‹ Mois de saint JosephChapitre 23 sur 71 · JOSEPH PROTECT. DES PAUVRES ET DES RICHES · texte numérisé non relu

JOSEPH PROTECT. DES PAUVRES ET DES RICHES

ront fait du bien, et ce Dieu fidèle et reconnaissant doit s'en souvenir au dernier jour, et les récompenser pendant toute l'éternité. 11 dira : Fat eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire !... Entrez dans mon royaume...

Et remarquez, je vous prie, ces traits touchants de ressemblance entre les riches charitables, et Josepii le père nourricier de Jésus... N'est-ce pas lui qui a nourri Jésus enfant, et qui lui a donné le pain des premièi es années?... De quelle protection spéciale n'environnera-t-il pas ceux qui partageront en quelque sorte sa gloire, en le nourrissant à leur tour dans les pauvres qui le représentent, et avec quelle confiance ces âmes ne pourront-elles pas recourir à lui?

Concluons donc cet exercice comme le précédent; que tous invoquent saint Joseph, que tous aient confiance en lui, pauvres et riches, que tous espèrent : il sera leur ami, leur père, leur vrai protecteur : adjutor et protector eorum est*

SAINT JOSEPH. PROTECTEUR SPÉCIAL DE LA FAMILLt

Quis ptttas est fidclis dispenser et prudens quêta constiluU Dominus supra fatniliam suam?

Quel est, pensez-vous, Téconome sage et prudent que le Seigneur a chargé du soin de sa famille?

(Luc. mi, ii.)

Ici encore, nous donnons à la parole sainte une interprétation libre; et nous appliquons ce texte au sujet de nos méditations, pendant ce mois béni de saint Joseph; nou^ le faisons sans crainte, autorisé que nous sommes par l'exemple des saints Docteurs et de l'Église môme, qui cite ce mot de l'Évangile dans l'office de notre bon et puissant protecleur. Sans doute que le Seigneur a dû choisir l'homme le plus digne de celte haute mission, le plus juste, le plus saint en un mot : Quis putas?... C'est Joseph, prédestiné à celte gloire d'être l'époux de la mère d'un Dieu, et le gardien, le père

SAINT JOSEm PROTECTEUR DÉ LA FAMILLE. 245

nourricier de ce Dieu-homme; Joseph réellement préposé chef et maître dans la sainte Famille : quem constituit Dominus supra famiîiam suam.

Or, si c'est en vertu de la puissance et de la bonté de ce glorieux patriarche que tous les âges et toutes les conditions peuvent espérer en lui, c'est surtout en raison de ce litre nouveau, que saint Joseph doit être regardé comme le protecteur de toutes les familles chrétiennes. Li c'est le sujet qui va nous occuper au moins pendant trois jours, parce que nous devons y trouver une abondante nourriture de grâces.

La famille se compose de quatre éléments: le père, la mère, l'enfant et le serviteur; eh bien, nous allons vuir que saint Joseph est le protêt teur de tons, et que tous peuvent également l'invoquer avec confiance.

Pour prouver cette proposition, il nous suffira de dire quelques mots sur les devoirs et sur les vertus do ces quatre membres qui constituent la famille et qui forment une maison ; et puis de montrer dans Joseph le modèle et le patron des uns et de autres; l'ami, le protecteur i de tous et do chacun eu particulier.

L Le père. — C'est le chef, le maître : saint

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Joseph l'a été d'office à Nazareth, i! l'a été et) ix de Dieu, par l'élection du ciel. Il Fa surtout par son cœur ; il a toujours rempli cette mission avec fidélité, avec prudence à Bethléem, en Egypte, à Nazareth, enfin partout : fidrlis dispensai or et prudens... Or nous savons Dieu, dans la gloire, honore ses élus en leur donnant le pouvoir d'accorder des grâces analogues à celles qui ont le plus éclaté en eux pendant le cours de leur vie mortelle : avec quelle confiance donc un père de famille ne pourra- --il pas invoquer le secours et la prolection de saint Joseph, qui seul a mérité cette gloire d'être le père, le maître de la famille sainte !... Supra familiam suam.

Le p;,re a l'autorité, ta ïwce du commandement. Celte force ne peut a voit- d'au Ire source que l'a puissance même de Dieu, ni d'autre base que la veriu; et ses fruils précieux pour tous sont l'ordre et ie travail. Joseph a é!ô choisi, parce qu'il était juste, c'est-à-dire a cum esset justus. Qu'on le sache bien, sans i m pie des vertus solides, le père no peut plus puissance ; il perd, non *\

qui sont sacres, niais son autorité, puisquvoit lui-même mépriser un pouvoir su la toi de notre Dieu, qui est la sonreei

d'où découle et procède toute paternité dans les cieux et sur la terre : ex quo omnis paternitas in cœlis et in terra (Eph. ni, 13.)

Si donc le père, infidèle et imprudent, weiit à oublier ce devoir essentiel, tout manque à la fois, tout tombe autour de lui. La mère n'a plus qu'à verser des larmes; les enfants ne lardent pas à se moquer de ce qu'on leur dira; *ls vont briser et secouer le joug, et les serviteurs ne manquerons pas de se révolter, et de voir un ennemi dans leur maître. Le trouble commence à s'introduire, le désordre va bientôt régner dans la maison entière, et les cœurs seront divisés...

Au contraire, là où le père de famille, s'efforçant d'imiter les vertus de saint Joseph, ne cesse de l'invoquer comme son prolecteur, on voit descendie la paix du ciel, et toutes les grâces ornent le foyer domestique. Les vertus naissent dans le travail de tous, et l'ordre en fait la force et le charme.

II. La mère. — C'est d'elle surtout que semble dépendre le bonheur de la famille. C'est la femme, dit un vieux proverbe, qui fait la maison. — Eile en est la gloire et la force, la joie et la douceur, la vie même et l'espérance : vita dulcedo, spes!... Nous ne craignons pas d'ap-

pliqnor à l'épouse chrétienne et vertueuse ces paroles que l'Église répète dans ses chants sacrés a la vierge Marie, à la sainte épouse de Joseph. C'est la mère qui sauvera tout, le père même et l'enfant, les serviteurs aussi.

Or c'est dans la bonté, dans la douceur que Dieu a mis la force et la puissance des mères L'ordre en toutes choses, l'activité dans le travail, une piété solide, et surtout aimable, voilà les grands moyens qu'elles peuvent employer pour assurer la prospérité, la gloire de leur maison. — Le Saint-Esprit nous a révélé ces secrets dans le tableau admirable de la femme forte, au livre de laSagesse.C'estlàunedesplus belles pages de nos livres sacrés, et ce lexte si simple et si sublime a déjà donné le sujet le plus fécond de bien des livres composés pour truction des mères chrétiennes. Il nous suffira de prier ici le lecteur de lire et de méditer ce chapitre des Écritures, que l'Église répète à la messe des sainles femmes : Mulierem fortem, etc., et nous allons dire de suite pourquoi saint Joseph est le protecteur des mères de famille.

Ah ! c'est qu'il a eu le bonheur incomparable de pouvoir étudier de près cette vie sainte, de contempler ce divin tableau, de posséder enfin

ce trésor céleste dans la Vierge immaculée, sa fidèle épouse... Il la voyait chaque .jour prier avec tant de ferveur, travailler sans cesse avec tant d'ardeur, et entretenir si bien l'ordre et la propreté dans leur petite maison de Nazareth ! Il a vu ces prodiges de sainteté de la plus hum* ble et de la plus douce des vierges, et les tendresses et les dévouements de la plus pure et de la plus sainte des épouses, et toutes les vertus enfin de la mère d'un Dieu!... Vir ejus îaudavit eam (Prov. xxxi, 28). Heureux époux de Marie, il a connu cette gloire et cette félicité : c'est donc à ce titre qu'il est, et qu'il sera toujours le patron, le protecteur des mères chrétiennes. Il a trouvé la femme forte, et il obtien dra d'elle, au nom de Jésus, toutes les grâci qu'on lui demandera à lui-même au nom de Marie. — Adjutor et protector eorum est.

III. L'enfant. — Saint Augustin dit que l'enfant est un lien d'amour entre le père et la mère : vincnlum amoris. Il est la joie, la gloire, le vrai bonheur de l'un et de l'autre, ou il devient leur honte, leur douleur et leur désespoir. Tout dans )a famille dépend de la conduite de l'enfant; et cependant ses devoirs les plus essentiels sont exprimés en un seul mot de l'Evan-

gile : la soumission, l'obéissance. La condition oe la vie pour ses parents est nécessairement attachée à l'accomplissement de ce précepte divin, que nous avons admirablement paraphrasé dans le vieux sly'e des commandements : Père et mère honorer as... Loi sacrée, si oubliée, hélas! si méprisée de nos jours! et c'est la cause de tous le* malheurs qui pèsent sur la société entière, la cause de la ruine des plus riches maisons et de la chute des plus nobles familles. Les enfants n'obéissent plus, et cettechaîued'amour, vincuhnn amons , ces liens si doux, qui devaient unir le père et la mère, se sont brisés presque partout à la fois... et les cœurs divisés se désolent sans espo«r, et meurent dans la solitude des tom! eaux.

Pères et mères, qui lisez ces choses, ne vous laissez pas abattre ni décourager; invoquez saint Joseph, et il deviendra le protecteur de vos enfants, il les sauvera... Vous-mêmes, enfants. qui êtes purs et fidèles encore, implorez le secours de ce grand saint, il vous ptéservera contre ce danger du siècle, cet amour effréné de la liberté, cette soif d'indépendance dont nous avons parlé. Et vous aussi, vous enfin qui auriez commencé à briser pcut-èlre quelques anneaux de la chaîne d'amour, vous qui dô#à auriez blessé le cœur de

vos pareil ts par des actes affectés d'insubordination et par la révolte de l'esprit, il est temps encore: demandez à saint Joseph devons délivrer de ce mal, priez-le de guérir votre âme ; il vous obtiendra cette grâce, et vous vivrez dans la joie, en voyant renaître l'espérance et le bonheur au sein de la famille.

Serait-il encore nécessaire maintenant de dire pourquoi saint Joseph, entre tous les saints dri ciel, doit être invoqué comme le protecteur des enfants? Le pieux lecteur l'aura bien compris et son cœur a répondu à cette question : Joseph n'a-t il pas eu pour fils le divin Enfant Jésus, son Dieu? Et que nous dit le saint Évangile de cet enfant béni de la Vierge? Une seule chose '... eratsubdilus: il était obéissant, il était soumis... Voilà le lien d'amour entre Marie et Joseph, vinculum amoris ! Mais aussi quelle paix î quel bonheur dans celte petite maison de Nazareth!... Tout s'y faisait doucement avec ce lien d'amour ; la prière et le travail. L'Enfant obéissait toujours : au premier mot de sa mère, il s'endormait dans son berceau... erat subditus... ou bien il travaillait sous les ordres de Joseph... erat subditus... et la paix du ciel habitait dans tous les cœurs.

Voilà pourquoi Joseph, si heureux de cette

vie de Nazareth, Joseph, qui a prodigué à l'Enfant Jésus ses plus douces caresses, quand il le portait dans ses bras, et qui a vu grandir cet enfant plein de grâces sous ses yeux, Joseph qui l'a vu travailler sous ses ordres, el toujours si doux et si obéissant, aime à orner l'àinedes petits enfants des vertus qu'il a admiiées dans le sien. Il a pitié des parents qui pleurent sur les désordres d'un fils unique... Il prie avec un sentiment profond de compassion; lesou\enir de son bonheur le rend encore plus sensible à la peine des autres... Invoquez-le donc, et priez avec confiance : adjutor et protector eorum est.

IV. Le serviteur. — Les serviteurs sont aussi de la famille, et les anciens auteurs ne se contentaient pas de leur donner le nom de domestiques, domestici, ce qui voudrait dire seulement qu'ils appartiennent à la maison, qu'ils en font partie, mais bien jamUicires, pour faire comprendre qu'on doit les regarder comme des membres de la famille et les aimer.

Il n'y avait pas de domestique, ni deservante dans la maison de Joseph. La vierge Marie, la fille de David, la reine des deux en remplissait les fonctions ; Joseph, son glorieux époux, et, plus tard, l'Enfant-Dieu lui-même, l'aidaient dans

cet humide travail... Spectacle digne de Dieu et de ses anges! Le Père céleste abaissait sur cette sainte maison ses regards d'éternelle comp'aisance, et Jésus sauvait le monde par ses anéantissements.

Mais, si Joseph était trop pauvre pour avoir un seul domestique ou une petite servante, à Nazareth, comment pourra-t-il être le protecteur spécial de ceux ou de celles qui vivent dans celte condition? Il me semble que c'est précisément pour celle raison qu'on pourra l'invoquer : les maili es, pour avoir de bons et fidèles serviteurs, et les domestiques aussi, pour avoir de bonnes }>laces, comme ils disent, c'est-à-dire de bons maîtres.

Si on a de la peine à trouver aujourd hui les vertus essentielles dans ceux qui servent, ni serait-ce pas parce qu'il est bien rare de reir contrer aussi les qualités nécessaires dans ceux, qui commandent? — Sans doute. — Eh bien, la dévotion à saint Joseph assurerait le bonheur de tous, parce que les uns et les autres trouveraient, dans son exemple et dans sa protection, l'amour des vertus et le irésor des grâces propres à la situation de chacun.

Les maîtres seront doux, humbles, patients; les serviteurs, soumis, pieux et fidèles; tous Se sanctifieront par la pratique des devoirs de

254 VINGT ET l'MLME JOUR.

leur état ; et la pratique de ce* vertus d'intérieur contribuera singulièrement au bonheur et a la gloire même de la famille chrétienne. Il est en effet honorable à une maison et heureux pour tous ceux qui l'habitent, d'avoir de bons serviteurs et depuis longues années attachés

•la famille. C'est une consolation, une grande sécurité pour les pères et mères, une joie véritable pour les petits enfants, que le changement îtonneau contraire, et afflige souvent bien plus

juon ne pourrait le croire.

Jedirai, en finissant, que j'ai vumille exemples de la protection de saint Joseph, et de la bonté avec laquelle il répond aux ptières qu'on lui adresse dans les familles... J'ai vu des pères convertis ; la santé de plus d'une mère miraculeusement rétablie ; des enfants surtout sauvés de toutes les passions du monde. J'ai vu des familles dans l'embarras trouver des domestiques excellents, et j'ai vu de pauvres servantes,

ajustement renvoyées d'une maison, en trouver aussitôt une meilleure, par lintercession de saint Joseph. J'ai exposé les raisons, je puis affirme) le fait. Souvenez-vous-en, mon cher lecteur, et, toutes les fois que vous aurez besoin de quelques-unes de ces grâces spéciales, invoquez saint Joseph avec confiance, il sera votre protecteur.

SAINT JOSEPH PROTECTEUR SPÉCIAL DE LA FA^lLLfi

Adjutor in opportunitalibus, in tribulalwne.

11 sera leur protecteur aux jours de la prospérité et aux jours de l'adversité. (Ps. ix, 10.)

Nous allons continuer le sujet de l'exercice précédent, et parler encore de la puissante protection de saint Joseph sur la famille chrétienne. Le lecteur pieux comprendra l'importance de cette méditation, et les esprits sérieux saisiront la raison de Ja confiance que ce grand saint inspire aux parents vertueux qui l'invoquent. Chef de la Sainte Famille, comment pourrait-il être insensible aux vœux qu'on lui rdresse? Il a connu toutes les joies et toutes les peines de cette vie, on peut tout confier à son cœur ; il fera éclater sa puissance dans les jours de bonheur et dans les jours d'amertume : in opportunitatibus, in tribulalione.

256 VIHGT-DEUX1ÉME JOUR.

I. F t d'abord, saint Joseph protégera la famille qui l'implore, pour les jours de bonheur... Je dirai plus, c'est par lui que l'on obliendra ces jours de prospérité :in opportunitatibus. — Il y a pour les familles deux joies principales... c'est le jour delà naissance d'un enfant désiré... et le jour du mariage de ce même enfant. Eh bien, c'est à saint Joseph que les parents doivent recourir, pour avoir du ciel celte double bénédiction.

1° Pour la naissance d'un enfant d'abord. Sans cette grâce, le mariage môme serait comme une sorte de solitude, et la vie ressemble à un beau et vaste désert. Entre ces deux cœurs il manquerait le doux lien d'amour dont parle saint Augustin : vinculum amvris, un enfant dans les yeux duquel le père et la mère se reconnaissent et s'entendent. Il y a des pèlerins de la vie qui, n'ayant pas eu ce bonheur, n'ont pu traverser le désert sans y goûter les eaux amères des larmes; d'autres y ont rencontré une foule d'ennemis contre lesquels ils ne luttaient \ as sans peine, sans dangers, et, si la manne des deux ne les avait consolés eL forliliés, quelquesuns y seraient morts avec douleur et sans espérance.

C'est que vraiment la naissance d'un petit

enfant est pour le père et la mère, pour toute la famille, la cause d'une grande joie; et ce jour n'est à proprement parler que le commencement d'une foule d'autres bonheurs... Ainsi, le premier sourire d'un enfant chéri à sa mère la comble d'une joie ineffable ; le premier mot de ce petit être bien-aimé fera tressaillir le cœur du père et de la mère... Le premier pas qu'il aura fait, pour aller se jeter sur sa mère, sera compte parmi les jours mémorables... Il n'y a rien de petit dans cette existence; tout est grand, charmant aux yeux de la tendresse. On n'oubliera pas même un trait, ou une circonstance, pas un mot.

Eh bien, c'est à Joseph que les jeunes époux doivent recourir, pour obtenir cette douce bénédiction du ciel. On en voit aussitôt la raison; c'est parce qu'il a eu lui-même toutes ces joies saintes et pures. Jésus, ce divin Enfant, a souri à son père, à sa mère bien des fois, et sans doute au premier jour même de sa naissance, dans Tétable de Bethléem, puisqu'il avait déjà toute la plénitude de son intelligence, et qu'il aimait si tendrement la Vierge immaculée sa Mère et Joseph son père nourricier. Joseph l'a vu avec bonheur... il a entendu avec transport le premier mot de cet Enfant béni; quel jour?

258 YTNfîT-DErXILME JOUR.

Nous n'osons pas dire aussi hardiment notre pensée, mais il ne put sans doule faire attendre longtemps Joseph et Marie, dont il connaissait la douce impatience... El quel fut le premier mot de Jésus? Ah! je ne craindrai pas ici de dire ce que mon cœur m'inspire de répondre, ce fut le nom de Marie, le nom de sa mère, qu'il prononça avec amour... El, quant au premier pas, j'aimerais assez la pensée ingénieuse d'un poêle religieux. Il suppose que ce fut saint Joseph qui fit marcher cet Enfant pour la première fois, en lui montrant de loin une petite croix. Jésus, transporté d'amour, s'élança aussitôt pour la prendre et la baiser ! . . .Quelles douces émotions! quels souvenirs touchants! quelles saintes allégresses pour le cœur de saint Joseph et de la sainte Mère de Jésus!

Nous n'hésiterons donc pas à le dire; au ciel même saint Joseph ne peul pas être indifférent, lorsque, dans leurs prières ferventes, de jeunes époux lui rappellent ces beaux jours de Bethléem et de Nazareth, et qu'on lui demande la grâce ou la bénédiction de la fécondité. Ayez confiance, ô vous qui, depuis plusieurs années peut-être, adressez au ciel des vœux ardents; recourez à Joseph et vous serez exaucés.

Combien d'exemples je voudrais citer ici de

SAIKT JOSEPH PROTECTEl'K DE LA FAMILLE. 259

celte merveilleuse protection! Mais je ne puis m'empècher de rappeler au moins ce *rait touchant arrivé dans L'Association de la Bonne Mort établiedans noire église du Jésus, à Paris même. Pendant la neu vaine préparatoire à la fête du Patronage, en J865, le P. Directeur s'était efforcé d'exciter la confiance dans tous les cœurs des pieux associés, et il avait signalé en passant les grâces que l'on pouvait surtout demander et espérer... La bénédiction des enfants n'avait pas été oubliée... Or, il y avait là, dans l'auditoire, deux jeunes ménages qui sollicitaient cette grâce, l'un depuis six ans, l'autre, depuis quatre seulement. Tous les deux firent en même temps leur prière, et tous les deux furent exaucés, mais d'une manière si frappante qu'il est impossible de ne pas reconnaître d'où venait cette grâce ; car les deux enfants naquirent le môme jour, et ce jour était le 19 mars 1866, fête de saint Joseph; c'étaient deux beaux petits garçons, et on leur donna à l'un et à l'autre le nom chéri de leur saint prolecteur, le nom de saint Joseph, à qui ils devaient la vie, et à quf sans doute ils devront leur salut et leur bonheur.

C'est donc à lui que dans la famille on aura recours, pour obtenir du ciel cette bénédiction

des enfants, et r.ous avons déjà dit que, par son intercession puissante, on devait demander et qu'on obtiendrait la grâce de les bien élever, de les conserver purs et innocents, jusqu'au jour, où l'on devra -'occuper de leur avenir... C < st alors surtout qu'il faudra invoquer ce grand saint avec confiance. C'est alors qu'il fera éclater les effets les plus touclranls de sa proleclion sur la famille chrétienne.

2° Le jour du mariage d'un lils unique, d'une fille chérie, est aussi un jour de joie, d'espérance au moins pour tous les membres d'une famille, et celte espérance ne sera pas trompée; ce bonheur durera dans celle où l'on aura imploré le puisant secours du bon saint Joseph. C'est principalement à lui que l'on devra cette çiâ e, si rare aujourd'hui, d'un mariage tout à 'ait heureux.

Tint le monde se plaint en effet, on répète partout qu'il est extrêmement difficile de marer 1rs enfants, de les bien marier. Les pères de famille s'inquiètent longtemps d'avance, les mères se préoccupent, se troublent et s'agitent... Ceux qui ont la foi, celles qui ont de la piété, ne peuvent voir grandir leurs enfants sans1 crainte: et, il faut bien le dire, ces craintes ne sont que trop iondées. Dans ce siècle d'or et de

luxe, à eet à e d'indifférence pour tout ce qui tient à La vie éternelle, le bonheur de la terre et le salut même peuvent être compromis à la fois... Ou a vu des parents si malheureux d'avoir été trompés! on sait que tant de belles fortunes se sont évanouies; tout a été joué, perdu, englouti! .. On a vu tant de jeunes épouses qu'il a fallu sauver, en les séparant, par la justice des lois, de celui qui avait' surpris leur cœur, et trompé celui de leur père et de leur mère! Tant d'avenirs ont été brisés! tant d'âmes ont été plongées dans le désespoir !

Quels dangers et quelles craintes! Comment éviter ces malheurs?... Qui pourra donc en préserver nos enfants? — Ah! c'est saint Joseph, jfe véritable patron de la famille chrétienne... Que les pères et mères l'invoquent avec confiance; que les enfants eux-mêmes le prient avec ardeur, el le jour du mariage sera un jour de joie pure, et ce jour sera suivi de mille jours, do toute une vie sans nuages. C'est lui, en un mot, qui prépare et arrange tous les beaux mariages.

Disons d'abord la raison de ce privilège glo-% rieux, et puis, nous constaterons, nous prouverons le lait même de l'intervention de saint Jp* seph dans ces alliances chrétiennes.

2C2 MNGT-DF.IXIÈME JOUIR.

Joseph a été si heureux dans l'union qu'il a contrariée avec la vierge Marie!... Jamais mariage héni des cieux, ne fut mieux assorti sur la terre... Tous les deux appartenaient à une famille noble, antique, à une maison royale; ils étaient de la tribu de Juda, de la race de David. Ils étaient pauvres tous les deux, mais si riches de vertus!... ils avaient les mêmes goûts, une sympathie parfaite : égale convenance d'âge, surtout si l'on se rappelle que Joseph devait être le gardien fidèle de la virginité de Marie... Les anges seuls ont connu, admiré le bonheur céleste de cette union des cœurs de Marie et de Joseph, et le charme ineffable de leur prière commune et de leurs entretiens les plus intimes...

Mais qui pourrait, même parmi losanges, exprimer ou concevoir le bonheur, la joie de ces deux âmes, quand ic ciel, par- le plus grand des mystères d'amour, leur donna l'Enfant-D eu, ce vinculum amoris!... et que, do son petit berceau, Jésus sortait en souriant pour reposer entre les bras de Joseph, ou sur le sein de sa mère chérie!... Peut-il y avoir, au ciel même des eieux, une p'us grande félicité que de voir Dieu, de faimer,delepo ... Et celui qui a été s heu-

leux, pourrait-il ne pas se laisser loucher à la prière de ceux qui imploreront son secours et

SAINT JOSEPH PKOTECTEUR DE LA FAMILLE. MYo

lui demanderont de protéger et de bénir l'union de leurs enfants.

Saiuc Joseph ne manquera pas de répondre & ces vieux de la famille chrétienne: il est surtout sensible aux larmes des mères qui ont recours à lui dans ces circonstances. Nous le savons et nous conservons, dans les archives de l'Association de la Bonne Mort, dont nous parlions tout à l'heure, plusieurs témoignages touchants de cette protection singulière de saint Joseph... Tantôt, ce sont des mariages inespérés qui ont été obtenus, et tantôt, ce sont des alliances qui allaient se l'aire et qui ont été miraculeusement rompues, pour le bonheur d'une jeune fille et de sa mère. Quelquefois ce sont des ménages parfaitement réconciliés. Pour ceux qui savent lire et comprendre, on n'a qu'à voir les ex-voto suspendus aux autels de ce bon saint Joseph... on y verra la preuve écrite de ce que je dis en ce moment, et, si on pouvait ouvrir les cœurs d'or qui sont attachés aux murs sacrés de sa chapelle, on y verrait ce même témoignage de la reconnaissance, exprimé ne termes bien plus clairs encore et plus naïfs.

Ayez confiance, encore une fois, ô vous, pères etmeres de famille, qui sollicitez cette grâce pour vos enfants, la grâce d'un bon mariage, c'est

à-dire d'un mariage heureux et chrétion, et vous l'obtiendrez de saint Joseph.

II. C'est encore lui qui est le protecteur des familles, aux jours de peines ef de douleurs: in tribulationé. Celte vie est pleine de misères, et souvent même ceux dont onjenviele bonheur se trouvent plongés dans les amertumes et vivent dans les larmes. Nous ne pouvons indiquer toutes les causes de lantde souffrances; il suffira d'en montrer les deux sources principales... C'est : 1" le dérèglement des cœurs, et 26 le dérangement des affaires; et nous disons que saint Joseph préservera de ce double malheur la famille qui l'invoque, ou du moins, il la consolera toujours.

1° Le dérèglement dés cœurs. Quand il n'est plus à sa place, comme dit l'Ecriture sainte, quels tourments! quelles ange, dé-ordre

dans les mouvements du cœur, dans ses affections, ce Iroublc dans le sentiment d'amour est une agonie douloureuse, c'est-à-dire une vie mourante, une morl vivante, un supplice incessant. Si un mari esi infidèle à ses serments, si une femme est inconstante, une mère, sans tendresse, si un enfant s'égare et n'aime plus... tous les cœurs souffrent de la blessure d'un

SAINT JOSEPH PROTECTEUR DE LA FAfolLI E. 205

seul ; (uns, brisés par la douleur, laissent couler leur sang le plus pur et s'épuisent en gémissements... Le sang du cœur, ce sont les larmes, et alors ne tombent-elles pas jour et nuit par la plaie?

0 saint Joseph ! C'est vous qui prévenez ces malheurs... c'est vous qui les réparez, et qui avez mille fois consolé ces âmes plongées dans une tristesse mortelle. C'est eu effet le sujet le plus ordinaire des demandes que l'on fait à votre saint autel; c'est le sujet des actions de grâces que l'on ne cesse de vous adresser. Les annales de l'Église, les archives des familles, les Mois de saint Joseph, les journaux même que l'on a fondés à la gloire de notre saint protecteur, sont remplis de ces faveurs extraordinaires, de ces miraclesobtenus par la prière. . . et les familles reconnaissantes, pour garder la mémoire de ces bienfaits, en gravent le souvenir touchant sur le marbre ou sur la toile fidèle. Ce sont les ex-voto qui partout ornent et couvrent les murs des sanctuaires consacrés à la gloire desaini Joseph.

Il était si heureux! il aimait si tendrement Jésus et Marie, ! il était si tendrement aimé de Jésus et de Marie i voilà en deux mots, la raison qui doit l'intéresser au bonheur des familles

et en même temps le motif de la confiance de^ prières qu'on lui adresse à cetle intenlion.

2 Et maintenant, terminons par un mot, un mot seulement sur une autre sorte de peines qui souvent suffit pour jeter bien du trouble s. C'est le dérangement des affaires, la perte de la fortune, les embarras matériels de la vie, ou la gêne. Ah! si du moins dans cet état les cœurs pouvaient conserver l'affection et l'amour, la peine serait bien adoucie; mais il est d'expérience que rien ne contribue à refroidir les cœurs, souvent même à les séparer, comme cette cruelle épreuve et la série d'inquié'udes et de misères qui l'accompagnent Quelquefois au-^si, bien des fautes et des fautes graves en sont la triste et nécessaire conséquence.

Ah ! c'est quand on prévoit ce malheur, et que l'on se sent comme entraîné vers cet abime, qu'il faut surtout invoquer saint Joseph; c'est à lui qu'il faut recourir avec confiance, lorsque déjà on est dans la peine et qu'on souffre... La raison en est frappante ; Joseph était le chef de la Sainte Famille, il était pauvre artissti, tout reposait sur lui; on vivait de son travail à Aazarelh. ht Mère et l'Enfant. Il a bien certaine-

ment connu ces inquiétudes de la vie, il a souffert cruellement plus d'une fois, et plus particulièrement, quand il fallut partir pour l'Egypte, et pendant son exil sur celte terre infidèle... Il s'en souviendra donc; i! sera touché de vos peines.

Aussi tous les ans, et principalement pendant le mois qui lui est consacré, et pendantses neuvaines, on voit des familles entières sauvées de la misère comme par miracle. Des secours inespérés, des places avantageuses, quelquefois même des successions sur lesquelles on ne pouvait compter, arrachaient au désespoir une maison qui allait tomber! Et ces fidèles servileurs de saint Joseph venaient à leur tour témoigner leur reconnaissance à leur glorieux protecteur, et eu perpétuer le souvenir par un ex-voto suspendu à ses autels.

Toutefois nous croyons devoir rappeler au pieux lecteur que, pour ces sortes de demandes, et quand il s'agit des choses de la terre, on ne doit guère prier que condition Bellement, et, s'il est permis cie parler ainsi, sous le bon plaisir du saint ; car il est possible que, dans la lumière de Dieu, il voie qu'il nous est plus utile de souffrir ici-bas, comme il a souffert lui-même; et alors, en paraissant sourd à nos vœux, il nous exauce

2C8 VJKGT-DEUXIÈME JOUR

encore d'une manière plus parfaite. Tous les ans i, nous avons eu des preuves de celle vérité; mais toujours la grâce de soumission, de résignation, de patience et d'amour était augmentée dans ces cœurs fidèles et généreux, bien plus précieuse que toutes les ri-

Dep'ecare... ut dirigat in verilatt viam lu a m.

InVoquez-le, priez, afin qu'il dirige vos voies dans la vérité.

(Eccl. xxxvi!. 19.)

Nous allons terminer le beau sujet de la protection de saint Joseph sur la famille chrétienne, par une question bien importante, et d'où dépend, pour presque tous les hommes, le bonheur de la vie présente et le bonheur môme delà vie future ou de 1 éternité; c'est la vocation des enfants. Oui, il y a un jour où il faut se décider pour un étal, pour une carrière, un jour où il faut songer à s'établir, comme on dit, clans le monde. Je sais bien que la plupart des jeunes gens marchent un peu à l'aventure et ne pensent guère à consulter le ciel. Mais ces Ames ne s'exposent-elles pas à ne pas entrer dans la voie de la vérité, et dès lors ne doivent-elles pas se

perdre? Il est donc bien nécessaire d'être conduit, el que nous ayons quelqu'un pour nous diriger... ut dïrigat in verilate v'iam tuam.

Or nous avons d'abord pour guides, deux anges de Dieu: lange des deux, cet ami du berceau, qui a protégé notre innocence, et qui souvent a versé sur nous des larmes amères... et puis l'ange des autels, le prêtre du Seigneur, qui nous a nourris dans notre enfance du lait de la pure vérité, et plus tard du pain sacré des forts, dans un jour de bien doux et pieux souvenir ; mais nous n'entendons plus depuis longtemps la voix du premier ange; et ils sont bien rares les chrétiens qui consultent le second, le voyant, l'homme do Dieu, avant de se décider dans la circonstance d'une vocation.

Il reste donc à ce jeune bommeun autre conseil, c'est !a direction de ses parents, d'un père, d'une mère; et il est juste qu'il interroge les auteurs de ses jouis : ceux-ci ont grâce pour diriger les pas de celui oui va entrerdans la vie. Mais d'abord, combien peu consullent leurs parents dan- ces projets d'avenir. On se ontente de leur demander, on leur arrache quelquefois un consentement nécessaire aux yeux de la loi, et Ton s'engage, san* savoir où l'on va. Pour

d'antres, ce sont les parents eux-mêmes qui manquent à leur devoir, et qui laissent, disentils, à leurs enfants la liberté de faire ce qu'ils veulent, et ils prétendent ainsi s'affranchir de toute responsabilité.

Eh bien, je conjure le lecteur pieux de se souvenir de ce que nous allons dire et affirmer ici, avec la plus grande certitude, c'est que, dans ces circonstances importantes, et dans le choix d'un état de vie, c'est surtout à saint Joseph que les enfants de Dieu doivent s'adresser. 11 sera toujours une lumière, un guide sûr, un protecteur lidèle : adjutor et protector. Si vous le priez bien, il dirigera vos pas dans la vérité : ... Deprecare... ut dirigat in veritate viam tuam.

Il n'y a en effet, à proprement parler, que deux chemins, deux grandes divisions dans la vie : le mariage et le célibat... Divinement prédestiné à ces deux vocations, ayant toujours vécu de la manière la plus parfaite dans ces deux conditions, du mariage et de la virginité, Joseph a mérité d'être le modèle et le protecteur de tous les chrétiens et leur guide dans le choix d'ua état; c'est à lui qu'il faut recourir pour connaître notre vocation et pour répondre aux desseins de Dieu sur nous.

I. Commençons par la vocation la plus ordinaire, le saint état de mariage. Nous en avons | dons un autre exercice, mais il nous reste

encore bien des réflexions utiles à faire. D'abord, il ne faut pas entrer dans cette vie, sans avoir imploîéla protection de ce grand saint, qui appellera toujours sur ceux qui l'invoquent avec confiance les bénédictions du ciel : beuedictio desuper, c'est à-dire les bénédictions de foi, d'espéranceet d'amour... Si on lui adresse de temps en lemps cette petite prière : Notam fac miki, viam, in qua ambulem iPs. cxlii, 98) : Faites-moi connaître la route que je dois prendre; il éclairera les coeurs et dirigera toutes les démarebes dan- l.i vérité même de Dieu, dans Tordre de sa volonté sainte et pour le bonheur de ses enfants. Qu'on oublie donc pas de Se prier, avant le mariage.

Il faudra bien moins encore y manquer le jour même et i: l'autel où l'on recevra ce grand sacrement de l'Eglise. Dans plusieurs pays ca-

S.diit-J que se célèbre ordinairement la messe solennelle des noces, et cet usage commence à s'ér parmi nous. Je vous conseillerai an moins de ne pas sortir de 1 sans avoir été faire

une prière a ce .- vénéré. Comme après

le baptême des petits enfants, on va les consacrera la vierge Marie, allez, jeunes époux, demander la protection spéciale de saint Joseph, et il vous bénira.

Une fois engagé dans ce saint état de mariage, que les chrétiens ne cessent d'invoquer ce puissant protecteur. — Il y a des devoirs sacrés à remplir : avec son secours, ils y seront fidèles. — Il y a des dangers : avec son appui, ils sauront les éviter; — il y a surtout des peines : avec son aide, ils en seront préservés, ou du moins jamais ils ne seront abattus... Qu'ils imitent les vertus de ce glorieux patriarche, et ils seront bénis ; Jé>us viendra visiter leur demeure et y habiter par sa grâce.

II. Mais je me suis proposé de parler plutôt aujourd'hui de la vocation au célibat, à la virginité, et c'est avec bonheur que j'entre dans ce sujet de la protection spéciale de saint Joseph sur ceux que le Seigneur daigne appeler à cette vie plus parfaite, et plus particulièrement encore sur les familles religieuses des disciples de Jésus ou de ses chastes et fidèles épouses. Joseph est le protecteur de tous ces asiles sacrés de la pei ted'ion: protectorpotentiae, jirmamentum virtutis... Il l'est de droit, puisqu'il a donné au

274 vi>GT-TROISIÈME JOUR.

monde le sublime exemple des trois grandes vertus de pauvreté, de chasteté, d'obéissance Il dont on fait vœu dans ces saintes maisons... ". Mais aussi il l'est de fait, puisque tous les ordres religieux, sans exception, l'ont reconnu et invoqué comme leur premier patron, et leur père.

Or cette protection de saint Joseph se manifeste particulièrement en trois circonstances que nous allons étudier : dans le principe même de la vocation; dans le progrès, et enfin dans la consommation de ce grand travail de la perfection évangélique. Oui, c'est vous, ô Joseph, qui protégez ces âmes d'élite dans le tabernacle sacré, dans l'arche sainte où elles vivent avec Dieu : protège eos in tabemacnlo (Ps. xxx, 21).

1° Et d'abord, pour le principe de cette élection divine. Aux yeux de tous les maîtres de la vie spirituelle, c'est déjà un signe certain de vocation religieuse, que d'avoir une tendre dévotion à saint Joseph. Jamais on ne manque d'interroger un novice sur ce point, comme sur sa piété envers la Très-sainte Vierge.

C'est à lui que, dans les maisons de noviciat, on s'adresse par de ferventes prières et des neuvaines, pour obtenir des sujets, et faire naître de belles vocations dans les âmes. Nous connaissons des monastères qui se sont releva ^i renou-

velés par cette pieuse industrie. 11 était impossible de ne pas reconnaître la merveilleuse intervention de ce grand saint, et le miracle paraissait encore plus évident aux yeux de ceux qui, par office, remontaient à l'origine de ces vocations dans les nouveaux candidats.

Aussi partout dans ces maisons saintes de probation , et dans les noviciats des ordres religieux, on ne cesse d'implorer le secours et la protection de saint Joseph. Son image y est vénérée dans tous les lieux et offices de la communauté, avec celle de la Vierge immaculée. Pour connaître une vocation, pour raffermir, si elle venait à chanceler, pour fortifier une volonté inconstante dans un si saint projet, pour assurer à une âme la grâce de la fidélité ou de la persévérance dans une si noble et si généreuse entreprise, dans ce glorieux sacrifice, c'est à saint Joseph que l'on a recours ; c'est lui que l'on invoque avec ardeur et toujours avec fruit.

On comprend bien en effet que l'enfer, jaloux de ce bonheur et de cette gloire, doit faire de grands efforts pour arrêter ces âmes ardentes, et leur livrer de rudes combats. C'est surtout à la veille du sacrifice, avant le jour d'immolation par les vœux, qu'il cherche à effrayer les

276 VIRGT-ÎROISIBME JOUR.

cœurs, en troublant l'imagination par la vue de mille croix. C'est comme l'heure de l'agonie terrible... On en a vu trembler, regarder en arrière et reculer. Sans doute qu'ils n'étaient pas propres au royaume de Dieu... Mais la vie* toire est accordée à ceux qui invoquent en ce moment le glorieux saint Joseph, et le triomphe de l'amour est assuré à ses fidèles serviteurs.

Il faudrait, pour prouver toutes ces propositions, parcourir les archives des ordres religieux, les annales des plus célèbres monastères; et le lecteur serait singulièrement édifié de ces faits merveilleux. Mais ce travail nous entraînerait trop loin, et il nous su Mira d'indiquer seulement la vie de sainte Thérèse de Jésus, l'illustre mère du Carmel.

2U Saint Joseph est encore le protecteur spécial de la vocation religieuse, dans le progrès de cette vie plus parfaite. L'action constante de la grâce est bien nécessaire pour avancer dans ces voies sublimes, mais elle est admirablement sensible pour les âmes, qui ont mis leur confiance en ce grand saint.

Hâtons-nous de dire qu'il y a pour ces élus deux sortes de luttes à soutenir, deux sortes de victoires à remporter, pour arriver au terme, c'est-à-dire à la conquête des cieux. D'abord, le

travail intérieur de la sanctification de leur âme, par la victoire sur eux-mêmes, et puis, le travail extérieur du zèle pour la cor, version des autres, et pour b propagation de !a foi. C'est saint Joseph qui les protégera dans ces combats mystérieux, et qui les fera triompher.

Commençons par la lutte intérieure de l'âme consacrée à Dieu. Elle va rencontrer bien des ennemis, elle en est tout environnée; jusque dans son propre cœur, elle doit en trouver de redoutables, sans parler même des attaques qui viennent du dehors et de l'enfer jaloux. Je ne veux signaler ici que deux de ces dangers principaux, en indiquant immédiatement, comme moyen de se prémunir et de vaincre, la dévotion à saint Joseph.

Ainsi, contre l'esprit de dissipation et de légèreté que l'on aurait pu apporter du monde dans ces saints asiles, ou qui parvient quelquefois à s'y glisser; contre la faiblesse et l'inconstance de la volonté, que l'on remarque surtout à cet âge dune vocation, qui doit être encore éprou\ée, il faut absolument chercher un remède et donner des armes qui promettent la victoire. Quels remèdes et quelles armes? 11 suffira d'invoquer saint Joseph, et il inspirera aussitôt le goût, l'amour du silence, du recueillement, de.'

278 YlKttT-ïitOlSIfciTC .JOUR.

l'oraison, el les âmes seront bientôt initiées aux plus in! i mes secrets de la \ie spirituelle et intérieure.

Ainsi, contre le danger de se familiariser avec les choses saisies, contre cet esprit de routine qui conduit en peu de temps à la tiédeur, il faudra bien encore chercher et trouver quelque remède, et s'efforcer de prémunir ceux que la \ie régulière, commune et uni tonne de la religion exposerait bientôt à l'ennui, au dégoût et aux défaillances même de la piété. Ce remède, on le trouvera toujours dans la prière et la dévotion à saint Joseph, qui, loin de se familiariser à la présence de son Dieu à Nazareth, ne cessait de faire des progrès dans la ferveur de sa foi. C'est lui qui protège les religieux et les épouses de Jésus-Christ contre cette tentation, ou qui leur donne la victoire ; c'est lui qui conserve et augmente l'ardeur des saints désirs et la ferveur ie l'amour dans les âmes consacrées à Dieu.

El maintenant, pour les luttes extérieures, ou l'action du zèle, pour ces grands travaux des apôtres; nous ne pouvons nous empêcher de le publier avec la plupart des disciples de Jésus- Christ, et tous ces soldats intrépides qui appartiennent aux différents corps de l'armée de la foi, c'est encore saint Joseph ^ui est comme

SAINT *. «SNl MVOTflCTETfîî ï?fi LA FAMILLE. 279

leur chef et leur glorieux patron. 11 prépare les belles conquêtes, il soutient au milieu des combats, il assure lous les triomphes de la grâce. Demandez-leur, et ils vous diront qu'avec le nom de Jésus et de Marie, partout ils ont porté le nom de Joseph; que c'est lui qu'ils donnent pour protecteur à leurs saintes missions; et le premier nom qu'ils s'empressent d'imposer aux nouveaux catéchumènes.

Lisez les annales des grands ordres, de saint Dominique, de saint François d'Assise, de saint Ignace de Loyola. Lisez les lettres pieuses et édifiantes que la Propagation de la foi publie chaque année, chaque mois, et vous trouverez mille traits qui al lestent la vérité de ces observations. Oui, saint Joseph est le protecteur des apôtres, le modèle de tous les religieux. C'est lui qui les sauve, et, par eux, il sauve des milliers d'âmes : adjntor et protector eorum est.

o° Mais c'est surtout dans la consommation de ce grand travail delà perfection que notre saint patron fait éclater sa puissance. Joseph, selon l'expression des divines Écritures, n'a pas cessé de faire des progrès dans la sainteté : Filins accrescens Joseph... filins accrescens (Gen. xnx, 22). C'est donc lui qui apprend aux anges delà terre à s'élever par degrés, à monter dans les

sentiers de la justice parfaite: âscetisiones in corde... disposait (Ps.lxxxiii,6). On a remarqué que plus une âme est intérieure, pins elle aime ce grand saint, et découvre de trésors dans la méditation de sa vie si humble et si peu connue des personnes du monde. 11 suffira de rappeler ici encore le nom de Thérèse de Jésus et ses révélations sublimes.

La persévérance dans la vie religieuse jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusqu'à la mort précieuse des saints, est encore une grâce toute particulière que, dans le cloître, on demande, et qu'on obtient par l'intercession de saint Joseph. Sans doute on peut l'espérer, comme le fruit de tant de sacrifices ; Jésus-Christ môme a promis à ceux qui renonceraient pour son amour aux biens de la terre, le centuple ici-Las et la vie éternelle; il a p omis, il a donné le ciel aux pauvres d'esprit et de cœur, à ceux qui sont purs, à ceux qui ont faim et soif de la justice, et parconséquei ciples et ses épouses fidèles peu-

el doivent es t Le grâce de la persé-

nce finale et une sainte mort. Mais, ne l'oublions pas, ;ke ne peut être méritée

que par la prière : svppliciter mereripoUst; la ■ sui tout à la vierge Marie et au glorieux saint Joseph.

SAINT JOSEPH PROTFXTEUR*DE LA FAMÎLLE. 2! !

Aussi l'image sacrée de noire saint patron est-elle toujours placée sous les yeux de ceux qui souffrent et qui meurent dans ces bienheureuses solitudes. Elle orne toutes les cellules des infirmeries religieuses, et quand la dernière heure approche, quand déjà les ombres de la mort descendent, quand vient à commencer la lutîe. suprême de l'agonie, il y a trois noms que l'on se hâte de faire répéter au mourant, et ces trois noms le consolent, le fortifient, et vont conduire doucement son àme au ciel : Jé^usl Marie! Joseph!... Jésus, ô mon sauveur! Marie, ô ma tendre mère!... Joseph, ô mon saint protecteur!... je vous donne mon cœur; je vous donne ma vie!... — Celle invocation n'a jamais manqué de rendre la force et la joie môme de l'espérance à ces élus du c:el.

Pour vous, mon cher lecteur, que Dieu n'a pas appelé à celte vie de sacrifice et toute de perfection, efforcez-vous au moins de vous sanctifier dans le monde et d'arriver à la sainteté de votre » f.il. Tous peuvent imiter-saint Joseph; et tous ceux qui espèrent en lui seront protégés : proîedor eut omnium sperantium in se, il ne laissera périr aucun de ceux qui l'auront invoque avec confiance.

VLNGT-Ol'AÏRIÈME JOUR

Adjutor meus et liberator meus es tu!

Vous êtes tout mon secoure, et mon sauveur. (l's. lxix, 6.)

Voilà une belle prière ; mais est-ce un cri de détresse et d'espérance dans la bouche du roi prophète? ou bien plutôt ce texte ne serait-il pas un transport de joie et de reconnaissance? Il nous semble que c'est à la fois l'un el l'autre sentiment exprimé avec bonheur. — Ayez pitié de moi, venez à mon secours, ô vous qui seul pouvez me sauver, me défendre et me délivrer... Adjutor meus et liberator meus es tu ! N'est-ce pas la prière, le cri naturel d'un cœur malheureux, qui tremble à la vue du danger, mais qui u a pas encore perdu tout espoir? — Ah! soyez béni, mille fois -jéni, c'est vous qui m'avez sauvée! vous qui m avez délivrée !.. . Adjutor meus et liberator meus es tu!... s'écrierait aussi une âme arrachée à l'abîme de la mort.

Eh bien, c'est avec ce double sentiment que nous mettrons aujourd'hui ces paroles sur les lôvtt s d'un pauvre pécheur qui, en proie aux remords de l'enfer, implore avec confiance la protection de saint Joseph, et qui espère : odjutor meus!... et puis, au moment où touché de la grâce, converti à Dieu, il vient d'obtenir son pardon, il dira aussi avec transport cette belle prière au grand saint qui l'a sauvé et qui vient de le délivrer de la mort: adjutor meus et liberator meusestu!... C'est vous, ô Joseph, quiètes toute mon espérance ! vous êtes mon libérateur!

Voici en deux mois le sujet de cet exercice . saint Joseph est le protecteur des pauvres pécheurs. Qu'ils le piient; qu'ils espèrent en lui; il les détendra, il les sauvera. Cette proposition doit être méditée avec soin. Les raisons les plus graves, les exemples les plus frappants vont la démontrer au lecteur attentif et pieux. C'est ce qu'on appelle ordinairement la preuve de droit et la preuve de fait.

I. Preuve de droit, ou raison de cette protection spéciale de saint Joseph sur le pécheur. Commençons par dire une chose qui pourra paraître étrange, mais qui est très-vraie et po-

ÎS4 TINGT-QT/ATRIËME JOUR.

sitive, c'est que saint Joseph, comme h sainte

V doit aimer singulièrement les pauvres

pécheurs, puisque sans le péché, il n'était pas nécessaire qu'il y eût de icdemption, et par conséquent, Marie n'aurait pas été mère d'un Dieu, Joseph n'aurait pas été le père nourricier de ce Dieu fait homme, ni le glorieux époux de la Vierge; et nous ne craignons pas de dire que, dans ce sens, le péché d'Adam et nos propres péchés ont été pour lui des fautes heureuses, puisqu'ils lui ont mérité en quelque sorte cette gloire : felix culpa !... C'est pour cela, dit saint Liguori, et plusieurs saints docteurs avec lui, que la vierge Marie est le refuge et l'avocate des pécheurs ; et saint Joseph, au même litre, sera leur défenseur et leur appui : adjutor et protector eorum est.

Mais, voici maintenant les deux raisons toutes» particulières, pour lesquelles Joseph doit les protéger : 1° le malheur et 2° le danger de ce triste état.

lu L'excès de ce malheur... Le péché donne la mort à une âme, en la séparant de Dieu. 11 lui fait perdre L'amitié de Dieu, et pour parler encore plus juste et dans la vérité du dogme !héologique, le péché lui l'ait perdre Dieu ! El Dieu étant la vie le l'âme, elle tombe aussitôt dans

la mort ; c'est pour cela que nous disons un péché mortel; avec Dieu, elle perd la vie delà grâce et de l'amour; elle est moite!

Perdre Dieu ! malheur infini, dont la pensée seule doit faire frémir le cœur de Joseph, et va le toucher de la plus profonde compassion pour nous... Ah ! ne savez-vous pas, mon cher lecteur, que Joseph un jour a eu le malheur de perdre Jésus! non point par sa faute assurément, mais enfin il l'avait perdu; lorsque ce divin Enfant était resté à Jérusalem, et que de retour à Nazareth, Joseph et Marie s'aperçurent qu'il n'était plus avec eux, ni avec ceux qui les avaient accompagnés à la ville. Quelle douleur, et quelles larmes!... Ils le cherchèrent avec anxiété, et finirent par le retrouver au temple. — Joseph a donc senti cette peine d'être séparé de son Dieu quelques instants, de l'avoir perdu; et le souvenir de ce chagrin immense le touche de pitié, quand il voit une âme condamnée, et comda mnée par sa faute, à ce même malheur. Il priera pour elle, il demandera sa grâce ; A conjurera Jésus de revenir à ce cœur. Mais, si le pauvre pécheur surtout commence lui-même à sentir la perte qu'il a (aile si de son côté, gémissant sur ses fautes, il rappelle Dieu, s'il le cherche avec douleur et regret, s'il

280 VI>GT-ijLAT1'.IEME JOUR.

le cherche comme Marie et Joseph, avec Marie et Joseph, oh! bientôt il le retrouvera : il est impossible, dit Origène, que Jésus tarde longtemps à revenir: quœrens cum Joseph Mariaque, reperies, c'est-à-dire que les prières de Marie et de Joseph toucheront le cœur de Dieu, et obtiendront le pardon et la miséricorde à cette âme infidèle.

Joseph, le saint patriarche Joseph, a été touché de voir ses frères malheureux et repentants, lorsque, prosternés à ses pieds, ils demandaient grâce au nom de leur vieux père Jacob et de leur jeune frère Benjamin ; à cette vue, à cette humble prière, il n'a pu retenir ses larmes... Ah ! Joseph notre protecteur puissant et notre père, pourrait-il rester insensible, quand il verra un pécheur contrit et humilié, qui le conjure d'obtenir son pardon ! Non, il parlera au Cœur de Marie sa glorieuse épouse, il parlera au Cœur de Jésus qui lui obéissait sur la terre, et il arrachera cette âme à la mort, en lui rendant l'amour rm-me de Dieu.

2° Le danger de ce triste état de péché doit surtout exciter l'intérêt et la pitié de saint Joseph. Ce danger est la menace imminente de la mort seconde, c'est-cà-dire de la mort éternelle, de l'éternelle damnation, ou séparation de Dieu. Du haut des cieux, Joseph contemple r,ea vie-

times infortunées de leurs passions, il les voit déchirées par le remords, et sur le point d'être précipilées dans! abîme; pourrait-il ne pas être touché de ce malheur, si surtout on l'invoquait avec confiance? Si le pauvre pécheur lui disait avec larmes, comme les frères de Joseph, l'ancien patriarche : Salus nostra in manu tua est (Gen. xlvii, 25) : Notre sort est entre vos mains, ayez pitié de nous!... pourrait-il fermer l'o< reilleà cette prière? n'obtiendrait-il pas aussitôt de Jésus une sentence de miséricorde?

Cette interprétation des saintes Écrituresr est conforme à la pensée des saints Docteurs, qui se plaisent à comparer le fils de Jacob, le premier Joseph, au grand saint notre protecteur; elle est conforme au sentiment de l'Église qui, dans l'office du glorieux époux de Marie, ne cesse de lui appliquer ces textes sacrés. Et je veux encore à ce propos répéter la réflexion que je faisais au commencement de cette méditation : ... Joseph, notre bon saint Joseph, ne pourra jamais abandonner les pécheurs, à qui il doit même la gloire de ses plus beaux titres et son bonheur.

N'est-il pas vrai que le patriarche Joseph n'aurait pas été placé sur les degrés du trône d'Egypte, et préposé à tous les trésors de Pha-

288 VIKGTrQUATRIÈME JOUR.

raon, sans la faute de ses frères?... Celle faute a été, sinon la cause, au moins l'occasion de son ('levât ion et de sa puissance ; et il n'a pu sterà leurs prières, ni retenir ses larmes; il leur a pardonné, il leur a rendu tout son amour. Eli bien, c'est ain.-i que Joseph aura toujours pitié des pauvres pécheurs qui auront recours à lui ; il leur doit son pouvoir dans le ciel et sur le cœur même de Dieu. Il priera donc, et Dieu, qui ne peut rien lui refuser, accordera la grâce, et fera tout ce que son père nourricier lui dira de faire : ... quodeumque dixerit... faciet.

II. Nous n'avons plus qu'à prouver cette vérité par quelques exemples ; c'est la preuve de fad que nous avons annoncée au commencement de l'exercice de ce jour. Mais ici, quel est not;e embarras, et, parmi tant de traits de la pio.ection de saint Joseph sur les pauvres pécheurs, lequel choisir? Les livres sont pleins de ces merveilles de la puissance et delà bonté de saint Joseph. Le pins célèbre de ces ouvrages est sans contredit celui du P. Palrignani, de la Compagnie de Jésus. Ce pieux auteur n'a pas peu contribué à la gloire de saint Joseph et à l'extension de son cuite.

Parmi les prodiges qu'il raconte de la protection de saint Joseph , il est remarquable que la plupart ont été opérés en faveur des pécheurs ; et l'on peut partager en deux classes tous ceux qui ont été comblés de ces grâces extraordinaires : Ou bien c'étaient des cœurs déjà repentants, et qui avaient invoqué eux-mêmes ce grand Saint, pour obtenir leur conversion; ou bien c'étaient des hommes indifférents et encore endurcis, qui ne pensaient pas à leur salut et qui résistaient à Dieu, mais pour lesquels des âmes pieuses avaient prié saint Joseph avec confiance.

Ce saint Protecteur avait répondu à tous, au pécheur déjà touché de la grâce, et lui envoyant une lumière de foi plus vive, un remords plus pénétrant, qui le conduisait bientôt à la douleur sincère, et finissait toujours par une vraie conversion et le bonheur d'un pardon divin. — 0 pauvre pécheur, qui lisez ces lignes, commencez à prier, aujourd'hui même, faites pour votre âme la neuvaine de saint Joseph, la grande neuvaine des sept Pater et des sept Ave... et j'ose vous promettre qu'elle ne se terminera pas, sans que vous ayez obtenu la grâce de voire conversion, mais d'une conversion sincère et durable...

Au lieu de prendre des exemples dans le livre

de Patrignani, que tous peuvent consulter, je me contenterai de citer un fait que je puis attester, puisque j'ai connu moi-même celui qui a reçu cette faveur extraordinaire.

C'était un malheureux jeune homme, encore esclave des passions de son cœur, mais cependant bien résolu de se sauver. Souvent il nous a raconté sa conversion, et, bien qu'il soit mort aujourd'hui, nous ne pensons pas pouvoir dire son nom dans ce livre. D'après le conseil d'un sage directeur, il fit donc pour lui-même la grande neuvaine des sepi Pater et des sept Ave; le dernier jour, non-seulement il sentit sa chaîne se briser, mais il comprit soudain et en même temps,que son âme, devenue libre, commençait à se détacher du monde. De fait, il y renonça quelques mois après, pour se consacrer au Seigneur, et, devenu membre d'un ordre religieux, il a imité les vertus des saints et mérité bientôt une belle couronne dans les cieux. — Tous les ans à l'époque de la fête de saint Joseph, il faisait de nouveau sa grande neuvaine, tantôt pour ta conversion d'un pécheur, tantôt pour obtenir qwelqu'autre grâce spirituelle, e-t il nous a souvent répété lui-même que jamais saint Joseph n'avait été scurd à cette prière. Mais aussi quelle belle, quelle douce mort il a obtenue de

son saint Protecteur! On assure que saint Joseph lui avait apparu, et lui avait fait un signe pour l'appeler au ciel.

Et maintenant, ajoutons un mot seulement sur les grâces obtenues en faveur des pécheurs, qui n'ont pas invoqué eux-mêmes le bon saint Joseph, mais pour lesquels on avait prié ce grand Saint. Le pieux auteur dont j'ai déjà cité le nom, raconte une foule de traits admirables et bien propres à exciter notre confiance. Ce sont des mères qui ont prié pour la conversion de leur fils et qui l'ont obtenue; des femmes vertueuses qui ont demandé le retour à Dieu d'un mari infidèle, indifférent ou impie, et qui ont été exaucées. Ce sont des enfants qui ont invoqué saint Joseph, pour obtenir à un père mourant la grâce de revenir à Dieu et de recevoir le pardon, avant de tomber dans l'éternité, et cette faveur leur éîait accordée, comme par miracle. La justice de Dieu faisait aussitôt place à la miséricorde : ces âmes égarées revenaient à la foi, et retrouvaient de l'espérance et de lamour. •

Je puis affirmer encore ici que tous les ans, à l'époque de laneuvaine, qui se fait dans notre église du Jésus, pour la fête du Patronage, nous avons eu des preuves touchantes de la puissance

292 YIKGT-QÙATRiÈME JOUR.

de ce grand saint, il me serait facile d'extraire du livre même des archives de notre pieuse Association de la Bonne Mort, bien des témoignages de ces faveurs extraordinaires. Ces lettres ont un cachet de vérité, qui ne laisse pas de place à un seul doute ; nous les conservons précieusement comme un petit trésor de famille qui appartient à nos associés, et dont un jour il nous sera donné peut-être de les faire jouir.

Toutefois ici, je me permettrai de citer seulement quelques lignes de ces annales, par un sentiment de reconnaissance d'abord à notre saint Protecteur, mais surtout pour donner de la confiance à ceux qui nous liront.

Presque toutes ces lettres commencent par des mots semblables à ceux que je vais fidèlement transcrire : « La reconnaissance me fait un devoir de vous dire que le bon saint Joseph a exaucé les deux demandes que je lui avais faites pendant la neuvaine, etc.. »

Une autre : « Je viens vous demander de vouloir bien porter à l'autel toutes nos actions de grâces, car" dès le premier jour de la neuvaine, le bon saint Joseph nous a obtenu, ele - « »

Une autre : « Gloire et actions de grâces au bon saint Joseph ! ... un pauvre pécheur pour le-

quel nous l'avons prié, est déjà touché de la grâce, etc. »

Une autre : « Je vous prie d'avoir la bonté de rendre grâces à Dieu pour une faveur presque miraculeuse, puisqu'on la regardait comme impossible, etc.. »

Une autre : « Mon premier mot sera, comme pourtant d'autres, un mot de reconnaissance envers le bon saint Joseph. Pendant la neuvaine du patronage je lui avais demandé, etc.. »

Une autre : « .., Je viens vous demander des prières d'actions de grâces à saint Joseph : dès le premier jour de la neuvaine, etc..»

Une autre : « C'est avec bonheur que je viens vous apprendre la grâce obtenue par un de nos associés, etc.. »

Je ne puis pourtant résister au plaisir d'en copier deux tout entières, parce qu'elles sont plus courtes, et que, de plus, elles me semblent avoir un caractère de simplicité et de naïveté telles, qu'il est impossible de ne pas y reconnaître le langage de la vérité même.

« Mon révérend Père, « J'ai Flionneur de vous annoncer que je suis satisfait de vos paroles véridiques. J'ai effecti-

29 i VINGT-QUATRIÈME JOUR.

vement reçu deux grâces spirituelles du bon saint Joseph pendant la neuvaine; ainsi que de l'argent dont j'avais besoin, à partir du 15 avril... » N...

« Mon révérend Père,

« Je veux acquitter un devoir de reconnaissance envers le bon saint Joseph et vous remercier de la confiance que vous m'avez inspirée en lui. Elle m'a fort bien réussi, je viens d'obtenir, contre toute espérance, une grâce que j'ai sollicitée, pendant la neuvaine de préparation à la fête du Patronage de ce bon saint. Ce n'est pas que je lui ai fait beaucoup de prières, mais à différentes reprises, je me contentais de dire : Bon saint Joseph, je compte tout à fait sur vous. Et en effet, il m'a admirablement exaucée, j'en suis toute à la reconnaissance, et je me suis fait un devoir de vous l'exprimer, regrettant de ne pouvoir le faire plus chaleureusement encore. » N...

La plupart de ces prières avaient été adressées au Saint, pour obtenir la conversion de quelques pauvres pécheurs. Une foule d'ex-voto fixés à notre autel de saint Joseph, et dans ses plus vénérés sanctuaires, attestent que les mêmes

grâces ont été partout obtenues par sa puissante intercession. Il reste donc prouvé qu'il est le protecteur des pécheurs.

Invoquez-le avec confiance, ô vous qui g& missez encore sous le poids du péché... Et vous à qui déjà le ciel a pardonné, priez pour vos frères malheureux, priez Jésus leur sauveur, Marie leur avocate et leur mère ; priez, priez Joseph, leur ami et leur prolecteur.

Invocavi Palrem Domini mei ut non derelinquat me in die Iribulationis...

sine adjulorio.

J'ai invoqué le Père de mon Seigneur, de mon Dieu, afin qu'il ne me délaisse pas au jour de la tribulation, et sans secours. (Eccl. u, 1-4.)

Il nous semble que ce beau texte peut directement être appliqué à saint Joseph, père nourricier et gardien de Jésus Notre-Seigneur, Paîrem Domini, et le protecteur de tous ceux qui ont recours à lui, dans la tribulation : Je l'ai invoqué dans la souffrance, dit le Sage : Invocavi in die tribulationis, et, ajoute-t-il aussitôt avec un sentiment de reconnaissance, vous m'avez délivré de la mort, vous m'avez sauvé de tous mes ennemis : Et liberasti me de perditione, et eripuisti me de tempore iniquo (Eccl.

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