‹ Mois du Sacre-CœurChapitre 19 sur 108 · NEUVIÈME 101 H · texte numérisé non relu

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pager partout cet incendie et faire de nouvelles

et heureuses victimes de la charité.

C'est, dans Tordre des voies surnaturelle*, une loi admirable dont souvent les prêtres sont appelés à constater l'action merveilleuse : ufi nouveau converti devient aussitôt un apôl il voudrait donner à tous son bonheur, et répandre dans tous les cœurs le feu qui le consume; mais c'est comme pour le feu naturel, il attaque d'abord ce qui est plus près de lui, qu'il peut atteindre, et encore dans des proportions très-diverses, selon que les éléments qu'il touche sont plus ou moins inflammables. La pierre dure ne prend pas comme le bois... Ainsi quelquefois, au sein d'une même famille, il y a des cœurs qui résistent bien longtemps encore à l'action du zèle le plus pur et le plus ardent, quand déjà bien des âmes ont senti ce feu sacré, et se sont laissé gagner à l'amour de Dieu.

Nous allons méditer un instant sur la nature du zèle, sur l'excellence de cette vertu; et puis, nous tâcherons d'allumer ce feu sacré dans notre cœur, pour le répandre au loin dans les âmes.

L Le zèle est très-certainement la plus grande de toutes les vertus, puisque c'est la flamme même de la charité, c'est-à-dire ce qu'elle a de

plus pur, de plus divin. Dieu aime les âmes qu'il a créées à son image, Jésus-Christ aime les âmes qu'il a rachetées au prix de son sang. Sauver les âmes, c'est le désir de ce grand Dieu ; c'est le travail incessant des trois personnes adorables; et aider en quelque sorte Dieu dans ce travail, coopérer à son action pour le salut d'une âme, soit par la prière, soit par la parole, soit par l'exemple, soit par le sacrifice, de quelque manière enfin que ce puisse être, c'est, dit un saint docteur, de toutes les œuvres divines, la plus divine, la plus parfaite : Omnium divinorum divinissimum estcooperari Deo in salutem animarum. Aussi, les plus magnifiques récompenses ontelles été promises, assurées, je ne dis pas seulement aux apôtres, qui sont des conquérants d'âmes et qui en sauvent par milliers; je ne dis pas seulement aux prêtres, qui les nourrissent et les dirigent dans les voies du salut, mais à tout homme, quel qu'il soit, qui aura le bonheur de ramener un pécheur et de le convertir; car il est écrit qu'il sauvera son âme, et qu'i! assurera son salut : Salvabit animam. Et vous remarquerez avec joie cette heureuse amphibologie du texte sacré, je veux dire le double sens de la phrase apostolique : le Saint-Esprit voulant nous révéler que cet homme sauvera deux âmes :

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celledeson frère qu'il Vient de convertir, sans doute, mais La sienne aussi assurément, car tons ses péchés seront couverts, effacés par cet acte

de charité : Qui converti fecerit peccatorem ah errorevitxsiœ, salvabit ammam ejus a morte, et operietmultitudmempeccatorum.Q 20.)

Ne vous étonnez pas de cette interprétation d'une promesse, déjà si touchante et si magnifique, mais plutôt reconnaissez La justice de Dieu

unie à sou infinie bonté. Car, si le ciel est promis à la chanté ordinaire, aux œuvres de mi ricorde corporelle, ne convenait-il pas de réserver encore une pins belle récompense au zèle et à ses œuvres, toutes de miséricorde spirituelle? Un jour, Jésus-Christ dira à ceux qui auront eu pitié de ses pauvres, et qui leur auront donné du pain : « Venez, enfants bénis de mon Père, « venez, car j'ai eu faim et vous m'avez doi « à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à « boire, etc.. Venez dans la gloire. » Vous le voyez, c'est la parole d'un Dieu juste, et fidèle d'un Dieu bon surtout et reconnaissant; il n'oubliera rien de ce qu'on aura fait pour lui, pas même un verre d'eau !...

Mais quelle différence dans les œuvres du zèle! il s'agit là d'une faim bien amtrement horrible que celle qui dévore les corps, et d'une soif bien

autrement brûlante que celle qui consume les entrailles!... Vous avez nourri une âme delà vérité, vous avez apaisé cette soif cruelle des passions, ei rafraîchi un cœur sec et aride, ou brûlé par le feu de la volupté. .. Ah! la pauvreté, la misère des âmes est mille fois plus triste, et en sauver une, la .-au ver de la mort, de la mort éternelle, méritait assurément de la part de Dieu une récompense plus grande!... Si vous faites l'aumône, vous sauverez une âme, la vôtre, car la charité couvre les iniquités de la vie, et ne permet pas que Ton entre dans les ténèbres : Elecmosyna non patietur animant ire in tenebras (Tob. iv, 11); mais si vous avez du zèle, si vous Cuites revenir votre lVére de son péché, et si vous le convertissez à Dieu, vous en sauverez deux, la sienne d'abord, que vous avez ramenée dans la voie de la justice, et puis la vôtre, que Jésus-Christ même couronnera dans la gloire, en vous appelant un jour à juger les vivants et les morts avec lui.

Travaillez donc avec ardeur au salut de vos frères, et quelque faible et inconstant que vous soyez encore vous-même, quelque misé) aide cl criminel que vous puissiez être, tâchez de faire du bien, de sauver une âme, et vous ne pourrez perdre la vôtre, car Dieu vous aimera ; oui, fus-

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siez-vous tout couvert dû U boue du péché, il ne pourra s'empêcher de vous aimer. Voyez un chasseur, dit le vénérable P. Lancmim; il aime et caresse un chien fidèle et plein d'ardeur, qui, tout ruisselant de sueur, ou couvert de la lange des marais, revient et laisse tomber à ses pieds une belle pièce de gibier, qu'il n'aurait jamais eue sans lui... 11 y a des saints à qui on a donné ce beau titre de Venator animarum, chasseur d'âmes ; il y a aussi des pécheurs qui 1 ont mérité. Eh bien! qui que vous soyez, travaillez à donner cette joie au Cœur de Jésus, et à tous les anges du ciel; sauvez des âmes, et vous sauverez la vôtre : vous serez aimé de Dieu.

II. Après ces considérations, vous vous examinerez et vous verrez si vous avez une étincelle de ce feu sacré, si votre cœur brûle de cette flamme que Jésus voudrait jeter sur la terre. Il vous demande encore lui-même si vous l'aimez: Amas me? et dans le cas où vous pourriez répondre que vous l'aimez véritablement, il vous dira aussitôt, comme à Pierre, de lui gagner, de lui sauver des âmes : Pasce agnos, pasce oves!

Et d'abord avez-vous le sentiment du zèle? Nous verrons ensuite pour l'action ou la vie de cette vertu.

Le sentiment du zèle, ou le désir du bien, et, pour parler la langue sainte des Ecritures, la soif des âmes, serait déjà le signe certain que vous avez ce feu sacré. Or, nous avons dit qu'il ne peut brûler dans un cœur, sans briller, sans éclater au dehors. ïl commencerait par la prière : l'apostolat de la prière est une grande puissance dans l'Église, et le zèle vous porterait à faire incessamment cette douce violence à Dieu, au Cœur de Jésus surtout, qui aime tant les âmes. Aussi, voyez comme tous ceux qui ont aimé ce Dieu Sauveur s'efforçaient par leurs prières et par leurs larmes d'attirer la miséricorde sur la terre et d'obtenir la conversion des pauvres pécheurs.

Sainte Thérèse ne cessait de prier pour eux; elle demandait toujours des âmes à Jésus-Christ, et nous lisons dans sa vie qu'un jour, où elle priait avec plus d'ardeur, elle jeta un cri si puissant, un soupir si brûlant du fond de son cœur que le céleste époux en fut touché et lui révéla que, par cette prière, elle venait de sauver six mille âmes, qui lui devraient leur salut, et quelle verrait un jour dans les cieux!

Saint François-Xavier, jour et nuit, priait pour les infiâèles et pour les pécheurs : et qui pourrait dire le nombre d'âmes qu'il a sauvées?

f BIBLIOTHECA ^ — Ottaviensïs

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Ah! qu'elle est belle, la prière qu'il faisait à Jésus-Christ! quel *èle, quel feu elle supjx

dans ce noble cœur d'apôtre, et que le Cœur oe Jésus devait être sensible à ces doux et tendi • B reproches de son fidèle serviteur, quand il lui disait : « C'est une honte pour vous, 6 mon « Dieu, qu'il y en ait tant qui se perdent, apte tout ce que vous avez fait pour les sauver. . . tt Donnez-moi donc des âmes!... » Et il en voulait encore, même en mourant; il aurait mieux aimé combattre et souffrir pour elles sur 1a terre que d'aller au ciel : Da mihi animas!

Et cette aimable sainte, cette vierge si pure de la Visitation, l'épouse du Cœur de Jésus, notre chère sœur Marguerite-Marie, quelles prières aussi elle faisait à son Dieu pour le salut des âmes! et combien en a-t-elle sauvé l On peut dire qu'elle ne pensait qu'à cela, qu'elle ae priait, qu'elle ne souffrait que pour cela : Da mihi animas!

Aussi bien, le vrai zèle, la soif des âmes ne peut se contenter de la prière et du désir. Puisque c'est l'amour, il faut qu'il agisse, il faut qu'il souffre surtout. L'action du zèle est puissante, ses souffrances sont toujours fécondes. Quelles sont donc ses œuvres? la parole d'abord, les sages conseils qui détournent les âmes du

mal, ou qui les portent à la vertu, et puis surtout les exemples de la vie chrétienne, qui attirent et entraînent dans le chemin de la vertu. Il y a là une force à laquelle il est rare que Ton résiste toujours, principalement quand le» exemples viennent de la part de ceux qu'on aime.

Mais l'œuvre par excellence du zèle, son action la plus pénétrante et toujours victorieuse, c'est le sacrifice. Vous n'avez qu'à souffrir pour une âme, vous êtes sûr de la sauver. N'est-ce pas par la croix et par le sang que Jésus-Christ est devenu le Sauveur des hommes? et dans son Église, y a-t-il un seul apôtre qui n'ait souffert, qui ne soit mort pour les âmes? Priez donc, souffrez pour elles, et Dieu vous en donnera. v

Avant de terminer, il est peut-être nécessaire de recommander la prudence au pieux lecteur. Il est bien important (en effet) que la parole du zèle soit discrète, et son action sage et réservée. Saint Bernard a indiqué en trois mots les qualités de cette vertu, pour qu'elle soit efficace : que votre zèle, dit-il, soit plein d'ardeur : Sit fervidus, mais sage et prudent, Sit circumspectus, enfin qu'il soit constant ou persévérant; Sit cousions. Voyez et imitez Dieu même : quelle patience! quel calme! et cependant, quels désirs ! quel amour ! quel zèle des âmes!... Parlez-

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lui, bien plus qu'aux hommes; évitez toujours rempressementnaturel, les désirs impatiente,

le trouble et les découragements. Dieu v< donnera un jour cette âme que vous lui demandez, et pour laquelle vous souffrez tant ! Ayez confiance.

1 Vous finirez cet exercice; par une prière ardente au Cœur Sacré de Jésus, è\ vous lui demanderez beaucoup d'âmes. Plus vous lui en demanderez, plus vous en obtiendrez. Priez-le par la croix, par les épines, par la plaie, par le sang et par la flamme surtout de sou divin Cœur ï Et quels pécheurs pourraient résister à ces traits d'amour, à la violence du feu qui le consume? In conspectu ardorisejus quispoterit sustinere? (Eccl. xl, 3.) Adressez-lui la prière de Xavier pour la conversion des infidèles, et poussez du fond de votre âme un soupir brûlant comme Thérèse de Jésus : La mihi anv masl des âmes, ô mon Dieu, donnez-moi des âmes; Csetera toile tibi : et gardez tout le

reste. (Gen. xiv, 21.)

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