‹ Mois du Sacre-CœurChapitre 12 sur 108 · DEUXIÈME ATTRIBUT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ATTRIBUT

Plectentes coronarn de *r/înii posuerunt super caput ejus.

Ayant tressé une couronu

pines, ils la lui mirent sur la

(Mattb. xxvii, 26.)

Le couronnement d'épines fut pour Jésus, au jour de ses douleurs et de sa mort, un des plus cruels supplices, un des plus sanglants outrages... Il y avait du sang et des larmes dans les yeux de ce doux Sauveur, quand en silence, un roseau à la main, il regardait avec amour les soldats et les bourreaux, qui, en passant,fléchissaient les genoux devant lui et disaient avec insulte : Ave, rex Judseorum... salut, Roi des Juifs....

Mais une couronne d'épines autour du Cœur, peut-il y avoir une plus grande souffrance, et quel est ce mystère de douleurs et d'amour?...

Dabo eisçor, ut sciant. . . Répétons encore ce texte touchant, je leur donnerai un Cœur, mon Cœur, et ils comprendront. La croix de ce Cœur divin nous a déjà appris ce que c'est que le péché, le péché mortel : les épines de cette couronne sont la figure du péché véniel, de ces fautes légères et nombreuses que des âmes lâches et molles se pardonnent, hélas ! trop facilement, et qui pourtant blessent et déchiren* le Cœur de ce bon Maître.

Pour les personnes qui, selon toute apparence, seront un jour appelées à lire ce livre, voilà sans doute le sujet le plus important et le plus nécessaire; car l'habitude de ces petites fautes est un immense danger; et, si elles doivent mourir, ce sera bien certainement de cette triste maladie qu'on nomme la tiédeur. — Pour nous, c'est le sujet le plus difficile : je tremble d'en dire trop et d'effrayer, de décourager, de désespère»- même quelques amas fidèles et craintives, qui vont s'appliquer toutes ces paroles ; mais je crains encore plus de n'en pas dire assez, et d'en laisser beaucoup d'autres dormir dans la mort.

0 Cœur sacré de Jésus, vous avez promis de guérir tous les cœurs, et même les cœurs tièdes et languissants; soyez notre force et notre lumière. Jamais nous ne pourrons avoir un plus grand be-

soin de votre grâce ; nous ne l'avons jamais invoquée avec plus de confiance.

Nous allons: — I. Examiner les signes, ouïes symptômes du mal. — II. En étudier les caractères ou la nature. — III. Indiquer les remèc

I. Quelques mots suffiront pour éclairer une âme de bonne volonté ; car il y a des signes cer tains, qui révèlent la maladie et ses dangers. Ainsi, l'habitude où l'on serait de commettre ces péchés véniels ; la fréquence de ces fautes légères, et surtout le mépris ordinaire des petites choses, je veux dire des petites grâces, ou bien des petites infidélités ; la négligence habituelle dans tout ce qui tient au service de Dieu, comme la prière et la réception des sacrements ; le dégoût, l'ennui, la routine dans les exercices de piété, mais surtout, lorsqu'il n'y a presque pas de luttes ni de résistance avant la faute,, presque pas de remords ni de repentir après : ce seraient là autant de symptômes justement alarmants et qui devraient vous faire craindre.. Si vous n'êtes pas encore atteint du mal, vous en êtes bien menacé, et vous avez déjà certainement enfoncé bien des épines dans le Cœur de votre Dieu ; vous l'avez blessé par toutes ces infidélités. ..

Mais rien ne le déchire plus cruelle ment, que

le partage même d'une âme qui ne se donne qu'à demi, et qui, luttant sans cesse contre son amour, lui refuse presque tous les sacrifices.... Gommp s'il était possible de réconcilier l'Évangile avec le monde, et de rapprocher ainsi le ciel de la terre ! Jésus ne peut souffrir cet état, il ne restera pas dans cette âme; elle finit toujours par le dégoûter ; il va bientôt la rejeter et la vomir de son Cœur... Et, pensez-y bien, plus on a reçu de grâces, plus ces symptômes sont effrayants, plus la mort est à craindre. Mais encore une fois, comprenez-vous ce qu'il y a de triste dans cet état, et d'horrible dans ce contraste de deux cœurs : l'un tout brûlant d'amour, dévoré par les flammes de la plus ardente charité, et l'autre tiède et languissant, que dis-je, froid et bientôt glacé par la mort? Mortuus a corde 1

II. Étudions maintenant la maladie dans ses tristes caractères, et disons, en deux mots, que c'est un état plein de douleurs et surtout plein de dangers.

Et d'abord ces cœurs partagés, ces âmes lâches et sans ressort souffrent ordinairement beaucoup, car Dieu n'est pas content, il ne peut pas l'être ; donc il se plaint, il menace souvent, et quelquefois il frappe. — // se plaint, et dès lors

M CINQIJlfcMK JOUR.

il n'y a pi us la m Ame confiance dans les rapports;

on lui résiste, il ne peut plus & nnersa paix. Quis restitit et etpacem habuit? On s'éloigne, et des lors sa lumière baisse et se retire. — // menace : Je mettrai, dit-il, des épines dans toutes vos voies; et la malédiction est prête à sortir d< ses lèvres contre celui qui ne combat qu'avec lâcheté les combats du Seigneur, et fait avec négligence l'œuvre de son Dieu : Maledictus qui facit opus Dei fraudulenter . (Jer. xlviii, 40.) — // frappe enfin et quelquefois de grands coups de justice; il fait tomber son tonnerre sur ces enfants ingrats, pour les réveiller de ce sommeil de mort,à moins qu'un jour,pleinement dégoûté, il ne se taise et ne s'enfuie, ce qui serait incomparablement plus malheureux pour cette âme, qu'il laisserait bientôt dans la mort.

Toutes ces vérités, comme celles qui vont suivre, sont de foi, de raison et d'expérience. tyeu l'a dit, et vous-même, raen cher lecteur, reconnaissez que nous n'avez été vraiment heureux, au service de Dieu, que lorsaue vous avez ité fidèle et généreux.

Mais il est temps cVentrer dans les terreurs de ce sujefc~et de parler du caractère dangereux de cette triste maladie de tiédeur. Elle conduit infailliblement les âmes à la mort, oui, infaillible-

ment; mais, et c'est ce qui m'épouvante, elle les conduit tout doucement à ce terme fatal : Paulatim, a dit l'Esprit- Saint; et si doucement que déjà on pourrait être mort et conserver encore les apparences de la vie. On descend au fond de l'abîme par trois sortes de voies ou pentes, si rapides et si douces tout ensemble, qu'on s'aperçoit à peine de la marche ou plutôt de la chute. Cette explication est nécessaire pour faire comprendre deux sentences, qui sembleraient se contredire; Dieu a dit qu'on tombe peu à peu, tout doucement : Qui spernit modica paulatim decidet (Ecli. xix, 1) et saint Bernard dit : On commence par les petites choses, les fautes légères, et bientôt on est entraîné, précipité dans les plus grandes et dans le crime. A minimis incipiunt qui in maxima proruunt... parce que la pente est douce et rapide tout ensemble.

Or voici comment on va à la mort. — C'est d'abord par voie d'illusion. Il est si facile de se tromper Quoi! la science même de la théologie ne suffit pas toujours aux prêtres , quand vous accusez votre faute, pour prononcer si elle est mortelle ou vénielle.... et vous ne craindriez pas de décide; en votre faveur!... il n'y a pourtant pas loin d'une pensée combattue avec mollesse, a un commencement de Complaisance et même

de désir coupable ; £as si loin que vous le penseï d'un regard imprudent ou de simple curiosité, à un regard impur cl plein d'adultère. — Craignez donc : Nomen habes quodvivàs, et mortuus es. (Apoc. m, 1.) Oui, déjà peut-être que vou.-êtes mort, et au fond de l'abîme !...

On y va encore d'une autre manière, par voie d'entraînement. Cette fatale habitude de Laisseraller, cette vie molle et de concession finit par dominer la volonté; il y a d'abord une force qui diminue l'attrait du bien, et puis une force qui augmente celui du mal, et, au jour marqué, à l'heure où la mesure du mal l'emporte, l'âme tombe écrasée, sous le poids de mille fautes qu'elle croyait encore légères, mais dont le nombre effrayant a fini par étouffer la vie ; elle n'a plus le courage de résister à l'effort suprême de l'ennemi perfide, qui n'attendait que ce jour et cette heure pour livrer un dernier combat et triompherN Vous comprenez bien qu'il n'est pas dans ma pensée de dire que les fautes vénielles constitueront à la fin un péché mortel ; cela ne serait pas vrai ordinairement, quoique, en matière de justice, il soit certain qu'elles pourraient, dans certains cas, imposer une obligation sub gravi, et former un corps de délit ou une matière grave, et par conséquent un péché mortel. Je

voulais dire seulement et en général que l'âme, comme enchaînée par la force de l'habitude, se voit, par \,et\&voie d'entraînement, conduite doucemeiit^mais certainement à la mort, c'est-àdire/fiu péché mortel.

On y va enfin par voie de justice divine ou de châtiment. Dieu blessé, outragé par toutes ces résistances à sa grâce; blessé, outragé dans son amour par toutes ces infidélités et ces fautes, finit par se lasser; son Cœur même finit par se dégoûter.... Il se tait d'abord, il s'éloigne, il abandonne, et même il maudit cette âme ; et puis, il faut bien dire ce mot terrible, il la rejette

enfin et la vomit! Quia tepidus esincipiam

te evomere (Apoc. ni, 15.) 0 douleur! ô destinée mille fois plus triste, en un sens, que celle du pécheur ! car Jésus ne veut pas sa mort, mais qu'il revienne à la vie,^ Comprenez, mon cher lecteur, la différence; si vous êtes pécheur, Jésus- Christ a pitié de vous, il vous ouvre son Cœur ; il va répandre sur vous des larmes de compassion ut le trésor de ses miséricordes!... Pleurez, et il va vous pardonner!... mais, si vous êtes tiède, il ne peut/plus vous souffrir, vous soulevez son Cœur, yo'us le dégoûtez, il va vous vomir : Incipiarryie evomere!... et peut-être que déjà il a commencé, Utinam frigidus esses aut calidus!

sed quia tepidus es, incipiam te evomere ex ore meo (Apoc. m, 16.)

UtinamI. . . Evomere! Voilà le mot terrible et que je ne puis écrire sans trembler, que je n'ose plus traduire, et que je ne voudrais pas même essayer d'interpréter ici, de peur de jeter le désespoir dans Mne âme. Je demanderai seulement, quand et comment Jésus-Christ pourra-t-il revenir, et reprendre cette âme qu'il aura une fois vomie avec ce dégoût?. . . C'est-à-dire, que je voudrais bien savoir ce qui pourra la réveiller de ce sommeil de mort, et lui rendre la vie? — Est-ce une bonne lecture?... on a vu bien des pécheurs se convertir, en ouvrant un livre pieux : Augustin, Ignace de Loyola et tant d'autres ; mais des cœurs tièdes, l'avez-vous vu, ou entendu dire? — Serait-ce donc la confession?... Mais une âme tiède s'y prépare sans soin, s'en approche sans douleur ; elle ne comprend pas même ce que lui dit le ministre de ce sacrement... — Eh bien ! seraitce donc la communion?... au contraire, ce sera bien certainement un jour de communion tiède que son malheur se consommera, et qu'elle tombera dans l'abîme de la mort et du péché. — Alors, ce sera donc la parole sainte? Elle est vive, efficace, pénétrante, et Dieu a souvent opéré tant de prodiges par ce moyec ; mais, hélas ! il est bien

rare que les âmes tièdes soient touchées; elles ont des oreilles et elles n'entendent pas!...

On dirait que rien ne peut les arrêter, quand elles descendent à l'abîme, que rien ne peut les relever, quand elles sont tombées, que rien ne peut leur rendre la vie, quand elles sont mortes : Utinam frigidus esses !

Encore une fois, voyez la différence : qu'une âme fervente, je le suppose, se trouve en proie à une soudaine et horrible tentation; si elle cède, si elle commence à descendre, aussitôt, effrayée, elle se demande au moins où elle va : elle prie les An^es de l'arrêter, de la protéger. — Si elle tombe, réveillée au bruit même de sa chute, elle se demande avec douleur où elle est ; elle crie du fond de cet abîme, elle crie à Dieu d'avoir pitié d'elle : Dv profundis clamavi ad te, Domine... Mais l'âme tiède, au contraire, celle qui descend tout doucement, paulatim, celle qui est tombée peu à peu et comme sans s'en aperce voir, celle-là ne se demande jamais où e/\e va, ni où elle est. L'arbre stérile est tombé, il est mort; n'est-il pas bien à craindre qu'il ne reste là?....

Mais c'est assez, ô mon Dieu, c'est trop peutêtre pour plus d'une âme et combien je tremble moi-même d'avoir écrit ici ma sentence !... Ha-

tons-nous donc de dire qu'il y a des remède encore et qu'il faut toujours espérer.

III. Oui, si vous voulez guérir, vous le pouvez, et je vais vous indiquer deux remèdes aussi infaillibles qu'ils vous paraîtront doux et faciles. Le voulez- vous vraiment? Vis sanus fteri?

Le premier, c'est la prière, mais la prière surtout au Sacré-Cœur de Jésus. Il l'a promis ; il guérira, il sauvera tous ceux qui l'invoqueront avec confiance, même les âmes tièdes : il laissera tomber sur vous une larme ou une étincelle d'amour, et vous reviendrez à la vie. Dites-lui donc : 0 mon Jésus, celui que vous aimez est malade : Ecce quem amas infirmatur (Joan. xi, 3) ; ô mon Dieu, je meurs : Ecce morior ; et il aura pitié de vous, il vous rendra la force, la joie des années de votre première ferveur. Ayez confiance, jetezvous dans ce divin Cœur.

Le second remède est encore plus doux, plus facile et plus prompt, c'est l'action ou le sacrifice. Vous allez tâcher de vous vaincre, et vous commencerez par un petit sacrifice aujourd'hui; vous remporterez sur vous-même une seule victoire, quand ce ne serait que de retenir une parole inutile sur vos lèvres , ou de réprimer la vaine curiosité d'un regard, en passant dans la

rue,-ou dans l'Église... Vous ferez ce sacrifice aujourd'hui, en l'honneur du Cœur de Jésus ; il vous en récompensera sur-le-champ par la paix et la joie de son amour. Demain, vous lui offrirez deux sacrifices, deux victoires aussi faciles^ puis trois, quatre... Vous continuerez ainsi pen dant quelques jours : la paix, la joie, l'amour de Jésus, grandiront dans les mêmes proportions, et je vous assure que non-seulement vous serez guéri, mais vous vivrez avec bonheur pour sa gloire... et vous vivrez, pour ne plus mourir. Chaque jour, vous arracherez ainsi de son Cœur quelques épines qui le déchiraient, et ce Dieu fidèle et reconnaissant vous donnera, chaque jour, une part plus abondante de sa vie et dt sa grâce: Ut abundantius h<tl>eant... (Joau, x, 10.)

Page 1