SYMBOLE DE SON AMOUB
Ignem veni mittere in te vrnm, et quid volo nisi ut accendutur?
Je suis venu porterie feu sur la terre, et que puis-je désirer, si ce n'est de le voir s'allumer partout?
(Loc. xn, 49.)
Ce qui frappe le plus quand on considère l'image du Sacré Cœur de Jésus, ce touchant symbole de son amour infini, c'est bien certainement la flamme qui le consume et qui l'environne ; on voit que cette flamme ne peut être contenue dans le Cœur même qui brûle; elle s'échappe par la blessure, autour de la croix, à travers les épines, sans y toucher cependant, comme nous l'avons déjà remarqué. Cette flamme mystérieuse l'enveloppe , le pénètre entièrement ; en un mot, c'est un Cœur brûlant , un
Cœur enflammé. Il faut môme regarder bien .attentivement pour remarquer la croix, Lu plaie et tous les autres attributs sur lesquels nous avons déjà médité.
Ce feu sacré qui consume le Cœur de Jésus, c'est l'amour et le zèle ; il est dévoré par cette flamme; il doii en souffrir, et nous pourrions lui attribuer cette parole de l'Évangile, quoique dite dans un autre sens : Crucior in hac flamma (Luc. xvi, 24), au milieu de ces flammes je souffre. Il n'a donc qu'un seul désir, c'est de communiquer l'incendie, de voir prendre ce feu d'amour par toute la terre, et gagner enfin nos cœurs, h/nem veni mittere in terram, e{. quid volo )iisi ut accendatur? ^
Nous consacrerons les exercices des deux derniers jours de la première neuvaine à la méditation d'un si beau sujet. Aujourd'hui l'amour de Jésus, demain le zèle des âmes.
V L'amour, c'est la fin de la dévotion au Sacré Cœur. Jésus l'a révélé lui-même à la Bienheureuse Marguerite-Marie, à sa fidèle épouse ; i'. se plaint à elle de l'ingratitude des hommes; il se plaint de n'être pas aimé; il demande qu'on l'aime , il demande qu'on le fasse connaître et aimer... C'est la promulgation nouvelle, et comme une dernière et admirable
interprétation de la grande loi et de -on premiei précepte : Dilif/es. Loi si glorieuse pour non. précepte bien humiliant aussi; car, si le Seigneur, en nous faisant ce commandement sacré, nous prouve combien il tient à l'affection de notre cœur, il nous montre en même temps combien il se défie de notre ingratitude et de notre inconstance. Hélas 1 et ce grand Dieu ne s'est pas trompé; puisque, malgré le précepte formel d'amour, etl'anathème porté contre ceux qui ne l'aimeraient pas, il y a encore tant d'âmes séduites par les vanités du monde, tant de cœurs brûlés par d'autres flammes, et entraînés par un autre poids, pour me servir de cette belle expression de saint Augustin. Amor meus, pondus meum.
Nous allons d'abord,(en quelques paroles^interpréter le 'texte de la loi d'amour, et puis nous interrogerons notre cœur, pour voir si nous aimons vraiment ce Dieu qui nous a tant aimés : Quiprior dilexit nos. (I Joan. iv, 10.)
I. Commençons par résumer en deux mots les enseignements de la foi sur ce point. Tout est renfermé dans l'acte même de charité, si on le comprend bien... Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, etc.. Vous y voyez le terme ou
LES FLAMMES DU COEUR Dti JÉSUS. 85
V objet de ce sentiment, de voire affection, c'est Dieu; le motif ou la raison de votre amour, ce sont ses perfections infinies, sa bonté surtout. ses bienfaits; la mesure enfin ou la règle de cet amour, c'est par-dessus tout, de tout votre cœur, de toutes vos forces... car il ne peut y avoir de limites dans l'amour d'un Dieu, dit saint Bernard '4Modus amandiDeum est amare sine modo. Or, de tous les actes de religion, l'amour est le plus grand, le plus nécessaire, le plus essentiel et le plus divin. Sans cette charité, on n'est rien, Nihil sum; tout serait inutile, Nihû prodest, tandis qu'un seul acte d'amour parfait peut justifier l'âme la plus coupable aux yeux du Seigneur, qui aime ceux dont il est aimé. La charité non-seulement purifie les cœurs, mais elle les enrichit de grâces, et transforme l'âme Qdèle (j d'elle unit parfaitement à son Dieu, puisqu'il habitera réellement et substantiellement en elle, comme dans son temple. D'ailleurs, c'est là un des effets les plus sûrs de l'amour, de transformer l'homme en ce qu'il aime; s'il aime la terre, dit saint Augustin, il n'est plu^ que de la terre. Terram amas, terra es,... mais s'il aime Dieu... Eh bien! oui, je le dirai, il est Dieu. Deum amas? quid dicam? Deas esl
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Mais qui pourra dire les délices dont l'amour divin remplit les cœurs ?... Il faudrait [tour le comprendre avoir brûlé de ce teu. Douh z-rnoi, dit saint Augustin, un cœur qui aime, et il comprendra. Demandez-le donc à quelques-unes de ces âmes ardentes et qui ont brûlé de ces flammes. Il a suffi d'une étineelle tombée du Cœur de Jésus pour les consumer dans d'ineffables délices et de mystérieuses douleurs; car ce feu d'amour, qui ne brûle pas la croix ni les épines du Cœur de Jésus, ne pouvait non plus consumer ni sécher leurs larmes. Aimer et souffrir, c'était leur vie, leur bonheur , leur martyre. Demandez plutôt à sainte Thérèse de Jésus, à Madeleine de Pazzi , à saint François-Xavier, h Stanislas ; ils brûlaient d'amour. Demandez surtout à notre Bienheureuse et chère sœur Marguerite-Marie; quelles larmes dans les plus doux transports! quel bonheur dans les souffrances, et quelles croix aussi dans les flammes : quelle vie dans la mort ! C'était le ciel sur la terre, expression simple et commune, mais qui seule peut rendre toute la vérité de ces contradictions apparentes. Tous, comme le Prophète, auraient pu dire : Factus est in corde meo ignis exxstuans , et defeci ferre non sustinens. (Jér.xx, 9.) Il y a dans mon cœur un feu brûlant, et j.
me meurs, ne pouvant plus en supporter les douces ardeurs.
Et maintenant, si, pour allumer cette flamme dans les cœurs, nous voulions rappeler quelques motifs du divin amour, ce sujet n'aurait plus de bornes, puisque ce sont les perfections infinies de Dieu, et les bienfaits sans nombre dont il nous a comblés. Qu'il nous suffise donc de citer ici quelques paroles touchantes, tombées du cœur de ceux qui ont aimé ; nous tâcherons de les comprendre en les méditant, et nous finirons par les goûter et les sentir, en les répétant avec humilité.
« 0 Jésus, Jésus, s'écrie saint Bernard, ditesce moi donc qui vous êtes, et ce que vous avez « fait pour nous... et comment vous avez pu « nous commander de vous aimer!... Mon doux, a mon aimable Jésus, si bon pour l'âme qui « vous cherche, qui vous trouve, qui vous posu sèdeî... Daignez un peu me laisser parler à (.- votre Cœur... Il est vrai, je ne suis qu'un « pauvre pécheur, mais votre bonté me donne (; la confiance de vous parler, votre amour m'y « engage, et votre tendresse m'y invite. Vous « avez dit à vos apôtres, et à nous par consé- « quent : Demeurez en moi, et moi en vous;... « je vous en conjure, mon bon Jésus, mon bien-
u aimé et très-cher Jésus, dites-moi donc quel!» (f est la raison, la cause de tant d'amour!... « Pourquoi nous ordonner de vous aimer et de « demeurer dans votre amour? dites-le, afin « que ceux qui ne vous aiment pas l'entendent « et commencent à vous aimer, et afin que ceux « qui déjà vous aiment brûlent encore pour a vous d\m plus grand amour. ..Quand je pe.iM: « à ce que vous avez fait pour moi, et à ce que « j'ai fait pour vous, mon cœur se brise; j< ' tremble, je me trouble, la douleur m'accable. . . « Votre croix me dit ce que vous avez fait... et « comment vous êtes mon pour moi!... Ah! (c voilà pourquoi j'ai confiance en vous, pour- <( quoi je vous aime et je vous chéris de tout mon « cœur. »
Il faudrait vraiment traduire des pages entières de ce discours sublime, qui finit par ces paroles admirables et qui vont nous conduire tout naturellement à la seconde partie de la méditation : « L'amour de Jésus, dit-il, est plein de « douceur et de charmes... Il ne tourmente pas « le cœur, mais il le remplit de délices ; il ne :< l'affaiblit pas, il le fortifie; il lui fait mépriser « toutes les choses de la terre, et ne lui laisse m plus de désirs que pour le ciel. Il n'a d'attraits « que pour la loi de son Dieu, et il se montre
« toujours fidèle dans l'accomplissement de ses « préceptes sacrés, » etc., etc.
II. Que pourriez-vous répondre, (mon cher lecteur,\à Jésus-Christ, si ce bon maître vous disait comme à son disciple :Amas me? M'aimezvous?... Que pourri^/ - vous lui répodre?... Examinez, interrogez votre cœur, et jugez-vous vous-même. Il y a des règles certaines sur lesquelles vous devez porter tout d'abord votre attention ; car c'est d'après ces principes que la réponse à cette question doit se décider.
Quand on aime quelqu'un, on évite avec soin tout ce qui pourrait lui faire de la peine ou blesser son cœur : on fait, au contraire, avec empressement et bonheur tout ce qui peut lui faire plaisir, tout ce qui lui est agréable ; on a, en un mot, les mêmes sympathies, les mêmes antipathies. Parlons encore plus simplement, si c'est possible : quand on aime, on se trouve bien ensemble, on se voit volontiers, on se communique ses pensées; on voudrait, pouvoir se dévouer, se sacrifier et souffrir enfin pour un ami. Voilà pourquoi Jésus, qui a tant aimé les hommes, est di scendu des cieux, et a voulu mourir sur une croix II a aimé infiniment, infinem dilexit.
Et vous, l'aimez-vous donc?... — vous qui
t ne craignez pas de le blesser, de Foffensi r,%de lui donner même la mort dans TOtTC cœui vez-vous dire que vous l'aimez, vous qui commettez si souvent, si facilement le péché^aortel, cause de sa mort sur la eroixî — Et vous qui commettez tant de péchés véniels dont vous avez si peu de douleur, pouvez-vous dire que vous l'aimez, quand vous déchirez son Cœur avec les épines meurtrières de sa couronne? — Et vous, qui vous ennuyez tant auprès de lui, qui ne venez que si rarement le voir dans sa \naison,\et qui ne lui parlez qu'avec une sorte de dégoût, ou qui ne savez même rien lui dire, rien lui confier dans le secret de la prière, pouvez-vous dire que vous l'aimez? — Et vous, qui ne cessez de le contrister en résistant à sa grâce, aux plus intimes sollicitations de sa tendresse; vous qui lui refusez les plus petits sacrifices, qui ne pouvez jamais rien souffrir pour lui prouver que vous pensez à lui et que vous voulez lui plaire, pourriez-vous dire que vous l'aimez? Son Cœur porte une croix, et vous avez horreur de la croix! il est couronné d'épines, et voue avez peur de la plus petite peine ! il est blessé, il saigne, et vous ae voulez rien voir, rien entendre, rien faire qui vous coûte, qui vous contrarie ou vous gêne!... comment pourriez-vous
dire que vous l'aimez? Non, vous ne l'aimez pas, et votre cœur, qui n'a ni croix ni épines, n'a pas non plus de flammes; il ne ressemble pas à celui de Jésus. . . Vous ne vous entendez pas. Oh ! qu'il y a peu d'âmes généreuses! peu de cœurs vraiment à Dieu et tout à Jésus ! Qu'il y en a peu qui aiment l'Amour! Amor non amatur, s'écrie saint Augustin. C'est pour nous engager à réparer cette indifférence et ces ingratitudes que Jésus-Christ nous donne son Cœur ; contemplez-le, entendez encore ses paroles si douces, et que nous devons méditer sans cesse : Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes. Ket, afin de le consoler, vous ferez aujourd'huj/un sacrifice de plus, et vous réciterez cet acte^ie charité parfaite qu'on attribue à saint France is-Xavier :
O Deus, ego amo te, Nec amo te ut salves me,
Aut quia non amantes te
jEterno punies igné :
Tu, tu, mi Jean, totum me
Amplexus es in Gruce ; Tulisti clavos, lanceam,
Multamque ignominiam, Immensos riobres, Sudoies et augure»!
0 mon Dieu, je vous aime,
je vous aime, non pour que vous me sauviez,
Ni parce que vous condamnerez au feu éternel
Ceux qui ne vous aiment pas.
U mon Jésus, vous m'avez embrassé
Avec amour sur la Croix :
Vous avez souffert les clous, la lance
Et mille outrages,
M il h' tortures,
La sueur <le sang, les angoisses
Aomortemet hnncpropter me,
Ac pro me peccatore.
Cur IgitOT non -irnern te,
0 Jesu amantissirne?...
Non ut in Cœlo salves me,
Aut ne aeternum damnes me, Nec praemii ullius spe;
Sed, sicuttu amasti me,
Sic amo et amabo te,
Solum quia Rex meus es,
Et sotom quia Deus es.
Amen.
Ki 1.1 mori même poui
pour i r i o i f pauvre péi
mment m aime-
rais-je p O trés-aimable J
Ah ! ce ii • poui nfiri
au Ciel, Ni pour éviter l'enfer, Ni par l'espérance d'aucun
bien ; Mais, comme vous m'avei
aimé, Ainsi je vous aime, et je
aimerai toujours, Uniquement parce que vous
êtes mon maître, Et seulement parce que vous
êtes Dieu.
Ainsi soit-il.
LES FLAMMES DU CŒUR DE JfôUS.
2° SYMBOLK DU IÈLI.
Zeitu dotmu tuœ comedit me.
Le zi;lo de votre maison me (i^ vore.
(Ps. lxviii, io.)
Nous avons dit que la flamme qui environne et consume le Cœur de Jésus ne figurait pas seulement son amour pour nous, mais l'ardeur de son zèle pour la gloire de Dieu son père, et pour notre salut. Le zèle est en effet la plus pure flamme de la charité, et, quand le feu d'amour est dans une âme, il faut qu'il éclate au dehors «'t. prenne partout; elle ne saurait contenir l'incendie qui la dévore, la flamme en jaillit bientôt avec force, et le feu va se communiquer à tout ce qui l'environne. Je suppose qu'une étincelle tombe en ce jour du Cœur de Jésus dans votre cœur; il sera brûle, mais aussitôt il voudra pro-