‹ Mois de Marie de Notre-Dame de LourdesChapitre 11 sur 17 · Sjccl*. du 30 août 1858. — ?. Siècle, Uni · texte numérisé non relu

Sjccl*. du 30 août 1858. — ?. Siècle, Uni

par la même ses propres principes. En de telles matières, les preuves et les témoignages ne sont rien. On ne discute pas avec l'impossible, on hausse les épaules et tout est dit. » Tel était le thème sur lequel roulait, en = mille variations diverses, la polémique ardente et irritée de la presse irréligieuse. Vainement elle s'obstinait à nier ou à dénaturer, elle avait peur de l'examen, devinant, avec un inslinct très-£Ûr que la défaite l'y attendait.

Dans cette lutte désespérée. contre l'évidence des fails et les droits de la raison, quelques-uns invitaient le Gouvernement à empêcher cette enquête au nom de l'ordre public.

Dans les départements les journaux se faisaient l'écho des feuilles parisiennes. La bataille se livrait partout et par tous. A Tarbes, l'Ère impériale, inspirée par le Préfet, bourrait son escopette des arguments venus de Paris, et tirait à bout portant, tous les deux jours, contre le Surnaturel. Le petit Lavedan, lui-même avait retrouvé quelques brins de poudre, — fortement mouillés, il est vrai, par l'eau de la Grotte, — et il s'efforçait, aidé, disait-on, par Dominique, de diriger contre le Miracle son pistolet hebdomadaire qui ratait tout les sept jours.

L'Univers, l'Union, la plupart des journaux catholiques soutinrent vaillamment le choc universel. De puissants talents se mirent au service de la Vérité, plus puissante encore. La presse .chrétienne rétablit la réalité de

l'Histoire et dissipa les misérables arguties du fanatisme philosophique.

« Devant les faits inexpliqués auxquels la foi ou la crête dulité delà multitude attribue un caractère surnaturel, « l'Autorité civile, disait M. Louis Veuillot, a transe ché, sans information, mais aussi sans succès, par la * négative. L'Autorité spirituelle intervient à son tour; « c'est son droit et son devoir. Avant de juger, elle in- « forme. Elle institue une Commission, une sorte de tri- « bunal d'enquête pour rechercher les faits, pour les étu- « dier, pour en déterminer le caractère. S'ils sont vrais, « et s'ils ont un caractère surnaturel, la Commission le i dira. S'ils sont faux, ou s'ils n'ont qu'un caractère na- « turel, elle le dira de mênrïe. Que peuvent désirer de « plus nos adversaires? Veulent-ils que l'Évêque s'abs- « tienne, au risque de méconnaître une grâce que Dieu « daignerait accorder à son Diocèse, ou, dans le second « cas, de laisser s'enraciner une superstition ?

« Quant à empêcher la Commission épiscopale de fonction- « ner, nous do t >ns qu'il y ait des lois qui donnent ce pou- « voir à l'Etat; et, s'il y en a, la sagesse de l'État devrait « s'abstenir d'en user. D'une part, rien ne saurait davantage « favoriser la Superstition . Sans l'enquête épiscopale la cré- « dulité populaire s'égarerait comme elle le voudrait, car il « n'y a pas de loi qui puisse obliger l'Evêque à prononcer sur « un fait qu'il n'a pu connaître et qu'on lui interdit même

» de connaître Les ennemis de la Superstition n'ont

« qu'une chose à faire, c'est d'instituer eux-mêmes une « Commission, de faire une contre-enquête et de publier « le résultat, dans le cas bien entendu où l'enquête épi- <t scopale conclurait au miracle. Car si elle conclut que les « faits sont faux, ou qu'il y a illusion, tout sera dit. » - Avec une réserve véritablement admirable au milieu

de l'animation des esprits, la presse catholique se refusa à se prononcer sur le fond même dés événements. Elle ne voulut prématurer en rien l'avis de la Commission épiscopale.Elle se borna à redresser les calomnies, les fables grossières, les sophismes, à maintenir la grande thèse historique du Surnaturel, et à revendiquer, au nom de la raison, les droits de l'examen et la liberté de la lumière. « Le fait de Lourdes, disait l'Univers, n'est ence core ni vérifié ni caractérisé. Il peut y avoir là un Mi- « racle, il peut n'y avoir qu'une illusion. C'est la décision « de l'Evêque qui tranchera le débat. »

On le voit, dans la vaste polémique qui s'agitait sur cette illustre question des Miracles au sujet des événements de Lourdes, les deux camps étaient absolument tranchés.

D'un côté les catholiques faisaient appel à un loyal examen ; de l'autre les pseudo-philosophes tremblaient devant la lumière. Les premiers disaient : « Qu'on ouvre une enquête », les seconds s'écriaient : « Qu'on coupe court à tout débat. » Ceux-là avaient pour devise la liberté de conscience ; ceux-ci conjuraient César d'opprimerjviolemment ce mouvement religieux et de l'étouffer, non par la puissance des arguments, mais par la brutalité de la force.

Tout esprit impartial, placé par. ses idées ou par sa position en dehors de la mêlée, ne pouvait s'empêcher de voir avec la dernière évidence que la justice, la vérité, Ja raison étaient du côté des catholiques. Il suffisait pour

cela de ne pas être aveuglé par la fureur de la lutte ou par un parti pris absolu.

Bien que, dans la personne d'un Commissaire, d'un Préfet et d'un Ministre, l'Administration eût malheureusement pris en cette grave affaire un rôle des plus passionnes, il existait un homme puissant qui n'avait agi en rien et qui se trouvait, quelles que fussent ses idées religieuses, philosophiques et politiques, dans les conditions d'une parfaite impartialité. Que le Surnaturel se fût manifesté ou non aux portes de Lourdes, cela était indifférent aux plans de sa pensée et à la marche de ses affaires. Ni son ambition, ni son amour-propre, ni ses doctrines, ni ses antécédents n'étaient engagés en cette question. .Quelle est l'intelligence qui, dans de telles conditions, ne soit équitable et ne donne raison à la justice et à la vérité? On ne viole la Justice et on n'outrage la Vérité que lorsqu'on croit utile de les fouler aux pieds, en vue de quelque puissant intérêt de fortune, d'ambition ou d'orgueil.

L'homme dont nous parlons s'appelait Napoléon III et était, d'aventure, Empereur des Français.

Impassible, suivant sa coutume , muet comme les sphinx de granit qui veillent aux portes de Thèbes, il suivait la polémique, regardant osciller la bataille et attendant que la conscience publique lui dictât, pour ainsi dire, sa décision.

Pendant que Dieu livrait ainsi son œuvre aux disputes humaines, il ne cessait d'accorder des grâces visibles auz;

âmes humbles et croyantes qui venaient à la Source miraculeuse implorer la souveraine puissance de la Vierge- Mère.

Un enfant de Saint- Justin, dans le département du Gers, Jean-Marie Tambourné, était .depuis quelques mois absolument infirme de la jambe droite. Il y ressentait des douleurs tellement aiguës qu'elles avaient tordu les membres violemment et que le pied, complètement tourné en dehors par ces crises de souffrance, en était venu à former-un angle droit avec l'autre pied. La santé générale avait été promptement altérée et désorganisée par cet état de douleur continuelle qui enlevait à l'enfant le sommeil comme l'appétit. Jean-Marie dépérissait.. Ses parents, qui étaient dans une certaine aisance, avaient' épuisé pour le guérir tous les traitements indiqués par les médecins du pays. Rien n'avait pu Vaincre ce mal invétéré. On avait eu recours aux eaux de Blousson et à des bains médicinaux. Tout avait à peu près échoué. Les très-légères améliorations momentanées aboutissaient constamment à des rechutes désastreuses.

Les parents en étaient venus à perdre toute confiance dans les moyens scientifiques. Dégoûtés de la médecine, ils tournèrent leurs espérances vers la mère de miséricorde qui, disait-on, était apparue aux Roches Massabielle. Le 23 septembre 1858, la femme Tambourné conduisit Jean-Marie à Lourdes par la voiture publique. La distance était longue. Elle est d'environ 50 kilomètres.

Arrivée à la ville, la mère, portant dans ses bras son malheureux fils, se rendit à la Grotte. Elle le baigna dans l'eau miraculeuse, priant avec ferveur Celle qui a voulu être nommée dans !e Rosaire la « Santé des Infirmes. » L'enfant était tombé dans une sorte d'état extatique. Ses

yeux étaient grands ouverts, sa bouche demi-béante. Il semblait contempler quelque spectacle inconnu.

— Qu'as-tu? lui dit sa mère.

— Je vois le bon Dieu et la Sainte Vierge, répondit-il. La pauvre femme, à ces mots, éprouva une commotion

profonde en l'intime de son cœur. Une sueur étrange mouilla son visage.

L'enfant était revenu à lui.

— Mère, s'écria-t-il, mon mal est parti. Je ne souffrt plus. Je puis marcher. Je me sens fort comme autrefois.

Jean- Marie disait vrai : Jean-Marie était guéri. Il rentra à pied à Lourdes. Il y mangea, il y dormit. En même temps que la douleur et l'infirmité s'en étaient allées, l'appétit et le sommeil étaient revenus. Le lendemain la femme Tambourné retourna baigner encore son fils à la Grotte et y fit célébrer dans l'église de Lourdes une messe d'actions de grâces. Puis ils repartirent tous deux, ncn plus en voiture, mais à pied.

Lorsque, après avoir couché en route, ils arrivèrent à Saint-Justin, l'enfant aperçut son père qui se tenait sur la route, regardant sans doute si quelque voiture ne lui ramenait pas les pèlerins. Jean-Marie, le reconnaissant de loin, quitta la main de sa mère et se mit à courir.

Le père, à 03 spectacle, manqua défaillir. Mais son enfant bien-aimé était déjà daDs ses bras. — Père! s'écriait-t-il, la sainte Vierge m'a guéri.

Le bruit de cet événement se répandit bien vite dans le bourg où tout le monde connaissait Jean-Marie. De tous côtés on accourait pour le voir.

Ces guérisons et beaucoup d'autres continuaient d'attester, d'une façon irrécusable, Tinter, ention directe de Dieu. Dieu manifestait sa puissance en rendant la santé

aux malades, et il était évident que, s'il avait permis la persécution, cela était nécessaire à la conduite de ses desseins. Il dépendait de Lui de la faire cesser, et, pour cela, d'incliner comme il lui plaisait la volonté des grands ce la terre. -

PRIÈRE

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes, vous avez livré voire œuvre aux disputes humaines et vous avez voulu qu'elle sortit triomphante des attaques furieuses do cette puissance, redoutable entre toutes qu'on appelle la Presse et qui, depuis qu'elle existe, a égaré tant de consciences et accumulé tant de ruines.

Qu'elles sont sages, ô Marie, les prescriptions, aujourd'hui si méconnues, de l'Église notre Mère, qui refusent très-justement au mensonge, à l'immoralité, à l'irréligion, le droit d'employer la Presse pour tromper et corrompre les peuples, comme on refuse aux scélérats le droit de prendre les armes, de se réunir en bandes et d'attaquer la société. La Presse ne devrait être qu'un instrument admirable pour la propagation du bien, de la justice, de la vérité parmi les hommes ; et voilà que, par la faiblesse insensée ou parla complicité coupable des pouvoirs publics, elle s'est retournée contre son but véritable et semble avoir pris pour mission monstrueuse de répandre dans tout l'univers l'impiété de l'esprit, la dépravation de5 mœurs, l'iniquité des consciences, l'erreur, la haine, les révolutions, la mort.

Très-Sainte Vierge Marie, dont les lèvres infiniment pures, loin de profaner le don de Dieu, ne se sont jamais ouvertes -que pour la prière, pour la charité, pour les louanges du Seigneur et l'édification des hommes, Très-Sainte Vierge Marie, considérez les multitudes envahies par ce déluge, et venez à notre secours !

Envoyez vos plus puissantes bénédictions aux écrivains qui servent Dieu, qui servent l'Église, -qui servent les hommes,

qui défendent le vrai contre le faux, le beau contre le laid, e bien contre le malr' et qui essayent d'opposer quelque digue aux flots mortels qui envahissent la terre. Donnez-leur le don de convaincre, de persuader, de convertir. Que dans la grande mêlée des esprits, l'Archange saint Michel les inspire, les soutienne, combatte avec eux, afin que, comme lui et avec lui, ils mettent enfin en déroute l'armée de Satan et de ses anges, et que, sur la terre transfigurée, comme dans les profondeurs du Ciel, on n'entende plus qu'un seul cri, que la Presse regénérée fera retentir à tous les coins du monde : « Qui est comme Dieu? Vive le Seigneur! >: Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Ainsi soit il.

La polémique de la presse au sujet de la, trrotte était épuisée. En France et à l'étranger, la conscience publique avait été mise à même de juger, non de la réalité des événements surnaturels, mais de l'oppression violente que subissaient, dans un coin de l'Empire, la liberté de croire et le droit d'examiner. Les misérables sophismes du fanatisme anticbrétien et de l'intolérance, prétendue philosophique, n'avaient pas tenu devant la pressante logique des journaux catholiques. Les Débats, le Siècle, la Presse et la vile multitude des feuilles irréligieuses se taisaient, regrettant probablement d'avoir entrepris cette guerre malheureuse et fait un si grand bruit autour de ces faits extraordinaires. Ils n'avaient réussi qu'à propager et à répandre dans tous les pays la renommée de tant de miracles. De l'Italie, de l'Allemagne, de contrées plus lointaines encore, on écrivait à Lourdes pour se faire envoyer quelques gouttes de l'eau sacrée.

Au Ministère des Cultes, M. Gustave R. s'obstinait à

vouloir se mettre en travers de la plus sainte des libertés et à prétendre arrêter la force des choses.

A la Grotte, Dominique et les Gardes persistaient à veillsr jour et nuit, et à traduire les croyants devant les tribunaux. Le juge Jean D. condamnait toujours.

Entre un tel Ministre pour le soutenir et de tels agents pour exécuter ses volontés, le baron Pardoux demeurait bravement dans l'illogique absolu de sa situation et se comp'aisait dans la toute-puissance de son arbitraire. De plus en plus exaspéré en se voyant enlever, par l'enquête épiscopa'.e et par l'analyse de M. Filhol, les vains prétextes de Religion et d'ordre public dont il avait, à l'origine, voulu voiler son intolérance, il se livrait avec orgueil à la joie amère de faire de la tyrannie pure. Il restait sourd au cri unanime. A toutes les raisons, à l'évidence indéniable, il opposait sa volonté : « Ceci est mon ton plaisir. » IL lui était doux d'être plus fort, lui tout seul, que les multitudes, plus fort que l'Êvêque, plus fort que le bon sens, plus fort que les Miracles, plus fort que \q Dieu de la. Grotte. EUamsi omnes, ego non.

Ce fut dans ces circonstances que Mgr de Salinis, Archevêque d'Auch, et un autre personnage considérable, se rendirent auprès de l'Empereur, qui se trouvait en ce moment à Biarritz. Napoléon III reçut en même temps de divers côtés des pétitions demandant instamment, et réclamant, en vertu des droits les plus sacrés, le retrait des arbitraires et violentes mesures du baron Pardoux : « Sire, disait une de ces pétitions, nous ne prétendons

« décider en rien la question des Apparitions de la

« Vierge, bien que, sur la foi de miracles é^!at?.nts qu'ils

o disent avoir vus de leurs yeux, presque tous, en ces

« pays, croient à la réalité de ces manifestations snrna-

« turélles. Ce qui est cerlaiD, et hors de toute contestation,

« c'est que cette Source qui a jailli tout a coup, et que

« l'on nous ferme malgré l'analyse scientifique qui en

« proclame l'innocuité absolue, n'a fait de mal à per-

5 sonne ; ce qui est certain, c'est que, tout au contraire,

a un grand nombre déclare y avoir recouvré la santé. Au

« nom des droits de la conscience, indépendants de tout

a pouvoir humain, laissez les croyants aller y prier, si

« cela leur convient. Au nom de la plus simple humanité,

« laissez les malades aller y guérir, si telle est leur espé-

« rance. Au nom de la liberté des intelligences, laissez

« les esprits qui demandent la lumière à l'étude et à

« l'examen aller y découvrir l'erreur ou y trouver la

* vérité. »

L'Empereur, avons-nous dit plus haut, était désintéressé dans la question, ou plutôt il-avait intérêt à ne pas user sa force dans une stérile opposition à la marche des événements. Il avait intérêt à être équitable, et à ne pas froisser, par un arbitraire gratuit et un déni de justice évident, ceux qui croyaient après avoir vu, et ceux qui, ne croyant pas encore, revendiquaient le droit d'examiner publiquement les faits mystérieux qui préoccupaient la France entière.

Les renseignements que M. Gustave R. avait dû donnera l'Empereur n'étaient guère faits pour éclairer ce dernier. La polémique des journaux, bien qu'elle eût triomphalement mis en lumière le droit des uns et l'inique intolérance- des autres, n'avait pu lui donner une idée absolument nette de la situation. A Biarritz seulement,

elle lui apparut tout entière, et il la connut dans tous les détails.

Napoléon III était un monarque peu axpansif ; sa pensée se traduisait rarement par la parole. Elle se. manifestait par des actes. En apprenant les violences abfurdes par desquelles le Ministre, le Préfet et leurs agents discréditaient à plaisir le Pouvoir, son œil terne s'illumina, dit-on, d'un éclat de froide colère; il haussa convulsivement les épaules, et le nuage d'un profond mécontentement passa sur son front. Il sonna violemment.

— Portez ceci au télégraphe, dit-il.

C'était une dépêche laconique pour le Préfet de Taries, ordonnant de la part de l'Empereur, de rapportera l'instant l'Arrêté sur la Grotte de Lourdes et de laisser libres les populations.

G 3 télégramme fat pour le baron Pardoux un véritable coup de foudre. L'infortuné Préfet ne pouvait en croire la réalité. Plus il y pensait, et plus il lui semblait impossible de revenir sur ses pas, de se déjuger, de reculer publiquement. Il lui fallait cependant "avaler ce breuvage amer, ou donner sa démission et rejeter loin de 'lui la coupe préfectorale. Fatale alternative.

Le baron Pardoux n'avait qu'à choisir entre son orgueil et sa Préfecture. Il fit ce choix douloureux et il fut assez humble pour demeurer Préfet.

Le Chef du Département se résigna donc à obéir. Toutefois, malgré les impératives dépêches du Maître, il essaya encore, non de lutter, ce qui était visiblement im-

possible, mais de masquer sa retraite et de ne pas rendre les armes publiquement.

Par suite de quelques indiscrétions de bureau, peutêtre aussi par le récit des personnages qui s'étaient rendus en ambassade auprès de l'Empereur, on savait déjà vaguement dans le public le sens des ordres venus de Biarritz. Ils faisaient l'objet de toutes les conversations. Ls Préfet ne confirma ni ne démentit ces rumeurs. Il enjoignit à Dominique et à ses agents. àe ne plus faire de procès- verbaux et de cesser toute surveillance.

Une telle abstention venant à la suite des bruits qui couraient sur les instructions de l'Empereur, devait suffire, suivant lui, pour que les choses reprissent d'ellesmêmes leur cours normal, et pour que l'Arrêté tombât, de fait, en désuétude, sans qu'il fût nécessaire de le rapporter. Il était même probable que les populations, rendues à la liberté, s'empresseraient d'arracher elles-mêmes et de jeter dans le Gave les poteaux qui portaient défense d'entrer sur le terrain communal et les barrières qui fermaient la Grotte.

M. Pardoux fut trompé dans ses calculs, assez plausibles d'ailleurs. Malgré l'abstention de la Police, malgré les bruits qui circulaient et qu'aucun personnage officiel ne démentait, peut-être même à cause de tout cela, les populations craignirent quelque piège. Elles continuèrent d'aller prier sur la rive gauche du Gave. Les infractions^ eurent généralement, comme auparavant, un caractère isolé. Nul ne toucha aux poteaux, ni aux barrières. Au lieu de tomber de lui-même, comme l'avait' espéré le Préfet, le statu quo se maintenait obstinément.

Etant donné le caractère de Napoléon III et la netteté des ordres expédiés de Biarritz, une pareille situation

était périlleuse pour le Préfet. Le baron Pardons était trop intelligent pour ne pas le copjj rendre. A chaque instant, il devait craindre que l'Empereur ne fût instruit tout à coup de la façon dont il essayait de louve yer.

Il se trouva que, durant ces perplexités, M. Fould eut encore occasion de venir à Tarbes, et même de passer à. Lourdes. Augmenta-t- il, en lui parlant du Maître, la terreur du Préfet? Le baron reçut-il quejque nouveau télégramme plus foudroyant que bs deux autres? Nous ne savons. Toujours est-il que le 3 octobre, sous le coup de quelque cause inconnue, M. Pardoux devint souple comme un roseau foulé sous le pied d'un passant, et que sa raideur arrogante parut faire place à une prostration soudaine et complète.

Le lendemain, au nom de l'Empereur, il donna ordre au maire de Lourdes de rapporter publiquement l'Arrêté et de faire enlever les poteaux et les barrières par Dominique.

M. Anselme n'eut pas les inquiétudes de M. Pardoux. Une pareille solution le déchargeait du rude fardeau qu'avait l'ait peser sur lui le complexe désir de ménager le Préfet et les multitudes, les puissances célestes et le pouvoir humain. Par une illusion assez commune chez les naturts indécises, il s'imagina toujours avoir été de l'avis,, qui prévalait, et il rédigea dans ce sens une proclamation: ■ «. Habitanis de la ville de Lourdes, le jour tant désiré par nous est enfin arrivé;' nous l'avons conquis par notre sagesse, par notre persévérance, par notre foi, par notre

courage. » Tel était le sens et le ton de sa proclamation, dont, par malheur, le texte n'est point resté.

La proclamation fut lue dans toute la ville au son de la trompette et du tambour. En même temps on affichait sur tous les murs le placard suivant :

« Le Maire de la ville de Lourdes.

Vu les instructions à lui adressées,

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