‹ Mois du Sacre-CœurChapitre 55 sur 108 · MYSTÈRES DE D0DJ.ED8S. — L'AGONIE · texte numérisé non relu

MYSTÈRES DE D0DJ.ED8S. — L'AGONIE

% ndit semetipsum pro nobis, ut nos redimeroA.

Il s'est donné lui-même pour no as racheter.

(Tit. n> 14.)

Se donner ou se dévouer, c'est le mouvement d'un cœur qui aime ; et plus on aime, plus on veut se dévouer et se donner. Le dévouement qui va jusqu'au sacrifice de la vie est le plus parfait, et l'amour qui va jusqu'à la mort est le plus fort: il ne peut pas y en avoir de plus grand, a dit Jésus-Christ lui-même, et c'est la mesure ou plu« tôt la perfection infinie de l'amour de son Cœur pour nous, In finern dilexit... Non-seulement il s'estdonné àl'homme dansle mystère de l'Eucharistie, mais le jour même de la Cène, pouv nous sauver, i'i a commencé à souffrir et à mourir.

Quand nous disons qu'il a commencé, assuré* ment, c'est une expression bien impropre, car,

dès le premier instant de sa vie mortelle, il avait déjà souffert pour nous; et, au témoignage de ses prophètes et du grand apôtre saint Paul, ce fut le premier et le plus ardent des vœux de son Cœur : « Jésus, entrant en ce monde, dit : 0 mon Père, vous ne voulez plus de sacrifices ni de victimes, mais vous m'avez donné un corps ; les obiations pour le péché avaient cessé de vous jilaire, et j'ai dit : Me voici... Il a été écrit à la première page du livresque je ferais votre volonté ; mon Dieu, je le veux, et cette loi est écrite au milieu même de mon Cœur. .. Tune dixi : E> ce venio . . . Deus meus, volui, et legem. tuam in medx < ■> Cor dis mei. » (Hebr. x, 7, 9, Ps. xxxrx, 8.)

Dans cette longue histoire des souffrances de Notre-Seigneur pour notre salut, nous n'ayons l'intention de nous arrêter que sur celles qui ont plus particulièrement affecté son Cœur,*©; nous commencerons par consacrer deux exercices à r agonie de ce divin Maître, au jardin des Oliviers.

v Voici l'heure des plus grandes amertumes et des plus cruelles douleurs pour ce Cœur adorable, et la vraie passion de son âme. C'est Jélui-même qui Ta ainsi livrée à quatre sorte> de tortures horribles : l'ennui , la peur, la tristesse et l'agonie. Dédit semelipsum pro nobis,,. Au

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jourd'hili nous iiiéditrronsCseulement wr les deux premières souffrances de ce divin Cœur au jardin de Gethséinani : l'ennui et la peur.

I. \J Ennui d'abord. — Un Dieu qui s'ennuie sur la terre! quelle parole!.... Cœpit txderc. L'ennui est une peine vague qui saisit l'âme el prend le cœur; ce obagrio peut devenir si profond dans une âme qui manque d'appui, et dans un cœur à la plainte duquel personne ne répond, qu'on irait facilement jusqu'au découragement

au dégoût même de la vie. On ne voit plus ni quand, ni comment, finira cette souffrance, et •abîme du désespoir est prêt à s'ouvrir. L'ennui, il faut le dire, est une faiblesse, une infirmité véritable, et le cœur de l'homme, sans le péché d'origine, n'aurait jamais connu cette épreuve. Jésus-Christ, s'étantfait semblable à nous, a voulu connaître toutes les misères de notre pauvre nature déchue ; et il a permis à l'ennui de pénétre" dans son Cœur, et d'envelopper pour ainsi dire toute son âme. Mais si l Homme-Dieu a pu souffrir ainsi, jamais le Dieu-Homme n'a pu se laisser abattre. C'est au jardin de Gethsémani seulement qu'il a connu cette peine, du moins on n'en voit pas la moindre trace dans sa vie, avant cette heure d'agonie,

Vous méditerez sur les causes et sur les effets de cette première douleur dans le Cœur de Jésus. Tout nous a été révélé par ses prophètes saints et par ce Dieu lui-même, qui a conâé ce secret à ses apôtres. Le délaissement, l'abandon absolu dans lequel il se trouvait en ce moment, aux premières heures de la nuit, et quand allait commencer pour lui une série de souffrances affreuses, telle a été la cause de cette peine cruelle, de cet ennui mortel.

Ce bon Maître avait compté, ce semble, sur le cœur fidèle de trois disciples ; il les avait amenés avec lui dans ce jardin ; il leur avait dit de l'attendre et de prier; il est venu trois fois pour se consoler auprès d'eux, pour se plaindre et leur confier les peines de son Cœur, mais il n'a pas pu en obtenir un seul mot; ils ne comprenaient pas, leurs yeux appesantis par le sommeil se refermaient aussitôt, et Jésus désolé, encore plus ennuyé, s'éloignait de nouveau, continuait sa prière et répandait des larmes de sang. J'ai cherché, dit-il ps>»* son prophète, j'ai cherché quelqu'un poui pleurer avec moi, et il n'y avait personne; j'ai regardé partout autour de moi, je n'ai pas vu un seul ami ; j'ai appelé, et personne n'a répondu à mes plainte.-. Qumsiviqui vie consolareturf et nor\ inverti... fPs, lxviu,

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21.) Ctrcumspexi, et non erat. (bai. i.xm, 5.) Il ne pouvait donc plus recourir qu'au ciel, puisque tout le inonde l'abandonnait sur la terre ; et c'est pourquoi il prie, il ne cesse de prier, de répéter la même formule de prière, qui, avec l'excès de ses douleurs infinies, nous révèle la parfaite soumission de sa volonté à la volonté de son Père céleste : Pater, si possibile tst, transeat a me calix iste... Verumtamcn, non mea voluntas, sed tua fiât. (Luc. xxu, 42.) 0 mon Père, si c'est possible, éloignez de moi ce calice! mais pourtant, que votre volonté se fasse, et non la mienne.

Contemplez votre divin Maître, la face prosternée contre terre; son regard est triste, inquiet; il cherche, il appelle, il crie, et le sang de son Cœur cruellement blessé coule avec abondance; ses vêtements sacrés en sont trempés, sur la terre même ce sang ruisselle. Mais vous voyez, il prie... Souvenez- vous-en, et, si un jour l'ennui venait à s'emparer de votre âme et pénétrait jusqu'à votre cœur, n'oubliez pas de bien prier à son exemple, et un Ange descendra du ciel pour vous consoler, ou du moins pour vous fortifier. Ne cherchez pas ailleurs, ne vous plaignez pas à d'autres. La terre ne vous répondra pas: vos amis ne comprendront rien à votre douleur:

ils y paraîtront insensibles ; priez, priez encore, priez surtout le Cœur de Jésus qui a connu les ennuis, et il aura pitié de vous ; il vous sauvera de l'abîme du désespoir qui allait s'ouvrir, et qui s'apprêtait à. vous dévorer.

II. La Peur. — C'est encorebien plus étonnant et plus mystérieux, un Dieu qui a peur! Cœpit pavere. La peur est une faiblesse ou une lâcheté. Loin de nous la pensée du blasphème qui voudrait attribuer à un mouvement de lâcheté la terreur qui s'est emparée de Jésus-Christ; mais il a connu cette faiblesse, et sa frayeur a été si grande, qu'il tremblait en faisant à Dieu sa prière, et qu'il aurait voulu éloigner ce calice amer (1). La peur semblerait être une impreS"

(1) tëst-il nécessaire de rappeler au lecteur le sens de ces paroles saintes de L'évangile et d'expliquer ces sentiments, en apparence, contradictoires: le désir de nous sauver et la crainte de la mort?

Tout est dans ce mot : Y Homme-Dieu! Aussi, dit-il que son âme est triste, qu'elle est troublée : Tristis est anima mea : N une anima mea furkata est. C'est L'humanité qui est triste, qui a peur. Le Dieu est dans la paix, c'esl toujours le Dieu fert. Rien «le plus beau que 1rs paroles de saint Ambroise ex posant ce mystère : Tristis est non i/we, ied anima... divinitas libéra... non est tristis gapientia, non divina ubstantia, sed mima; suscepit enim anima/// meam^ mscepit corpus meum... quod autem ait : Non mea voluntas, sed tua fiât; ntam adhominem vetulit, Patris ad divinitatem... Non //lia voluntas Patris, alia filii; vna enim voluntas t ut>i una dirmitas. « Ce n'est pa i lui, le Dieu, qui est triste, qui a peur, c'esl son ame. La divinité n'est pas soumise à ces faiblesses, i divine, l'être divin, mais l'âme humaine; car il a pris une àmo

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sion de cette partie de l'âme qu'on appelle sensitrveet, plus particulièrement, un effet de l'imagination, mais elle affecte aussi le cœur, et, d l'agonie de Jésus-Christ, c'est surtout te Cœur qui a souffert, comme nous pouvon- nous convaincre, en méditant la prière qu'il fait au ciel, et en voyant couler ses larmes de sang.

Chose étonnante! il y a des âmes si fortement trempées, des cœurs si fermes, au milieu même des plus grandes épreuves, qu'on les croirait à l'abri de ce sentiment de la peur. . . La vue de U mort ne saurait effrayer ces nobles caractères, et le poëte a eu raison de dire que sur les ruines même du monde on verrait debout et inébranlable l'homme juste, l'homme de bien et fort de sa conscience. Et voilà un Dieu, notre Dieu, qui tremble et qui, dans sa frayeur, demande au ciel d'éloigner son calice! Oui, et je le répète, c'est luimême qui Ta voulu, pour consoler ses enfants et sesfidèles serviteurs,maissurtoutpour les fortifier au jour de la douleur, il a voulu connaître etéprouver cette infirmité. E a eu peur, Cœpit paver e.

semblable à la mienne, un corps semblable au mien, yuand il dit : Que votre volonté se fasse et non la mienne, par la sienne., il veut dire celle de l'homme; par celle de son Père, ii indique celle de la divinité, de Dieu. Mais la volonté de Dieu le Fils ne peut être différente de celle du Père; et. comme il n'y a qu'une seule divinité, il ne peut y avoir en Dieu qu'une seule et même volonté.

Mais quelle était donc la cause de ses grands épouvantements? que pouvait-il craindre, ceDi tout-puissant et éternel, qui a déjoué jusqu'à présent la rage de ses ennemis, et qui passait au milieu d'eux, sans que personne osât lever la main, ou même pût soutenir son regard? Transiens per medmm illorum, ibat. (Luc. iv, 30.) Ah! c'est que dans ce moment et à cette heure des ténèbres, Jésus non-seulement voyait, mais il endurait tout ce qu'il devait souffrir dans sa passion ; tout, tout à la fois apparaissait à son Cœur, et fondait sur son âme. Le calice renversé coulait à pleins bords sur ses lèvres, et il s'enivrait des douleurs de la mort.

Dieu ne nous donne à boire que peu de gouttes à la fois à ce calice des amertumes de la vie, et déjà nous sommes si effrayés, quand il semble l'approcher de notre bouche! Il n'y a pas un homme qui pourrait boire en un jour tout ce (jui lui sera versé dans un an. Le Dieu des miséricordes a pitié de nous; et il y aura encore bien assez de douleurs pour chaque jour de cette vie malheureuse!... Mais, je le répète, Jésus voyait tout ; il souffrait tout dans son Cœur ; °.t à cette vue, épouvanté, brisé sous le poids de ces souffrances qui le menacent, il tremble, il a peur : peur des accusations et des faux témoignages;

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peur de la pnson, peur des verges et. des épines;

il a peur de Ja croix et j.eur de la lance qui ne doit l'atteindre qu'après sa mort; il a peur1 enfin de la mort même et du tombeau ! A la i de tous ces tourments, il s'effraye et tombe- en tremblant, sur la terre mouillée de son sang, c'est-à-dire des larmes de son Cœur.

Considérez-le dans cet état, écoutez les plaintes qu'il fait à son Père. Voyez comme il vient auprès de ses apôtres, pour chercher un peu de force et d'appui. Hélas ! ils ne lui répondirent mêmepas;et,trompé dans ses espérances, délai de toute la terre, Jésus retournait au pied de l'arbre, pour répéter encore la même prière de douleur et de soumission : Pater, transeat a me caiix iste; verumtamen non sicut ego volo, sed sicuttu. (Matth.xxvi, 39.) 0 mon père, éloignez de moi ce calice, et pourtant comme vous voudrez! . .

Cette prière seule pourra vous faire comprendre l'excès de son ennui et de sa frayeur. . . Quoi ! Jésus avait tant désiré ce jour ! Une fois, laissant parler son Cœur avide de sacrifices^ parce qu'il était plein d'amour, il avait dit : « J'ai un baptême de sang qui m'attend ; oh ! qu'il me tarde d'y être plongé ! » Voilà l'heure qui sonne pour ce baptême, et il a peur; il ne recule pas, mais il tremble, il prie son Père

d'avoir pitié de lui et d'éloigner ce jour, il voudrait ne pas mourir, tout en soumettant sa volonté, Transeat a me calix iste!

0 Cor arnoris victima! 0 divin Cœur, victime d'amour, accordez-nous la grâce de comprendre m )> douleurs, vos tendres dévouements ; et faites que, fidèles à votre exemple, aux jours d'épreuves et de terreurs, nous ayons recours à la prière, qui seule peut nous empêcher de tomber dans l'abîme du désespoir, ou de l'apostasie. Que votre faiblesse soit notre force, que vos frayeurs nous assurent la victoire ! V

Vous terminerez cet exercice et le suivait par la prière au Cœur de Jésus agonisant... C'est aussi une belle et sainte pensée qui a été inspirée de nos jours au cœur d'un prêtre zélé, d'invoquer souvent ce Cœur du Sauveur à l'agonie, de l'invoquer non-seulement pour nous, mais pour tous les mourants de chaque jour. Il a fondé une pieuse association, dans laquelle on ne cesse d'implorer le secours du ciel pour les âmes prêtes à entrer dans leur éternité ; et rien de plus touchant que la prière des associés au Cœur agonisant de Jésus-Christ. Vous trouverez cette prière dans la deuxième partie de ce livre (1), et vous la réciterez aujourd'hui et les deux jours suivants.

(1, Page 359.

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