JOSEPH PROTECT. DES PAUVRES ET DES RICHES
sentiment naturel de leur âme. Qu'ils \oient et qu'ils comparent ; il est impossible qu'ils ne soient pas touchés : Quidquid habeo veî possideo, tu mihi laryitus es... ici tibi totum restitue)... amorem lui solum cum gralia tua mihi dones, et dives sum satis, necaliud quidquam ultra posco!.. C'est l'acte sublime d'amour tiré des Exercices de saint Ignace, et il nous semble que ce devrait être la prière de tous les riches : « Tout ce que j'ai, ô mon Dieu, tout ce que je possède, c'est vous qui me l'avez donné, c'est à vous que je le dois... eh bien, je vous le donne, je vous le rends... accordez-moi seulement de vous aimer, donnez-moi votre amour et votre grâce, et je ne vous demande rien autre chose ; avec elle je suis assez riche. »
Et maintenant, il y a des vertus qui ont plus de mérite pour les riches que pour les pauvres : ce sont les vertus d'humilité , de détachement surtout et de pénitence. Puisque tout les porte à l'orgueil et les flatte, et qu'ils trouvent dans la fortune même les plus séduisantes illusions de la vie, on comprend que la victoire sera plus glorieuse pour eux et la récompense plus belle. Ainsi, Louis de Gonzugue, ainsi François de îlorgia, nés tous deux au sein de l'opulence , ont mérité par Leur humilité
profonde, leur pauvreté volontaire, et leurs austérités, une gloire plus éclatante.
Enfin, il est une vertu, la plus douce et la plus belle de toutes, la seule même à qui le royaume des cieux ait été, non pas promis mais donné, une vertu tonte divine, que par un privilège unique les riches seuls peuvent pratiquer, dont seuls ils peuvent goûter les fruits délicieux. C'est la charité; la charité, dont les œuvres sont si admirables, qu'elles assurent la félicité des âmes dans le temps et leur gloire dans l'éternité : la charité sans laquelle on n'est rien, avec laquelle on peut tout.
Sans doute les pauvres peuvent avoir la charité essentielle, qui justifie; l'amour de Dieu et l'amour du prochain; ils peuvent souffrir pour Jésus-Christ, et c'est leur gloire, ils peuvent aimer leurs frères en Dieu et pour Dieu, mais ils n'ont pas le pouvoir de leur faire du bien, de faire la charité en un mot; c'est un privilège qui appartient aux riches. Toutes les œuvres de miséricorde corporelle, les seules dont Jésus-Christ doive parler au dernier jour, leur sont comme réservées. Ueureux ceux qui auront eu l'intelligence de donner l'aumône aux pauvres de Dieu, heureux celui qui aura pitié de leur misère!... G est à Dieu même qu'ils au-