‹ Moïse, le talmud et l'évangileChapitre 19 sur 29 · LOIS FONDAMENTALES · texte numérisé non relu

LOIS FONDAMENTALES

DE

Moïse n'est ni un révélateur surnaturel, ni un illuminé, ni un médiateur dans le sens que les chrétiens attachent à ce mot. C'est un législateur philosophe, et sa législation est fondée sur un principe, conçu, siTon veut, à priori, mais corroboré par une longue obsei*vation empirique. Ce principe, loin d'avoir des rapports avec la science occulte des Egyptiens, y est diamétralement opposé. Les Egyptiens avaient pour base de leur religion l'immortalité de Tàme et la métempsycose. Poussant ce principe à Textréme, ils étaient arrivés jusqu'à Tadoration d'un bœuf blanc, d'un chat noir et de plusieurs serpents multicolores, choses que Moïse appelle des abominations.

Moïse était né dans une tribu, dans une race qui, pour une raison ou pour une autre, avait une notion plus idéale de Dieu que les autres peuplades habitant la Palestine. Il y a toujours eu,il y aura toujours des aristocrates d'esprit. Abraham avait une idée assez distincte delà justice de

Dieu, même de la fraternité, puisqu'il risqua sa vie pour sauver son parent ingrat et ses alliés en refusant la moindre récompense. Mais cette idée était encore très confuse. La légende du sacrifice d'Isaac est le point de départ de Tabolition du sacrifice humain.

La tache dans le caractère d'Abraham, car nul mortel n'est parfait, est le renvoi d*Agar. Mais outre qu'Agar était l'esclave de Sarah, qui disposait d'elle à sa volonté et qui en sa qualité de juive exerçait son droit d^épouse légitime, la Bible qui n'innocente aucune mauvaise action, fait sortir de ce crime la division entre Ismaélites et Israélites ; division qui dégénéra en une longue gueiTc fratricide.

La réputation d'Abraham qui était réelement un preux, avait pénétré jusqu'en Egypte. Isaac est monogame et marche dans la voie de la justice. Jacob, polygame malgré lui. — Moïse défend d'épouser deux sœurs, — aspire continuellement à cette justice. L'idée d'un Dieu unique, plus fort que tous les autres dieux El Schadaï {le mot de Jéhovah leur était inconnu, comme le dit l'Ecriture déjà citée (Exode, chap. VI, v.3), planait comme idéal sur l'esprit de cette race, mais elle était confuse. Sans Moïse, elle aurait totalement disparu, grâce à l'esclavage et à l'ignorance dans lesquels les Hébreux avaient vécu en Egypte durant deux siècles.

De bonne heure Moïse se révolta contre l'injustice et l'oppression. Dès sa tendre jeunesse il vint au secours, lui, le fils adoptif de la princesse Égyptienne, d'un pauvre frère, odieusement maltraité par un Égyptien qu'il tua. Adolescent encore, entouré de millions de lâches

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esclaves, Moshéh seul protesta de toutes ses forces en faveur de la liberté. Non-seulement Une commit pas d'injustice, mais il risqua sa vie pour empêcher qu'une injustice ne fut faite à un de ses frères. Ce point de départ est très important. Tout le système de Moïse jaillit de son cœur d'accord avec sa raison, et ce système se résume dans les trois mots que voici :

Liberté! Egalité! Solidarité!

Soit par le devoir volontaire (Vertu), soit par la Justice sociale (Devoir forcé.)

Pendant vingt années conduisant paître les troupeaux de Jéthro dans le désert — il avait quarante ans quand il retourna en Egypte, et il est mort à cent vingt ans, ayant conservé toutes ses facultés. (Deutéronome, ch. XXXIV, V. 7). — Moïse eut assez de loisir pour transformer ses sentiments en principes et pour élaborer tout un système, toute une société idéale ; plus encore, toute une civilisation ; ce n'est point encore assez, toute l'humanité ! Son beau père Réiiel Jéthro, était un penseur hors ligne. Les quelques conseils .qu'il donne, d'après l'Ecriture, à son gendre Moïse, après la victoire remportée sur les Egyptiens, sont frappés au coin du bon sens et la plus haute sagesse pohtique. n lui conseille, à moins de succomber sous le fardeau, de choisir des hommes forts, craignant Dieu, aimant la vérité, haïssant toute déloyauté, de les nommer chefs des mille, des cent et des dix. Le système décimal a été inauguré par Moïse, même pour les poids et les mesures. Ces hommes devaient être les juges du peuple pour les petites choses de la vie. Les grandes choses seules devaient être jugées par Moïse lui-même.

(Exode, chap. XVIII, v. 21 et 22). Ces deux hommes, pendant des années ont débattu leurs principes. Ce n'est qu'après s'être mis d'accord avec lui-même, qu'après avoir puisé dans son génie une conviction ardente, passionnée, mais fortement raisonnée, que Moïse s'est décidé h retourner en Egypte, pour tirer son peuple tombé dans l'esclavage de l'abjection, au risque d'être raillé par lui, d'être appelé rêveur, songe-creux, voire imposteur, au risque enfin de sa vie ! A son peuple affranchi alors Moïse exposa sa doctrine avec toutes les conséquences sociales et politiques, autant que le permettait le Jm Con-suetudinarium des Hébreux et leur opiniâtreté routinière.

Il se peut que le philosophe Moïse n'ait pas tout d'un coup songé à créer une nouvelle législation pour son peuple, à peine sorti de l'esclavage. L'essentiel pour lui, car Moïse fut en même temps l'homme le plus idéal et le plus pratique, fut tout d'abord l'affranchissement, la délivrance de son peuple, race libre tombée en esclavage, pour avoir oublié les principes fondamentaux qui constituaient la grandeur morale de ses ancêtres. Avant tout la Liberté! Tel fut le cri de guerre de Moïse. Mais, quand on voit avec quelle facilité Moïse, à peine échappé au glaive vengeur de Pharaon, à peine échappé aux flux de la mer, se met à légiférer, à codifier, il faut convenir qu'il avait dans sa tête une législation toute faite, préparée de longue main, mûrie par des années de méditation et d'observation, ou, pour me servir d'une expression populaire, que son siège était fait. Il avait réponse au moindre détail de la nouvelle

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vie dans laquelle entrait son peuple indigne d'un tel guide, d*un tel général, d'un tel législateur, mais ayant Timmense avantage de laisser dans le désert tous les lambeaux pourris de son abjecte ingnorance et de faire peau neuve, grâce à trois nouvelles générations, à la porte de la Palestine ; pays de ses ancêtres, et dont les habitants, gens de rapines, d'injustice, de violence, s* adonnant à toutes les abominations de la superstition et de latyranie, devaient être, d'après le système philosophique de Moïse, au nom de la Justice, exterminés à tout jamais, eux, leurs dieux, leurs prêtres et leurs femmes, à l'exception seulement des enfants.

Comme tous les grands philosophes. Moïse était en même temps un grand poète. Ses chants, que la Bible nous a conservés, se distinguent entre tous par une vigueur d'expression, n'excluant nullement la simplicité, la clarté et un rythme des plus harmonieux. La pensée en est naturellement idéale, aspirant vers l'infini et portant au loin la vérité divine. La voix de Moïse a du être d'une grande puissance, puisqu'elle s'est fait entendre au milieu des tonerres du ciel et des éclats tumulueux des trompettes, (Exode, chap. XIX, v. 19), mais Moïse n'a pas possédé le don d'éloquence. Il dit lui-même (Exode, chap. IV, v. 10), qu'il n'était pas un homme de parole, qu'il était lourd de langue et de bouche. La nature de Moïse le portait à méditer intérieurement, longuement et à concentrer sa pensée, à la résumer en moins de mots possibles pour l'énoncer. Ce qu'un autre législateur explique dans un chapitre, Moïse le dit très souvent en deux mots. Ce n'est pas là l'art

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de l'orateur, Tart d'amplifier. Telle loi de Moïse articulée en une ligne, forme dans certains codes une vingtaine de pages. Ces vingt pages n'expliquent pas mieux les différents cas que les trois mots de Moïse. Si Tart suprême du penseur et du poète consiste à dire le plus de vérités en moins de mots possibles, Moïse fut le plus grand artiste et le plus grand homme de l'histoire !

Il a commencé par rédmre tout son système philosophique en un seul mot de quatre lettres : Jéhovah. Ce mot, cette idée concrète n'existait pas avant lui. Le Dieu d'Abraham s'appellait Schadaï ou Elohim. Les auteurs de la Bible ayant devant eux le texte de Moïse, ont, dèsTorigine, réuni le mot de Jéhovah à Elohim, mais de fait Elohim était la seule dénomination des patriarches. Il veut dire, Seigneur fort en forme du pluriel. Il est dit : (Exode, chap. IV, v. 16) : € Lui, (Ahron) parlera pour toi au peuple. Il te semra de bouche et toi tu lui seras Elohim »

c'est-à-dire, tu seras son maître et instructeur. Parfois le mot Elohim est employé pour dire juge. Elohim qui était le Dieu le plus fort, n'était en vérité qu'une espèce de Zeus juste et bon ayant choisi la tribu d'Abraham, on ne sait vraiment pourquoi. Pas plus qu'on ne sait pourquoi tel dieu païen favorisa Achille plutit qu'Hector. Ces dieux-là préfèrent toujours leurs serviteurs et flatteurs. Tel n'est pas Jé/ioua/i. Quand Moïse lui demande son nom (Exode, chap. 111, v. 14), Elohim répond : Ehieh asher ehieh, c'est-àr(iire,

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je serai toujours qui je serai. Mais une ligne plus loin, Ehieh devient Jéhovah, qui sera toujours ce qu'il est et qui ne change jamais : t Tel est mon nom et mon souvenir pour Tétemité > , ajoute Dieu. Ceci n'est plus un jeu de mots, c'est tout un système. Dieu n est pas parce qu'il est le plus fort, il est parce qu'il est, il est l'Etre qui fut toujours, il est Y Être Étant qui ne devient jamais ! il est l'jîitre qui sera ce qu'il est, c'est-à-dire, il n'y a pas en lui de progrès. Il ne change ni d'essence, ni de volonté, ni de principe. S'il n'était que \ Ehieh, on aurait pu croire que dans le passé il a progressé et qu'il ne progresserait plus. Mais Jéhovah dit tout à la fois : Dieu est l'Être qui ne fut, qui n'est, et qui ne sera jamais autre chose que ce qu'il est, que ce qu'il fut !

J'ai dit que tout le système de Moïse est résumé dans le mol Jéhovah. En effet, si Dieu est la Loi qui fut et qui sera toujours la même, cette Loi est immuable. Elle suit sa propre loi et ne dévie jamais, ni à droite ni à gauche. Dieu ne peut donc pas décider une chose et ne plus la décider. Il ne peut pas vouloir punir et pardonner après. Il ne petit même ni punir ni pardonner. En vertu de sa Loi (Logique) telle cause doit toujours produire tel effet, non pas dans une vie future, mais sur notre planète. Si cette Loi de Dieu n'était pas inexorablement immuable, l'homme ne serait pas libre, son libre arbitre n'aurait ni raison, ni sens. Si le mal que l'homme fait pour vait être annihilé par Dieu y si le bien que l'homme fait pouvait tourner contre lui m mal par la volonté de Dieu, Jéhovah ne serait pas Jéhovah, il serait Elohim et l'homme ne serait pas libre. Le premier ne serait qu'un maître volontaire, capri-

cieux, un odieux et ridicule tyran ; le second ne serait qu'un vil et abject esclave, bien au dessous de ranimai guidé par son instinct. Moïse qui croit à la liberté pleine et entière et qui déclare l'homme l'artisan de son bonheur et de son malheur, (Deutéronome : chap. XI v. 26): t Vois, j'ai donné devant vous la bénédiction et la malédiction », etc. Puis, chap. XXX, v. 15: t Vois, j'ai exposé devant toi la vie et le bien, la mort et le mal, choisis ! » conclut logiquement à l'immutabilité de la loi divine et résout d'un mot tous les problèmes philosophiques rendus insolubles par les Pharisiens et les Chrétiens nazaréens au sujet de la prescience, du libre arbitre, de la grâce et de la prédestination ; questions qui disparaissent complètement dans le seul mot de Jèhovahy n'intervenant jamais entre la cause et l'effet, ne se préoccupant jamais du destin de l'homme et qui, certes, n'arrêtera pas plus le coquin courant après son châtiment, qu'il n'arrête une pierre roulant sur un plan incliné. L'un comme l'autre suit sa loi comme Jéhovah lui-même.

Chose remarquable dans le Jéhovah de Moïse !

Il ne parle jamais par l'intermédiaire d'un messager (malach) comme Ëlohim le fait à l'égard d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. C'est un point bien important et qui caractérise bien la doctrine de Moïse. L'homme, d'après l'idée de Moïse, créé à l'image de Dieu, est la création la plus parfaite. Si Moïse avait admis des génies et des anges, il en aurait parlé. Tous ses commandements sont des inspirations directes. Depuis le mont au buisson ardent jusqu'à Gaï où il fut enterré, jamais être intermédiaire ne s'interposa personnellement entre le philosophe législateur et

Jéhovah. Le Talmud qui proche la révélation personnelle et surnaturelle, par cela même détruit le système de Moïse, en admettant des démons et des anges. Moïse n'a pas eu comme Socrate un démon. Dieu immanent lui parle directement par son cœur et par sa raison, et il parle ainsi à tous les mortels, comme Moïse le dit en toutes lettres : (Deuléronome, chap. XXX, v. 14) :

€ Car ce verbe est près de toi, dans ta bouche

* et dans ton cœur. Vois, j'ai posé devant toi

* aujourd'hui la vie et le bien, la mort et le

* mal, » etc. Verset 41 du même chapitre il a déjà dit : c Car ce commandement n*est pas miraculeux, il n'est pas au ciel ni au-delà de la mer, » etc. Puis : (Deutéronome, chap. XXX, V. 19) : € Je prends à témoin le ciel et la terre, > j'ai exposé devant toi la vie et la mort, la » bénédiction et la malédiction -.Choisis la vie! » etc. (1).

(I) Nous avons déjà cité les trois mots, Exode, ch. XXXII, V. 34. « £t maintenant va et mm, messager marchera devant toi . » Nous avons prouvé , Moïse , (Deut. , chap • XXXI, V. 3 et V. 8) disant : « Jéhovab luUméme marchera d&aaM toi ; » que ces trois mots ne sont, ni ne sauraient être de Mofse. De même le mot ange qui apparaît au buisson ardent est intercalé, puisque dnns le verset suivant c*est Jékovah lui-Méme qui parle à Moïse de ce même buisson et nullement un ange. L'Écriture cite bien un ange que Bilcim a vu et son âncsse aussi. MaisBileam, prophète p lîen, croyait aux anges, aux démons et aux génies. Jamais ange ne parla à Moïse. Ils n*appnraissent qu*à ceux qui y croient.

Jéhovah parlait h Moïse directement comme il parle à tous les hommes de génie par la raison, la méditation, l'étude et le jugement. C'est lui-même qui nous Tupprend.

Jéhovah étant donné comme l'Être qui ne change pas, comme loi immuable, toute idée compatible avec cette essence peut lui semr d'attribut. C'est ainsi qu'il peut être (Exode, chap. XXXIV, V. 6) : c fort, compatissant, gracieux, longanime, plein de charité et de vérité, conservant sa grâce à des milliers de générations, mais qui ne laisse rien impuni et qui se souvient de l'iniquité des pères pour les enfants, les petits-enfants et les amère-petits-enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération. > Nous avons déjà prouvé que les quatre mots de pardon ne sont pas de Moïse.

Mettons à la place de Jéhovoh toZoi, et voyons si ces attributs sont conformes ou contraires à la raison. Je ne fais pas l'apologie du système de Moïse, je l'explique.

La loi, représentant la justice, peut être compatissante, longanime, pleine de charité et de douceur, mais seulement avant son application à un crime.

Plutarque a écrit des pages divines sur la divine justice. D'après lui cette justice est lente, très lente, miséricordieuse, avertissante comme une réprimande paternelle. Elle parcourt trois phases sur lesquelles les hommes ont modelé les trois instances, mais une fois qu'elle a prononcé elle est immuable. Voilà l'idée de Plutarque ! Et c'est l'idée de Moïse . Jéhovah est très patient, très indulgent, très boa ; il avertit, mais il ne laisse rien impuni, et il ne pardonne pas une iniquité. Le bien, il s'en souvient jusqu'à la millième gé-

nération, et pour le mal jusqu'à la quatrième, « mais seulement quand les générations persévè-rent dans le mal. » On a voulu expliquer le mot Lealaphim comme une façon de parler qui veut dire longtemps ; mais, n'y a-t-il pas, dans notre société même, des gredins qui jouissent du nom de leurs ancêtres d'il y a cinq siècles ? Y a-t-il dans la société un arrière-petit-enfant d'un malfaiteur qui, à moins d'une vie exemplaire, ne souffre de l'iniquité de son trisaïeul? Qu'on aille donc au village où l'on connaît l'origine de toutes les familles, l'on verra que le châtiment indiqué par Moïse est dans la loi de la nature. Quant à moi, je ne crois pas qu'il se borne h la famille du malfaiteur. En vertu de la solidarité de tous les êtres, les suites d'une injustice commise, qu'on a laissé commettre, s'étendent encore plus loin, même sur des soi-disant innocents, attendu qu'il n'est permis à personne de violer les droits d' autrui, ni surtout de laisser faire une injustice à son prochain, sans risquer de faire retomber les effets sur ses propres enfants. L'histoire, qui est le tribunal de Dieu, en fait grandement foi. Elle prouve non seulement la vérité de Moïse, mais encore la mienne !

Estrce à dire que la société ait le droit d'étendre cette solidarité de crime des pères aux enfants? Moïse, qui a du craindre cette autre iniquité, dit expressément (Deutéronome, chap. XXIV, V. 1 6) : « Les pères ne doivent pas mourir pour les enfants, ni les enfants pour les pères ; chacun mourra pour son propre crime. » La justice /mmame ne peut être qu'individuelle. Elle ne frappe que le criminel. Mais, le premier coup porté, si le crime a été réel, les effets, quoique

Sa MOÏSE

moindres, s'étendent certainement plus loin, que la justice le veuille ou non. La justice divine^ qui, selon Moïse, est plus sûre et plus parfaite, se souvient — c'est là son mot — également pour quatre générations. Heureux, mille fois heureux si les hommes ne s'en souviennent pas plus longtemps. Je n*en connais pas dans l'histoire!

La justice de Moïse, le pivot de son principe philosophique, est longanime, sévère pour des délits réparaUes, mais inflexible pour des crimes iiTéparables, Il va de soi que cette justice est égale pour tous . Quiconque a tué un homme avec préméditation (Lévitique, clmp . XXIV, v. 1 7) doit être tué . Il d^t (Nombres , chap . XXXV, v. 31) : € Tu ne prendras nul rançon pour le meurtrier , car c'est un scélérat , il faut qu'il meure! » Puis (Nombres, chap. XXXV, v. 33):

€ Il ne sera pardonné au pays, pour le sang qui a élé versé, que par le sang de celui qui l'a versé.% D dit même (Lévitique, chap. XX, v. 4): c En cas que le crime reste impuni (il s'agit du sacrifice humain) je mettrai ma face contre cet homme et l'exterminerai. > Nulle rançon n'est possible ; seulement, il faut qu'il y ait préméditation et deux témoins (Deutéronome, chap.

XVII, V. 6) : € Par deux ou trois témoins tu peux condamner à nwrt. Nul ne mourra sur un seul témoin. La main des témoins sera sur lui (le condamné) la première ; la main du peuple ne viendra qu'après. *

Il était d'usage chez les païens, et même chez les chrétiens du moyen âge quand l'assassiné était ou plébéien, ou serf, ou étranger, de ne condamner l'assassin patricien, même lorsqu'il y avait préméditation, qu'à une amende. Moïse

n'admet pas celte barbare inégalité, pas même pour une blessure. Ildit(Lévitique, chap, XXIV, V. 19) : « Si un homme a blessé son prochain, il lui sera fait comme il a fait. Bris contre bris, œil contre œil, dent contre dent, tel il a fait, tel il lui sera fait. » L'i^vangile qui cite cette loi en la blâmant, n'en a pas compris la portée égalitaire et civilisatrice. Moïse n'admet Tamendeque pour des blessures et des coups guérissables, en comptant la perte du temps et du travail. Tout mal irréparable, fait avec préméditation est puni par le même mal sans aucune distinction de personne, de rang et de titre. Il dit enfin (Lévitique, chap. XXIV, V. 21) : « Quiconque tue un animal le payera, -mais qui tue un homme mourra. Vous aurez une seule justice pour vous comme pour l'étranger, comme pour l'indigène > (non israélite). Il répète la même chose (Nombres, chap. XV, V. 15 et 16): « Une seule loi, une^seule doctrine pour tous. »

Il y a donc égalité complète devant 1a Loi d'après le Droit de Moïse.

Pour de simples délits. Moïse a des lois particulières (Exode, chap. XXI, XXII, XXIII), frappées au coin de la raison et de l'équité.

Ici nous touchons à la grande question des sacrifices, qui ne peut être élucidée que par un hébraïsant sachant le Pentateuque en hébreu !

Comment, dit-on (l'objection a été faite bien des fois) comment concilier les sacrifices expiatoires avec la justice inexorable de Moïse ?

Rien de plus simple : Il n'y a pas pour Moïse DE SACRIFICE EXPIATOIRE ! Nul mal uc pcut être

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expié, d'après Moïse, qu'après réparation complète. Moïse indique lui-même, à différentes reprises, les raisons des sacriflces. Il veut d'abord empêcher son peuple de sacrifier aux idoles.

L'histoire de Balak et ses nombreux autels prouvent bien cette évidence. Le mot Olah ; monté sur V autel y est même l'origine de holocauste. Il ordonne donc (Lévitique, chap, XVII, v, 5, 6, 7), de ne pas manger de bête sans la sacrifier à Jéhovah, afin que le peuple ne sacrifie plus aux idoles (aux boucs) Séïrim. Mais cette défense n'existait que pour le séjour dans le désert, bien que le mot olam, pour toujours y soit ajouté h ce commandement. Car Moïse (Deutéronome, chap, XII, V, 15), permet expressément pour la Palestine d'abattre partout les animaux à discrétion, en dehors de Jérusalem, sans les sacrifier à Jéhovah, attendu qu'il n'y avait et qu'il ne devait y avoir qu'un seul autel voué à Jéhovah.

La seconde raison, répétée à satiété dans le Pentateuque, c'est d'assurer à la tribu de Lévi sans propriété, le droit de vivi'e, car cette tribu n'avait d'autres revenus que la dime des sacrifices et des prémices.

Mais, malgré ces raisons, il n'existe pas de sacrifice expiatoire avant la réparation du mal. 11 est dit (Lévititi-que, chap. V, v. 20 à 26) : € Tout homme qui a fait du tort à son prochain, soit qu'il ait menti, qu'il n'ait pas rendu un dépôt, qu'il ait volé, ou prêté un faux serment, doit tout d'abord réparer le mal ; si c'est un vol ou une chose trouvée non rendue, il faut qu'il le rende au quintuple, puis après, il peut présenter son sacrifice, afin que le prêtre le purifie. > Lb

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