CINQUIÈME JOUR
Souffrances du Purgatoire.
Peine du Feu.
lo Feu véritable.
2o Feu vengeur.
'REMiER POINT. — Le grand Apôtre nous dit qu'il est des âmes qui ne seront admises dans le séjour de la gloire qu'après avoir été purifiées par le feu, quadper ignem. Evidemment, ce n'est pas celui de l'enfer, qui ne s^éteindra jamais ; c'est donc
celui qui fera ressentir ses rigueurs en Purgatoire. Telle est l'affirmation unanime de tous les grands docteurs de FEglise. Si vous demandez à saint Ambroise, à saint Augustin, à saint Thomas, ce que souffrent les âmes du Purgatoire, ils vous répondront : Le supplice du feu ! Et nous-mêmes, saisis en ce moment d'une religieuse émotion, si nous nous penchons sur le bord de l'abime, pour écouter les gémissements de ceux que nous aimons, nous entendrons des voix plaintives qui crient vers nous du fond du Purgatoire, comme le mauvais riche du fond de l'enfer : ce Je suis tourmenté par cette flamme : crucior in hâc fiammâ. »
Du feu ! Ame chrétienne , ce seul mot fait frémir. Etre tout entier dans le feu, dans un feu actif, pénétrant, qui atteint l'intime même de l'être, quel cruel supplice ! Le feu matériel n'agit que sur le corps, et combien ses effets sont horribles ! Qui pourrait soutenir un charbon ardent sur sa main, une seule minute?
Mais le feu du Purgatoire agit sur l'âme elle-même; il atteint l'Intel^ ligence, la mémoire, la sensibilité ; toutes les facultés en sont saisies et pénétrées : anima tota punitu . Devant ce supplice, que nous pouvons à peine imaginer et que nous avons si souvent mérité par nos fautes journalières ^
adressons-nous cette question ; Qui parmi nous pourra habiter dans ce feu dévorant ? Mon Dieu î préservez-nous du feu du Purgatoire et délivrez les Ames qui y gémissent! éteignez par les divines rosées de votre amour les flammes qui les dévorent !
Deuxième point. — Pour essayer de comprendre la puissance du feu du Purgatoire, il faut faire attention que c^est le souffle de la justice de Dieu qui l'allume et Tentretient; qu'il n'agitpas comme élément, mais comme instrument delà puissance divine; qu'il torture d'autant plus ses victimes, que le courroux du Seigneur ne cesse de lui imprimer une force
qu'il n'aurait pas de lui-même^ afin qu'il punisse ces Ames sans leur donner la mort, qu'il les purifie sans les détruire. Le feu de ce monde n'est rieU; comparé à celui du Purgatoire. Le feu de ce monde est un don de la Providence ; celui du Purgatoire est une création de sa justice, de sa fureur, de sa vengeance. (( Non, dit saint Thomas, les fournaises les plus ardentes, les feux les plus cuisants auxquels on condamnait les martyrs , ne sont qu'une ombre légère , en comparaison des flammes dévorantes qu'on soufi^re en Purgatoire. » Ce feu, ajoute un saint Père, est égal en tout à celui de l'enfer, moins la
durée. Oh ! le terrible supplice ! 0 martyre prodigieux de ces pauvres victimes !
Souvenez-vous , Ame chrétienne, que les peines de cette vie, quelles qu'elles soient , ne peuvent entrer en comparaison avec celles du Purgatoire. Qui serait donc assez inhumain pour ne pas écouter les cris déchirants de ces êtres infortunés qui, du fond de leur prison où ils brûlent nuit et jour, implorent notre assistance ? Oh ! si vous étiez à leur place et que tout le monde eût pour vous aussi peu de charité que vous en avez pour eux, comment'qualifîeriez-vous une pareille cruauté ? Réfléchissez sérieuse-
ment et prenez des résolutions en conséquence.
EXEMPLE
)L y a quelques années à peine, "ç^dans une de nos villes, le feu prit subitement au bas étage d'une maison.
C'était la nuit. Aux étages supérieurs^ plusieurs personnes étaient endormies. Leur sommeil était si profond, qu'elles ne furent éveillées que lorsque le feu avait déjà exercé d'effrayants ravages. Il avait monté et gagné l'étage voisin de celui où elles se trouvaient. Elles se lèvent en sursaut, elles veulent fuir ; le feu les arrête. Elles courent, elles cherchent partout une issue, partout quelque obstacle s'oppose à teur fuite. Pendant ce trouble, Fin»
cendie fait de nouveaux progrès. Alors
on les voit se tordre les bras, on les entend pousser des cris de désespoir .
Elles appellent au secours : Sauveznous ! Sauvez-nous ! Mais il est impossible d'arriver jusqu'à elles. — Cependant le feu les atteint, la flamme les environne, le plancher s'écroule sous leurs pieds, elles disparaissent sous un tourbillon, et en un instant, elles sont consumées. Ce fut assurément un horrible spectacle et un affreux malheur. Mais voici quelque chose de plus lugubre et de plus touchant. Ce sont les Ames de vos amis, de vos parents, de vos frères, qui sont dévorées par le feu, et quel feu ! le feu même de la colère de Dieu. Sauvez-les:
vous le pouvez par vos larmes et par le sang de Jésus-Christ. — Pitié, délivrance pour elles, ô mon Dieu ! 0 mon Jésus, miséricorde !
PRIÈRE
Hélas ! ô mon Dieu ! combien je redoute votre justice^ quand je me rappelle ma vie sensuelle^ mes innombrables péchés, le peu que j'ai fait pour vous ! Ayez pitié de moi, Seigneur ! mais ayez aussi pitié des Ames de mes frères qui m'ont précédé dans l'éternité, et qui sont maintenant sous l'empire de votre justice. 0 Jésus !
soyez-leur propice ! arrachez vos enfants et nos frères à ces flammes vengeresses et placez-les près de vous, au séjour de la gloire! Qu'ils reposent en paix !
Requiescant in pace!
SIXIÈWIE JOUR
Peine du Dam.
1» Privation de Dieu.
2^ Privation du Ciel.
Premier point. — La principale peine du Purgatoire n'est pas celle du feu, si terrible soit-elle. Une peine plus grande est celle que les théologiens appellent la peine du Dam .
En ce monde, nous ne comprenons pas l'intensité de ce supplice de la privation de Dieu,
parce que nous ne le voyons pas directement , nous ne l'aimons pas de tout notre cœur, nous ne pensons pas souvent à lui. Mais les Amt^s du Purga+oire ont entrevu Dieu au jour du jugement; un grand spectacle, selon l'expression de saint Ambroise , s'est offert à leurs regards. Dieu s'est découvert à elles avec toutes ses perfections adorables. Il a imprimé si vivement son image dans leur esprit, il les a tellerîient investies de l'éclat de sa majesté infinie, qu'elles pensent continuellement à lui et l'aiment d'un amour pur et sans mélange. Cet amour insatiable, cette privation, cette faim^ cette soif de Dieu les
accablent et les torturent. Elles sont sans cesse mourantes sans mourir, expirantes sans expirer^ et l'Eglise appelle avec raison cet état une mort : (( Seigneur , ditelle , délivrez-les de la mort, libéra eas a morte. »
Pour vous faire une idée de ce supplice, Ame chrétienne, supposez un homme qui se meurt faute d'air. Voyez quelle oppression , quels efforts il fait pour respirer ; comme sa poitrine se soulève, se gonfle ! C'est une lutte afî*reuse entre la vie et la mort.
Mais, qu'est-ce qu'un peu d^air en comparaison de Dieu qui est l'air et la respiration de Fâme ?
Quelle faim vivante ! quelle dou-
loureuse agonie ! 0 Seigneur , Seigneur , délivrez-les de cette mort perpétuelle , montrez-leur votre face adorable, libéra eas a morte. 0 Père qui êtes aux Cieux, attirez près de vous vos enfants exilés !
Deuxième point. — Oui, l'âme, dans le Purgatoire, est exilée, exilée non seulement de sa patrie de la terre, mais de sa patrie véritable, le Ciel. Cette patrie bienheureuse, elle en a entrevu de loin les splendeurs, quand, au sortir de cette vallée de larmes, elle a paru devant Jésus-Christ qui fait la joie et le bonheur des élus. Elle l'a pressentie, lorsque condamnée au Purgatoire , elle
s'est rappelé cette invitation, adressée aux âmes justes :
(( Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » Elle en a aperçu, elle en a entrevu toutes les magnificences. Or, ne pouvoir s'élancer vers cette patrie tant désirée ; attendre un jour, des années, des siècles , avant de prendre son vol vers le Ciel, avant de se plonger au torrent de ses voluptés, mon Dieu, quel exil !
quelle cruelle attente !
Aussi, qu'ils sont attendrissants les soupirs de cette âme infortunée ? Pauvre exilée, quand donc verrai-je ma patrie, ma famille
qui est aux Cieux ? Jérusalem !
Jérusalem ! — Pauvre orpheline, quand serai-je réunie à mes parents, à mes frères , à mes sœurs qui sont dans la gloire et me tendent les mains ! Pauvre veuve, quand me sera-t-il donné de m'unir à Jésus, mon céleste époux ? 0 portes éternelles , ouvrez-vous , ouvrez-vous ! — - Mais hélas ! une voix mystérieuse lui répond : Pas encore !... plus tard !
Ame chrétienne, vous pouvez les ouvrir ces portes. Ne savezvous pas que la prière, Taumône, sont les clefs d'or qui ouvrent le Ciel. Oh ! priez, priez souvent et donnez beaucoup , et
ces âmes exilées du Purgatoire monteront dans la patrie bienheureuse, pour y chanter éternellement les miséricordes du Seigneur.
EXEMPLE
UAND les enfants d'Israël, emmenés captifs loin de la patrie, ne voyaient plus de leurs yeux que les rivages de l'Euphrate, ils s'asseyaient tristes sur cette terre étrangère, et ils pleuraient au souvenir de Jérusalem absente :/Wic sedimus et flevhnics ^ dutn recordaremur Sion, Il n'y avait plus parmi eux ni paroles de joie, m cantiques d'allégresse ! leurs harpes, suspendues aux saules du rivage, étaient silencieuses. — Enfants d'Israël, pour-
quoi pleurez-vous? leur demandaient les Babyloniens. — C'est que nous nous souvenons de Sion, notre patrie !
nous nous souvenons et nous regrettons ! — Mais, fils exilés de Sion, si vous chantiez pour calmer votre douleur et distraire votre tristesse!.. Chantez ! Chantez quelques-uns des cantiques de la patrie ! Chantez le chant national! — Chanter! l'exilé peut-il chanter les hymnes de la patrie sur les rives étrangères? Ah ! loin de la patrie, on se souvient, on regrette, on soupire, on pleure, et l'on attend, dans les larmes, la consolation du retour. 0 Jérusalem ! Jérusalem ! que notre langue s'attache à notre palais, si nous devions t'oublier un jour !
Ah ! sans doute lorsque les âmes de nos frères, retenues par la justice loin de cette patrie que leur amour appelle, arrivent au bord de l'abîme où l'ex-
piation les condamne à un douloureux exil, elles s'arrêtent sur ces rivages mille fois plus désolés que les rivages de la terre : et là, toutes pleines de la pensée de la céleste patrie, elles se prennent, elles aussi, à pleurer son absence, mais avec des soupirs, mais avec des larmes qui diffèrent de nos larmes et de nos soupirs, comme le Ciel diffère de la terre, et le temps de l'Eternité !
PRIERE
0 mon Dieu, Dieu si saint, si juste, mais si riche dans vos miséricordes, ah ! laissez-vous fléchir par l'amour de ces saintes Ames. Ne vous dérobez pas plus longtemps à l'ardeur de leurs désirs, ne les repoussez plus; ouvrezleur votre sein et laissez-les se perdre
et s'abîmer en vous. 0 Jésus ! soyezleur propice ! 0 Jésus ! appelez vos eufants et nos frères au bonheur étemel et que la lumière qui ne s'éteint plus, luise sur eux ! Qu'ils reposent en paix !
Requiescant m pacel