‹ Mois des ames du PurgatoireChapitre 10 sur 26 · ONZIÈME JOUR · texte numérisé non relu

ONZIÈME JOUR

Sainteté des Ames du Pur gatoire.

1^ Elles aiment Dieu.

2^ Elles sont aimées de Dieu.

i^^^^REMIER POINT. — (( Toute

jhv^âme, dit sainte Catherine "2^^ de Gênes, par là même qu'elle est en Purgatoire, se trouve élevée à un état de perfection et d'union divine qui pourrait servir de modèle aux plus grands saints d'ici-bas. » Il y a là, en ejQfet, une

multitude immense d'Ames prédestinées qui ont triomphé de leurs passions, qui ont vaincu le nibh'de et le démon, qui ont pratiqué les vertus les plus héroïques et sont sorties de ce lieu d'exil, chargées de mérites. Elles brilleraient comme des étoiles au firmament du CieLsi leur robe n'avait été ternie par quelques grains de la poussière de la terre. Oui, ce sont des Ames belles, saintes, impeccables, mortes à toute imperfection. La moins précieuse vaut mieux que tout l'univers physique. Elles aiment Dieu souverainement, totalement, nécessairement. Cet amour leur fait aimer leurs souffrances, et la jus-

tice qui les retient dans le lieu de l'expiation. En vain leur ouvrirait-on les portes du Ciel, elles préféreraient rester plongées dans les flammes que de rentrer dans la gloire avec de légères imperfections. Elles ne peuvent assez remercier leur Bien-Aimé de leur avoir préparé un lieu d/expiation pour leur permettre d'acquérir cet éclat de beauté qui convient à ses épouses. Et mieux que Job, au milieu de leur douleurs, elles redisent sans cesse : Que le saint nom de Dieu soit béni !

Soyons donc compatissants pour ces saintes Ames, pendant qu^elles ont encore besoin de notre assistance. Bientôt les rôles

changeront : elles deviendront nos protectrices dans le Ciel; nos médiatrices auprès de Dieu, et alors elles nous rendront avec bonheur, avec usure^ce que nous aurons fait pour elles, au jour de leur affliction.

Deuxième point. — (( Si Dieu, dit un pieux auteur, nous aime, nous, pauvres pécheurs, siimparfaits, si dépourvus de vertus et de mérites, ces saintes Ames du Purgatoire, qui sont à lui pour toujours et en qui il voit resplendir la beauté de ses élus, lui sont donc infiniment plus chères. » Ce sont ses épouses, ses enfants chéris, les héritiers de sa gloire, appelés à le bénir éternellement

dans le Ciel. Toutes sont des pierres vivantes destinées à l'édifice de la divine Jérusalem, et que le ciseau du divin sculpteur achève de tailler et de polir, avant de les faire entrer dans la place qu'il leur a destinée de toute éternité. Oui ! il les aime tendrement, il les contemple avec amour, il désire vivement s'unir à elles.

Son cœur paternel souff're de leur triste exil, mais sa justice, qui a ses droits aussibien que sa bonté, les retient dans la prison jusqu'à ce qu'elles aient payé toutes leurs dettes. Aussi, quelle joie pour ce Père bon et tendre, si un ami, un médiateur, s'interposant entre le châtiment et la faute, vient dé-

sarmer sa rigueur et le réconcilier avec l'enfant de son amour !

Que de raisons de nous affectionner à ces Ames bénies, et d'exercer largement la miséricorde envers elles ! Elles sont si dignes de nos sympathies ! Quand nous faisons l'aumône à un pauvre, nous ne savons pas s'il le mérite, s'il n'en sera pas plus coupable, plus ingrat. Mais ici nous travaillerons à coup sûr. La terre où nous semons est invariablement fidèle : pour chaque grain qu'on y jette, le Ciel récolte un fruit, et nous, une bénédiction.

Quel gage précieux d'encouragement !

EXEMPLE

AiNTE Gertrude, dans un ravisse- ^ment, vit Fâme d'une religieuse qui avait passé sa vie dans l'exercice des plus grandes vertus. Elle se tenait en présence de Notre-Seigneur, revêtue des insignes de la charité, mais n'osant porter ses regards sur la face adorable du Sauveur. Elle demeurait les yeux baissés, dans l'attitude d'un criminel, témoignant par ses gestes de se retirer, de s'éloigner du divin Maître. Gertrude, étonnée d'une conduite aussi singulière, voulut en connaître la raison :

« Dieu de bonté, dit-elle, pourquoi ne recevez-vous pas cette Ame auprès de vous ?» A ces mots, Notre-Seigneur étendit les bras avec amour, comme s'il eût voulu attirer cette Ame vers lui ; mais celle-ci s'éloigna dans une

respectueuse humilité, La sainte, de plus en plus surprise, ayant demandé à l'Ame de la religieuse pourquoi elle fuyait ainsi les embrassements d'un aussi tendre époux, celle-ci lui répondit : (( Parce que je ne suis pas encore purifiée des souillures que mes fautes ont laissées en moi ; et, si Dieu m'accordait, dans Tétat où je suis, la libre entrée du ciel, je n'y consentirais pas ; car, quelque brillante que je paraisse à ses yeux, je sais que je ne suis point encore une épouse digne de mon Sauveur. »

Ainsi ces saintes Ames endurent leurs souffrances de très bon cœur, dans une résignation parfaite. Elles sont tellement transformées en Dieu, qu'elles ne voudraient pas^ quand elles le pourraient, se soustraire à la moindre partie de leurs tourments ; elles les acceptent avec une joie qui s'ac-

croît toujours à mesure qu'elles se rapprochent du terme de leur expiation.

Oh ! qu'elles sont dignes de notre amour, de nos sympathies, de toute notre charité !

PRIERE

0 Dieu, qui pardonnez aux pécheurs et qui voulez le salut de tous les hommes, jetez un regard de bonté sur les Ames du Purgatoire. Elles sont vos épouses, vos enfants de prédilection ; elles vous ont aimé tendrement et servi courageusement. Montrez-leitr votre divine face. 0 Jésus, soyez-leur propice ! Seigneur^ appelez vos enfants et nos frères au séjour éternel, et que la lumière qui ne s'étemt pas luise sur eux ! Qu'ils reposent en paix!

Requiescant in pace !

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