Gelzer, l. c, i, p
prendre comment le père de Noé a pu s'écrier à la naissance de son Ris : « Celui-ci nous fera reposer du travail et de la fatigue de nos mains et [des misères] de la terre que le Seigneur Dieu a maudite » (Gen., IV, 29) ; pendant que ce qui arriva, ce fut Tanéantissement de tout ce qui existait sur la terre'. Ces deux échantillons de l'exégèse du cinquième siècle^ si tant est que Moïse ne les ait point empruntées à une de ses sources habi« tuelles *, n'offrent pas un grand intérêt.
Avec Noé nous arrivons à la fin de la première série des patriarches. Moïse de Khoren ne raconte point le déluge et la construction de la tour de Babel. Uniquement préoccupé de généalogies \ il ne parle quMncidemment de ces deux faits quMl suppose sans doute assez connus de ses lecteurs.
La deuxième grande période de Thistoire du monde commence avec les trois fils de Noé : Sem, Cham et Japhet. Occupons-nous d'abord de la descendance de Sem, d'après Moïse de Khoren.
Le tableau donné plus haut présente une parti-
1. C'est ce que Tauteur appelle une « prophétie contradictoire •.
2. M. Baumgartner (/, c. p. 5o6) croit que la digression sur Enos a été composée à l'exemple d'un développement analogue chez Jules TÂfricain.
3. « Notre but n'est pas d'écrire une histoire complète, mais de nous efforcer de faire connaître nos premiers ancêtres, nos anciens et véritables aïeux ». Livre I, c. 9.
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cularité que nous avons signalée : la présence, entre Arphaxath et Sala, d'un patriarche nommé Kainan, qui manque dans le texte hébreu, que ne connaissent nï Philon, ni Josèphe, et que ni Jules TAfricain ni Eusèbe n'ont admis dans leurs généalogies. Ce Kaïnan figure toutefois dans U version des Septante, et il s'y trouve de fort ancienne date, car il est déjà cité dans le Nouveau Testament (Luc, lit, 36]. Dans la version arménienne, il n'est plus nommé, Gen., xr, 12, i3, mais un certain nombre de manuscrits le donnent Gen., x, 24, et rédiiion de Zohrab le porte mSme I Chron., i, 24, passage où le grec ne Ta plus aujourd'hui. Est-ce une lacune du texte hébreu, ou une intercalaiion des Septante? D'un côté l'hébreu ne fournit que neuf noms jusqu^À Abraham, et l'économie du plan de la Genèse en demande certainement dix; mais d'autre part Kainan se trouve déjà, au quatrième rang, dans la première série des patriarches, et l'âge que lui attribue le texte grec à la naissance de Sala est le même que l'âge de Sala à la naissance d'Ëber ' ; ce qui semble bien indiquer une interpolation. N'ayant point à trancher ici cette difficile question, nous nous contenterons, pour justifier Moïse de Khoren, de citer les conclusions
de M. Dillmann : a Le traducteur grec, dit-il ', a bien vu que le texte hébreu offrait en cet endroit une lacune, et il l'a comblée du mieux quMl a pu. »
La généalogie de Sem nous fait descendre jusqu'à Abraham qui se trouve être, grâce à la présence du nom de Kainan, a le vingt et unième patriarche depuis Adam, comme le montre la divine histoire' », et le fondateur d'un nouvel ordre de choses. Il s'agit maintenant d^exposer la filiation de Ninus et d^Aram, contemporains d^Abraham et jouant dans l'histoire un rôle à peu près analogue.
C'est là que commence la grande difficulté pour Moïse de Khoren, et il n'essaye pas de le cacher. Ni la Bible, ni Eusèbe ne lui présentent de généalogies toutes faites pour Cham et Japhet. Il faut donc qu'il les arrange lui-même à grand effort, et d'autres que lui se seraient peut-être laissé arrêter ; mais il ne se décourage pas.
« Il est bien difficile, dit-il en substance, de réunir les éléments d'une chronologie depuis le commencement jusqu'à nos jours, mais plus difficile encore de découvrir la filiation des lignées patriarcales issues des trois fils de Noé \ » Et cela