‹ Moïse et la GenèseChapitre 12 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Reste la grande objection : mais c'est seulement à partir de Moïse, que Dieu a été connu des Israélites sous le nom de Yaliveh ; c'est ce qui est dit dans Exode, chapitre m et chapitre vi. — Examinons.

I. Dieu est apparu à Moïse dans le buisson ardent. Illui a dit : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob » (m, 6). Et il a envoyé Moïse vers son peuple pour le délivrer. A quoi Moïse répond : « J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai : le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais s ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? )) (ni, i3). Et c'est alors que Dieu révèle son nom à Moïse. « Dieu dit à Moïse ; je suis celui qui suis ». Et il ajouta : (( C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle : (( Je suis», m'a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse. : (( Voilà mon nom pour l'éternité ; voilà mon nom de génération en génération » (m, i4, i5).

Et alors la Haute-Critique nous explique que, d'après ces textes, Dieu révéla à Moïse son vrai nom, lequel était inconnu jusque-là. — Cette explication est-elle admissible?

Dieu chargerait Moïse d'une mission, et Moïse lui dirait: C'est très bien : mais quel est ton nom? c'està-dire qui es-tu ? Si on me demande ton nom, que dirai-je ? Donc le peuple ne connaîtrait pas le nom de Dieu, du Dieu de ses pères, ne le connaîtrait pas par son nom, et Moïse pas davantage ! A la question du peuple, il ne serait pas capable de répondre. Dieu serait inconnu, son nom serait inconnu au peuple et à Moïse !

N'est-ce pas absurde, puisque tout le monde admet, au moins, que le peuple connaissait Dieu sous le nom d'Elohim.^^ Et si le peuple et Moïse connaissent Dieu sous le nom d'Elohim, pourquoi demandent-ils le nom de Dieu, et se déclarent-ils incapables de l'appeler par son nom ? — Quand on connaît le nom de quelqu'un demande-t-on son nom ? — Il faudrait alors supposer que le peuple soupçonnait que le nom, sous lequel il connaissait Dieu, n'était peut-être pas le vrai nom, que Dieu en avait peut-être un autre, meilleur .^^ Qu'est-ce que c'est que ces soupçons, dont il n'y a pas la moindre trace ? Et quelle série de mystères bizarres, plus bizarres les uns que les autres ! — En donnant au mot nomnoire sens actuel, usuel, comme le fait la Haute-Critique, on se heurte à une série d'invraisemblances et d'impossibilités.

En tout cas, il faudrait le reconnaître : il ne s'agirait pas d'une révélation faite spontanément par Dieu. Il

s'agirait d'une explication fournie par Dieu à Moïse, en réponse à une question de Moïse. — C'est une explication du mot Yahveh, explication populaire, comme il y en a beaucoup, par assonance. Yahveh est expliqué par « je suis », ou « il est », parce que ce mot sonne d'une manière semblable au mot être. Mais c'est si peu la révélation d'un nom nouveau, que Yahveh ne répond pas directement : mon nom est Yahveh; il en explique le sens. Le message de Moïse consiste à rappeler à Israël que Yahveh est le Dieu de ses pères.

2. Mais Pharaon ne cède pas aux objurgations de Moïse. Moïse s'en prend à Dieu, qui charge Moïse d'un nouveau message. Ici ce n'est plus l'Elohiste qui parle, c'est le Code sacerdotal, postérieur à l'exil. Il dit : (( Dieu parle à Moïse et lui dit : Je suis l'Eternel, je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, comme le Dieu tout-puissant, mais je n ai pas été connu d'eux sous mon nom de Yahveh. » — Et les critiques (vi, 2-3) disent : voilà qui est clair.

Est-ce vraiment si clair .^^ — Moïse se plaint que son intervention, sur l'ordre de Dieu, a seulement aggravé le sort des Israélites. Dieu lui répond : (( Tu verras maintenant ce que je ferai à Pharaon... une main puissante le forcera à les chasser de son pays » (vi, i). Comment .^^ Dieu ajoute : Jusqu'ici j'ai été appelé, je suis apparu comme El Schaddai, mais je n'ai pas été appelé Yahveh * . De telle sorte que pour rassurer

I. « Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, comme le Dieu

les Israélites, pour les encourager à compter sur lui, Dieu leur dit, qu'ils doivent l'appeler d'un nom' nouveau ! Etrange manière de donner du cœur à ce peuple.

Ce n'est pas tout. Dieu dit : « Je n'ai pas été connu d'eux sous mon nom de Jahveh , J'ai aiissi établi mon alliance avec eux » (vi, 4). Quel rapport y a-t-il entre la seconde phrase et la première ? N'est-ce pas de plus en plus étrange ?

3. Oui, encore une fois si nous comprenons le mot nom, comme le comprend la Haute-Critique ; non, si nous le comprenons, comme le comprenaient les auteurs bibliques et le peuple auquel ils s'adressaient. — C'est ce que Astruc, le père de la Haute-Critique avait déjà très bien senti et expliqué.

(( Dans le style de l'Ancien Testament, dit-il, être appelé ou nommé signifie la même chose qu'être. » Esaïe, Lvi, 7 : Ma msison sera appelée une maison de prière, veut dire : ma maison sera une maison de prière. De même dans Mathieu, i, 22, il est dit : (( ...un fils qui sera nommé Emmanuel, Dieu avec nous, cela signifie : qui sera Emmanuel, et la preuve c'est qu'il a été Emmanuel, et qu'il n'a pas été nommé ainsi.

De même : « Je suis celui qui suis », c'est-à-dire : 1° je suis un être éternel; 2'' je suis l'être immuable dans ses résolutions, l'être infiniment fidèle à ses promesses. — Or je ne me suis pas fait connaître comme fidèle à remplir mes promesses ; je n'ai pas encore

tout-puissant mais je n'ai pas été connu d'eux sous mon nom Eternel » (VI, 3).

rempli la promesse que j'avais faite aux pères de retirer d'Egypte leur postérité, et de leur donner la terre de Canaan... Mais le moment est venu. Va leur dire : je suis celui qui est le Fidèle, l'Immuable, etc.

(( Le passage bien entendu ne prouve point que le nom de Yehovah fut un nom de Dieu inconnu aux patriarches, et révélé à Moïse le premier ; mais prouve seulement que Dieu n'avait pas fait connaître aux patriarches toute l'étendue de la signification de ce nom, au lieu qu'il l'a manifesté à Moïse*. »

4. M. Ed. Naville reprend et précise. Dans la langue des Israélites, comme sur les inscriptions des sarcophages égyptiens, le nom représente certains attributs physiques ou moraux de la personne nommée ; l'expression a en son nom de », signifie (( en tant que », (( en qualité ». C'est ainsi du reste que dans le Nouveau Testament encore (Mat., x, /ii), nos versions traduisent (( recevoir en qualité de prophète, en qualité de juste », les mots grecs, qui disent : (( au nom de prophètes, au nom de juste. » — De même, quand Esaïe dit : (xlii, 8). (( Je suis Yahveh, c'est là mon nom » ; cela ne veut pas dire qu'Esaïe ne connut pas le nom de Yahveh, et que ce nom lui est révélé pour la première fois ; ce nom, est tout simplement la garantie que, les premiers événements ayant été accomplis, les autres le seront certainement.

((Je suis Yahveh » : voilà le nom à faire connaître aux Israélites, non pas comme un nom nouveau,

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