LU3 REGARDS DU CŒUR DE JÉSUS 4C
II. Mais hâiuns-nous de venir aux regards de Jésus spécialement rapportés dans le saint Evangile, et avec une intention particulière de l'Esprit-Saint* il nous sera facile de voir que ces regards étaient inspirés, dirigés par son divin Cœur, et que des grâces d'amour et de miséricorde descendaient en même temps sur lésâmes, de ce Cœur adorable et de ces yeux pleins de bonté. On peut dire que ce fut presque toujours un mouvement de pitié ou un sentimenUle tendresse, qui animait le regard du divin Maître. Nous allons pourtant essayer de distinguer les caractères et les nuances de ces principaux sentiments.
1° Et d'abord nous remarquerons le regard d'appel, qui prévient les âmes. L'Evangile en mentionne deux bien remarquables. Jésus passe auprès d'un homme assis à son comptoir , un homme de finance, le publicain Lévi ; Vidit hominem ad telonium (Luc. v, 27), il laisse tomber sur lui un regard, et lui dit : Suivez-moi, Sequere me (Luc. v, 27)... Mais quel regard ! un regard profond, vainqueur d'amour : et cet homme touché, ravi, entraîné, se lève aussitôt et le suit; c'est l'apôtre saint Matthieu. Il a répondu à son maître, il a reconnu son Dieu ! c'est un des plus grands saints du CieK
no DIXIÈME ioi:n.
Un autre regard d'appel encore plus tendre]
un regard du cœur, ce fut sur le jeune homme riche qui vint trouver Jésus, et Lui demander ce qu'il fallait faire pour avoir la vie étemelle. Le divin Maître lui rappela le texte de la loi. Je l'ai toujours fait, répliqua le jeune homme; alors Jésus lui dit une parole plus secrète du ciel... Allez, vendez tout ce que vous avez et suivezmoi... Et à ces mots, ce malheureux enfant, qui était riche, hésite, recule, se retire... malgré le regard plein d'amour que laissait tomber sur lui le doux Jésus : Intitus eum, dilexit eum. (Marc, x, 21.) Il a résisté, il a fermé son cœur. Et qui pourra jamais dire ce qu'il serait devenu , s'il mit été fidèle? Peut-être, avec Jean, il aurait été le disciple chéri de Jésus, il aurait eu tous les secrets d'un Cœur dont il avait déjà gagné les plus douces sympathies. V
Oh! si Jésus vous appelle, mon cher lecteur, s'il vous regarde un jour, répondez-lui, suivezle; il a les paroles de la vie éternelle; et à qui donc pourriez-vous aller, si vous ne vous attachez pas à votre Dieu Sauveur?
v 2° Le regard de désir, de douleur, et de compassion : c'est sur la ville de Jérusalem ; Videns civitatem, flevit. (Luc. xix, 41.) Jésus en approchant de cette cité, et la regardant, pleura. Quels
désirs et quels regrets dans ce regard prolongé sur la perfide Sion !... Nous aurons demain l'occasion d'interpréter ses larmes, autre langage dû cœur, mais ce regard!... qui le comprendra?... Il y avait encore un amour immense, mais il n'y avait presque plus d'espoir, comme l'indique la parole qui l'accompagna : Quoties volai!... (Matth. xxiii, 37.) Combien de fois j'ai voulu!... Si du moins en ce jour!... et puis il fait entendre des menaces terribles qu'il ne prononce qu'à regret, comme le prouvent les larmes qui tombent de ses yeux toujours arrêtés sur les remparts de la cité malheureuse... Videns civitatem, flevit.
Vous ferez une application facile de ces textes à votre âme/N'est-ce pas avec larmes que Jésus la regarde? N'a-t-elle pas au:>si abusé de bien des grâces? N'est-ce pas peut-être une dernière \isite qu'il vous fait en ce moment? Ah'! puissiezvous ne pas résister à ses desseins de miséricorde V sur vous ! Ne vous exposez pas à lui faire(encore) verser des larmes; craignez les menaces de ce Dieu ; elles seraient d'autant plus terribles que ses miséricordes auraient été plus abondantes et son amour plus généreux. — 0 mon Dieu! Respice in me, Domine, et miserere. . . Regardez-moi, Seigneur, et ayez pitié de moi.
3° Un autre regard de Jésus et le plus touchant
Ml DIXIÈME lOUR.
de tous: c'est sur Pierre, son disciple infidèle... Conversus Dominus respexit Petrum ...(Luc.xxu, 61.) Rappelez-vous toute- les circonstances de cette chute vraiment étonnante, j'allais même dire invraisemblable, quand on réfléchit sur le caractère du chef des apôtres. Son bon Maître l'avait pourtant bien averti : Aujourd'hui même, avant que le coq ait chanté, tu me renieras. . . et Pierre, si attaché à Jésus, si intrépide, que seul il avait voulu le défendre, au jardin deGethsémani, contre toute une armée de soldats et de bourreaux, Pierre, trois fois, à la voix d'une petite servante, dit et jure qu'il ne le connaît pas : Non nom; et c'est dans ce moment de la troisième apostasie que Jésus, en passant, se tourne du côté de ce lâche disciple et le regarde : Respexit.
Voyons, si vous connaissez déjà un peu le Cœur de Jésus, et dites-moi, comment pensez-vous qu'il le regarda?... Est-ce avec indignation ? avec un air de reproche? comme pour lui dire : Ingrat ! je te l'avais bien prédit, que tu me renierais!... Ah! vous ne le connaîtriez pas!... Non, ce fut avec un sentiment de pitié, d'amour, de miséricorde. Il y avait sans doute des larmes dans les yeux de ce bon Maître, comme pour lui dire : Pauvre ami, tu ne me connais pas !.. Ah! je te connaisbien, moi, et je t'aime, je te pardonne !
Et c'est ce regard si tendre et si compatissant, qui a touché et converti à l'instant ce malheureux apôtre. Il a commencé à pleurer sa faute, et il n'a jamais cessé de la pleurer jusqu'à la mort.
Ah 1 qui pourrait jamais résister à ce regard vainqueur d'amour?. . . Hélas ! un autre disciple, le même jour, quelques heures auparavant, avait eu le malheur de le faire. Judas a fermé son cœur à ce même regard que Jésus laissa tomber sur lui, au moment de sa trahison, et en lui donnant le nom d'ami. Le traître Judas a détourné les yeux pour ne pas voir, il a fermé les oreilles pour ne pas entendre, et, ce jour-là même, il a précipité son âme dans les abîmes de la mort éternelle.
En méditant sur tous ces contrastes, vous penserez, en tremblant, à l'abus de la grâce, et vous demanderez à Jésus-Christ la conversion de votre âme, et la persévérance dans son amour. Vous aurez soin de faire aujourd'hui une visite à votre Sa iveur,vdans une de ses églises, et, de préférence, dans une église solitaire, et, vous tenant humblement sur le seuil de la porte,vvous le prierez d'aoaisser sur vous un des regards les plus tendres et les plus compatissants de son Cœur, et de parler en même temps au vôtre. Vous écouterez alors sa parole et vous lui répon-
m DIXIÈME JOUR.
drez. Vous lui donner» tout ce qu'il vousdemandera. . Vous ferez tout ce qu'il von- dira. Peut-être vous parlera-t-il (tomme à sa fidèle
épouse,laBienheureuseMarguerite-Marie : Voici
ce cœur qui a tant aimé les hommes, qui vous a tant aimé, vous, et qui ne reçoit de la plupart, et qui si souvent n'a reçu de vous que de- ingratitudes!:.. Et, pour le consoler, vous ferez à ses pieds un acte d'amour et un acte de réparation, une amende honorable avec toute la ferveur dont vous serez capable.
Ah! quels devaient être les regards de Jésus sur Marguerite-Marie, quand il prononça ces mots : Voici ce Cœur!... Non, jamais il n'y aura personne, sur la terre, jamais un artiste capable de rendre tout ce que vous allez imagii ner de douleur, d'amour, de miséricorde, si vous méditez un instant cette pensée, si vous contemplez, dans le silence de l'âme, cette douce image de Jésus laissant tomber sur sa fidèle épouse la flamme de son regard, et la plainte de son Cœur.
Et lacrymatus est Jésus.
Et Jésus versa des larmes.
(Joan. ix, 35.)
Les larmes, d'après saint Augustin, sont comme le sang du cœur. C'est au moins son plu? expressif langage, et quelquefois il éprouve des émotions si vives qu'il lui serait impossible de parler autrement que par des pleurs. Quand le cœur de l'homme est oppressé par la douleur, ou brisé par un cruel chagrin, ce sang coule avec abondance, mais il change de couleur et de nom en passant par le canal des yeux : ce sont des larmes ; nous disons même alors, et avec raison, des larmes de sang. Quand le cœur de l'homme est trop plein de joie, il arrive aussi que, ne pouvant plus contenir ses transports, il éclate et il jette des pleurs en abondance; mais la source de ces dernières larmes, des larmes de bonheur, tarit ordinairement bien plus vite sur la terre.
Nous allons méditer sur les larmes de Jésus,! car on a vu couler plusieurs fois ce pré-
cieux de son Cœur; et nous suivrons le môme plan que dans la méditation précédente : I. Quel- ^ ques mots sur les larmes présumées, ou dont l'Évangile n'a pas parlé positivement, et IL Sur les larmes qu'il a réellement répandues, et dont les saintes Écritures ont lait une mention expresse.
I. Et d'abord, il y a eu dans la vie de Jésus- Christ plus d'une circonstance, où ce Dieu- Homme n'aura pu retenir ses larmes ; nous ne saurions en douter, sans accuser en quelques sorte d'insensibilité le Gœurv de ce bon Maître. — Ainsi, certainement que dans la crèche , le petit enfant Jésus a dû verser des larmes. Tout enfant pleure en entrant en ce monde, et ici il y avait tant de raisons pour pleurer! L'homme de douleurs se montrait déjà dans l'enfant si pauvre de l'étable , et qui n'avait pas même trouvé une place dens les hôtelleries de Bethléem.
Pendant les années de son exil, en Egypte, qui pourrait croire que cet enfant n'ait pas répandu des larmes, quand il voyait sa douce mère et Joseph dans la peine?
LES LARMES DU UJEUR DE JÊbUS. 111
Mnis c est surtout à la mort de saint Joseph, son père nourricier, que Jésus n'aura pu retenir ses larmes, au moment des adieux suprêmes et de l'agonie, quand il le bénissait, en lui montrant les cieux.
A la veille d'entrer dans la carrière de sa vie publique, lorsqu'il vint confier à Marie sa mère cette résolution définitive, et lui faire ses adieux, il est comme impossible que ce divin Sauveur n'ait pas mêlé ses larmes à celles de sa mère.
J'aime bien la pensée du pieux artiste, qui représente Jésus répandant des pleurs sur les pieds de Judas, immédiatement avant laCène. Ce divin Maître voulut laver les pieds de ses apôtres. Quand ce fut le tour de Judas, au lieu de verser de l'eau sur ses pieds, comme pour les autres, il les prit dans ses mains, et, inclinant la tête de manière à se couvrir le visage par ses longs cheveux , et pour cacher sa douleur , il les inonda de larmes brûlantes, dans l'espérance de toucher le cœur de ce perfide... Mais Judas resta saline, indifférent, insensible à cette dernière marque de tendresse ; sa dureté augmentait encore la tristesse de Jésus-Christ ; elle fit couler avec plus d'abondance ce sang précieux de son Cœur.
Nous avons dit qu'il y avait des larmes dans
les yeux de Jésus, quand il régarda Pierre qui venait de le renier; c'est ce qui a touché le cœur
de ce disciple infidèle, qui n'a pu s'empêcha de pleurer aussitôt.
Et quand Jésus, portant sa croix et montant au calvaire, rencontra Marie, sa mère désolée, quand, du haut de cette croix, il la vit debout sur la montagne, dans ce dernier regard de son Cœur, dans ce regard d'adieux, il dut y avoir encore bien des larmes... Et lacrymatus est Jésus. Vous le verrez bien, si vous voulez méditer 9 ces diverses circonstances de sa vie mortelle.
II. Mais il est temps d'entrer dans la seconde partie de cet exercice, et de parler des larmes que Jésus-Christ a réellement versées sur la terre. Tâchons de comprendre tout ce qu'il y a d'amour et de miséricorde dans ce sang précieux qui a coulé de son Cœur.
!• Ses larmes sur Jérusalem ; FLEVIT super illam. (Luc. xix, 41.) Rien de plus touchant que ce regard prolongé du Sauveur sur la cite infidèle, regard plein de douleur. Nous avons dit hier que ce regard avait d'abord une expression de désir ; mais, dans les pleurs, c'est l'amour etla pitié qui dominent. Lui-même, il interprète ces larmes, et révèle son amour immense, dans
le cri qui s'échappe de son cœur : Quotics valut J... Combien de fois j'ai vonlu!... Et noluistil... et toi, tu n'as pas voulu, tuas refusé!... Jérusalem j Jérusalem, quse occidis Prophetas... (Luc. xin, 34.) Jérusalem, Jérusalem, qui tues uns prophètes... ah! si tu savais!... si tu voulais encore 1.. Et après quelques moments d'un silence douloureux, Jésus fait entendre la parole de menace, et annonce la ruine prochaine de cette ville infidèle : Venientinte dies... (Luc. xix, 43), et en parlant ainsi, ses larmes coulaient toujours plus abondantes : F LE VIT super illam. Quelle bonté! quel Cœur!
Tous les saints Pères ont expliqué ce passage de l'Évangile, et interprété les larmes de Jésus dans le même sens ; ils disent que la cité perfide est l'image d'une âme ingrate, sur laquelle le Sauveur ne peut s'empêcher de pleurer, parce qu'il l'aime et voudrait la sauver.... Il l'appelle, il la presse, il la comble de grâces, ordinaires d'abord, puis spéciales et décisives enfin. Si elle a le malheur de résister, de résister encore, de résister toujours, il menace, il frappe.... et la ruine complète de Jérusalem est l'image vive des vengeances éternelles qui doivent fondre sur le pécheur impénitent et le perdre à jamais.
Pensez ici que Jésus a pleuré souvent sur votre
âme. .. Voyez-le, en ce moment même, verser des larmes sur vous, et laissez-vous toucher ; convertissez-vous et revenez à son amour.
2° Les larmes de Jésus sur la tombe de Lazare. Ici ce sont des larmes d'amour. L'Évangi le -même s'estattachéeànous faire remarquerce sentiment, qui domine dans tout le récit sacré et qui a surtout frappé les Juifs témoins de la résurrection ; ils sont plus touchés de la bonté du Cœur de Jésus, qu'étonnés de sa puissance, comme le prouve le cri qui sortit à !a fois de toutes les bouches; ils ne disent pas : Jésus est un Dieu, c'est le Messie... mais : Ecce quomodo atnabatï (Joan. xi, 36.) Ah! comme il aimait!., quelle bonté! quel amour! quel Cœur!., et non pas : quelle puissance ! quel miracle ! Es ont cru : Multi crediderunt in ewn (Ibid.); mais c'est l'amour surtout qui a triomphé de ce peuple ingrat et incrédule.
Même dans tout l'Évangile, si fécond en tableaux émouvants, il y a peu de sujets de contemplation aussi beaux que celui de Jésus versant des larmes sur le tombeau d'un ami. — Vous le verrez des yeux de la foi, et vous entrerez dans son Cœur, dont tous les sentiments vous seront révélés par ces pleurs et par les parole» que vous entendrez autour de vous, y
Puis, vous ferez une application facile de ce sujet à votre âme, sur laquelle sans doute, plus d'une fois, Jésus a pleuré aussi, et peut-être sans pouvoir la rappel&r à la vie. Il y en a tant de ces âmes mortes, insensibles aux larmes de leur Dieu, et qui résistent à la voix! Il les appelle : Ego sum resurrectio et vita. (Joan. xi, 25.) Je suis, dit-il, la résurrection et la vie; Lazare, levez-vous, et sortez de la corruption de cette tombe ; il crie avec force, par la voix du remords : Lazare, veni foras! (Ibid.) Et les pécheurs endurcis restent plongés d^ns leurs ténèbres. Priez donc Jésus avec ferveur, ô vous qui connaissez sa bonté et sa puissance ; parents, amis des morts, mères chrétiennes, sœurs vertueuses, comme Marthe et Marie, priez, et, touché de votre douleur, il viendra pleurer avec vous, et il fera ce miracle de la résurrection d'une âme ; ayez confiance : Resurget frater tuus!... il vivra! il sera sauvé! (Joan. xi, 23.) \/ 3° Les larmes de Jésus-Christ sur la croix, au moment de mourir. C'est l'apôtre saint Paul qui nous a révélé cette circonstance de la dernière agonie du Sauveur, au Calvaire. Rien, d'ailleurs, n'est plus conforme à la nature. En mourant, comme en naissant, presque tous les hommes ▼«•sent des larmes. Jésus, dit l'Apôtre, a poussé
l2j ONZIÈME JOUR.
un grand cri, et il a jeté des larmes en offrant le
sacrifice de sa fie : Cum clamore valida et lacrymis offercns. (Hebr. v, 7.) Ce déni er cri d'un Cœur expirant , ces dernières larmes, au moment où les yeux de Jésus allaient s'éteindre et se fermer dans la mort, devaient nécessairement avoir une force, une puissance divines. Ce cri a retenti dans tout le ciel; les Anges ont recueilli ces pleurs, et la terre même s'est émue, les rochers du Calvaire se sont brisés, les morts sont sortis de leur tombe, et les bourreaux attendris se sont frappé la poitrine, en descendant de la montagnes.
(Tous penserez ici que/, souvent, sur nos autels, un Dieu pleure encore et ne cesse de crier à l'heure du sacrifice auguste, qui n'est pas seulement une figure de la mort de Jésus-Christ au Calvaire, mais le renouvellement de ces mystères douloureux, et le même sacrifice, réellement et identiquement le même, puisque c'est la même victime et le même prêtre, Jésus-Christ notre Dieu, dit un saint Père : Idem offerens, eadem et hostia; oui, il pleure, il crie pour apaiser le Ciel ; il verse des larmes de sang sur les péchés du monde, et pour obtenir le pardon aux pauvres pécheurs. Parviendra-t-il(à toucher votre kmc) à convertir quelques-uns de ses bourreaux? oui,
ai vous priez avec lui, par lui et en lui, vous obtiendrez toutes ces grâces : Cum clamore vahdo et lacnjmis offerens.
Nous terminerons cette méditation par une remarque bien touchante : Jésus, qui a pleuré souvent sur la terre, ne pouvait voir personne pleurer. Son Cœur était si bon, si sensible, que la vue d'une larme le troublait, et jamais on n'en a versé devant lui, sans qu'il ne l'ait dit, et sans qu'il n'ait séché ces pleurs; il s'écriait aussitôt tout ému : Oh! ne pleurez pas!. Noli... Nolite flere.
Il Fa dit d'abord, en entrant dans la maison de Jaïr, où l'on pleurait à côté d'une jeune fille qui venait de mourir : Nolite flere (Luc. vin, 52), ne pleurez pas, et il rendit aussitôt la vie à l'enfant pour consoler son père, sa mère, tous ceux qui pleuraient enfin.
Une autre fois, à Naïm, il le dit aussi à cette pauvre veuve dont on conduisait le fils unique à la sépulture. Il a entendu de loin ses gémissements, il a vu sa douleur, et, touché de compassion, Misericordia motus, il lui dit ; Ne pleurez pas : Diœit Mi, noli flere (Luc. vu, 13); et, pour arrêter ses larmes, pour la consoler, il ressuscita l'enfant et le rendit à sa mère : Dédit illurn ma! ri suœ (Ibid.).
,iè ONZIÈME JOUR.
Mais, ce qu'il y a de plus beau encore, c'est qu'au jour de sa passion et de sa mort, sur le chemin même du Calvaire, ayant entendu quelques sanglots, ayant vu couler quelque- larn il en fut touché, et si ému qu'il dîtauxjeui tilles de Sion qui le suivaient : Nolite flere (Luc. xxm, 28) : Ne pleurez pas... C'est toujours le premier mouvement, le premier cri de son Cœur ; il ne peut voir pleurer personne, il ne veut pas même qu'on pleure sur ses souffrances ; et lui, il pleure, il a des larmes de compassion sur les douleurs de tout le monde. 0 bonté ineffable! ô Cœur infiniment dbux et aimable !
Vous demanderez à Jésus,(dans un colloque plein de ferveur^ la grâce de l'aimer, et le pardon de vos péchés, qui lui arrachaient des larmes au Calvaire. —Eh ! que ne pouvez-vous aussi lui exprimer votre amour et votre douleur par des larmes abondantes! C'est une grâce précieuse qu'il a bien voulu accorder quelquefois à ses saints et que vous pouvez lui demander aujourd'hui : Dolorem intensum et fletum abundantem. (Exerc.) Fac me vere tecum flere. (Litur.) Mon Dieu, donnez-moi une grande douleur de mes péchés, et l'abondance des larmes. Faites que je pleure avec vous, ô Vierge sainte, mère d'amour.