PRÉLIMINAIRES
Aben Esra et Spinoza, (le dernier dans son Traité théologico^olUique qui est à la portée de tout lecteur), les deux plus forts penseurs du Judaïsme, ont prouvé d'une manière irréfragable que Moïse n'est pas l'auteur du Pentateuque tel qu'il est devant nous. Ce qu'Aben Esra ose à peine indiquer dans un langage énigmatique, Spinoza l'explique et cite les textes à l'appui. Les contradictions, en effet, entre les textes de la Bible, souvent d'un seul et même chapitre, sont trop flagrantes, trop palpables. L'on ne conçoit même pas qu'un seul homme raisonnable, sachant l'hébreu, ou lisant seulement le Pentateuque avec attention dans nimporte quelle langue, puisse essayer de concorder ces contradictions presque toutes principielles, qui s'excluent les unes les autres et dont les textes ont été visi- . blement intercalés, soit par ordre d'un roi, soit par Esra, qui imbu de la philosophie persanne et assyrienne, la science pivotale des Pharisiens, a cherché à neutraliser la doctrine de Moïse, diamétralement et radicalement opposée au Talmud et au Rabbins revenus de l'exil (1).
(i) Bon nombre de ces textes contradictoires sont des notes marginales entrées dans le corps du livre.
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Cela résulte du Talmud même. Tout d'abord comme s'il voulait s'excuser, il dit (Traité Sanhédrin, livre Ile )^ Rabbi Josué a dit: t Esra a été aussi digne que Moïse pour recevoir la loi d'Israël. Il l'aurait reçue, s'a n'avait pas été devancé par Moïse.» C'est contraire à la parole du Pentaleuque, qui à l'avant-dernière ligne dit : « Et jamais plus il ne s'élèvera dans Israël un prophète comme Moïse. » Pour que le Talmud ait osé mettre Esra sur la même ligne que Moïse, il faut absolument que ce même Esra en rédigeant la loi, se soit cru de force et dans son droit pour rectifier, corriger et compléter l'œuvre du plus grand des prophètes.
Il résulte d'ailleurs de deux autres textes du Talmud que les docteurs Pharisiens ne se gênaient pas, non seulement pour changer les textes de l'Ecriture, mais pour les détruire tout à fait. On lit (Traité Sabath, livre 11^) : « Les sages ont voulu supprimer le livi'e de l'Ecclésiaste , parce que ses paroles se contredisent. Mais tout bien considéré, ils ne l'ont pas fait parceque le commencement et la fin sont des paroles de la Thorah. Ils ont voulu aussi écarter pour toujours les proverbes de Salomon. » Il n'est pas dit pourquoi ils ne l'ont pas fait. Probablement le même rabbi Hanania, plus éclairé que les autres, qui a empêché la destruction d'Ézéchiel, a conservé aussi le chef-d'œuvre de Salomon.
On lit en efTet (Traité Hagigah, livre Ile ): » Sans Hanania, fils de Jéheskiahu, le livre d'Ézéchiel eût été supprimé (détruit) parce qu'il s'y trouve des paroles qui sont contraires à celles de la Thorah. »
Bien d'autres récita des guerres d'Israël et
des faits et gestes de leurs rois nous manquent. Entre autres, le Livre du Droit (SepherHajashar). Les Machabées écrits en hébreu pourraient bien encor avoir été écartés par ces mêmes docteurs .
Quoi qu'il en soit, il est certain que le Pentateuque actuel n'est pas l'œuvre de Moïse, que non-seulement Esra Yk rédigé à sa volonté sur des documents et des textes antérieurs, mais que les Pharisiens, copistes de la loi, y ont fait des intercalations, dans le but de trouver dans Moïse même un texte représentant leurs doctrines, fussent-elles l'extrême opposé des principes fondamentaux de Moïse.
Je ne citerai pas à part les contradictions relevées par Spinoza. J'en ai tant à relever après lui, que mes propres preuves suffisent et au delà (1).
Tout d'abord Moïse, dont le vrai nom est Moshéh, n'aurait pas écrit les quatre premiers livres en troisième personne, tandis que dans le Deutéronome il parle toujours en première personne, sauf une ou deux fois pour le récit, qui n'est pas de lui, à l'approche de sa mort. Partout, dans les quatre livres du Pentateuque, il est dit : c Et Jehovah parla à Moïse. » Dans le 5^ livre, au contraire, il est toujousdit : c Jehovah
(4) Je n'ai pas besoin d*ajouter que Thébreu est presque ma langue maternelle, que j'ai publié à Tàge dé 18 ans un traité en langue rabbinique et que rien de la science allemande exégétique ne m*est inconnu.
Je traduis moi-même les textes hébraïques et chaldéens à mesure qu'ils 0e présentent. Peu m'importe que ma traduction s'accorde avec celle des autres. Je traduis presque littéralement. Je défie nimporte quel hébralsant de me pronver un faux ou une intercalation.
Dans la première édition, j'ai cité les textes enbébreu.
me dit (Elaï). > « Et j'implorai Jéhovah» Jéhovah m'appela. >
Si Moïse avait écrit lui-même les cinq livres, ou il aurait continué de se nommer en troisième personne, ou bien il aurait toujours parlé par je et par moi. (Cette contradiction a été citée par Spinoza, c'est la seule que je répète d'après lui).
Moïse n'a certainement pas dit de lui-même (Nombres, chap. XII, v. 3): «Et l'homme Moshéh était le plus humble des humains. »
S'il avait donné cette preuve d'immodestie, il n'eût pas, dans le même chapitre, témoigné de son dépit pour se donner un démenti. Car, versets 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10 de ce même chapitre, il fait punir sa sœur Miriam pour une médisance au sujet de la femme Kouschite qu'il venait d'épouser, et parce que, d'accord avec son frère Ahron, Miriam prétendait posséder aussi bien que son frère l'esprit de Dieu.
De deux choses l'une : ou Moïse n'a pas dit qu'il était humble, ou bien il ne s'est pas préoccupé de sa sœur au point de faire intervenir Dieu lui-même qui, à la voix de Moïse, fit un miracle et frappa Miriam de lèpre.
Puisque nous venons de prononcer le mot miracle, établissons tout de suite que tous les récits miraculeux de la Bible, non-seulement ne sont pas de Moïse, mais encore qu'ils sont contraires à sa loi fondamentale. Car en vertu de cette loi, tout faiseur de miracles doit être puni de mort. En voici la preuve :
Il est dit (Exode, chap. VII, v. 11), après que le bâton d'Ahron se fut transformé en serpent : « Pharaon fit appeler ses sages et ses sorciers (Mekaschphim), et ils en firent autant, grâce à
leur science occulte, mais le bâton d'Abron dévora les leurs. > Or, Moïse dit expréssemment (Exode, chap. XXII, v. 17): « Tu ne laisseras pas vivi'e une sorcière t mékashêpha (le même mot féminin).
Il dit encore (Deutéronome, chap. XXIII, v.
10) : € Qu'on ne trouve jamais chez toi un homme qui fasse passer son garçon ou sa fille à travers le feu (sacrifice humain), ni devin, ni augure, ni consulteur de nuages, ni conjureur de serpents, ni sorcier, mekascheph (toujours le même subsantif), ni pytonisse, ni faiseur de miracles, ni évocateur, ni résurrecteur de morts, car Jéhovah abomine quiconque fait cela, et c'est parce que tous ces peuples ont fait tout cela qu'il les chasse devant toi. Sois sans tache avec Jéhovah ton Dieu, car les peuples que tu expulses et dont tu hérites obéissaient à des augures et à des devins. »
Et tout de suite après. Moïse ordonne de ne jamais écouter un prophète prêchant contre la loi de Jéhovah au nom d'autres dieux. Que ce prophète meure ! Et pour signe de vérité. Moïse ajoute : t Ce qu'il a dit au nom de Dieu ne sera, nin'ainnverapas. C'est une parole que Dieu n'a pas dite, le prophète l'a dite présomptueusement. Ne le crains pas ! > Moïse n'admet d'autre prophétie que la logique, les effets bons ou mauvais d'une action bonne ou mauvaise, en vertu de la loi immuable de Dieu. Nous prouverons cela, textes à l'appui. Toujours est-il qu' Ahron a fait acte de sorcier, de Mekascheph au nom de Jéhovah pour démontrer son existence, puisque le Mekascheph égyptien a fait la même chose, acte qui, d'après la loi formelle de Moïse,
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est puni de mort et considéré comme la dernière des abominations. Il dit encore (Lévitique, chap. XIV, v. 26): «N'augurez pas sur les mouvements du serpent et des nues. > Et v. 31 : « N'ayez aucune foi aux évocateurs de morts et de leurs indices. > Si Jéhovah avait envoyé ces faiseurs de miracles pour le glorifier, comment et de quel droit hait-il les sept peuples de la Palestine, qui font dans leur pays ce que Moïse et Ahron sont censés avoir fait en Egypte devant Pharaon? Il en résulte que tous les récits miraculeux de la sortie d'Egypte, sauf les faits historiques, sont faux, archi-faux et intercalés.
Il en est de même de tous les miracles de la Bible, tous contrantes à la loi formelle de Moïse qui dit (Deutéronome, chap. XXIX, v. 11) :
« Car le commandement (la doctrine) que je te commande n'est pas chose miraculeuse (Lo Niphleth) du suhstsxïliî phéla, miracle) ni trop loin de toi. >
La devise de Moïse est (Deutéronome, chap.
XXIX, v. 28) : « Les mystères sont à Dieu (Mystère s'appelle en hébreu Ny stère), mais les choses ouvertes appartiennent à nous, à nos fils et à l'éternité. > Moïse d'ailleurs n'invoque jamais le miracle comme preuve de la supériorité de sa loi. Il dit au contraire (Deutéronome, chap. IV, V. 5) : « Voyez ! je vous ai enseigné des lois et des ordonnances que Jéhovah m'a ordonné de faire introduire dans le pays que vous aurez en héritage. Observez-les, et exécutez-les, car ce sera votre sagesse et votre raison aux yeux des peuples qui entendront parler de ces lois, et qui diront : Quel peuple sage et raisonnable que ce grand peuple ! Où est un autre
grand peuple auquel Dieu soit si proche qu'à celui-ci? Ouest un grand peuple aussi grand, dont les Lois et les Droits sont si justes comme toute cette doctrine que je viens exposer devant vous ce jour-ci ? >
Voilà le seul miracle que Moïse appelle à son secours. La sagesse, la raison et la justice. Ce sont là les seules qualités, selon lui, qui approchent l'homme de Dieu !
Moïse demande à Dieu son nom. Dieu lui dit (Exode, chap. III, v. 13 et 14) : t Je serai qui je serai. Ehieh asher ehieh. » Le verbe être au futur, 1" personne. « Tu diras aux enfants d'Israël : £'AieA m'a envoyé vers vous. » Puis, verset 15, Jéhovah dit à Moïse : « Tu diras ainsi aux fils d'Israël : Jéhovah (ce qui est le futur du verbe être, 3* personne singulier), le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob m'a envoyé vers vous. Tel est mon nom pour l'éternité et tel est mon souvenir de génération en génération. >
Dieu donc qui s'appelait Ehieh dans le verset 14, s'appelle Jéhovah dans le verset 15, et cela pour toujours.
La différence entre ces deux dénominations est très sensible. Pas autant pourtant qu'entre Elohim ou Schadaï qui veut dire le Puissant et Jéhovah se traduisant par Qui Sera, c'est-à-dire l'Etre qui sera toujours ce qu'il est, ou bien, la Loi qui ne changera jamais. A moins que dans la première version, le second futur Ehieh n'ait la signification du passé haïthi, ce qui est très commun en hébreu. Cela se traduirait alors : « Je serai qui je fus, »
La Bible d'ailleurs établit elle-même la distinc-
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lion entre le Dieu antimosaïste et mosaïste.
Elle dit : (Exode, chap. VI, v. 3) : « Et j apparus à Isaac et à Jacob au nom de El Schadaï (le fort puissant) mais mon nom de Jéhovah (il sera toujours ce qu'il est) ne leur était pas connu. >
Ce nom-là, en effet, est le pivot du système, DieUy toujours le même, ne change pas, ne peut pas changer. C'est la Loi qui suit toujours ses lois (logique). Tout ce qui se trouve dans la Pentateuque, contredisant ce principe, est faux, intercalé, supposé et surajouté! Voyons :
On lit (Exode, chap. XXXII, v. 14) : > Et Jéhovah se repentit (Vaïnachem)^ c'est-à-dire, revint du mal qu'il comptait faire à son peuple.» On lit encore : (Genèse, chap. VI, v. 6) : t Jéhovah se repentit ( toujours le même verbe Nachem) d'avoir fait l'homme. » Mais dans la boucha du prophète Balam Moïse met les paroles qui suivent : (Nombres, chap. XXIII, v. 19) : c Dieu n'est pas un homme pour qu'il mente, ni un fils d'Adam pour qu'il se repente, > (le même verbe dans sa forme réciproque).
Il ne faut pas oublier que Balam est forcé malgré lui de proclamer des vérités divines qui lui sont inspirées par Jéhovah ; en d'autres termes, par Moïse.
Alors de deux choses l'une : ou Dieu revient et peut revenir sur ses résolutions, il se repent, ou bien il ne revient jamais quand une fois il a prononcé, comme le répète d'ailleurs Samuel, en toutes lettres : (Samuel, I, chap. XV, v. 29) : € Dieu ne ment ni ne se repent. H n'est pas un homme pow qu'il se repente. »
D'après le Talmud et les Pharisiens, Dieu
casse ses jugements, le Talmud dit : (Traité Rosch Haschana, livre 1er) : « La charité, la prière, le changement de nom, et le changement de façon d'agir cassent le destin. > Un autre rabbi ajoute : cEl aussi le changement de place.» Mais Moïse n'admet pas ces erreurs liberticides. Le mot de Jéhovah seul est une protestation contre ce système. Gela même ne lui suffit pas, comme nous allons le voir.
Tout ce qu'il y a dans le Pentateuque au sujet du pardon de Dieu et de son repentir est intercalé, supposé. Et ces falsifications sont trèsnombreuses.
11 est dit (Exode, chap. XXXIV, v. 6):
€ Jéhovah, Jéhovah est fort, compatissant, gracieux, longanime, plein de charité, de vertu et de vérité, conservant la grâce à la milUème génération, pardonnant iniquité, péché et manque-ment. » (Noséh Avon) et dans le même verset on ajoute : t Mais il ne laisse rien impuni. Il punit l'iniquité (même mot Avon) des pères sur les enfants, jusqu'à la troisième et à la quatrième génération. »
Littéralement le mot noseh veut dh*e suppôttanty bien que le Talmud et tous les traducteurs depuis des siècles le traduisent pardonnant.
€ Dieu, dit Moïse, supporte avec longanimité le péché, mais ne le pardonne jamais ! » Cela ne faisait pas l'affaire des falsificateurs de la loi de Moïse, car Nombres chap. XIV, v. 18 où Moïse répète cette phrase, en y ajoutant, que Dieu ne laisse rien impuni, on y a intercalé le verset 19 où, contradictoirement avec ce principe. Moïse soi-disant prie Dieu de pardonner au peuple, (fl s'agit des quarante espions en-
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voyés en Palestine). Et Dieu lui répond : t Soit ! Je pardanne! » Salachthi.
C'est une falsification évidente, puisque quelques lignes plus loin Dieu condamne tous ces criminels à mourir dans le désert et à ne jamais voir la Palestine.
Cette contradiction dans le même verset est trop flagrante. Si Dieu pardonne Tiniquité, il ne peut pas, à moins d'être un tyran capricieux, la punir jusqu'à la quatrième génération. Evidemment les quatre mots de pardon ont été intercalés. Moïse répète cette formule plus de trois fois, mais nulle part il dit que Dieu pardonne l'iniquité.
Ce seul mot ferait crouler tout son système philosophique. Il dît dans le Décalogue deux fois répété : (Exode, chap. XX, v. 5 ; Deutéronome, chap. V, v. 9) : « Je suis Jéhovah ton Dieu, un Dieu zélateur, comptant l'iniquité des pères aux enfants jusqu'à la troisième et même à la quatrième génération quand ils sont mes ennemis, (c'est-à-dire, quand ils persévèrent dans le mal), mais comptant la récompense à la millième génération qv^ind ils sont mes amis, observant mes commandements. > Pas un mot de pardon.
Il dit : (Deutéronome, chap. VII, v. 9): cTu sauras que Jéhovah est ton Dieu, le Dieu de la vérité, observant son pacte (sa parole) et sa récompense à ses amis, à ceux qui observent ses commandements, jusqu'à la millième génération, mais payant son ennemi à la face pour le perdre. H ne restera pas en retard avec son ennemi, il le payera sur la face. » Est-ce clair? Il dit encore (Deutéronome, chap. X, v. 17) : c Le Dieu fort,
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terrible, n*a point d'égards aux personnes. // ne se laisse pas corrompre, > « Il dit en toutes lettres : (Exode, chap. XXIII, v. 7) : t Jamais je n'innocenterai le méchant. Ki la azdik Rascha. »
Qui donc a intercalé les quatre mots de pardon?
Les prêtres de Josias, qui les premiers ont rédigé la loi de Moïse sur de vieux documents. Ils avaient grandement besoin de pardon, ou bien Néhémie et Esra prêchant au peuple les principes que Ton retrouve sous le second Temple et dans le Talmud, mais qui ne sont pas ceux de Moïse.
Dans le chapitre XXXII de TExode que nous venons de citer, où il est dit : t Dieu se repentit du mal qu'il comptait faire à son peuple, » on lit (verset 31) : « Moïse retourna vers Jéhovah disant : Oh ! ce peuple a grandement manqué ; ils se sont fait des dieux d'or. Maintenant pardonne leurs péchés, sinon efface-moi de ton livre que tu as écrit > (verset 32). Mais Jéhovah répond à Moshéh : t Celuirlà qui a péché contre moi, celui4à, je l'effacerai de mon liwe, » Va, conduis ce peuple où je t'ai dit. Mon messager (Malachi) marchera devant toi. Au jour des comptes, je compterai leurs péchés, » c'est-àdire je les punirai. Le verbe pakad veut dire se rappeler, compter et punir.
En effet, verset 35, on lit : c Et Jéhovah frappa le peuple pour avoir fait le veau fait par Ahron. »
Voilà donc Dieu, pardonnant d'abord, après une prière magnifique de Moïse, du verset 11 au verset 14, puis Jéhovah qui, dans le même cha-
pitre, ne pardonne plus, disant : t Celui-là seul qui a péché, je Teffacerai de mon livre. »
Moïse en effet n'accorde pas le pouvoir de pardon à la loi de Dieu. Seulement Thomme après avoir quitté le mal et revenant au bien trouvera sur cette terre même (Deutéronome, chap. IV, V. 29), les effets logiques de ses actions. Dieu ne s'en mêle que par la logique immuable de sa loi. Tel n'est pas le principe ni du Psalmiste, ni des prophètes Daniel, Néhémie et Esra, ni surtout des Pharisiens. Dieu, d'après eux, est la volonté arbitraire^ pouvant changer d'avis et casser ses destins sur une simple prière de rhomme, bien que Moïse ait dit : t Jéhovah est juste et ne se laisse jamais corrompre. » Ces prêtres, ces Pharisiens, dans chaque chapitre traitant de la justice de Dieu, ont intercalé par-ci, par-là, un mot, une ligné de leur façon. Peu leur importait une contradiction, sauf à la torturer, à l'expliquer, à l'accorder tant bien que mal dans le Talmud. La vérité est qu'ils n'ont jamais rien expliqué. C'étaient des trompeurs trompés, de pieux imposteurs. Ils n'ont heureusement pas pu altérer l'essence même de la doctrine de Moïse, car il eût fallu pour y atteindre détruire toutes ses lois.
Dans ce chapitre cité, on lit les trois mots : € Mon messager marchera devant toi. » Or, Moïse n'a jamais admis ni médiateur, ni messager, ni ange entre lui et Dieu. Il dit (Deutéronome, chap. XXXI, V. 3) : « Jéhovah, ton Dieu, marchera lui-même (Hou) devant toi, il exterminera ces peuples devant ta face. » Il répète à Josué (verset 8 du même chapitre.) : Jéhovah, luirmême, marchant devant toi, sera
avec toi. » D'ange, d'envoyé, pas de trace. Moïse n'admet ni anges, ni démons, comme nous allons le voii\ Ce qu'il dit au peuple lui est toujours, sans aucune exception, inspiré par Jéhovah luimême, qui lui a donné son génie et sa raison. jiiVidemment, Moïse n'a jamais pu faire dire à Dieu : « Mon messager marchera devant toi, »
quand il répète à trois fois que Jéhovah luimême, marchera devant son peuple, en cas que ce peuple observe ses lois de justice et de pureté.
Le même mot malach a été ostensiblement ajouté au verset 2 du chapitre III de l'Exode. On y lit d'abord : t II lui apparut un ange de Jéhovah dans une flamme de feu. » Puis verset 4 : € Et Jéhovah voyant qu'il (Moïse) se détourna pour voir, l'appela du milieu du buisson et dit, > etc.
De deux choses l'une : ou celui qui a apparu à Moïse n'était pas un ange, ou celui qui lui a parlé n'était pas Jéhovah lui-même. Car il n'est nullement dit que l'ange fût rappelé ou qu'il fût remplacé par Jéhovah. Evidemment le mot malach a été ajouté au premier vei*set. D'ailleurs, malgré ces falsifications, jamais ange n'a parlé à Moïse dans tout le Pentateuque.
Nous reviendrons sur ce point assez important.
Même procédé de surajoutatîon et de supposition pour le chapitre XXXIII de l'Exode. Il s'agit d'une loi fondamentale de Moïse. Jéhovah dit (verset 20 de ce chapitre) : t Tunepeuxvoir ma fa^ce, car nul homme ne peut me voir et vivre. » Puis (verset 23) : Tu verras mon dos, mais tu ne verras pas ma face. Saint-Jean, plus court, chap. IV, v. 12, dit : t Nul homme n'a
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jamais vu Dieu, p Deutéronome, (chap. IV, v. 12 Moïse est encore plus explicite : Il dite Dieu vous a parlé au milieu du feu, vous avez entendu des paroles, mais vom n'avez vu nulle figure. Une voix seulement. > Et v. 15 : t Car vous n'avez pas vu d'image le jour où Dieu vous a parlé, p lîiVidemment ce texte veut dire qu'un mortel ne peut jamais saisir et pénétrer Dieu que par la voix de la raison, ou très imparfaitement, d'un côté seulement, du dos, (Achoraï). Mais cela ne faisait pas l'affaire des Pharisiens prêchant la révélation directe, personnelle, surnaturelle. Aussi ont-ils ajouté (verset 11) : t Et Jéhovah parla à Moïse face à face comme un homme parle à son ami. p
Or, un de ces textes est forcément faux et surajouté. Impossible de les réconcilier. Il faut absolument que l'un d'eux mente ! Ce n'est pas celui de Moïse qui dit et répète dans le Deutéronome, (chap. XXX, V. 11 et 12): t Ma doctrine n'a rien de miraculeux, elle ne descend pas du ciel {Lo baschamaim hi), ni ne vient d'au delà de la mer, elle est tout près de toi, dans ton cœur et dans ta bouche, » etc.
Exode, (chapitre XX, verset 11), on fait dire à Moïse dans le Décalogue à propos du sabath : € Car six jours Dieu a travaillé le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'il y a dedans, et il se reposa le septième jour , C'est pourquoi Jéhovah a sanctifié le sabath. »
Mais ailleurs Moïse dit par deux fois: (Exode chap. XXIII, V. 12, et Deutéronome, chap. V, v. 14) : € Six jours tu feras tes travaux, le septième jour est un jour de repos à Jéhovah ton Dieu. Ce jour-là, tu ne feras nul travail, ni toi, ni ton fils,
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ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta sei^ante, ni ton âne, ni ton bétail, ni l'étranger dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. » Il ajoute (Exode) «Afin que ton bœuf, ton âne se reposent, et que se reposent le fils de ta servante et l'étranger. > « Rappelletoi, poursuit-il, que tu as été esclave dans le pays d'Egypte, que Jéhovah t'en a fait sortir d'une main puissante et d'un bras tendu. C'est pourquoi Jéhovah t'ordonne d'observer le jour de sabath. »
Delà création pas un mot. Jéhovah ordonne un jour de repos pour donner ce repos aux serviteurs et aux bêtes. C'est bien là l'esprit de la loi mosaïste qui reconnaît largement la solidarité de tous les êtres: hommes, animaux, végétaux et minéraux.
Moïse énonce les devoirs de l'homme envers les existences inférieures. Cela ne fait pas l'affaire des créateurs de la création et d'un Jéhovah fait à l'image de l'homme. Ils ont donc fait précéder leur expliquation du sabath à leur manière et tout conforme à leurs principes superstitieux et anti-rationnels.
Dans le chapitre si remarquable du Lévitique (c'est le chapitre XXVI) où Moïse étabht solidement la logique des causes et des effets, il dit au peuple d'Israël: « Si tu observes mes lois, tu auras toutes les bénédictions de la terre, tu vaincras les peuples que j'ai en abomination parce qu'ils violent toutes les lois de la justice, de la raison et du droit; mais si tu n'observes pas ces mêmes lois, toutes les malédictions delà terre t'atteindront. i> Ce chapitre assez long est d'une grande éloquence. Le Talmud l'appelle la
Thocha. On le lit dans le temple à voix basse. Moïse entre dans des détails pour lesquels aucune langue n'a plus assez d'expressions. Il cite tous les malheurs, toutes les calamités de la guerre, de la peste, de la famine et de Tesclavage. Puis à la fin on lit dans un langage talmudique, (verset 44): t Mais cela étant même, quand ils seront dans le pays de leurs ennemis, je ne les mépriserai pas, je ne les laisserai pas tout à fait exterminer, je ne détruirai pas mon pacte avec eux, car je suis Jéhovah leur Dieu. Je me rappellerai pour eux la première alliance quand je les ai fait sortir d'Egypte aux yeux des peuples pour être leur Dieu. Je suis Jéhovah. p
Moïse répète et ces bénédictions et ces malédictions dans un langage encore bien plus poétique. (Deutéronome, chap. XXVII.)
Les malédictions en cas de non observance de la loi sont encore plus terribles, plus nombreuses, mais cette phrase ne s'y tr^ouve pas. Elle eût été contarire à la logique de Moïse. Dieu ne joue pas avec les hommes, Dieu est juste, il ne fait jamais courber sa justice ni en deçà, ni au delà.
Et de fait, toutes les prédictions de Moïse se sont accomplies à la lettre. Justice à été faite sans miséricorde, et il en sera ainsi de tous les peuples violant avec persévérence les lois de Dieu, qui sont celles de la raison ; tous ces peuples qui se flattent d'être sacrés, grâce à une ancienne alliance avec les puissances célestes. Ce fut là aussi l'ôrgeuil des Grecs et des Romains. Aujourd'hui c'est encore Torgeuil de certains catholiques qui se croient les bien-aimés de Dieu. Les Pharisiens étant eux-mêmes les violateurs de cette loi, ont voulu se ménager une
prédiction de condoléance et d'espoir. Cela ne leur a pas beaucoup servi.
Après le récit de la pusillanimité des messagers explorateurs de la Palestine (Nombres, chap. XIV): Jéhovah, furieux de la lâcheté incrédule de son peuple, veut l'exterminer. Moïse intervient par une prière devenue classique (verset 13 jusqu'à verset 19). Voici cette prière : € Jéhovah longanime, plein de grâce, remettant le péché et la félonie, ne laissant rien impuni et se ressouvenant des péchés des pères pour leurs fils jusqu'à la troisième et à la quatrième génération, pardonne au péché de ce peuple selon la grandeur de ta grâce, comme tu lui as pardonné depuis l'Egypte jusqu'à ce jour, p
La contradiction de cette prière est flagrante. Comment demander à un pouvoir de pardonner, en énonçant comme une de ces qualités divines, qu'il ne laisse rien impuni et qu'il venge les crimes et les fautes jusqu'à la quatrième génération? Evidemment ces mots ont été mis à la marge par un pur Mosaïste commeprotestation, et cette note est entrée plus tard dans le texte. Jéhovah répond enfin : t Je pardonnerai d'après ta parole. > On croit peut-être qu'il a pardonné ! Du tout ! Voici ce qui suit : « Pourtant, par ma vie et aussi vrai que la gloire de Jéhovah remplit toute la terre, tous ces hommes qui ont vu ma gloire, les signes que j'ai faits en Egypte et dans le désert, et qui plus de dix fois m'ont mis à l'épreuve sans écouter ma voix, pas un d'eux ne verra le pays que j'ai promis à leurs pères. Nul qui m'a indisposé ne le verra !» Et, en eff'et, pas un d'eux n'est entré dans le pays promis.
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Si ce fut là le pardon de Jéhovah, il n'est pas d une grande conséquence.
La vérité est que le Dieu de Moïse est la justice, et non le pardon. Il ne laisse rien impuni. Ce combat entre Thomme qui demande à être pardonné et la loi de Dieu qui en vérité ne pardonne pas, est un des principaux éléments philosophiques du Pentateuque. De là les nombreuses contradictions entre les paroles et les faits de la Bible. Dieu dit : t Eh bien, je pardonnerai. > Seulement ce n*est pas Moïse qui le lui fait dire. Lui, raconte le fait et ce fait témoigne toujours de la stricte justice.
Ahron même ne fut pas pardonné, malgré rintervention de Moïse. Jéhovah dit : (Nombres, chap. XX, V. 24) : c Ahron retournera vers ses pères, car il n'entrera pas dans le pays promis, parce que vous avez contredit à ma parole aux eaux de rébellion. > Moïse lui-même solidaire envers son peuple ne verra pas le pays promis. !
Il en est de même des révoltés de la famille de Korah. Jéhovah dit à Moïse : (Nombres, chap. XVII, V. 10): € Otez-vous de cette réunion, je les dévorerai en un clin d œil. > Moïse alors engagea Ahron à offrir de l'encens expiatoire. Ce qu'il fît. Mais déjà (verset 14) il y avait 14,000 morts. L'encens est venu un peu tard. Il en est absolument de même de Tépisode des filles de Moab. Elles avaient appelé les Israélites à leurs fêtes religieuses et s'étaient prostituées d'après les conseils de Balam. La colère de Dieu éclata. Il dit à Moïse : (Nombres, chap. XXV, v. 4):
c Embroche les têtes des chefs du peuple et suspends-les en face du soleil, afin que la colère de Jéhovah s'apaise. » Une maguéphah se déclara.
Alors Pinhas, saisissant un javelot, perça du même coup un chef Israélite avec sa maîtresse Midianite. Dieu alors dit : t Pinhas a apaisé ma colère. > On croit peut-être que la mort de ce chef a servi de peine expiatoire ? Nullement . Verset 9, on lit : € Il en tomba vingt-quatre mille, » Pinhas aussi est venu trop tard.
Nous verrons ce que la Bible entend sous la fête du jour de Kipourim (jour de pardon), et pourquoi il n'y a pas dans le Deutéronome, ni dans toute Thistobe du premier Temple, un seul mot de cette fête et de ce pardon.
Il est dit (Deutéronome, chap. XVII, v. 14) : c Quand tu seras entré dans le pays et tu diras, je vais me mettre un roi comme tous les peuples qui m'entourent, mets-toi un roi, » etc.
Notoirement tout ce chapitre a été ajouté longtemp après Samuel qui Ta totalement ignoré.
Car il dit formellement (Samuel I, chap. VIII) € Que demander un roi, c'est renier Jéhovah qui seul doit être le roi d'Israël. » Il y a plus. Celui qui a ajouté ce chapitre au nom d'un roi quelconque a totalement ignoré les lois de Moïse. Il défend entre autres au roi de prendre beaucoup de femmes. Or, Moïse (Exode, chap. XI, du v.
7 à H), défend de vendre une esclave juive à un étranger et en cas que le maître en ajoute une autre, il faut qu'il lui assure la nourriture, l'habillement et le droit à l'amour (Anathah ; faute de ce faire, la fille est libre, affranchie et sort sans rançon. » Cette loi a été instituée par Moïse contre la polygamie et le harem. Les rois d'Israël, a est vrai, l'ont toujours enfreinte, mais quelle est la loi de Moïse qu'ils ont ^ observée ? C'étaient presque tous de misérables, de cruels tyranneaux
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mais la loi n'en existait pas moins et point n'eût été besoin de défendre au roi de se créer un sérail. Il n'avait qu'à se conformer au commandement indiqué et assurer à ses femmes le droit à l'amour, sinon, toute femme, esclave ou non, pouvait s'en aller où bon lui semblait. Il est vrai que cette loi ne s'étend pas aux filles étrangères ; mais où Moïse a t-il permis aux Israélites d'épouser des étrangères ? Il a d'ailleurs fait une loi de grande délicatesse en faveur de la prisonnière de guerre (Deutéronome, chap. XXI, v. 10 etc.). Il prescrit de laisser â toute prisonnière de gueri'e, un mois pour pleurer sa patrie et ses parents sans s'approcher d'elle ; après ces trente jours, le vainqueur pouvait l'épouser, mais il ne pouvoit pas la vendre. Dès qu'il refusait de la garder pour femme, elle était libre !
Une autre phrase dans les malédictions du Deutéronome, (chap XXVIII, v. 36) est également intercalée. Il y est dit : t Jéhovah te conduira, toi et tes rois que tu auras élevés sur toi, auprès des peuples que tu n'as jamais connus. > La royauté seule eût été pour Moïse une violation de la loi nationale. C'est une phrase intercalée du temps des rois.
Pour la Shemitah (septième année) il est dit (Deutéronome, chap. XV, v. 4) ; « Car il n'y aura plus de pauvres dans ton sein. Dieu te bénira dans le pays qu'il t'a donné en héritage. > Ceci est conforme à la doctrine de Moïse, établissant partout qu'un règne de parfaite justice humaine amènerait une prospérité matérielle accompUe. Mais cela ne faisait pas l'affaire des Pharisiens préchant, enseignant la prédestination, la grâce et remettant la récompense du bien
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au ciel après la mort. Aussi lit-on dans le même chap. V. XI : t Car le pauvre ne disparaîtra pas du sein de ton pays. C'est pourquoi, je te commande, ouvre ta main â ton frère, à Topprimé et au pauvre au milieu de toi. » Cette contradiction a été souvent relevée. Elle est flagrante, mais elle ne mérite pas plus d'attention que les autres. Il est évident que les deux phrases sontTexpression de deuxprincipes sociaux diamétralement opposés Tun à l'autre et que l'homme qui a écrit la première, n'a pas écrit la seconde.
La loi sur l'usure se trouve trois fois dans le Pentateuque et toujours changée. Il est dit (Exode, chap. XXII, v. 24) : Situ prêtes de l'argent à un de ton peuple ou à un pauvre chez toi, ne lui impose pas d'intérêt. » C'est une défense formelle de l'usure. Mais on lit (Lévitique, chap. XXV, v. 35) : € Si ton frère s'appauvrit^ tu ne prendras de lui ni profit ni intérêt. » L'usure ne parait défendue qu'envers le pauvre, et non dans une affaire avec un frère riche.
Enfin (Deutéronome, chap. XXIII, v. 20), l'usure est défendue entre Israélite et Israélite, riche ou pauvre, mais permise dans les affaires avec l'étranger.
Même changement de règlement pour la question de l'esclavage.
Moïse défend d'abord (Lévitique, chap. XXV, v. 39), de faire faire des travaux d'esclave à un Israélite appauvri qui veut se vendre. Il ne doit être qu'un salarié. Puis, admettant l'esclavage pour sept ans, il établit l'égalité entre l'esclave homme et l'esclave femme (Deutéronome, chap.