LES SOUPIRS OU LES CRIS DU CŒUR DE JÉSUS
Ex abundantia Cordis os loqu:tur.
La bouche parle de l'abondance du Cœur.
(Matth. xii, 34.)
S'il est vrai que le cœur se révèle par le regard et par les larmes, pe langage muet de l'âme; il n'est pas moins certain que c'est par la parole surtout que nous pouvons faire connaître nos pensées les plus secrètes et déclarer nos sentiments les plus intimes. Un seul mot souvent a suffi pour révéler un cœur; et il y a dans l'histoire du monde quelques-unes de ces paroles célèbres, qui ont retenti partout à la gloire ou à la honte de ceux qui les avaient prononcées. Mais ouvrez L'Évangile; là, c'est le Dieu de vérité et le Dieu d'amour qui parle, el dans un seul verset de ce Testament divin vous trouverez plus de lumière et de vertu que dans
426 DOUZIÈMK JOUR.
tous les livres de la philosophie antique et moderne. Jésus laissait parler son Cœur, et le charme infini ae ta parole de ce Dieu-Homme, du Verbe incarné, ravissait, enchaînail lesta à ce point que la foule suspendue à ses iè\ ne pouvait plus le quitter. On le suivait dans le désert, et, pour avoir le bonheur de l'entendre, on oubliait le repos et la nourriture nécessaires à la vie matérielle du corps-
11 nous serait impossible de citer toutes cebelles paroles sorties des lèvres de Jésus-Christ et inspirées par son Cœur; mais nous allons cependant consacrer plusieurs jours à cette étude, la plus dmice et la plus féconde dans le sujet que nous avons entrepris. Nous commencerons par les soupirs ou les cris de ce Cœur adorable; nous verrons ensuite ses discours, ses effusions, ses confidences plus intimes et même la révélation de ses secrets les plus
mystérieux.
Nous appelons soupirs ou cris du cœur, des mots vifs et pénétrants, des paroles rapides, ardentes qui s'échappent, comme un trait, des profondeurs de l'âme, et qui en découvrent toutes les tendresses et les dévouements, . . Nous ne citerons que bien peu de ces paroles, en suivant simplement l'ordre du temps.
LES CRIS OU SOUPIRS OU COEUR DE JÉSUS. |Sfl
I. Pax! la paix 1 Ce n'est pas, il est "vrai, Jésus enfant qui a prononcé ce mot en naissant, mai.^ les anges l'avaient pris dans son Cœur et le répétaient de &a part sur la montagne de Bethléem. La paix!... Jésus la promet et la donne en ce premier jour de sa. vie mortelle. C'est dans ses larmes que va être signé ce grand traité, qui réconcilie la terre au ciel; et toutes les conditions de cette alliance si désirée sont exprimées dans le chant sacré des Séraphins : Gloria in altissimis Deo, et in terra pax hominibus bon» vohtntatis : si vous donnez la gloire à Dieu, vous aurez la paix avec lui ; mais comment pourrexvous donner à Dieu cette gloire? Par la bonne volonté, par les saints désirs de votre cœur.
Pax! la paix ! Jésus nous la donna encore, avant de mourir : Pacem meam do vobis; il veu*. que ses disciples en entrant dans une maison y donnent la paix, Paxhuic domui. (Luc. x, 5.) Enfin, quand il sera sorti du tombeau, le premier mot qu'il dira à ses disciples, ce sera encore : la paix, Pax vobis; et à cette parole ils durent tous le ^connaître, car c'était le salut habituel qu'il adressait à ses amis. Cette parole suffisait pour révéler le Cœur d'un Dieu, qui seul pouvait sonder les abîmes de l'âme humaine et les combler par sa grâce et le d*n de sa paix i m mortelle.
II. Beati! \a second cri du Cœur do. 1 répondait peut-être encore mieux à toutes les
aspirations de nos âmes : Le bonheur] Tous le désirent, le demandent, le cherchent, l'espèrent; mais tous l'avaient désiré, demandé, cherché, espéré en vain; et Jésus, ouvrant pouf la première fois la bouche, le promet et le donne : Beati!... Quelle parole!... Mais à qui donc le bonheur?... A tous, et même aux plus malheureux, à tous ceux qui souffrent et qui pleurent : BeatipauperesJ... Beati qui lugent! Nous parlerons bientôt de ce discours célèbre delà montagne, et nous verrons que c'est une autre sorte de révélation du Cœur de Jésus,, que nous appellerons un entretien ou une effusion. Pour le moment, il n'est encore question pour nous que des soupirs ou des cris de ce divin Cœur, et nous disons que ce mot Beati est un des plus sublimes et des plus tendres, et que le Cœur d'un Dieu pouvait seul prononcer ce mot d'amour et de consolation, surtout avec l'explication qu'il en a donnée lui-même et par un simple regard vers le ciel. Beati!... quoniam ipsorum est regnum cœlorum... quoniam ipsi consolabuntur. (Matth. v, 35.) Un Dieu seul pouvait ainsi commencer sur la terre sa mission de paix et de miséricorde.