QUATRIÈME JOUR
Existence du Purgatoire (suite).
lo Témoignage de notre raison.
2^ Témoignage de notre cœur.
CREMIER POINT. — D'accord
re^avec la foi, la raison proclame aussi l'existence du Purgatoire : sa voix nous parle comme l'Eglise et les Ecritures.
Elle nous dit d'abord que Dieu étant la sainteté même, rien d'impur ne peut entrer dans son royaume ; qu'il y a une éternelle,
une invincible répulsion entre le moindre mal et le bien par excellence ; et qu'une âme, ne fût-elle souillée que d'une légère tache, est indigne de s'unir à Lui, tant qu'elle ne sera pas purifiée. Car, pour la première fois, elle introduirait le péché dans le Ciel.
(( Seigneur, s'écrie le Roi-Prophète, qui habitera votre tabernacle et qui se reposera sur votre montagne sainte? Celui-là seul qui est sans péché et qui possède la perfection de la justice. »
La raison nous dit encore que Dieu étant infiniment juste exige une réparation ; qu'il ne peut pas plus laisser sans punition le plus léger péché, qu'il ne peut laisser
sans récompense le plus petit acte de vertu. Donc, celui qui n'aura pas réparé ses fautes en ce monde, les réparera infailliblement dans l'autre. Les satisfactions que nous n'aurons pas rendues à la justice de Dieu pendant cette vie, la justice de Dieu se les rendra elle-même après notre mort. Et où se les rendrat-elle ? Dans le Purgatoire.
Ame chrétienne, prouvons notre foi au dogme du Purgatoire par une tendre charité pour les saintes Ames qui en subissent les rigueurs, et par la fuite des fautes légères qui peuvent nous y conduire nous-mêmes. Que ce-lui qui est juste devienne plus
juste encore^ et que celui qui est saint devienne encore 'plus saint.
Deuxième point. — ce II n'y a pas de dogme catholique qui n'ait ses racines dans les profondeurs du coeur humain, » disait le comte de Maistre. C'est pourquoi, nous sommes naturellement enclins à embrasser certaines vérités révélées. De ce nombre est le Purgatoire. Les impies eux-mêmes qui ont abjuré toute croyance, tout sentiment religieux, avouent avec sincérité, qu'ils ne peuvent, en ces graves circonstances, retenir des prières secrètes qui s'échappent de leur cœur,pour des personnes auxquelles de tendres liens les unissent
étroitement. Preuve évidente que c'est là un sentiment imprimé dans le cœur de l'homme par le doigt de Dieu. Aussi le retrouvet-on dans tous les pays et chez tous les peuples du monde. Qu'y a-t-il, en effet, de plus suave au cœur que cette croyance et ce cuite pieux, qui nous rattachent à la mémoire et aux souffrances des morts ? Oui, nous avons besoin de croire qu'il existe au-delà des rives du temps un lieu d'expiation, qui n'est pas l'enfer, mais la voie du Ciel. Nous avons besoin de croire que nos parents et amis, prisonniers de la justice divine, sont soulagés par nos prières et nos bonnes œuvres, qu'ils
nous voient et qu'ils nous entendent. Nous avons besoin de croire que nous-mêmes, un jour, nous serons soulagés à notre tour. Que cette pensée est douce et consolante! Oh ! qu'ils sont à plaindre les protestants, nos frères égarés!
eux, ils n'ont pas la religion du cœur. (( 0 divine religion catholique, s'écrie un savant Prélat, vraie religion du cœur, que j'aime à te voir écartant ainsi de ta main maternelle le sombre voile de nos deuils , apportant un charme à nos regrets et jetant des fleurs sur le chemin de nos funérailles. »
EXEMPLE
^r^N jeune Ecossais, luthérien, avait (5^un frère unique qu'il aimait tendrement. Hélas ! une apoplexie foudroyante le lui enleva subitement au milieu d'une fête mondaine, où l'on ne s'attendait guère aune si lugubre catastrophe. A partir de ce moment, cet in ortuné fut en proie à une mélaacolie profonde et incessante. Il pensait constamment à ce passage si brusque d'un festin au redoutable jugemeut de Dieu. Il craignait que son frère ne fût pas trouvé assez pur pour entrer immédiatement au Ciel, et dans sa religion protestante, il ne trouvait pas de lieu intermédiaire entre les parvis célestes et les profondeurs de l'abîme. Pour se distraire, on lui ordonna de voyager^ et il vint en France. Il y rencontra un prêtre et lui fit part de son noir chagrin. « Mon ami,
lui dit rhomme de Dieu, vous ne trouverez de consolation et d'espérance que dans la religion catholique, qui est si admirablement adaptée aux besoins de l'âme et du cœur; qui nous dit qu'il y a entre le Ciel et l'enfer un lieu intermédiaire, où les âmes achèvent de se purifier, et où nous pouvons les secourir par nos prières . Vous autres protes^ tants, vous n'avez ni le culte ni les joies de la famille^ parce que vous n'avez pas foi au Purgatoire. Croyez-moi, faites-vous catholique, alors vous pourrez prier pour votre frère bien-aimé, vous convers rez avec lui, vous demanderez pour lui chaque jour le bonheur du Ciel. Alors vous respirerez, vous vivrez, vous serez soulagé du poids qui vous oppresse. » Il suivit ce pieux conseil, il abjura l'hérésie, entra dans le giron de l'Eglise, et cathohque sincère, on le voyait souvent épancher son âme
sur le tombeau de son frère. Tant il est vrai que la croyance au Purgatoire est un besoin du cœur humain !
PRIÉR£«
Oui, ô mon Dieu, mon cœur avait besoin de croire que la mort n'interrompait pas mes rapports avec ceux dont elle me sépare ; que mes prières et mes larmes pouvaient plaider leur cause auprès de votre bonté et hâter l'instant de leur bonheur. Soyez donc béni d'avoir placé, dans un des articles de notre foi, une de nos plus douces consolations. 0 Jésus, soyez propice à nos frères dans ce séjour éternel !
<}u'ils reposent en paix !
Requiescant in pace !