‹ Mois des ames du PurgatoireChapitre 7 sur 26 · SEPTIEME JOUR · texte numérisé non relu

SEPTIEME JOUR

La peine du Remords

1^ Le mal qu'il fallait éviter.

2<^ Le bien qu'il fallait pratiquer.

Î^REMiER POINT. ~ Les tour-

^e)ments dont nous venons de parler ne sont pas^ hélas ! les seuls qui torturent les Ames retenues dans le lieu d'expiation; elles éprouvent encore la tristesse, la désolation , les regrets amers , les reproches cui-

sants de la conscience coupable, mille fois plus insupportables pour elles que les plus fortes douleurs du feu matériel qui les fait souffrir sans les consumer, (c En enfer, dit l'Evangile, le ver qui ronge les réprouvés ne meurt jamais. » Dans cette cité du Purgatoire, il mourra certainement un jour; mais tant qu'il est vivant, il mord cruellement et déchire d'une manière affreuse les victimes infortunées dont il est devenu le bourreau. Ah ! elle est terrible la lutte d'une âme aux prises avec le remords ! Du fond de son cachot, cette àme captive jette un regard douloureux sur toute son existence d'ici-bas, et à

la lueur des flammes qui l'enveloppent, elle voit distinctement tout le mal qu'elle a commis et qu'elle pouvait facilement éviter avec la grâce de Dieu. Elle découvre des milliers de fautes inaperçues jusqu'alors, ou qu'elle jugeait sans gravité. Forcée de se reconnaître coupable , tandis qu'il n'aurait tenu qu'à elle d'être juste en tout, cette pauvre àme s'afflige profondément et s'écrie dans le délire de sa douleur ; Mon Dieu, vous êtes juste, et vos jugements sont équitables.

Je suis seule l'auteur de ma souffrance. Ah ! si je pouvais recommencer ma carrière, comme je vous servirais. Seigneur, et avec

quel soin je me préserverais du Purgatoire ! — Regrets vains et stériles. Hélas! c'est trop tard ; c'est trop tard.

Instruisons-nouSj Ame chrétienne, fuyons le péché, faisons pénitence ici-bas, afin d'éviter cet aiguillon douloureux, ce ver rongeur du Purgatoire. Mon Dieu, frappez, brûlez, broyez en ce monde, pourvu que vous nous épargniez dans l'autre.

Deuxième point. — Ce qui augmente encore la peine de cette àme exilée, c'est la vue de tout le bien qu^elle pouvait pratiquer et qu'elle a souvent omis ; de tous les bienfaits qu'elle a reçus de la bonté de Dieu et dont elle

n'a pas toujours fait un saint usage. En effet, que pouvait de plus le Seigneur pour lui faire porter des fruits de salut ? Il l'avait fait naitre dans le sein de la vraie foi, il l'avait nourrie de ses sacrements, fortifiée par sa grâce, encouragée par l'exemple des bons. Aidée de tant de secours, elle devait parcourir à pas de géant la carrière de la sainteté et arriver, comme tant d'autres, à la plus haute perfection. Mais, malgré tout, elle s'est arrêtée souvent dans la voie, souvent elle n'a marché qu'avec lenteur. Ah !

si elle avait été généreuse pour s'infliger quelque légère pénitence, quelque facile mortifica-

tion ; si même elle avait accepté avec résignation les peines inévitables de la vie, elle aurait fait son Purgatoire sur la terre, et éternellement elle jouirait de la vision béatifîque. Et maintenant, elle endure par sa faute, et sans mérite, des peines incomparablement plus grandes. Au lieu d'une couronne de gloire qu'elle pourrait avoir dans le Ciel, elle est torturée par une couronne de flammes en Purgatoire. Oh ! que ce souvenir est affligeant ! 0 aiguillon cuisant du remords !

Ame chrétienne, rentrez en vous-même. N'éprouvez-vous pas aussi des remords de conscience, des regrets bien amers ? Ah ! c'est

le regret d'avoir commis beaucoup de mal et fait peu de bien.

C^est le regret d'avoir si peu prié pour le soulagement de vos parents défunts. De grâce, prenez la résolution de faire mieux à Tavenir, avec l'aide de Dieu et le secours de Marie,

EXEMPLE

ERSON, chancelier de l'Université de Paris, aussi distingué par ses vertus que par son éloquence, rapporte dans un de ses ouvrages, qu'une pauvre mère, oubliée depuis longtemps par son enfant, reçut de Pieu la permission de lui apparaître pour lui dire ses peines et solliciter des prières.

« Mon fils, s'écria-t-elle, mon cher fils! pensez un peu à votre pauvre mère qui

souffre tant. Considérez les affreux supplices au milieu desquels la justice de Dieu me fait expier les fautes de ma vie mortelle. Le plus insupportable de tous est le remords^ le regret d'avoir si peu aimé Dieu qui m'avait accordé tant de grâces. Quoi ! avoir offensé un Dieu si grand, sisaint^ un juge si éclairé, un père si tendre, un bienfaiteur si généreux ! Ah ! cette pensée m'accable et me tue à chaque instant; ce ver rongeur est comme un poignard aigu qui me transperce sans pouvoir me donner la mort, qui me torture jour et nuit et m'arrache des larmes de sang . Néanmoins, je suis forcée de m'écrier, en me frappant sans cesse la poitrine :

Mon Dieu, vous êtes juste et équitable; si je souffre cruellement, c'est par ma faute, c'est par ma très grande faute ! 0 mon fils, si vous m'aimez encore, ayez pitié de moi, arrachez ce poignard^ délivrez-moi de ce ver rongeur, ouvrez-

moi le ciel. Je vous demande encore, mon cher enfant, de servir Dieu mieux que votre mère, de mourir les larmes aux yeux et la contrition dans le cœur! Fidèle à ces avertissements, l'enfant pria beaucoup pour sa mère et mourut lui-même en prédestiné.

PRIÈRE

Faites-moi la grâce, ô mon Dieu ! de devenir saint et parfait, comme tous le désirez. Les Ames du Purgatoire, pour s'être un peu négligées, en sont sévèrement punies par les regrets qui les déchirent sans relâche. Apaisez leurs remords^ ô Seigneur, en leur pardonnant leurs fautes ; car, il est trop aigu le glaive qui les transperce 0 Jésus ! soyez-leur propice ! appelez vos enfants et nos frères au sein de la gloire ! Qu'ils reposent en paix !

Requiescant in pace !

HUITIÈWE JOUR

Durée des peines du Purgatoire.

1» Quelle est cette durée?

2o Quelles en sont les causes?

^^-^^Î^REMIER POINT. — L'ErIIsB

3]]r^w$)n'a rien défini sur la durée ^^2^^ des peines du Purgatoire, mais elle nous montre assez ce qu'elle en pense, en autorisant des services anniversaires, des messes k perpétuité^ pour le repos de Famé des défunts. Elle croit

donc que l'expiation doit être longue et peut môme se prolonger pendant des siècles. C'est aussi le sentiment des saints Pères.

Plus de vingt ans après la mort de sa mère Monique, Augustin demandait encore des prières pour elle. Saint Ambroise s'engage publiquement à prier toute sa vie pour l'âme de Théodose le Grand.

Et le cardinal Bellarmin dit que, pour certaines âmes, la durée des peines du Purgatoire, d'après des révélations très diojnes de foi, pourrait se prolonger jusqu'au jour du jugement dernier, si l'Eglise ne venait à leur secours. Hélas ! il y en a dore qui gémissent depuis de longues années. Qui

nous dira la mesure de temps et de peine qu'il faut pour expier un péché véniel? pour enlever la rouille que laissent à l'âme les suites du péché mortel et lui rendre l'éclat de la beauté des Anges ! 0 insondable mystère des jugements de Dieu!

Combien la durée n'ajoute-telle pas à la rigueur des peines !

Souffrir horriblement et longtemps ! Attendre ! attendre encore ! attendre indéfiniment ! quelle douleur^ quel martyre pour ces Ames bénies ! Ajoutez que l'intensité des maux qu'elles endurent leur fait paraître les moments comme des mois, et les mois comme des siècles. 0 tortures in-

compréhensibles ! ô heures ! ô siècles cruels ! Seigneur, abrégez ces souffrances, mettez un terme à l'intensité, à la durée des douleurs de nos amis-, de nos frères, de ceux surtout qui doivent rester le plus longtemps dans ce lieu d'expiation.

Deuxième point. — Ne nous étonnons pas de la terrible durée des supplices du Purgatoire. Une des plus saintes religieuses de la Visitation^, la sœur Marie-Denise, que tous les historiens de cet ordre reconnaissent comme ayant été favorisée de grâces extraordinaires pour le soulagement des morts, disait que plusieurs causes rendaient inévitable la louRue

durée des peines de ce lieu d^expiation. Premièrement, l'inconcevable pureté que Tàme doit avoir avant de posséder Dieu : secondement, l'innombrable multitude de nos péchés véniels : troisièmement, le peu de pénitence que nous faisons pour nos péchés mortels confessés : quatrièmemement, l'impuissance absolue où sont les Ames des défunts de se soulager elles-mêmes; et, cinquièmement, l'oubli, l'étrange oubli des morts, notre coupable négligence à les soulager. — Ces réflexions sont sérieuses et malheureusement trop fondées.

Donc, à l'avenir, ne soyons pas pressés de canoniser nos chers

défunts ! Nous avons tant besoin de les croire dans le lieu de la paix et de la béatitude, que nous nous hâtons de nous dire que certainement ils y sont parvenus.

Alors nous cessons de les pleurer et de prier pour eux. Voyez les Saints, comme ils pensaient et agissaient autrement. Toute leur vie^ ils priaient pour ceux que le trépas leur avait ravis , et en mourant ils demandaient encore avec larmes des prières pour eux. Faisons de même. Quoi ! nous ne saurions tenir un doigt dans le feu, pendant une minute, sans pousser des cris de détresse, et nous souffririons que des Ames que nous avons tant aimées

soient plongées dans le feu dévorant du Purgatoire, des années entières, par notre négligence !

Ah ! ce serait trop cruel ! 0 Ames chéries, non, jamais nous ne vous oublierons !

EXEMPLE

c^ COUTEZ un trait historique qui parle ^g^mieux qu'un long discours.

Un homme, depuis des années, gémissait enfermé dans une prison célèbre. Un jour, las de souffrir, il conçut une pensée de délivrance. Une femme était paissante en ce temps-là; elle se trouvait le crédit assez grand et la main assez forle pour briser les fers du prisonnier et mettre fin à sa souffrance.

Voici, dit l'histoire, en quels termes éloquents le malheureux lui adressait sa supplique : « Madame, le 25 de ce

mois, 1760, il y aura cent mille heures que je souffre, et il me reste deux cent mille heures à souffrir encore. 0 Madame, soyez touchée d'un si long et si douloureux martyre ! >>

Le cœur de cette femme se trouva-til assez dur pour résister à cette éloquence? je l'ignore; niais il me semble qu'on ne peut mettre davantage en si peu de mots. Il y a cent mille heures que je souffre^ et il in' en reste deux cent milleàsouffrirl. Ili/a cent millelieures encore /.. Il les avait donc comptées ! Oui, comme vous pouvez compter un à un les battements d'une horloge pendant une nuit longue et triste, où la souffrance vous tient en éveil !

C'est ainsi que les Ames bénies du Purgatoire calculent la durée de leurs souffrances. Mais ce n'est ni par heures, ni par jour qu'elles comptent, c'est par années, et ces siècles leur paraissent éternels. 0 justice de mon Dieu,

que vous êtes redoutable ! 0 Ames si longtemps éprouvées, que je vous plains 1

PRIÈRE

Saisi d'effroi à la pensée de vos redoutables jugements, de l'intensité et de la longueur des peines que votre justice impose aux pauvres Ames du Purgatoire, je tombe à vos pieds, ô mon Dieu ! Plein de compassion pour ces prisonnières infortunées, je viens vous supplier, au nom de Jésus-Christ, de jeter sur elles un regard de miséricorde et de mettre un terme à leur martyre. 0 Marie ! douce consolatrice des affligés, soyez-leur propice ! délivrez vos enfants de la captivité ! Qu'ils reposent en paix près de vous dans le Ciel.

Requiescant in pace !

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