et le plus divin. Travailler au salut des âmes, dit un saint Père, c'està-dire enfanter Jésus dans un cœur, lui donner la vie dans ce temple humain, c'est entre toutes les choses divines la plus divine : Omnium divinorum divinissimum estcooperari Deo insalutem animo rum. 3Iais si ce travail direct ne peut convenir à notre vie, si l'action immédiate de la parole sainte et apostolique est refusée à la position, à la des-

tinée la plus ordinaire des personnes qui vivent dans le monde ; rien ne saurait s'opposer à la ferveur de leurs désirs et de leur prière.

L'apostolat de la prière ! — Tous peuvent y aspirer, y prétendre, y arriver;... tous peuvent prier pour le salut des âmes, pour la conversior des pauvres pécheurs. Le Seigneur, touché de l'ardeur de ces désirs, soutenus par quelques sacrifices, ne manquera pas d'exaucer des vœux si conformes aux desseins de sa miséricorde ; et il récompensera ce zèle par l'ahondance de ses grâces célestes. Oh ! si l'on savait combien ces désirs sont agréables à Dieu, et qu'il n'attend plus peut-être qu'une petite prière, pour parler à une âme qui va mourir..., des chrétiens pourraientils rester indifférents et laisser tomber leurs frères dans les abîmes ? Seraient-ils si insensibles à la gloire de Dieu?.... Non sans doute, mais ils répéteraient sans cesse au ciel ce cri du zèle apostolique : Adceniat regnum tuum ! Que votre règne arrive, ô père, que votre empire s'étende partout dans les cœurs, et que le feu de votre amour embrase toute la terre.

Or il est écrit que celui qui aura délivré une àme du péché, et converti à Dieu un seul pécheur, sera sauvé. Quel bonheur ! Oui, si par l'action puissante de l'exemple des vertus, si par

la douce persuasion de la parole sainte, si seulement par la ferveur de la prière et des désirs, vous donnez la vie à Jésus dans un cœur, il vous donnera, lui, pour récompense, la gloire de la vie éternelle. Entrez donc avec ardeur dans cette voie des apôtres amis de Dieu ; et pendant tout le cours de ce mois béni, faites à Marie quelques prières ferventes pour le salut des âmes et la conversion des pécheurs. Elle est leur avocate et leur mère : elle sera touchée de votre prière : elle-même priera avec vous, et elle sera toujours exaucée.

II. Il est une autre sorte de désir, qui a aussi quehiue analogie avec le mystère que nous méditons aujourd'hui, et ce désir consume les âmes pures qui aiment Jésus-Christ. C'est le désir de la communion. Si scires donum Deil ... (Joan., IX, 10.) Ah ! si vous connaissiez le don de Dieu, ce que Dieu donne à votre cœur, lorsque vous communiez, pourriez-vousnepas soupirer sans cesse après ce bonheur, et ne pas désirer de manger ce pain sacré, ce pain de la vie ?... Mais pour comprendre ce que je dis, il faut aimer: Da rnihiamaniem et sentiet quod dico (S. Aug.). C'est donc ^ésus- Christ même qui se donne à nous, c'est sa chair sacrée que vous mangez ; il est tout à vous, corps

96 HUITIÈMli JOUR.

et àme : son sang coule réellement et substantiellement en vous ; sa vie passe dans votre vie, de telle sorte que vous pouvez dire avec vérité que ce n'est plus vous qui vivez, mais que c'est Lui qui vit en vous. Pourrait-on savoir ces mystères d'auiour, et ne pas désirer d'y participer V

Non-seulement donc, toutes les fois que vous assisterez au saint Sacrifice, vous vous unirez par les vœux les plus ardents à la communion du prêlre, mais Lien souvent même pendant le jour, vous appellerez ce Dieu à vous, et il vous communiquera son esprit, il vous donnera son âme... Il suffit pour bien exprimer ce désir de l'Eucharistie , que l'Église appelle une communion spirituelle, de produire les actes de foi, d'humilité et d'amour. Il suffirait même de dire simplement : Mon Dieu, je ne suis pas di^ne de cette grâce ; mais, venez, venez dans mon cœur : Domine, non sum dignusl... Veni, Domine Je su î Iq ue saurais trop recommander ce pieux exercice aux âmes ferventes. Eller y trouveront une force et une douceur extrême.

Une sainte vit un jour, dans une sublime vision, deux granc^ vases magnifiques et d'un travail exquis... l'un était d'or pur, et l'autre d'argent ciselé, tous les deux étaient remplis d'une liqueur précieuse et qui remplissait les airs d'un

parfum céleste. Et comme elle contemplait avec ravissement cette merveille, elle entendit une voix, quilui dit que ces deux vases n'étaient qu'un symbole mystérieux, et qu'ils représentaient les grâces réservées aux cœurs fidèles parla participation au pain des an^es : le vase d'or figurait la communion réelle ou sacramentelle ; le vase d'argent, la communion de désirs ou spirituelle. En terminant cette lecture, je vous invite, mon cher lecteur, à faire cet acte de désir pour la sainte communion, — Si vous êtes pécheur, commencez par frapper votre cœur, et brisez-le dans la douleur et la contrition parfaite ; dites votre Domine , non sum dignusy... ei puis attirez Jésus- Christ à vous par des soupirs ardents ; il viendra, il guérira toutes vos plaies. — Si vous êtes juste, c'est à-dire si vous avez en vous cette réponse de la vie et le sentiment de la charité, humiliez-vous aussi, mais plein de confiance appelez Jésus à grands cris ; il viendra combler votre âme de l'abondance de ses grâces... Quemadmodum desiderat cervusad fontes aquarum, ita desiderat anima meaad te, Deus... Sitivit anima mea ad te Deum.. . (Ps.XLi, 1, 2.) Veni Domine Jesu ! . .. (Apoc.) Comme le cerf altéré soupire après les eaux, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu... Mon âme est toute brûlante pour vous, mon Dieu; elle a soif!... Ve-

n HUITIÈME JOUR.

nez, Seigneur Jésus... venez ! — Enfin demandezlui des âmes... Ba mihi animas j... ô mon Dieu, donnez-moi des âmes ! ô Dieu, qui les aimez tant!... Beus qui amas animas... donnez-m'en doncet faites que je puisse en sauver une !... Caetera toile tibi! c'est la seule grâce que je vous demande, et, pour l'obtenir, j'abandonne tout, je suis prêt à tout perdre, à tout sacrifier.

Mater divinae gi^atiae.

Vas spiritualae,

Vas honorabile, Vas insigne dévot ionis^

Orapro nobii.

KOEL.

Et peperit filium suum primogenitum, et pannis eum involvil, et reclinavit eum in prœsepio : quia non erat eis locus in diversorio.

Et Marie enfaota son fils premierné, elle l'emmaillota de langes et le coucha dans la crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dan»

rhôtellerie. [Lue, ii, 7.)

Nous allons continuer la méditation des mystères de la vie de Jésus-Christ et de sa sainte Mère. Cette élude des saints Évangiles sera pour nous pleine de lumière et de vie. Commençons par la traduction des quatre versets du Nouveau Testament, qui doivent faire le sujet de cette contemplation.

« En ce temps-là, parut un édit de César- Auguste, pour faire le dénombrement des habitants de la terre... et tous allaient se faire inscrire, chacun en sa ville. Donc, Joseph monta aussi de Galilée, de la ville de Nazareth, en la cité de David, qui est appelée Bethléem^ parce qu'il

loO NEUVIÈME JOUR.

était delà maison et de la famille de David, pour être inscrit avec Marie son épouse, laquelle était enceinte. Et comme ils étaient là, il arriva que les jours furent accomplis pour enfanter, et elle mit au monde dans une étable son fils premierné, et l'enveloppa de langes, et elle le coucha dans la crèche, parce qu'il n'y avait pas de logement pour eux dans l'hôtellerie. »

Voilà, en quelques mots bien simples, le récit du fait le plus important de toute l'histoire du monde. Tout remonte à ce pauvre berceau ; tout date de ce jour et de la naissance de Jésus-Christ : {Anna Domini, de l'an du Seigneur, mil huit cent etc.).

Mais il ne faut pas que la gloire de l'Enfant- Dieu nous fasse oublier sa mère... Noël !.. C'est la plus belle fête de Marie et le plus beau jour de sa vie ; c'est son jour de gloire et de bonheur ; et désormais, en contemplant les mystères de la vie et de la mort de Jésus-Christ, nous aurons toujours à méditer sur les vertus de sa sainte Mère Nous suivrons ordinairement la méthode simple et féconde de la contemplation, comme saint Ignace l'a enseignée au livre des saints Exercices. Il y a deux points principaux dans cette forme d'oraison, qui saisit les plus vives puissances et toutes les facultés de l'àme humaine, et prévient ainsi

LA NATIVITÉ i)E N. S. JÉSUS-CHRIST. 101

fes distractions de l'esprit. I" point, voir^ IP point, entendre.

I. FoeV,... ou contempler le mystère même, comme si on y était réellement présent. — Commençons...

Il est minuit... toute la terre est dans le silence... Approchez-vous doucement de la sainte montagne, dans les flancs de laquelle se trouve •creusée la grotte mystérieuse. C'est au fond de ^cette étable abandonnée que vient de naître le Sauveur Jésus... c'est de la crèche môme que vient la lumière qui va éclairer cette scène ravissante. L'Enfant est là, couché sur la paille et ■enveloppé de quelques pauvres langes... Auprès de lui, une femme pleine de grâce et de majesté, mais pauvre aussi... C'est sa mère !... Dans le fond de l'étable, un homme simple et pauvre, qui a l'air d'un artisan... et que sans doute vous allez prendre pour le père de cet Enfant... jusqu'à -ce que le mystère saint vous soit révélé... C'est là le premier regard, une vue générale de ce tableau que vous devez maintenant étudier, en le conteraplant avec soin et amour.

Voyez donc comme tout est pauvre !... quelle demeure pour un Dieu ! Est-ce bien là le palais du Roi des rois ?... quel berceau ! de la paille !..

Mais »amaisun enfant n'a été si pauvrement couché... La tendresse des mères prépare avec tant de joie le petit lit, où doit reposer l'enfant qu'elles espèrent ! Marie elle-même avait désiré trouver mieux : sachant bien que le temps fixé pour la naissance de Jésus était venu, elle avait frappé avec Joseph à la porte de quelques hôtelleries ; mais on a reconnu de suite qu'ils étaient pauvres, et ils n'avaient pu y trouver une place.. A celte vue, vous ferez déjà quelques réflexions. Vous chercherez la raison de cette humiliation et de cette pauvreté... et vous entrerez dans les pensées de ce Dieuanéanti, qui vient pour réparer le péché de noire orgueil et de la cupidité.* Il s*est dépouillé de toutes les gloires des cieux, et, victime d'amour, il commence à souffrir pour expier nos crimes.

Mais vous devez continuer à voir... et, vous approchant de la crèche même, vous allez considérer le petit Enfant... qui pleure... ou qui dort ainsi couché sur la paille... Voyez donc ses mains, ses petits pieds... Voyez le mouvement de son cœur qui palpite sous les langes dontilestemmaillotté. . Ou bien, voyez-le qui vous regarde vous-même, ei qui vous tend les bras. Puis c'est sa mère qui le prend et le pose avec respect sur son cœur, où TEnfant trouve la source mystérieuse de la vie,

et va bientôt goûter un plus doux repos.

Profitez bien de tout ce que vous voyez. Tâchez d'interpréter les larmes de Jésus, de pénétrer le sentiment de son regard profond, qui vous enveloppe pour ainsi dire... Et les battements et les soupirs de son cœur... Méditez et comprenez!.. Et Marie, et Joseph ; vous devez aussi les considérer attentivement, suivre leurs mouvements, et, pour ainsi dire, chercher dans leur cœur les pensées les plus intimes. — Gomme ils adorent et comme ils aiment ! Gomme le moindre soupir de cet Enfant les agite et les préoccupe !...

Pendant que votre âme se laisse doucement aller à la contemplation, vous ne cesserez pas de livrer votre intelligence au travail de la méditation sur les causes et sur les effets de ce grand mystère. Vous interrogerez Dieu même, le Père éternel, sur les desseins et le plan de la Rédemption, qui commence avec la vie et les souffrances de Jésus dans cette étable.

Puis, pour approfondir ces pensées de foi, vous reprendrez quelques mots du texte, que j'ai cité au commencement de cet exercice, et vous en serez touché. Je n'en indiquerai ici qu'un seul, parce qu'il est plus beau, et que peut-être vous en aurez étésurpris, sans le comprendre d'abord ... Lasainte Vierge enfanta son liis premier-né... Prunoyeni-

iai NEUVIEME JOUR. ^

tum. Entendez bien cette parole admirable. — La sainte Vierge Marie a donc eu d'autres enfants ?..

— Oui sans doute, puisque celui-ci est le premierné... — Mais a-t-elle donc cessé d'être V^ierge ?

— Non, mille fois non! Toujours , toujours Vierge Immaculée !.. — xMais quels sont donc ces enfants? — Ali ! son regard même vous l'apprendra ! c'est vouSj c'est moi, ce sont tous les pauvres pécheurs, qu'elle a enfantés dans ses larmes el qu'elle aime véritablement comme ses enfants, comme le divin Jésus... Alors, vous jetant à ses pieds, vous lui ferez une prière pleine de confiance et d'amour, la conjurant de vous être mère, et de vous donner les vertus que doit avoir un enfant de Marie.

Il est évident qu'il n'est possible, dans ces petits exercices d'un mois de Marie, que de donner à peine une idée de tout ce que la contemplation fera découvrir de merveilles, à un cœur simple et pur, dans ce mystère sacré. L'âme s'y nourrira <le lumières vives, et se fortifiera dans l'amour ipratique de toutes les vertus. Les pauvres de la terre apprendront à porter le poids de la vie sans murmure, et les riches se détacheront des biens du monde ; ils voudront se dépouiller de tous leurs trésors pour l'amour de Jésus... C'est ce qu'ont réellement fait ceux qui

ont médité le mystère de l'étable de Bethléem, et qui l'ont bien compris.

II. Entendre, — Ici vous commencerez par faire un grand silence dans votre âme... Vous admirerez le calme, le repos de la terre et des cieux, de la nature entière... Puis vous prêtez une oreille attentive, etvoilàqu'au milieu d'une troupe innombrable d'esprits célestes , un Ange , commençant sur la harpe un prélude sublime, remplit le ciel de la plus douce harmonie... Vous écoutez... C'est un Séraphin qui chante d'une voix divine le cantique merveilleux de cette nuit : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.

Vous méditez ces paroles \Gloria, Pax: c'est le traité d'alliance qui a été signé en ce jour. Gloire à Dieu !.. Paix à l'homme... Et vous voyez bien les conditions de ce traité : Gloire dans la réparation, dans l'expiation du péché... Gloire par les humiliations, par les souffrances du Verbe éternel qui s'est fait enfant... Paix et pardon, miséricorde aux hommes de bonne volonté, c'est-à-dire à ceux qui voudront profiter de la rédemption, et •suivre les exemples que ce Dieu-Enfant va leur

donner... On peut dire que toute la religion serait dans les deux termes de ce traité de paix bien compris :... Gloire à Dieu, Paix aux hommes!

Puis TOUS entrerez dans l'étable même, vous écouterez plus attentivement encore, et vous entendrez d'abord les soupirs, les vagissements divins de cet Enfant; ses cris môme, car il souffre déjà... C'est de son cœur que partent ces soupirs. De quoi se plaint-il?... que demande-l-il?... vous le comprendrez aussitôt. Il demande votre cœur, Yotre amour... et vous le lui donnerez ; vous lui promettrez de l'aimer toujours, de ne plus l'offenser jamais.

Puis c'est ]a Vierge-Mère qui, se penchant sur la crèche et contemplant son fils, exprime en deux mots tout ce que son cœur peut renfermer de tendresse et d'adoration :... 0 mon enfant!... dit-elle... ô mon Dieu!... ô mon fils, ô mon Dieu!... méditez toujours... ô mon fils! que je vous aime ! ô mon entant, que vous êtes petit et faible sur cette terre, que vous êtes pauvre dans cette étable !... 0 mon Dieu ! que vous êtes grand et puissant dans les cieux... je vous adore, ô mon Dieu... Je vous aime, ô mon fils... ô mon fils, ô mon Dieu! — Vous ne vous lasserez pas d'entendre, de répéter, de méditer ces

paroles de foi et d'amour... ô mon fils... ô mon Dieu!

Saint Joseph aussi viendra de temps en temps parler à voix basse à la sainte Vierge, comme pour prendre des ordres et offrir ses services ; il regarde l'Enfant, il se prosterne à genoux devant la crèche, et il parle également de sa tendresse. Écoutez I

Et vous enfin, touché de tout ce que vous avez vu et entendu, vous ne craindrez pas de parler aussi... Dans trois colloques fervents, vous vous adresserez à Jésus, à Marie et à Joseph, pour demander les grâces dont vous avez besoin. Vous donnerez à ce pauvre Enfant de la crèche tout ce qu'il vous demandera lui-même, votre cœur surtout et votre amour.

Mais ce qu'il faut avant tout demander à ce Dieu dans ses mystères , c'est une lumière qui vous fasse connaître , et un attrait de la grâce qui vous fasse aimer et goûter les exemples que vous étudierez dans la vie de Jésus et de sa sainte mère. Retenez bien cette formule de prière, que nous devrons vous rappeler à la fin de toutes nos contemplations : toujours une grâce de lumière pour l'intelligence, et une grâce d'attrait, ou un sentiment d'amour pour le cœur. Aujourd'hui, vous lui direz : — Faites-moi com-

prendre et aimer la pauvreté de votre crèche, ô Jésus, petit Enfant... et vous, ô Marie, priez-le d'avoir pitié de moi, et de m'accorder cette grâce. Saint Josepli, obtenez-moi la même faveur l...

Sancta Dei Genitrix,

Mater admii^abiliSy

Mater amabilis,

Ora pro nobis.

Transeamus usque Bethléem, éi videamus.

Passons jusqu'à Bethléem, et allons voir. [Luc, », 15.)

Rien de plus simple et de plus naturel que la parole de ces bons bergers, rien de plus touchant que le spectacle de leur foi naïve et généreuse. Et nous aussi, nous voulons encore retourner à Bethléem et contempler de nouveau ce grand mystère, source de lumière et de grâce pour les enfants de Dieu...

Commençons par le récit du fait évangélique, sujet de notre méditation. Jésus venait de naître dans une étable... toute la nature reposait dans le silence des nuits... et soudain les ténèbres ont vu une brillante clarté, le silence a entendu une douce harmonie... Cette mysténeuse lumière venait des flancs de la sainte montagne : les Anges préludaient sur la harpe divine une céleste mélodie... lorsqu'un Séraphin fit entendre aux

no DIXIÈME JOUR.

oreilles des pasteurs ravis, ce cantique sacré : Gloria in allissimis Deo, et in terra pax hominibm bonae voluntatis. Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté... Paroles sublimes, que nous avons déjà méditées, et que nous allons encore mieux comprendre.

Après ce chant sacré, un Ange de la troupe céleste s'adressant aux bergers leur dit : a Je vous annonce une grande nouvelle, qui sera pour vous la cause d'une joie immense... Votre Sauveur vient de naître à Bethléem, allez-y et vous le reconnaîtrez à cette marque : Vous verrez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Les bergers, saisis d'admiration, après un moment de silence, se dirent entre eux : . Passons à Bethléem, et allons voir. » Ils s'y rendirent en toute hâte , ils trouvèrent Marie, Joseph et l'Enfant qu'ils adorèrent... et ils s'en revinrent glorifiant et louant Dieu... Mais pour Marie , elle méditait et conservait fidèlement dans son cœur tout ce que ces bons bergers lui avaient dit.

Je n'ai fait que traduire le texte divin; le lecteur y trouvera un sujet abondant de réflexions saintes. La lumière de Tétable, c'est l'Enfant même , c'est de la crèche où il repose que jaillit

ADORATION DES BERGERS. Hi

la lumière qui éclaire ce touchant tableau : comme au Ciel il n'y a pas d'autre soleil, pour éclairer la maison de Dieu et les tabernacles éternels : Lucerna ejus est Agnus (Apoc.,x\i, 23). Nous voyons dans le texte que c'est Marie qui a frappé de suite les regards de ces heureux bergers : Invenerunt Mariam, et puis le saint Évangile finit par un mot admirable, qui nous apprend quelle part la sainte Vierge a prise à ce mystère : Maria autem conservabaû omnia verba haec^ conferem in corde suo. 11 était donc bien juste d'en faire le sujet d'une méditation spéciale, pendant ce mois béni. 3Iais nous ne nous attacherons ici qu'à deux pensées principales.

1° Pourquoi les pauvres bergers ont-ils été les premiers appelés à la crèche de Jésus? 11° Comment ont-ils répondu à cette grâce ?

I. La raison de cette préférence est la pauvreté même et la simplicité de ces pasteurs, dignes enfants des Patriarches. Jésus vient au monde pour nous sauver, et c'est pour cela qu'il a voulu naître dans l'indigence : on peut dire qu'il a épousé la p^.avreté dans la crèche; il convenait d'appeler d'is pauvres à son berceau ; et durant toute sa vie les pauvres seront ses amis les plus cheis ; il affectera pour eux la même préférence. C'est

dans cette classe qu'il ira choisir ses disciples et ses premiers apôtres. C'est pour les pauvres qu'il fera presque tous ses miracles; non pas assurément qu'il méprise ou rejette les riches delà terre: mais enfin ce n'est pas son goût, il a plus d'attrait et d'affection pour les pauvres ; ils ont la préférence dans son cœur : on voit clairement qu'il espère plus d'eux.

Ainsi les Mages viendront à la crèche, mais après les bergers, et ils seront appelés non par

un Ange, mais par un astre mystérieux Il fera

un jour quelques prodiges pour les riches, mais àdistance, pour ainsi dire, comme pour ce petit roi de Capharnaûm, et pour le Centurion ; il ne prend pas la peine d'aller chez eux, tandis qu'il est toujours environné de pauvres et de malades, qui implorent sa pitié, et pour lesquels il fait des miracles à chaque pas.

C'est donc un fait certain, un fait incontestable que Jésus a aimé, préféré les pauvres... Mais pourquoi cette préférence ? Le texte même de l'Évangile et le récit de ce mystère suffiraient pour nous l'apprendre. Les pauvres sont plus près de Dieu, par la souffrance, l'humilité et la simplicité de leur vie... La grâce trouve en eux moins d'obstacles que dans l'âme des riches... Voyez ces humblesbergers ;ils veillaient sur leurs troupeaux

pendant la nuit : Eramt vigilantes ; après avoir porté le poids et la fatigue du jour, ils continuaient encore à travailler pendant la nuit, tandis que les riches, mollement couchés sur la soie, reposaient avec déhces à Jérusalem et même dans la petite cité de Juda. Ils n'auraient pas cru à l'apparition des Anges : ils n'auraient pas quitté leur couche voluptueuse,pouraller chercher un Enfant né sur la paille.

Les pauvres sont plus humhles et plus simples ; ils croient aussitôt ce que le ciel leur annonce, et rien de plus naïf que la parole qui sort de leur bouche après l'invitation des Anges : Transeomus vsqwi Bethléem et videamus ;... allons voir à Bethléem... Aussitôt ils partent en chantant, en essayant peut-être de répéter le cantique sublime qu'ils ont entendu des Cieux... Gloria in excelsis. Est-il vraisemblable que des riches de la terre auraient montré cette humble soumission, cette simplicité?

II. Mais nous devons principalement nous attacher, dans cette contemplation, à considérer la fidélité de ces bergers , et leur récompense ; comment ils ont répondu à la grâce qui les a ainsi prévenus; avec quelle simplicité de foi ils sont partis aussitôt pour Bethléem I...

Puis, VOUS les verrez entrer tous ensemble dans la grotte mystérieuse ; et rien de plus touchant que le spectacle de leurs adorations à la crèche : ils reconnaissent aussitôt ce que l'Ange a dit ....Ce petit Enfant d'un jour, enveloppé de langes, couché sur la paille, c'est leur Sauveur, c'est le Messie !... Et cette femme qu'ils ont trouvée dans retable, c'est sa mère!... Ils ne sont arrêtés par aucune autre pensée... La vue de Joseph ne les étonne même pas. Ils feront devant vous raille et mille questions... ils raconteront ce qu'ils ont vu la nuit, ce qu'ils ont entendu... Cette lumière des Cieux, cette musique céleste, et les paroles de l'Ange. ..Marie écoute en silence ; l'Enfant-Dieu les regarde et leur sourit avec bonté ; il leur tend les bras, comme pour les attirer à son cœur.

Vous verrez ces bons pasteurs s'empresser d'offrir à Marie et à Joseph leurs petits présents pour le divin Enfant; et vous admirerez encore la simplicité et la générosité de leurs cœurs dans ces offrandes. En un instant, vous aurez vu mille tableaux plus ravissants que tout ce qu'ont pu jamais imaginer et peindre les Raphaël et les Mignard; les scènes les plus variées et les plus douces raviront vos yeux et votre âme...

Avec quelle reconnaissance Marie ne dut-elle pas recevoir une bonne toison de brebis qu'on lui donna, pour emmaillotter le petit Enfant et i'empêcher d'avoir froid, la nuit!... Ils laissèrent aussi aux pieds de Joseph un panier de fruits, et du pain qui devait leur servir à eux-mêmes pour le repas du jour; et ils les pressaient d'agréer cette offrande... Si ce n'est pas pour lui, disaientils, en montrant le Sauveur, ce sera pour sa Mère, et pour vous...

Non, vous ne pourrez pas vous lasser de contempler, c'est-à-dire de voir et d'entendre ; et vous aurez soin de profiter de tout ce que vous aurez vu et entendu, comme le recommande saint Ignace au livre de ses Exercices. C'est ainsi que vous imiterez Marie elle-même, qui garda dans son cœur fidèle tout ce que les bergers lui avaient raconté des Cieux. Maria autem conservabat omnia verbahaec^ conferens in corde suo. (Luc, il, i9.)

Nous ne pouvons douter que Marie, de son côté, n'ait parlé aux pasteurs de la montagne des destinées glorieuses de Jésus, qu'elle ne leur ait révélé les mystères les plus secrets du royaume de Dieu... puisqu'ils se retirèrent en glorifiant le Seigneur, et en publiant partout ses louanges... Et 7'eversi sunt pasfores glo?ificantes et laudantei Deum. (Luc, ii, 20J

Vous tâcherez de retirer aussi de ce mystère les mêmes fruits de grâce, de foi, de simplicité et d'huQiilité qui sont si agréables au Seigneur.. Vous reconnaîtrez qu'aujourd'hui encore, Dieu préfère les âmes humbles et simples aux superbes et aux orgueilleux, les pauvres aux riches... Mais aussi que les pauvres aujourd'hui encore, se montrent ordinairement plus fidèles et même plus généreux envers Jésus et sa sainte Mère.

N'est-ce pas en effet le plus souvent à quelques pauvres que TÉglise de Jésus, que l'autel de Marie devra sa plus belle parure, ses premières fleurs? N'est-ce pas aux pauvres ordinairement que le trône de Marie, pendant ce mois de grâces, doit le plus vif éclat de ces lumières pures qui entourent partout son image bénie? Et pour l'harmonie sacrée des cantiques saints qui réjouissent le cœur de ses enfants, n'est-ce pas presque toujours la voix des pauvres et des orphelins qui nous la fait entendre?... Oui, oui, il y a une bénédiction réservée pour les pauvres , des grâces toutes particulières, des préférences marquées pour les pauvres. Beati pauperes.

Vous demanderez, par trois colloques fervents, à Jésus, à Marie, à Joseph, la grâce de comprendre les vertus que vous venez d'étudier dans cette

contemplation, et la grâce plus pi écleuse encore de les aimer et de les imiter.

Mater Amabilis, Mater Admirahiiis^

Or a pro no bis

Et intrantes domum invenerum puerum cum Mnriâ matre ejus, et procidentes adoraverunt eum , et apertis Ihesaurissuis, obtuleriint ei 7nunera, aurum, ihus et myrrham.

Et (les Mages) étant entrés dans l'élable y trouvèrent l'Enfant avec Marie sa mère, et se prosternant ils l'adorèrent, et ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de !a myrrhe.

[Matth., II, 11.)

Voilà en quelques mots un des plus ravissants spectacles que puisse présenter à notre cœur l'Évangile,si fécond en grandes et douces émotions... Quel tableau et quels contrastes!... la pauvreté, la misère d'une étable, et le luxe, tout le faste de la richesse et de la gloire du monde... une crèche et la majesté de la puissance. Un petit pauvre sur la paille, et des rois prosternés au^ pieds de ce petit pauvre, l'adorant comme leur Dieu, et brûlant de l'encens autour de son humble berceau... C'est le sujet de notre contemplation; scène touchante, tableau ravissant, dont nous ne

ADORATION DES MAGES. llf

devons pas un instant détacher les regards du

cœur Marie notre mère est au premier plan,

nous la verrons tout d'abord, comme les rois

Mages, avec son divin fils Invenerunt puerum

cum Maria; et nous ne détournerons pas les yeui? de sa douce image, en admirant, 1° la simplicité, la constance, la générosité de leur foi ; 11° le mystère de leurs présents symboliques, et, IIP la récompense de leur fidélité ; ce sont les trois points de la méditation.

1. Simplicité, constance et générosité de la foi des Mages. — Les Mages étaient des hommes riches, puissants, des rois; les Mages étaient des savants qui lisaient danslescieuxetinterrogeaient les astres.... Et qui les a donc décidés à descendre du trône, à entreprendre ce long voyage, pour venir à Bethléem de Juda?... Toute leur histoire est renfermée dans ces trois mots qu'ils répètent... Vidimus et venimus odoimre... Nous avons vu (l'étoile, le signe du grand roi) et nous sommes venus l'adorer... Donc ils ont vu, et ils ont tout quitté pour venir le chercher, et ils l'ont adoré dans son étable. Eh bien! c'est dans ces trois mots admirables que nous trouvons les trois premiers caractères de la foi : simphcité, constance, générosité.

1" Simplicité dans la promptitude du départ^

et malgré tous les obstacles. Ils ont vu : Vidtmus^ et aussitôt ils reconnaissent dans cette étoilfe mystérieuse le signe annoncé par les prophètes des anciens jours... S ignum magni régis, et aussitôt ils se mettent en route. On ne voit même pas qu'ils aient eu à combattre, tant la victoire a été facile, tant l'obéissance a été prompte et fidèle!..»

Cependant quelles difficultés, quelles raisons, ou du moins quels prétextes durent se présenter à leur esprit et les détourner de ce projet et d'un voyage si long, dans une saison si rigoureuse! Ces fils de la sagesse renoncent aussitôt à leurs études profondes, les rois de la Babylonie descendent de leur trône, et partent avec transport, les yeux fixés sur l'étoile mystérieuse; ils traversent les déserts immenses... et vont chercher le grand roi que le ciel annonce. C'est le triomphe de la foi sur une vaine et orgueilleuse raison.

2° Constance de leur foi. Comme ils approchaient de Jérusalem, voilà que tout à coup l'étoile de Jacob s'obscurcit dans les cieux, et elle s'éteignit dans la nuit! Quelle épreuve!... Mais leur foi n'en est pas ébranlée. Ils entrent dans la cité de David et demandent où est né le Roi-Messie... A Jérusalem on n'y pense môme pas. Les enfants des Patriarches et des Prophètes avaient comme oublié la promesse divine et l'es-

pérance de leurs pères... Au palais des rois, à la cour d'Hérode, c'est la même indifférence, et le mépris ; déjà même l'envie a percé. Mais enfin un mot a été prononcé devant eux ; on a parlé de Bethléem, et aussitôt les pieux pèlerins se sont résolus à chercher dans cette. humble bourgade le grand roi que le ciel annonce...

[Is furent bien récompensés de leur constance; car à peine ils venaient de sortir de Jérusalem par la porte Dorée, que, levant les yeux au ciel, ils revirent l'étoile de Jacob; elle brillait de tousses feux au-dessus de leur tête ; un cri se fit entendre au milieu de la riche caravane : l'Étoile! Voilà notre étoile!... et à cette vue leur cœur fut rempli d'une joie telle qu'il est comme impossible de traduire le texte sacré de saint Matthieu : Gavisi sunt gaudio magno valde... ils se réjouirent d'une joie extrêmement grande. C'est la seconde victoire des Mages; le triomphe d'une foi ferme et constante, avec la récompense qui lui est promise.

3° Générosité de la foi des Mages. C'est dans l'étable même que vous devez contempler et admirer ce dernier caractère. Ils suivaient avec empressement la route indiquée par les rayons de l'astre de Jacob !... et cet astre éclairait de ses feux la petite bourgade de Bethléem 1... Est-ce donc là qu'a pu naître un si grand roi? Mais voici bien une

autre épreuve; le rayon sacré n'indique plus à leurs yeux étonnés qu'une montagne isolée, puis ■une grotte profonde creusée aux flancs de cette

montagne... une étable enfin! ils marchent,

ils avancent toujours; ils vont entrer...

Ah! s'il est permis de pénétrer ainsi dans le cœur des hommes et de surprendre leurs plus secrètes pensées, je me figure que les Mages comprirent alors quelque chose à la parole et au dessein d'Hérode... Ils s'attendaient à trouver en ce lieu une grande princesse que ce vil tyran venait de dépouiller de son trône, et qui avait été obligée de fuir pour dérober son enfant à la mort. Il leur avait dit hypocritement : Allez chercher ce jeune roi, le Messie, et, quand vous l'aurez trouvé, venez me dire où il est, afm que je l'adore aussi. Tout leur persuade que cet homme est un usurpateur, et ils pensaient déjà peut-être aux moyens de replacer l'enfant sur son trône...

Pleins de ces sentiments, les Mages entrent dans l'étable ; et qu'y trouvent-ils !... quel spectacle !... un petit enfant couché sur la paille: près de lui une jeune femme que son regard tendre et inquiet d'amour fait aussitôt reconnaître pour sa mère, et, au fond de la grotte, un artisan, un ou- Trier qu'il faut bien prendre pour le père... et guoi encore?... de vils animaux dans celte même

étable... Et les Mages, à cette vue, s'écrient... C'est lui! le voilà! cet enfant, c'est le Messie... le grandroi delà promesse... notreSauveurl... Et ces hommes, autrefois adorateurs du soleil, déposent leur couronne, se prosternent à terre trois fois, et offrent à cet Enfant, à ce petit pauvre, de l'or, de l'encens et de la myrrhe... 0 prodige, ô triomphe de la foi divine!... Car enfin il n'y avait rien dans cet enfant qui révélât un Dieu; il était dans les larmes, et sa mère était si timide!... Et procidentés adoraverunt . C'est le troisième et le plus sublime triomphe de la ^oi des Mages.

Mille réflexions utiles se présenteront à votre esprit et toucheront votre cœnr, si vous voulez méditer sur ce mystère, et suivre les progrès de la grâce dans ces âmes ardentes... Oui, un jour, ces rois fidèles s'élèveront avec Jésus, pour juger les incrédules et les impies qui rejettent la lumière de Dieu, et les cœurs lâches et infidèles, qui s'arrêtent aux premières épreuves, et les orgueilleux qui se scandalisent de la pauvreté de la crèche et des anéantissements du Calvaire...

Quand un Dieu comparera les défaillances de notre foi à la constance de ces pieux monarques, quelle honte pour nous! pour une foule de chrétiens î Les Mages, dit un saint Docteur, ont cru à la lueur de l'étoile... et les Juifs n'ont pas cru même

aux larmes du soleil qui se cacha à l'heure de la mort de Jésus !... et nous, nous fermons les yeux à l'éclat de mille prodiges de sa vie et de sa mort!... Des chrétiens ne savent plus garder leur foijils deviennent incrédules, oulibrespenseurs...

0 pauvres chrétiens, malheureux incrédules, et que voudriez-vous donc enfin pour croire?... Quel signe dans les cieux, quels prodiges sur la terre?... Quoi! si un jour, au soir, le Seigneur venait à rapprocher les feux du ciel, ses étoiles, de manière à écrire ces mots par exemple : Tremblez, mortels, et adorez votre Dieu/... Si, un jour d'orage, lagrande voix du tonnerre venait à articuler cette même phrase... et à répéter cette menace : tremblez!.., on verrait les habitants de la Cité et les pauvres gens de la campagne se précipiter effrayés dans les Églises, se jeter tout éperdus aux pieds des prêtres et attendre la mort!... Tous croiraient à ces voix puissantes... Mais vraiment, n'est-ce pas ce que disent tous les jours à la terre, et les astres des cieux et toutes les grandes voix de la nature?... et faut-il, comme disait un malheureux impie, que Dieu nous parle en français, pour que nous l'entendions? Ne pouvons-nous pas voir et comprendre ces merveilles de la création, qui parlent le lui à tous, et qui révèlent ses attributs !

Vous prierez donc avjc instance pour demander

à Dieu la fidélité de la foi. Ah! combien d'étoiles ont déjà brillé dans votre vie ! elles devaient vous conduire à Jésus ! et vous auriez été si heureux de le trouver ! Quels regrets un jour, quand vous le verrez, mais pour le perdre à jamais !

II. Piien de plus mystérieux que les présents symboliques des Mages. — Les saints Docteurs ont fait sur ce sujet de bien touchantes réflexions: Aurum, thus et myrrham : l'or, l'encens tX la myrrhe. Ilven a qui, par ces trois mots, entendent l'hommage du chrétien à Dieu, par les actes de foi, d'espérance et d'amour. — D'autres voient, dans ces offrandes pieuses, les signes des trois vœux de religion : Pauvreté, chasteté, obéissance. — Mais la plupart ont voulu voir, dans l'or, la charité, cet or pur qui vient du ciel ; dans l'encens la prière, qui monte comme le parfum jusqu'au trône de Dieu et que les anges portent à ses pieds dans un encensoir sacré. Pour la myrrhe, c'est le sacrifice, la pénitence, toute douleur et toute souffrance delà vie... La myrrhe est amère ; mais, disent-ils, un peu de myrrhe vaut mieux que beaucoup d'encens, et s'achète au poids de l'or. — Par l'or, les Mages reconnaissaient en Jésus le Roi puissant ; par l'encens, ils adoraient le Dieu-homme, et par la myrrhe, ils honoraient l'Homme-Dieu.

Eh bien! donnez aujourd'hui avec eux, à la crèche de Jésus, un peu d'or, un peu d'encens et an peu de myrrhe : de l'or, pour ses pauvres ou pour ses autels ; de l'encens, c'est-à-dire quelques prières plus ardentes et qui montent jusqu'à son cœur. Mais de la myrrhe surtout, ah ! donnez-lui de la myrrhe ; il préfère la myrrhe atout. Et qui, sur cette terre, n'a pas un peu de myrrhe à donner à Dieu ? qui n'a pas à souffrir dans ce pèlerinage de la vie?... Et ce qu'il y a d'admirable, c'est que la souffrance perd toute son amertume, aussitôt qu'on l'offre à ce Dieu. Il adoucit les larmes, et donne de la joie aux sacrifices... Vous trouverez donc ce que les Mages eux-mêmes ont trouvé dans l'étable, une récompense magnifique auprès du Dieu que vous allez adorer.

III. En effet, Jésus s'est révélé, manifesté à leurs cœurs. G'estle grand jour del'Épiphanie ou de la lumière, de la manifestation divine de notre Sauveur... Vous penserez ici, en continuant toujours l'exercice de la contemplation, quel bonheur ce dut être pour les Mages, de voir et d'entendre toutes les choses les plus mystérieuses du royaume de Dieu... Quand le divin Enfant, par un regard de ses yeux, leur communiquait ces secrets éternels, ou leur faisait comprendre, par un sou-

rire aussi aoux qu'expressif, qu'il agréait leurs présents et l'hommage de leur foi; leur âme en ce moment fut éclairée par l'Esprit-Saint ; et ces rois, prémices des nations, entraient dans la vérité, que bientôt, transformés en apôtres, ils devaient porter aux contrées de l'aurore.

Mais qui pourrait dire de quelles grâces ils furent comblés, lorsque la Vierge Marie, Mère de cet Enfant-Dieu , daigna leur révéler les gloires de son Fils et les mystères mêmes de sa passion et de sa mort!... Vous ferez un grand silence dans votre âme, et vous écouterez la voix de Marie parlant à ces pieux monarques; votre cœur s'emplira aussi des vertus célestes de foi et d'amour.

Puis, touché de tout ce que vous aurez comtemplé dans cette étable sainte, et avant de la quitter avec les Mages, vous vous prosternerez, comme dans la méditation précédente, aux pieds de Jésus-enfant, de Marie et de Joseph, et vous leur adresserez, dans les trois colloques déjà indiqués, une prière fervente pour obtenir la double grâce, fruit de tous nos saints exercices : je veux dire une lumière qui vous fasse voir et comprendre ces grands mystères de la foi ; et un attrait, un sentiment du cœur qui vous fasse aimer et pratiquer les vertus que vous avez admirées.

AUez-donc à la crèche et offrez à Jésus l'or,

i28 ONZIÈME JOUR.

l'encens et la myrrhe, la prière d'amour et le sacrifice. — Oui, Kérode lui-même, le cruel Hérode, aurait été touché des grâces de Jésus, s'il avait suivi les Rois Mages, et peut-être eût-il reconnu et adoré son Dieu et son maître I...

VÎJ^go Dei Genitrix, Mater SalvatoriSy

Or a pro no bis.

Ecce angélus Domini apparuit in somnis Joseph dicens : Surge et accipe puerum et matrem ejus , et fuge m AEgyptum.

Voilà que l'Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, lui disant :

Prenez vite l'Enfant et sa mère, et fuyez en Egypte. [Matth., ii, 13.)

Encore un des mystères les plus touchants de la vie de Jésus et de Marie. Les Mages venaient de partir... Qui cum recessissent , c'est-à-dire le jour même de leur départ peut-être, ou la nuit suivante, comme Joseph dormait clans cette même étable, ou bien dans leur petite maison de Nazareth, où ils avaient eu le temps de rentrer, — le texte sacré permettant également cette interprétation, — mais enfin et très-certainement peu de temps après le départ des Mages; voilà qu'au milieu de la nuit un Ange apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Vite, prenez l'Enfant et sa mère, et fuyez en Egypte. Quelle épreuve pour la foi de ce saint Patriarche ; mais aussi quelle fidélité I...

l'Évangile ajoute seulement ces mots : a et Joseph se levant prit cette nuit même l'Enfant et sa mère, et il partit peur l'Egypte »...

La tradition nous représente Marie montée sur un àne, et tenant l'enfant Jésus dans ses bras... Joseph marchait derrière, en silence... Les Anges conduisaient la sainte et pieuse caravane, et les servirent dans le désert, jusqu'à leur arrivée en Egypte.

Combien de temps dura le voyage, l'Évangile ne le dit pas ; mais il nous apprend que, le lendemain même du départ de la sainte famille, par l'ordre du cruel Hérode, tous les petits enfants de deux ans et au-dessous furent égorgés à Bethléem et dans les environs. L'infâme persécuteur avait bien pris ses mesures, comme vous voyez, pour atteindre sa victime; mais au moment même de cet horrible massacre, Jésus, tranquille sur le sein de sa mère, dormait, et ses anges couronnaient dans les Cieux la foule de ces premiers martyrs que l'Église appelle les Saints Innocents.

Il y aura deux tableaux à contempler : 1° La fuite en Egypte. II" La mort de ces petits enfants.

l. La fuite. — Toutes les vertus apparaissent dans ce mystère sacré, et Jésus, Marie, Joseph, les pratiquent toutes dans la plus haute perfection ;

mais enfin il'y en a deux qui brillent d'un écial plus doux : c'est l'obéissance d'abord, et la confiance, qui va jusqu'à l'abandon le plus parfait.

L'obéissance de Joseph est simple et aveugle. Pour juger du mérite de cette soumission , il faudra vous mettre un instant à la place de ce saint Patriarche. Il a été le témoin des grands mystères accomplis depuis quelques jours, et le confident des secrets du Père céleste ; il a entendu ce que les bergers, ce que les Mages ont raconté de l'Enfant qui lui est confié. C'est le Dieu fort, le tout-puissant, et son règne ne doit pas avoir de fin... En présence de ces destinées certaines et immortelles, que peut la malice des hommes ? Que peut redouter le Roi des Cieux de la colère d'un petit Koi de la terre ?... Et puis, est-ce bien un Ange qui vient de lui parler dans la nuit?... n'est-ce pas une vaine illusion, fruit il'un songe sans vérité?..

Mais ce n'est pas ainsi que le juste Joseph a raisonné ; ou plutôt il n'a pas raisonné, il a obéi, obéi sur-le-champ à l'ordre supérieur que l'Ange vient de lui apporter... Qui consurgens nocte accepit puerum et matrem ejus, et fugit in AEgypium (Matt., II. 14.)

La confiance de ce grand Saint n'est pas moins admirable... Il y a des périls, s'il demeure; mais

s'il part ainsi, et pour cette terre étrangère dont il ignore la langue, cette terre la plus livrée du monde entier à l'idolâtrie, que de dangers nouveaux devront encore l'environner !... Pourrat-il même, dans cet exil, trouver le travail nécessaire pour le soutien de la mère et de l'Enfant qui sont à sa charge ? Eh bien ! Joseph n'a pas entendu toutes ces voix de la raison; il n'a voulu écouter que celle de l'Ange, qui lui ordonnait de fuir avec la mère et l'Enfant, et aussitôt il est parti : Et fugit in AEgyptum.

Les âmes religieuses trouveront dans la contemplation de ce mystère une source abondante de lumières et de consolations. Heureuses de n'avoir aussi qu'à obéir aux voix qui leur parlent au nom du Seigneur, elles ne peuvent se tromper, tant qu'elles suivent cette route de la sainteté et de la paix.

Mais les personnes du monde qui voudront marcher dans la même voie y trouveront aussi une sécurité parfaite. Jésus ne leur sera pas enlevé; on ne donnera pas la mort à cet enfant dans leur cœur, il y vivra... Les Anges conduiront ces âmes fidèles dans le désert de la vie, et elles parviendront à éviter tous les pièges de l'ennemi de leur salut.

Imaginez-vous un instant et supposez que Jo-

seph infidèle à l'ordre que l'Ange saint venait de lui donner, soit resté à Bethléem, ou qu'il ait voulu seulement attendre au lendemain : que serait-il arrivé ? Cette hypothèse seule fait frémir ! L'Enfant aurait été massacré sous les yeux de sa mère, comme tous ces pauvres petits innocents, dont il nous reste à contempler la mort glorieuse.

II. La mort cruelle des saints Innocents. Les soldats d'Hérode changés en bourreaux se répandent dans Bethléem et dans toutes les bourgades d'alentour, et ils commencent à égorger ces tendres victimes. Quel spectacle de sang et de larmes I... et quelles' scènes de douleur et de désespoir!... C'est en vain que les mères infortunées s'efforcent de cacher leurs enfants ; ils se trahissent par leurs cris... En vain elles luttent contre les bourreaux et demandent elles-mêmes la mort. L'édit cruel ne frappe que les enfants de deux ans et au-dessous... Vous contemplerez les soldats avec horreur; ils sont ivres de sang et de vin ; vous verrez les mères expirer de douleur ou de désespoir; vous pleurerez avec elles sur les victimes du tyran.

Vous entendrez les cris des assassins, les gémissements de Rachel; et les dernières plaintes des Innocents qui tombent sous les coups.

Et cependant, jetez aussi un regard sur Hérode qui, au milieu de ce carnage, paraît s'applaudir et triompher. La haine et l'envie l'avaient si hien inspiré dans sa passion ! il a tout prévu, tout combiné ;il croit être Lien sûr d'avoir frappé Jésus, le seul qui lui portât ombrage et dont il voulait la mort. Voyez plutôt comme il a pris ses mesures.... Il n'ja que peu de jours que cet enfant est né ; pour ne pas le manquer, il les tuera tous, depuis l'âge de deux ans et au-dessous. Il est à Bethléem; pour qu'il ne puisse échapper, il étendra le carnage dans les environs de cette malheureuse cité, après en avoir égorgé tous les petits enfants.

Hérode triomphe donc, il est sûr d'avoir anéanti le Roi-Messie qui vient de naître. Mais que peuvent les pensées des hommes contre les desseins de Dieu?.., Pendant que l'on égorge tous ces petits enfants, Jésus, porté doucement sur le sein de sa mère, fuyait la colère de l'usurpateur, et bientôt celui-ci va mourir. Alors le même Ange, qui avait averti Joseph de prendre l'Enfant et sa mère et de se retirer en Egypte, reviendra et lui donnera de nouveau Tordre de retourner à Nazareth... « Car ils sont morts, dira-t-il, ceux qv.i en voulaient à sa vie. » Defuncti sunt enim qui quaerebant animam pueri. (Matt., il, 20.)

En effet Ilérode, ce premier persécuteur, ne tarda pas à mourir, et bien d'autres depuis sont morts... et il en mourra encore beaucoup, avant que Jésus ait pu être touché. Tous ces ennemis du Ciirist... Defuncti suntî... et le Christ vit et règne. Sa croix est plantée peut-être, sur leur tombeau I... et quand elle n'y serait pas, dessus !.., ils sont dedans, eux, et ils n'en sortiront que pour la voir descendre des cieux. A la vue de ce grand Dieu qui les jugera tous, ils sécheront de dépit, et diront à haute voix qu'ils n'étaient que des insensés. Toujours le Galiléen a vaincu, et k Dieu, pauvre ouvrier de Nazareth, n'a jamais cessé de faire des tombeaux pour ses plus cruels ennemis... defuncti sunt enim /...

Il y a une autre réflexion à faire dans ce mystère de la mort des saints Innocents : vous ne pourrez vous empêcher d'admirer les voies de la divine Providence, comme elle sait tirer le bien du malp et faire servir les plus indignes passions des hommes à ses desseins de miséricorde. Racliel a bien pleuré sur ses enfants ; elle ne pouvait se consoler... et en effet qui a jamais vu un pareil malheur ! Cependant quelle gloire, quelle joie même pour toutes ces tendres victimes! Les Anges vont les couronner, et, placés autour du trône de Dieu, ces petits enfants le cou-

tempieront et l'aimeront pendant toute l'éternité ; ils jouent dans les deux avec leurs couronnes et leurs palmes sanglantes...

Mais qui pourra dire les dangers et les peines auxquels ils ont échappé par la mort... Que seraient ils devenus !... Hélas ! peut-être des juges iniques, des bourreaux cruels ; ils auraient condamné Jésus à mourir , ils l'auraient crucifié, comme le feront un jour ceux qui auront l'âge de trente à trente-cinq ans, ceux qui étaient nés comme eux vers l'époque de la naissance de Jésus- Christ. Quelle grâce donc pour ces enfants, encore une fois ! mais quel mystère et quelles raisons pour nous de ne jamais murmurer dans les épreuves de la vie ! quel motif de nous abandonner à la divine Providence, qui dirige toutes choses et qui les dirige pour notre bonheur et pour notre salut!

Nous n'avons parlé que bien peu de Marie daiis tout ce sujet ; mais il nous suffira de la contempler au moment du départ, ou sur le chemin de l'Éuypte. Elle entrait dans tous les sentiments de soumission de son fils Jésus ; elle obéissait comme Joseph ; elle pressait sur son cœur le divin Enfant, dont elle eut soin de ne pas interrompre le sommeil. Mais Jésus, dont le cœur veillait toujours, admirait tant de vertus et dirigeait leurs pas.

LA FUITE EiN EGYPTE. 137

Vous finirez encore cet exercice par trois colloques fervents, et vous demanderez à Jésus, Marie, Joseph la grâce de comprendre les leçons de vertus qu'ji* nous ont laissées dans ce mystère, et la grâce surtout de les imiter.

Virgo fi de lis, Ora pro nobis.

Et poiiquam împleti sunt dies purgalionis t-jus^ secundùm legem Moysi, tulerunt illum in Jérusalem, ut sistS' rent eum Domino.

Et lorsque les jours marqués «iaiiS la loi de Moïse pour la pucificalion furent accomplis, ils portèrent l'Enfant à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur. [Luc, ii, 2?.)

E y a tant de vertus à contempler dans ce mystère touchant, qu'on ne saurait dire à laquelle nous devons nous attacher de préférence, si TEsprit-Saint ne Tavait lui-môme indiqué d'une manière précise, en affectant d'insister, cinq fois en quelques versets, sur la raison qui a dirigé Marie dans ce jour; c'est la soumission à la loi, l'obéissance parfaite au précepte saint, qui ne pouvait cependant l'atteindre et Tobhger, puisqu'elle était la plus pure des Vierges et la mère d'un Dieu.

Une autre considération frappe aussi tout d'abord l'esprit, quand on lit le texte de cet Évan-

gile : il y a tant de joie et ensemble tant de douleurs dans cette fête ; tant de contrastes, en un mot, que Ton hésite, incertain, si c'est un mystère joyeux ou douloureux.... Il y a certainement un bonheur profond, une joie immense, mais aussi quels sacrifices !.. et pour l'avenir, que de craintes 1.... C'est précisément cette pensée qui nous fournira le sujet et le plan même de cet exercice, ou plutôt de cette contemplation ; car il ne faut pas oublier que c'est la forme habituelle de toutes nos méditations.

Nous verrons donc : P les joies et IP les douleurs de ce jour.

Mais coQimençons par le récit du mystère, ou plutôt par la peinture du tableau que nous devons avoir sous les yeux pendant cette lecture. Quarante jours après la naissance d'un fils, d'après la loi, une mère devait se présenter au temple, pour y être purifiée d'abord, et pour consacrer l'enfant au Seigneur. On le rachetait ensuite par le sacrifice d'un agneau, pour les familles riches ; par l'offrande de deux tourterelles, pour les pauvres, Jésus, Marie, Joseph, étaient pauvres; Joseph prit donc deux tourterelles dans une petite cage..., Marie portait l'Enfant dans ses bras.

Mais voilà qu'au moment où elle entrait dans le temple avec Joseph, un Pontife saint, le vieillard

Siméon, plein de l'Esprit de Dieu, s'avance, et, prenant l'Enfant aux mains de sa mère, prononce un cantique sublime, qui révélait la lumière, la gloire et la puissance du Dieu d'Israël qu'il voyait de ses yeux.... Puis il montre un glaive de douleur suspendu au-dessus de la tète de Marie, et transperce son âme par cette prophétie sainte.... Et ey^at pater ejus et mater mh^antes super his, quae dicebantur de illo. (Luc, ii, 33.) Et son père et sa mère admiraient les choses qui étaient dites de lui... Quand ils eurent accompli tout ce qui est selon la loi du Seigneur, ils s'en retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur pays.— Quel texte!., quelle simplicité! quec'estbeau !... L'Évangile est divin ; il parle au cœur !

L II y a donc de grandes joies dans ce mystère et pour tous ceux que nous y voyons figurer. Pour Siméon d' abord, ce saint Pontife du Seigneur!.... Il a le bonheur de voir de ses yeux le jour qu'Abraham, David, et tous les patriarches et prophètes avaient tant désiré de voir; il a reconnu, dans la lumière de l'Esprit-Saint, le Messie Réparateur, promis et attendu depuis tant de siècles ; et, dans le transport de son allégresse, il chante le cantique sublime du départ : il n'a plus rien à souhaiter sur la terre! Nunc dinàttis servum tuum^ Domine/ (Luc, II, 29.)

MYSTÈRE DE LA PURIFICATION. lU

Anne aussi, cette sainte veuve connue dans toutes les tribus, par l'austérité de sa pénitence et par ses prophéties, étant survenue au temple, conduite par le même Esprit de Dieu, commença à louer le Seigneur et se mit à parler publiquement de cet Enfant du Ciel à tous ceux qui attendaient, comme elle, la délivrance et la Rédemption d'Israël. Anne était transportée de joie, el sa parole inspirée répandait l'espérance dans les âmes.

Mais c'est surtout dans le cœur de Jésus et de Marie que nous devons étudier ce sentiment de sainte et divine allégresse. Pour Jésus-enfant, il a tressailli d'amour, en s'offrant à Dieu son Père, comme victime ; déjà il accepte la croix, il accepte la mort avec bonheur : Proposito sibi gaudio, sustinuit crucem (Hébr., xii, 2.) Ecce venio.,.. Les sacrifices, les holocaustes ne poavant vous plaire. Me voici ! dit-il.... et l'Enfant entre les bras du • saint Prophète souriait, et il élevait ses regards vers le Ciel. C'est le jour 'du premier sacrifice et du baptême auquel il aspire.

Marie, de son côté, malgré la triste parole du vieillard Siraéon,n'apu s'empêcher de se réjouir en son âme, en entendant les merveilleuses destinées qui étaient réservées à cet Enfant et les grandes choses qu'il devait faire pour le bonheur

de son peuple. Enfin, quand le Pontife, après avoir agréé j'e sacrifice des deux tourterelles, qu'elle faisait pour racheter le divin Jésus, lui rtnJit cet Enfant bien-aimé, et qu'elle le plaça sur son cœur, qui pourra jamais dire la joie dont elle fut pénétrée en ce moment?

Aussi l'Église a-t-elle mis cette fête au nombre des mystères qu'on appelle;o?/ewx, comme le savent bien les enfants de 3Iarie, qui ont coutume de réci ter le saint Rosaire. — Toutefois, il y a aussi tant de souffrances pour ceux qui prennent part à ce fait sacré, qu'il est impossible de ne pas en être touché. C'est ce que savent bien les âmes intérieures, qui ne se contentent pas de méditer ce sujet légèrement et comme à la surface, mais qui descendent et pénètrent dans les cœurs, pour en connaître et en goûter les plus intimes sentiments.

IL Oui, il y a eu des douleurs immenses, en ce jour, surtout pour Jésus et Marie. Pour Jésus d'abord, nous pouvons assurer que la parole du prophète Siméon a mis son cœur à l'agonie.... Cet enfant, dit le saint vieillard, est né pour la résurrection et la mort d'un grand nombre... In ruinam^ et inresurrcctionem multorum. (Luc, (i,34.) La pensée, la vue de l'inutilité de ses souffrances pour une foule d'âmes qu'il aime et qu'il voudrait

sauver, déchirait ce divin cœur, et déjà commençait pour lui cette horrible souffrance qui lui a fait pleurer des larmes de sang au jardin de Gethséniani. Mais déjà aussi, comme nous le verrons à cette heure solennelle de sa passion, il répétait une prière de soumission à la volonté de son père : Non mea voluntas, sed tua fiât, et il s'offrait à la mort, il embrassait la Croix pour le salut des hommes.

C'est aussi pour Marie un jour de grands sacrifices : elle est immolée dans toutes ses plus belles gloires. Le glaive de la loi la frappe, et déjà le glaive de la douleur lui transperce l'àme, et la divise. D'abord le glaive de la loi. En se soumettant à ce précepte saint de la Purification, Marie ne semble-t-elle pas en effet comme renoncer à ses titres les plus chers de Vierge très-pure et de Mère de Dieu? Elle se confond avec les autres filles de Juda. Celle qui est plus sainte et plus pure que les anges, la Mère de Dieu n'est plus qu'une femme ordinaire.

Quant au glaive de douleur que Siméon vient de faire briller aux yeux de Marie, il demeurera suspendu au-dessus de sa tête, et les blessures qu'il va faire à son âme seront d'autant plus cruelles cl plus profondes, que cette épée fatale doit rester toujours dans la plaie, Pertransibit , sans cesser

jamais de frapper, de déchirer ce cœur maternel, jusqu'à la mort de son Fils, et même jusqu'au jour où elle devra mourir aussi !... N'avions-nous pas raison de dire que ce mystère est par excellence la fête des sacrifices, pour Notre-Seigneur Jésus et pour sa sainte Mère ?

III. Mais il sera utile d'indiquer au moins quelques-unes des réflexions qui devront occuper notre intelligence, pendant que notre âme se livrera doucement à la contemplation de cette scène mystérieuse de l'Évangile. Il faut toujours, dit saint Ignace au Livre des Exercices, tirer un fruit pratique de tout ce que l'on a vu et entendu, autrement la méthode de prier qu'il nous a enseignée serait vaine et stérile. Nous ferons donc ici deux considérations sur la soumission parfaite de la sainte Famille à la loi de Moïse d'ahord, et à la loi de la souffrance.

Marie, nous l'avons dit, ne pouvait être obligée à suivre cette première loi de la Purification, et cependant elle s'empresse d'accomplir le précepte dans tous ses détails, et dans la forme prescrite... Et pour une foule de chrétiens, que d'infractions aux lois les plus formelles de Dieu même et de sa sainte Église!... Que de raisons et de prétextes pour se dispenser de l'observation de ces précep-

tes sacrés ! de la pénitence par exemple, du jeûne et de l'abstinence, loi sainte et pourtant si abandonnée de nos jours. On s'en plaint partout, on murmure sans cesse, et l'on s'en dispense sans motif. Il faut cependant faire pénitence ou périr, a dit l'ange précurseur de Jésus-Christ. Sa voix retentit en vain dans le désert : le monde n'y fai^ pas attention, ou il rejette sa parole austère. Mais ne C3rait-ce pas aussi parce que le monde s'affranchit trop facilement de cette loi, que tant de maux et de souffrances accablent les hommes ?

Oui, il y a comme une loi générale de douleur, et l'on peut prononcer, sur la tète de tout erd'ant qui vient en ce monde, la sentence prophétique du vieillard Siméon à la vierge 3Iarie.... Tuam ipstus animam pertransibit gladius (Luc, il, 3o) : un gldive de douleur transpercera votre âme!.. Qui que vous soyez, vous serez blessé par ce glaive ; j'est votre destinée : mais aussi ne faut-il pas qu'il y ait un bien réel dans la souffrance, une gloire et même un bonheur, puisque ce fut la destinée de la Mère de Dieu, et de tous ceux que Dieu a aimés?

Qu'y a-t-il en effet sur cette terre, si ce n'est deuil et alfliclion d'esprit? La vie de l'homme est un combat; il y sera souvent blessé, avant le dernier jour de l'agonie et de la mort, qui est aussi

une lutte terrible, un déchirement cru^l. La vie est un voyage au désert, dans la nuit; et il y en a beaucoup qui s-'égarent et se perdent. La terre est une vallée de larmes; les eaux amcrcB y coulent partout : trois grands fleuves traversent ce désert affreux; ce sont : les peines d'esprit, les peines de cœur, qui sont les plus cuisantes de toutes, et les souffrances du corps ou les maladies dont la dernière donne la mort. Tous, tous en passant doivent boire de ces eaux, il y en a même qui y sont plongés alternativement , et qui semblent devoir y mourir, comme noyés dans les abîmes !...

Eh bien! vous, mon cher lecteur, présentezvous aujourd'hui à Dieu ; allez avec Marie et offrez-vous au Seigneur par ses mains. A l'imitation de Jésus et de sa Mère, acceptez toutes les peines auxquelles vous êtes destiné jusqu'à la fin de vos jours ; et par la consécration que vous en ferez ainsi d'avance, sanctifiez toutes vos douleurs. Pour vous encourager à la souffrance, pour vous animer dans les combats, souvenez-vous du glaive qui a percé l'âme de Marie. Représentez- vous que cette tendre mère arrache de son propre cœur cette épée sanglante et qu'elle vous l'offre, en vous disant qu'elle ne fait pas tant de mal qu'on pense. Fili, non doletl.. Non-seulement ce souvenir des douleurs de Marie vous consolera, non-seulemen^

il VOUS soutiendra dans les épreuves, mais il vous fera même aimer la souffrance. Comme les saints amis de Jésus , vous voudrez encore plus de croix pour l'amour de votre Dieu, et pour imiter sa sainte Mère. Et dans ces désirs ardents de souffrir, et dans ces sacrifices volontaires que vous ferez, dans cet amour enfin, vous goûterez une paix inconnue au monde, une joie qui surpasse tous les sentiments des plaisirs profanes.

Mais, ô mon Dieu, que les cœurs généreux sont rares ! et où trouver ces âmes fortes et ardentes! Ce ne sont pas seulement les élus qui composent cette partie des amis de la croix ; ce sont les vrais saints. Ils s'enivrent d'elle, et ils ont sur la terre un avant goût de la gloire et de la félicité des cieux.

Finir par les trois colloques ordinaires; et demander à Jésus, Marie, Joseph, la grâce de comprendre et de retenir dans votre cœur la leçon de courage et de confiance, que nous avons trouvée €n étudiant ce mystère.

Virgo potenSf Virgo démens^

Ora pro nobis.

iÉSUS PERDU ET RETROUVÉ DANS LE TEMPLE A JÉRUSALEM.

Remansit puer Jésus in Jérusalem .

L'enfant Jésus resta à Jérusalem. (Luc, II, 43.)

Voici d'abord le texte sacré de l'Évangile; Le fait est si surprenant, qu'avant de le méditer, il faut le lire et le relire avec une extrême attention. La sainte Famille habitait la petite ville de Nazareth, et a l'Enfant croissait et se fortifiait; il a était rempli de sagesse, et la grâce 'de Dieu était a en lui. Or son père et sa mère allaient tous les ce ans à Jérusalem, à la fête de laPàque. Vers l'âge a de douze ans, Jésus monta avec eux à la ville ; a et, les jours de la solennité passés, comme Jo- « seph et Marie s'en revenaient, TEnfant-Jésu!^ tt demeura à Jérusalem. Son père et sa mère ne « s*en ape!'çurent pas; mais, pensant qu'il était « dans leur compagnie, ils continuèrent leur « chemin; ne l'ayant pas trouvé parmi leurs pa-

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