‹ Mois du Sacre-CœurChapitre 56 sur 108 · ÉTUDE DU CŒUR DE JÉSUS DANS SES MYSTERES · texte numérisé non relu

ÉTUDE DU CŒUR DE JÉSUS DANS SES MYSTERES

f 2. MYSTÈRES DE DOULEUR. — L'AOORIE ( Suite).

Dolor meus super dolorem, M me Cor meum mœrens.

Ma douleur surpasse toute douleur, et mon cœur est plongé darih la tristesse.

(Jer. vin, 18.)

On ne peut lire ce passage du grand prophète des ruines et des larmes sans être touché de compassion... Jérémie semble avoir non-seulement vu de loin, mais comme ressenti dans son âme les profondes douleurs du Cœur de Jésus ; seul il a donné à l'Eglise en deuil des chants sacrés, qui répondent aux plaintes et aux gémissements de son divin Epoux : Voyez, dit-elle, s'il est une douleur comparable à ses douleurs : Attendue et videte si est dolor sicut dolor. . . Mais n'oublions pas que la souffrance est la mesure même et la proportion de son amour pour nous; puisque c'ept

par amour que ce divin Cœur a voulu tant souffrir... Dilexit me et tradidit semetipsum. Voyez s'il est un amour comparable à son amour...

Revenons au jardin de Gethsémani; il nous reste à contempler encore deux peines du Cœur de Jésus, les deux plus grandes de sa passion : la tristesse et Y agonie.

I. La tristesse. — Ce fut une tristesse mortelle, un chagrin tel, qu'il devait réellement donner la mort à Jésus-Christ, à cette heure-là même Il nous l'a révélé d'abord, positivement révélé, lui qui est le Dieu de vérité, et il ne nous sera pas difficile de le croire, quand nous verrons couler tout son sang... Il n' aurait donc pas été au Calvaire, il ne serait pas mort sur une croix ; il devait mourir au pied de ces arbres solitaires, et cette nuit, sans un miracle de la divinité qui seule a pu retenir son âme attachée à son corps adorable. Tristis est anima mea usque ad mortcm. (Mat th. xxvi, 38; Marc, xiv, 34.) C'est le Dieu de vérité qui parle. Il devait donc mourir de ce chagrin.

Mais de quelle nature était cette peine ainère, i ,; quelle est la cause de cette tristesse profonde qui déchire et brise ainsi le Cœur de Jésus?... Seul il pouvait nous révéler le secret de ses

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douleurs. Ce qui pesait sur lui en ce moment, ce qui le faisait mourir de chagrin, c était Le péché, tous les péchés des hommes pour l'amour desquels il voulait s'immoler et se sacrifier. Ce doux agneau portait tous les péchés de la terre, et le voilà comme immolé déjà, et tout couvert de sang... Sous ce pressoir de la douleur, il a été broyé, dit son prophète, pour les crimes de son peuple, et pour le sauver de la mort : Attritus.

C'est la tristesse qui lui a fait pleurer tant de sang, et ce sang nous apprend aussi quelle a été la violence de la douleur, causée par le poids accablant de nos iniquités sur son divin Cœur. Tâchons d'expliquer cette pensée par un mot aussi sublime que poétique de saint. Augustin : Les larmes, dit-il, c'est le sang du Cœur. Et en effet, quand un Cœur est pressé par quelque grand chagrin, accablé par la peine, il faut bien que son sang coule, ce sang dont il est plein ; il s'épanche réellement alors par le canal des yeux, et il change de couleur et de nom, ce sang devient des larmes. C'est donc le Cœur qui pleure; une larme, c'est une goutte de sang. . . Voilà pour les douleurs et les pleurs ordinaires ; mais si un Cœur venait non pas à être presse seulement, ou serré, accablé par la tristesse, s'i;

était soudain percé, déchiré par un chagrin plus vif et plus pénétrant, s'il venait surtout à être écrasé, brisé, broyé sous le poids immense d'une peine incomparablement plus pesante, vous comprenez que ce sang du Cœur ne pouvant plus couler d'une manière naturelle, et suivre le cours régulier, s'épancherait et jaillirait par toutes sortes de plaies à la fois, Eh bien! c'est ainsi que les saints nous expliquent le mystère de cette sueur abondante, et des gouttes de sang qui couvrent le corps adorable de Jésus, et qui ruissellent jusqu'à terre : il a été brisé, broyé pour nos péchés, Attritus; Et factus est sudor ejus sicut guttse sangainis decurrentis super terram. (Luc. xxn, 44.)

Vous n'aviez pas encore vu des larmes de sang. Eh bien, en voilà qui coulent sous vos yeux ; c'est du Coeur de Jésus qu'elles tombent, et pour votre amour. Il vous donne, en ce moment, tout ce qu'il peut de sang et de larmes; mais, parce que ce Dieu vous aime infiniment, il a voulu encore plus, et, comme après sa mort, il restait quelques gouttes de sang dans son Cœur, on l'ouvrira par le fer d'une lance cruelle, et alors, de cette dernière plaie, vous verrez tomber les dernières larmes d'amour.

Et cependant, que faisait Jésus dans cette tris-

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tesse mortelle et tout baigné* de cette sueur de sang? que disait son Cœur à Dieu son Pèr< ? Il continuait sa prière, il n -Vit de répéter Cfl de détresse et d'angoisse : Si pô9êibïlê < transeat!... Ah! loin de moi ce calice!... ô mon Père, si c'est possible, mais pourtant faites ce que vous voulez!... Sicut vis! Et puis il retenait auprès de ses apôtres, qu'il trouve enc assoupis et qui ne lui disent rien. Il regarde, il cherche, il appelle en vain ; il n'y avait personne pour le consoler, et il recommençait à gémir, à prier, à pleurer. Voyez s'il est une douleur comparable à cette douleur; s'il y a jamais eu un amour comparable à cet amour...

Mais n'oubliez pas que, dans la tristesse, votre âme ne peut éviter la mort qu'à cette même condition de la prière : Trntatur aliquis ves* trûm, oret... (Jac. v, 13.) C'est la prière qui vous empêchera de tomber dans les abîmes du découragement, de l'abattement, du désespoir. Toujours elle vous fortifiera ; souvent même elle vous consolera. . . Adressez-vous à ce Cœur divin qui a tant souffert; il aura compassion de vous; il vous apprendra à souffrir avec amour, et l'amour rend les souffrances bien moins amères.

ÎI. L'agonie. — Cette dernière peine dtiGfetir

Ide Jésus, au jardin de Gethsémani, est sans nul doute la plus cruelle de toutes, mais c'est la plus difficile à expliquer. — Agonie veut dire combat : c'est donc ici la lutte suprême de la vie contre la mort; le moment où cette cruelle mort va triompher, quand elle sépare et divise, quand elle déchire et arrache ; c'est le passage douloureux de la lumière à la nuit, de la vie à la mort.

Pour Jésus, c'était la vue et le sentiment affreux de l'inutilité de ses souffrances pour un si grand nombre d'âmes qu'il voulait sauver. Il allait mourir; déjà son sang coulait à grands flots, et il voyait une foule d'âmes se perdre et rejeter la grâce du salut... et c'est alors qu'il disait à son Père avec larmes : Qaœ ut il? tas in sanguine meo? (Ps xxix, 10.) Pourquoi mourir et répandre tout mon sang, si je ne puis les sauver? 0 mon Père, éloignez ce calice! Si possibile est, transeat a me calix iste! La face prosternée contre terre, il laissait comme plonger ses regards dans les abîmes, et il y voyait tomber toutes ces âmes infidèles : ce jour-là même, il y voyait descendre Judas, l'un de ses nisciples, qu'il aurait tant voulu ramener à la vie et à son amour.

Il faudrait, pour comprendre cette douloureuse agunie, savoir combien Jésus aime les

âmes et désire notre salut... Il faudrait, pouvoir dire tout ce qu'il a déjà souffert et tout ce qu'il va encore souffrir pour les sauver. Un jour, bon Maître disait à la Bienheureuse Marguerite- Marie qu'il avait tant d'amour pour elle, que pour elle seule il était prêt à souffrir de nouveau tous les tourments de sa Passion, et que pour elle seule il aurait voulu instituer le sacrement adorable de l'Eucharistie... Eh bien ! cette révélation de son Cœur nous semble renfermer le secret profond des douleurs suprêmes de son agonie... Aimer, aimer infiniment les hommes; souffrir, mourir pour ces âmes et les voir se perdre à jamais; Dolor meus super dolorern, c'est la douleur au-dessus de toute douleur, c'est la plus affreuse de toutes les souffrances pour ce Gceur divin... In me Cor meum mœrens.

Vous apprendrez dans cet exercice et ce mystère, non-seulement à compatir aux souffrances du Cœur de Jésus et à le consoler, mais surtout, à son exemple, vous apprendrez à souffrir : car il y a pour tous les hommes des peines analogues à celles que ce Dieu a voulu subir pour notre amour. — N'est- il pas vrai d'abord qu'un inexorable ennui s'attache à la vie de presque tous Les hommes, comme l'a dit un jour Bossuet? Et ne l'avez-vous jamais éprouvé? — N'est- il pas

•ai aussi qu'il y a des craintes vaines et des frayeurs subites qui peuvent s'emparer de l'âme? ;t n'avez-vous pas eu peur plus d'une fois dans la vie?.. .(je vous plaindrais bien vraiment.) — N'esi-il pas vrai surtout qu'il y a bien des cœurs tristes et sombres, des cœurs brisés, déchirés, des âmes incomprises, oui incomprises, puisqu'on n'a jamais su répondre à leurs plaintes? Ah! vous le savez bien, (vous, cher lecteur)Jl y a eu de ces jours d'angoisses et de larmes dans votre vie; et il y en aura encore...

Eh bien ! quand votre cœur saignera, souvenez-vous au moins de prier comme Jésus, st répétez sans crainte ce qu'il a dit lui-même à son Père : 0 mon Dieu, ôtez ce calice, c'est trop, je n'en puis plus... Transeat a me calix iste... Mais ajoutez aussitôt comme lui : Cependant, ô mon Père, comme vous voudrez, que votre volonté se fasse et non la mienne : Verumtamen, non mea voluntas, sed tua fiât... Et par la vertu de cette prière divine, votre Cœur sera consolé, ou du moins toujours il sera fortifié^ comme Jésus, qui a vu descendre du ciel un ange, et cet ange, au lieu d'ôter le calice, le lui présentait et l'approchait de ses lèvres. Et puis, au moment où Judas venait pour le trahir, et ses ennemis pour le prendre, Jésus dit : Les voilà, allons !

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EamusILe Dieu qui avait si peur d'abord, fortifié par la prière et la vision de l'ange, va au-de\ ut des bourreaux et de la mort... Surgite, eamus!

Les amis du Cœur de Jésus aimeront à revenir souvent sur ce mystère de ses souffrances et de son amour. Ce bon Maître ne pourra manquer do se montrer sensible et reconnaissant à leur pieux souvenir, et à la part qu'ils s'efforceront de prendre à ses douleurs. Lui-même il Ta demandé à sa fidèle épouse, la Bienheureuse Marguerite-Marie ; et, par une prière fervente, elle s'unissait, toutes les nuits du Jeudi au Vendredi, à son époux céleste, pendant ces trois heures d'agonie, que l'on appelle les Heures Saintes, et plus particulièrement la dernière de onze heures à minuit. C'est dans ces heures précieuses qu'elle aimait à souffrir, et que Jésus la comblait de ses plus grandes faveurs.^ Voyez si vous ne pourriez pas quelquefois, le premier vendredi du mois, par exemple, mais surtout dans la nuit du Jeudi au Vendredi Saint, faire ce pieux exercice, et soyez sûr que ce serait pour vous un des moyens les plus efficaces, pour glorifier le Cœur de Jésus-Christ et apprendre à vivre de sa vie et de son amour.

La prière au Cœur agonisant de Jésus, comme hier

VINOT-GINQUIÈME JOUR.

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