LA PLAIE OU CŒUR, SOURCE DE GRACE ET DE MISERICORDE
TB0181ÉME ATTHIBOT.
Unus militum latus ejus aperuit Un soldat ouvrit le côté de Jésus.
(Joan. xix, 34.)
Au-dessous de la couronne d'épines qui entoure et déchire le Cœur de Jésus, voyez-vous cette plaie large, profonde ? Il en découle sans cesse quelques gouttes de sang; il s'en échappe toujours une flamme vive et brillante : c'est cette blessure qui va faire le sujet de notre méditation.
Deux pensées principales doivent ici remplir l'âme fidèle : d'abord la contemplation de la plaie réelle, extérieure, au Cœur adorable, et puis, le souvenir de ses piaies cachées et intérieures, encore bien plus profondes et douloureuses ; car, dit saint Bernard, s'il a été blessé par le 'fer de la lance, c'est afin que par cette plaie nous puissions voir la plaie invisible de son
amour : Propterea vulneratum est ut, per vulnus visibile, vulnus invisibile videamus ; et la blessure faite dans sa chair sacrée nous montre celle de son âme : Carnale vulnus, vulnus spirituelle ostendit.
Ier Point. La plaie extérieure et visible. Elle a été faite au Calvaire ; vous méditerez les circonstances de ce récit plein de mystères, et ce sera pour vous une des plus douces et des plus saintes contemplations du mois.
Jésus était mort depuis quelques heures; la foule en silence était descendue de la montagne ; quelques bourreaux, frappés des prodiges qui venaient d'éclater dans le ciel, s'en retournaient en disant : «Ce Jésus qui est mort sur la croix était vraiment un Dieu. » Il ne restait plus au calvaire que Marie, mère de Jésus, Marie- Madeleine, et Tapôtre saint Jean, le plus jeune et le plus aimé des douze... Quand voici venir un soldat; la tradition a dit et conservé le nom de cet homme, il s'appelait Longin... il s'approche, et regarde... Il est mort, dit-il, mais je le frapperai encore, et, dirigeant aussitôt sa lance vers le côté droit de Jésus, il la pousse avec violence; le fer aigu traverse la poitrine, pénètre jusqu'au Cœur et l'ouvre... Et, quand il
retira sa lance, on vit sortir par la plaie de L'eau et du sang... Exivit sarvjuis et aqua. (Joan, xix, 34.) C'étaient les dernières Larmes, les '1ernicres gouttes du sang de ce Cœur : Et qui vidit, testimonium perhibuit. (Joan .xix, 35.) C'est celui même qui en a été témoin, qui le raconte ainsi.
Vous méditerez, avec saint Augustin, saint Bonaventure et saint Bernard, sur ce grand mystère. Toutes les pensées de ces trois docteurs peuvent se réduire à deux principales. Cette plaie du Cœur est une source féconde de grâces pour les justes et les amis de ce divin Sauveur, et puis, c'est un asile, un refuge pour les pauvres pécheurs.
1° Et d'abord, c'est pour le juste une source abondante de grâces. L'eau qui jaillit, et le sang qui coule, figurent toutes ces grâces précieuses de la miséricorde et de l'amour... Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris. (Isa. xn, 3.) Venez, justes, âmes pures et fidèles, venez puiser à ces sources mystérieuses, la paix, la force, la lumière, la vie. C'est là que vous trouverez votre bonheur. 0 Jésus j que cette eau qui coule de la plaie de votre Cœur sacré, que votre sang précieux me purifie, afin que je puisse demeurer toujours dans cet asile de la
paix et de l'amour! Amplius lava me ab omni iniquitate mea, ô dutcissime Jesu, ut in Corde tuo omnibus diebus viïde mex merear hobitare ' (S. Bonav.) Si votre Cœur adorable & été percô sur la croix et ouvert après la mort, c'est afin que nous puissions toujours y entrer et y demeurer... Ad hoc perforatum est latus tuum..., ad hoc vulneratum est Cor tuum, ut in Mo habitais poss\mus. (S. Barn.)
Saint Augustin, pour nous faire comprendre cette même pensée, remarque avec raison que saint Jean s'est servi de l'expression la plus juste, Vigilanti verbo usus est, en disant que le CœiK de Jésus a été ouvert, plutôt que blessé, dé chiré : Aperuit; afin que toujours nous puissions nous y réfugier et y trouver la grâce. Or cette blessure mystérieuse a été faite après la mort, et par conséquent, jamais elle ne peut être guérie, jamaisel le ne pourra être fermée, Aperuit; et nous aurons toujours le moyen de nous vi1 tirer dans cet asile de grâce et de miséricorde. Ecce dedi coram te ostium apertum quod nemo ootest claudere. (Apoc.in, 8.) Allez donc, âmes fidèles, allez y puiser la vie, allez .y goûter la paix et l'amour; allez vous y cacher, au jour de la peine et de la tentation; vous y trouverez la victoire.
ce Je ne me séparerai plus de lui, s'écrie sai ni « Bonaventure, il est si doux d'être avec JésnM.. « Je veux ici faire trois tentes, une dans la pi ai': « des mains, l'autre dans la plaie de ses pieds, a mais surtout dans la plaie de son Cœur, et « c'est là que je fixerai mon séjour pour parlei « à ce Cœur divin, et j'obtiendrai de lui tout « ce que je voudrai. » Non volo amplius a Jesu separari. Bonum est enim cum illo esse ; et in ipso volo tria tabernacula facere : unum in manibuSj unum in pedxbus, sed aliud continuum in latere ; ibi loquar ad Cor ejus, et ab ipso quod voluero impetrkbo...
« 0 blessures aimables de mon Jésus! s'écriecc t— il encore... Dites-moi donc quelles délices ce on trouve, quand on pénètre par ces plaies « pour s'unir au Cœur de Dieu 1 Àh ! pour moi, «je ne saurais jamais le dire, faites-en l'expé- « rience et vous le comprendrez. » 0 amantissima vulnera Domini Nos tri Jesu Christi! Quanta credis animant frui dulcedine qux per illa foramina conjungitur Cordi Christi! certe exprimere tibi nequeo, sed experire et scito. Dans un autre endroit , le même Docteur séraphique est encore plus simple et plus touchant, lorsque, s'adressant à la lance qui a percé le divin Cœur : « Oh! qu'elle est heureuse, cette
« lance! s'éciïe-t-il... Ah! si j'avais été à sa
« place, je n'aurais pas voulu en sortir, mais
« j'aurais dit : J'y resterai toujours, c'est là le
(( lieu de mon repos ! » 0 quant beata lancea !
(o si fuissent loco illius lancese, ex ire de Christi
datere noluissem, sed dixissem : Hsec reçûtes
\rtea, hic habitabo, quoniant elegi eam.
2° Mais n'est-ce pas surtout pour les pécheurs que le Cœur de Jésus a été blessé?... D'après la parole du Prophète, nous ne pouvons en douter : Vulneratus est pr opter iniquitates nostras. (Isa. lui, 5.) Nous trouverons donc dans cette plaie sacrée la source des pardons et des miséricordes : Multitudo viscerum tuorum et miserai ionum tuarum. (Isa. lxiii, 15.) Et quoi de plus pur que l'eau et le sang qui coulent par cette blessure?.. Quid sanguine isto pur nus? (S. Bern.) Ce sang demande miséricorde et crie plus haut que le sang d'Abel. Nous irons donc, pauvres pécheurs, nous cacher dans cet asile du Cœur, et là les foudres de la justice ne pourront nous atteindre, ni le tonnerre de la vengeance nous frapper. Ecce venimus ad te, tu enim es Dominus Deus noster. (Baruch.) 0 mon Sauveur, s'écrie saint Bernard, effacez en moi la tache de tous mes péchés et la souillure de toutes mes iniquités, afin que, purifié par vous, je puisse
m'approcher de vous, qui êtes la pureté même, et demeurer dans votre Cœur tous les jours de ma vie. G dulcissime Jesu, amplias lava me ab iniquitate\nea et a peccato meo rnunda me, ut puriflcatus\er te, ad te purissimum possim accedere et in Corde tuo omnibus diebus vitx meœ habitare.
IIe Point. La plaie intérieure du Cœur de Jésus-Christ. Cette blessure cachée est bien plus profonde, car le Cœur de Jésus a connu toutes les douleurs et les amertumes, Cor quod novit amaritudinem. (Prov. xiv, 10.) Il a toujours souffert, et de la part de tous. Mais, comme ce livre s'adresse plus particulièrement aux âmes pieuses et qui désirent consoler ce divin Maître, afin de les toucher davantage et de leur donner une parole plus pratique, nous ne parlerons ici que des blessures qui lui ont été faites par ceux qui devaient l'aimer. Il pourrait bien nous dire en nous montrant le sang qui coule de ce Cœur ùivûi : « C'est dans la maison, et par la main de
eux qui m'aimaient, qui se disaient mes amis, que j'ai été ainsi blessé. »
Trois peines affreuses : — il a été abondonné, délaissé, au jour d'épreuves, par ses disciples, —
renié par le chef de ses apôtres, — trahi par Judas.
!• Le délaissement, l'abandon. — E en a beaucoup souffert, car il avait compté wr ces trois disciples, à l'heure de son agonie; il est venu auprès d'eux, leur demander un appui, et il n'a pas pu en obtenir un mot. Déjà, par son prophète, il se plaint amèrement de se voir ainsi délaissé : « J'ai cherché quelqu'un pour pleurer avec moi, et je n'ai trouvé personne; j'ai appelé, et on ne m'a pas répondu. » Sustinui qui simul contristaretur et non fuit, et qui consolaretur et non inveni. (Ps. lxviii, 21 .) Pour un cœur tendre et sensible, c'est une peine cruelle, une amère douleur, être abandonné des siens : Cor quod novit amaritudinem.
2° — Mais se voir méconnu, renié, par un ami, par celui de ses amis qu'on avait préféré à tous les autres, c'est quelque chose de plus douloureux encore, de plus humiliant; et Pierre, le chef des apôtres, par trois fois, à la voix d'une petite servante, déclare et jure qu'il ne connaît pas Jésus. Ahl cette parole du disciple infidèle a retenti dans le Cœur du bon maître, et l'a blessé d'une manière si horrible, que Jésus, ne pouvant plus contenir sa douleur, laissa tomber sur Pierre un regard plein de larmes, qui toucha ce malheureux apôtre et le convertit.
3° — Mais ce qu'il y a de plus affreux pour un
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ami fidèle, c'est sans contredit de se voir trahi ; et dans ce cas, plus on aurait aimé le perfide, plus le chagrin sera cruel, plus la plaie du cœui sera profonde. Jésus a été trahi par Judas, Judas qu'il avait tant aimé, Judas à qui il avait donné le nom d'apôtre et la puissance des miracles, Judas à qui il avait môme montré une confiance toute particulière, puisque c'est lui qui gardait l'argent nécessaire au bon maître et à ses disciples; Judas que ce Dieu a comblé de tant de grâces, et qu'il s'est en vain efforcé de prémunir contre la tentation même qui l'obsédait, en l'avertissant par ses larmes, au lavement des pieds, par ses conseils même les plus directs et les plus clairs, à la Cène, quand il dit : « Un de vous veut me trahir...» Judas qu'il appelait encore son ami , au moment où ce traître le vendait, et le livrait aux bourreaux par un baiser. Ah! qui pourra jamais dire et comprendre cette douleur 1 Être délaissé, méconnu, renié, trahi, surtout par ses amis, quelle amertume, quelle plaie pour le Cœur de Jésus!.. Cor quod novit amaritudi-
nem.
Mais, hélas! n'est-il pas vrai qu'aujourd'hui encore et sur nos autels, dans ses mystères d'amour, le Cœur de Jésus-Christ est souvent blessé de la même manière, et par ceux aussi
LA PLAIE DU COEUR DE JÉSUS. lî
qui devraient l'aimer?... On le délaisse, on l'oublie ; il y en a beaucoup qui le renient, et quelques-uns le vendent et le trahissent !
Dans combien d'églises n'estr-il pas délaissé1. Il n'y a que des Anges pour l'adorer, et ce n'est cependant pas pour les Anges qu'il habite sur la terre, c'est pour nous. Quelquefois il espère, quand il voit entrer quelqu'un dans son sanctuaire, il croit pouvoir compter sur un ami comme sur les trois disciples du jardin de l'agonie. Mais ce sont des cœurs languissants, et qui n'ont pas un mot pour le consoler... Sustinui} et non eratl...
Faut-il parler de ceux qui le renient, comme Pierre?... ces indignes et lâches apostats, prêts à jurer qu'ils ne l'ont jamais ni vu ni connu ' ces malheureux esclaves du respect humain, toujours prêts à renier Dieu, sa loi, ses promesses, toute sa religion ? C'est en vain que Jésus les regarde et pleure, ils restent insensibles.
Enfin, il y a des traîtres encore et de perfides Judas ; il y en a moins peut-être de nos jours que dans d'autres temps, mais il y en a, et c'est pour le Creur de Jésus une peine profonde, un chagrin d'autant plus amer, qu'il avait lui-même témoigné plus d'amour à ses disciples ingrate, et que presque toujours ces âmes résistent à
toutes ses grâces et s'obstinent à se perdre dan3 le plus affreux désespoir.
Eh bien ! c'est cette plaie secrète et intérieure du Cœur de Jésus qu'il faut considérer dans cei exercice; et vous vous efforcerez de consoler votre bon Maître, en réparant tant d'outrages, par la ferveur de la prière, au pied de son tabernacle, où vous le visiterez avec foi, et surtout par une sainte et fervente communion dans le courant de ce mois béni.
Vous verrez votre Dieu, comme il s'est montré à sa fidèle épouse, la vierge Marguerite-Marie, et, vous présentant la plaie sanglante de son divin Cœur, il vous dira cette parole qui doit briser le vôfre de douleur : Vulnerasti Cor meum... c'est vous qui avez blessé mon Cœur... vous qui deviez m'aimer!... — Vous l'entendrez, et ce doux reproche vous touchera, vous commencerez à aimer ce Dieu, et vous le prierez de vous blesser vous-même des traits de son amour.
Cor sesu, flagrans amore mei, Inflamma cor meum amore tut.
SEPTïfcME JOUR.