‹ Moïse, le talmud et l'évangileChapitre 20 sur 29 · SACRIFICE ÉTAIT UNE AMENDE DE PLUS PATEE AU PRÊTRE · texte numérisé non relu

SACRIFICE ÉTAIT UNE AMENDE DE PLUS PATEE AU PRÊTRE

Donc, pas de sacrifice expiatoire possible sans réparation du méfait. Le sacrifice était une aggravation de peine, car c'était le prêtre qui en prenait d'ordinaire les meilleurs morceaux. Il est même dit (Lévitique, chap. V, v. 16), que l'inculpé doit donner le quintuple au prêtre, pour le cas où il a fait du tort à des choses sacrées appartenant au clergé.

Mais, dira-t-on, le jour du grand pardon, le Yom kipour, le sacrifice des deux boucs ?

Ici il faut que j'entre dans quelques détails de langue.

Le mot kipour, kipourimy et kaporeth (même racine) ne dit nullement pardon et pardonner. En voici des preuves probantes : il est dit (Lévitique, chap . XII, V. 8), à l'occasion d'une femme relevant de couches et offrant un sacrifice de tourtereaux (vekipour aleah hacohen, t et le prêtre la purifiera. » Si le mot kipour voulait dire pardonner, ce serait un non-sens, le prêtre n'a rien à pardonner à l'accouchée. Le même mot kipour est répété pour le lépreux guéri qui apporte son offrande (^Lévitique, chap. XIV, v. 2,) et le même mot est appliqué à une maison attaquée de la lèpre (Même chap., v. 53). Or, je le demande, le prêtre a t-il quelque chose à pardonner à une maison ? le mot kipour veut en effet dire couvrir moralement, purifier. Le substantif keporeth qui est tant de fois répété, veut dire littéralement couverture (1).

(4) Le mot vient de kover, rançon. Exode, chap. XXI. v. 30, puis, Ëxode, chap. XXX, v. 42. Kipour veut donc dire

U y a plus. Moïse n'est pas le créateur de cette fête de Jom kipour. Jamais, de son vivant, le peuple d'Israël n'a célébré ni connu cette fête, ni après lui sous le premier Temple.

Tout d'abord, il est à remarquer que Moïse qui, dans le Deutéronome, chap. XVI, répèle ses commundements pour les fêtes, ne fait pas la moindre mention, ni du jour de l'An (Rosch- Haschanab), ni du Kipour ^ Jour du pardon. U ordonne la Pàque, la Pentecôte et la fête des Cabanes. Pour ces fêtes, tout Israélite était tenu de se rendre à Jérusalem. Or, la fête du jour de Kipour n'est éloignée des Cabanes que de quatre jours. Si donc Moïse avait connu, ordonné cette fête, il n'aurait certes pas manqué de faire venir le peuple à Jérusalem quatre jours

rançon, couverture. Kover, dont le français a fait : couvrir. Il y a en général une grande analogie onomatopique entre rhébreu et le français.

M. Ana!s, président de la Société archéologi(][ue à 6éziers, a prononcé un diicoura sous la Restauration (on le trouve dans le premier volume de CHistoire de France de M. de Genoude), tendant à prouver que le patois du Midi et le basque viennent tous deux de Fhébreu et des juifi oue les empereurs romains ont exilés par centaines de mille dans la Gaule. Les preuves sont extrêmement curieuses. Ce qui est plus curieux encorei c'est que sur vingt mots hébreux cinq ont la même signification et la même prononciation qu'en français. Citons-en quelques-uns au hasard. Abri vient cTaber aigle, auspices. Europe vient d'Ereb^ soir, couchant. Essem veut dire oisement. Suelh, suette, sueur. Ennui veut dire en hébreu enni ; l'ain hébreu se prononce comme Ven français ce qui ne se trouve dans aucune langue. U vient de venir^ locution qui ne se touve qu'en français et qu'en hébreu, « Isaac vient de venir. « Le mot bo même veut dire je vais, en patois de Béziers. Règle vient de Reguel ; pied, mesure. Javelle, scfiabelle. Corne, kéren. Aurore, or. Raison, rasin. Dans mes cinq Livres de Moïse j'ai prouvé par des racines innombrables que Thébreu est la langue mère de toutes les langues anciennes et modernes.

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plus tôt, d'autant que sous le second Temple, le jour de Kipour est devenu la fête principale des Juifs.

Cette fête, relatée dans le Lévitique, chapitre XXIII, (où d'ailleurs ne se trouve pas le mot pardon des péchés), ostensiblement écrite d'une main esraïste plusieurs siècles après Moïse, a été, comme tant d'autres choses, créée et intercalée par les prêtres du pardon. Tout d'abord l'oreille du loup perce par le mot sabathon, qui s'y trouve trois fois. Jamais du temps de Moïse, ni même sous le premier Temple, on ne se serait servi de cette terminaison on^ qui est tout à fait chaldéenne. L'expression beéssem hayom haséh « dans ce même jour, » y vient cinq fois, trois fois de suite coup sur coup (verset 28, 29 et 30). Moïse n'eût jamais écrit cela. C'est le style d'un rabbin. Le verset 27 dit : « le dixième jour du septième mois ; » puis le verset 32 dit < le neuvième jour dès le soir. » Au lieu de l'expression ordinaire de Moïse, t cette àme sera retranchée, » l'auteur se sert du verbe perdre, Wéhon badethi.

Tout ce chapitre XXIII, sans ordre, sans style et sans logique, indigne du génie de Moïse, le plus grand écrivain du monde, est tout entier de l'époque pharisienne du second Temple.

Mais la fraude est bien plus visible dans le sacrifice des deux boucs : c'est le chapitre XVI du Lévitique. Il débute ainsi : c Et Jéhovah parla à Moïse après la mort des deux fils d'Ahron, lorsqu'ils s'approchèrent de Jéhovah et moururent : Dis à Ahron qu'il ne vienne pas en tout temps dans le sanctuaire. > Ainsi de suite jusqu'au verset 29. Pendant toute la description

du sacrifice des deux boucs, il n'est pas dit un seul mot de la fête du pardon du dixième jour du septième mois. Puis, soudainement, au milieu du commandement, après tout un long chapitre, on lit : € Et il vous sera de loi éternelle, au septième mois, le dixième jour, vous humilierez vos âmes, vous ne ferez nulle 'œuvre, l'indigène comme l'étranger, car en ce jour Jéhovah (Jekaper) on le traduit (vaus pardonnera) pour vous purifier de tous vos péchés. Devant Jéhovah vous serez purifiés. » Et puis tout de suite, comme s'il n'avait jamais été question d'une fête : c Et le prêtre purifiera (toujours Kipour) celui qui l'a oint (il s'agit en effet d'une inauguration d'un grand prêtre) et qui a rempli sa main pour officier à la place de son père, et il mettra les habits de lin sacrés, et il purifiera le sacro-saint et la tente de destination, et l'autel, il le purifiera, les prêtres et le peuple, il les purifiera. Et il vous sera une loi éternelle, afin de purifier les fils d'Israël de tous leurs péchés une fois dans l'année. »

Évidemment le verset 29 et la fin (verset 34) sont des interpolations.

Laissons de côté le commentaire ingénieux, prétendant que le démon qui reçoit le bouc qu'on a ponctué Assas-El, veut tout simplement dire : Isis-El (le dieu Isis), cbvEI veut dire dieu. L'auteur de ce sacrifice, méprisant l'idole d'ii^gypte, lui envoie pour le narguer un bouc chargé de péchés d'Israël, pour démontrer ce qu'il pensait de ces fêtes et de ces sacrifices expiatoires, en usage chez les peuples païens. Mais comment admettre que Moïse, qui en tout est si concis et si clair, commence par éniimérer une cérémonie

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sans dire au début comme c'est son habitude : « Et le dixième jour du septième mois tu observeras, » etc., etc. Pendant tout ce chapitre, il se piait à détailler d'abord le vêtement du pontite, puis le choix des boucs, puis Tencens, puis les moindres détails du sacrifice, puis le dévêtissement du prêtre, le bain qu'il prendra, la longue cérémonie du bouc destiné à Assas-El, le tout pour arriver à dire : c Et il vous servira de loi pour le septième mois. » Puis, pour revenir au prêtre qui oflîciera à la place du père ? Cela n'est pas possible. Toute cette fin du chapitre est fausse, archi-fausse. Elle est d'ailleurs intraduisible, incompréhensible. Que fait là le prêtre qui oint et qui remplit sa main pour l'initier à la place du père? C'est un non sens. Ce mot son père qui vient là, on ne sait pourquoi, est une absurdité. Je connais bien les explications du Talmud. Elles sont encore plus absurdes. Si Moïse avait ordonné cette cérémonie et cette fête, pourquoi n'en parle-t-il pas dans le Deutéronome, lui qui y répète ses commandements les plus importants ? Pourquoi n'y a-t-il pas une trace dans l'histoire des Juifs, excepté une diatribe d'Isaïe? (Chap. LV). Encore le prophète ne fulmine-t-il que contre les faux prêtres, croyant qu'un jeûne suffise pour obtenir quelque chose de Dieu. De la fête deKipour pas un mot. Cette fête-là, en eifet, est en tout contraire à la véritable doctrine de Moïse. Jéhovah ne pardonne, ni ne peut pardonner au pécheur qu'après la réparation du tort (oblita causa tollitur effectus). Il ne pardonne jamais un crime irréparable. Alors à quoi bon une fête de pardon? Cela ne pouvait être inventé que sous le second Teinple. ,

Si Moïse avait prêché cette doctrine, il n'eût point eu besoin de créer un nouveau peuple et une nouvelle loi, tout cela existait chez les peuples monarchiques et idolâtres autour de lui. Il n*eiit surtout pas eu besoin de menacer tous les jours son peuple de toutes les malédictions terrestres en cas de violation de la loi. Quelques sacrifices eussent suffi pour détourner la colère de Dieu. Il n'aurait pas dit (Deutéronome, chap. XXIX, V. 21) : « Et la génération qui viendra, vos fils qui viendront après vous, et l'étranger qui viendra d'un pays lointain, voyant toutes ces plaies du pays et les calamités dont Dieu l'a frappé, quand tout ser»^ soufre et sel et entièrement brûlé, où rien ne pousse ni ne germe, où nulle herbe ne monte plus, comme les écroulements de Sodome et d'Âmorah, d*Admah et de Seboïm que Dieu a boulversés dans son courroux ; ces peuples diront : Pourquoi Jéhovah a-t-il ainsi fait à ce pays? D'où vient cette grande colère? Et ils répondront: Parce qu'ils ont abandonné le pacte de Jéhovah, le Dieu de leurs pères, qu'il a conclu avec eux en les tirant du pays d'Egypte. Ils ont servi d'autres dieux, se sont prosternés devant des Elohims qu'ils n'ont pas connus et que Dieu ne leur a pas départis, alors le courroux de Jéhovah s'est allumé pour lancer sur eux toute la malédiction décrite dans ce livre. Jéhovah les a expulsés de leur terre dans une triple colère extraordinaire, et les a jetés dans une autre terre jusqu'à ce jour. » Et toute de suite après, pour répondre à ceux qui se consolent de 1 autre monde, Moïse ajoute : « Les mystères sont à Dieu seul, mais les choses ouvertes sont à nom et à nos fils pour toujours. »

Cette justice divine, d'après Moïse, s'exécute dans la vie dici-bas, à la face de Jébovah et du peuple. Moïse ne connaît pas dautre justice.

Certainement la loi est longanime, patiente. Entre le crime et le châtiment il y a un espace de temps, comme il y a une distance entre le levier et Teifet qu'il produit; mais, pour être lente, la justice n'en arrive pas moins sûrement, ni avec moins de sévérité, tjene laisseraipas impuni le méchant, ditJéhovahyje ne resterai pas en retard pour atteindre mes ennemis, je les payerai en face. » Pour certains crimes, lajustil^deDieu est plus prompte. Il dit (Exode, chap. XXII v. 21): cTu n'ennuieras ni la veuve, ni l'orphelin. Situ es dur pour eux et qu'ils crient vers moi, j'écouterai leurs cris, j'éclaterai en colère, je vous ferai tuer parle glaive ; vos femmes alors deviendront veuves et vos enfants orphelins. » On le voit. Moïse croit même àl'égalité deladouleur dans la peine. Une dit pas comme certains législateurs illuminés : « Protège la veuve et l'orphelin, sois juste envers le pauvre, afin que tu entres dans le royaume de Dieu après ta mort. » Au nom de la solidarité, il menace le criminel du même mal qu'il a fait à son prochain, et à son défaut, ses enfants et arrière-petits-enfants. D'après Moïse, toute mauvaise action se venge ici-bas.

La nature entière entre dans la justice vengeresse de Jébovah. Faut-il répéter les nombreuses malédictions qu'il prédit à son peuple en cas qu'il viole cette loi? Je n'en finirais pas. Dans plus de vingt chapitres, cette idée se répète. Il est vrai que la récompense terrestre pour le bien

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se trouve toujours à côté du mal. Jéhovah est juste pour le bien cemme pour le mal. L*homme est libre d'opter, mais la loi logique ne manque pas à son essenoe. Toute bonne action est récom* pensée. Il suffit que la masse du bien l'emporte sur la somme du mal. Les hommes ne seront ja* mais parfaits. Si la Société humaine est défectueuse, pleine de maux, c'est qu'elle contient toujours un grand nombre d'individus violant la loi et la justice. Mais elle prospérera toujours là où le plus grand nombre d'hommes feront leur devoir et vivront d'après la loi de Dieu, qui est celle de la nature et de la raison. Dès que la majorité penche vers le mal, la société s'affaisse et finit par se dissoudre dans le sang et dans l'alfection.

En un moty Meuse n'admet pas qu'un Dieu qui n'est pas juste dans œ monde-ci, puisse l'être dans un autre monde. U est juste partout.

D'après M<^S6^ Jéhovah n'a point élu le peuple d'Israël pour ses propres vertus, maïs dans le but de s'en servir comme peuple justk^ier pour venger des iniquités commlies par les sept na-tiens de la Palestine. Si ce peuple s^ la loi de Dieu, il jouira de sa victoire, sinon il subira le même sort et un sort pire encore^

U dit (Deutéronome, chap. IX, v. 1) : c Écoute Israël, tu vas passer le Jourdain pour chasser des peuples plus grands et plus puissants que toi, ayant de grandes villes fortifiées jusqu'au ciel ; uli peuple de géants. Tu as entendu dire : qui pourra résister au fflis des géants? Sache que c'est JéhôviA lui^mimej qui passe devant toi comme i» feu dévorant* Il les exterminera et

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les humiiierft devant toi. Tu tes ciiâssens et les vainoras rapidement, eomme il te la dit. Ne dis pas dans ton cœur, quand Jéhovah ton Dieu les précipite devant toi : < C'eit par ma vertu que Jéhovah m'a amené ici pour hèiiter de ce pays. Non! c'est par la méchanceté de ces peuples que Dieu les chasse devant toi ; ce n'est ni par Ui vertu ni par la droiture de ton cosur que tu viens hériter de leur pays, c'est uniquemerU à cause de la scélératesse de ces peuples que Jéhovah les chasse devant toi. » Les prêtres ont ajouté : et aiin quil garde sa parole qu il a donnée à Abraham, à Isaac et à Jaoob : c Tu sauras, continue Moïse, que Dieu ne te donne pas ce beau pays pour ta justice, car tues un pey^le à la nuque dure. » Il dit en-* core (Deutéronome, chap. VII, v. 6) : cCar tu dois être un peuple saint à Jéhovah ton Dieu. C'est pourquoi Dieu t'a élu pour lui être un peuple Segoulah (trésor) de tous les peuples de la terre. H ne t'a pas choisi parce que vous êtes les plus nombreux des peuples, vous êtes au con^ traire la moins populeuse de toutes les nations. » Israël n'était donc ni vertueux ni nombreux. Il était k justicier de Jéhovah contre les peuples idolâtres, violateurs de toutes les lois divines et humaines. Les plus grands griefs que Moïse articule contre eux ce sont : les sacrifices humains, les devins, les augures et les faiseurs de miracles. Il dit (Lévitique, chap. XVIII, v. 24) : € Ne vous soui lez pas comme ces peuples se sont souillés. Observez mes lois, car tous ces peuples chassés devant vous ont commis ces abominations. Us ont avili le pays. Et le pays ne vous vomira pas comme il a vomi toutes ces nations souillées de crimes et d'abominations. »

Jéhovah chassera les criminels devant eux, mais pour hériter de leurs pays il ne suffit pas de vaincre, il faudra avant tout être juste et faire son devoir que commande la loi de Dieu et de la raison. N'est-ce pas là en deux mots l'histoire de toutes les histoires? Les vainqueurs sont généralement les vengeurs des peuples vaincus, qui, eux, souvent payent les dettes de leurs pères ; dettes qu'ils ont acceptées et augmentées. Puis, à leur tour, ces vainqueurs imitant les mêmes crimes, tombent sous la même loi. Le véritable progrès, hélas ! ne se manifeste que par quelques Justes obscurs, loin des bruits et des plaisirs du pouvoir, faisant le bien au profit de leurs semblabes, ou méditant d'éternelles vérités sur le règne de la liberté et de la justice de l'avenir.

On a reproché à Moïse de n'avoir pas édicté comme loi l'immortalité de Tàme. C'est là au contraire un des plus grands titres de gloire de Moïse. Mais avant d'aborder cette question, il nous faudra expliquer la large base sur laquelle Moïse a élevé son monument de justice divine et humaine, et qui n'est autre que la liberté.

Moïse qui déclare l'homme à l'image de Dieu en proclame la liberté pleine et entière, sans la moindre intei'vention de Dieu sur la volonté de l'homme. Le mot (Genèse, chap. III, v. 5) : «Et vous serez comme Elohim, sachant le bien et le mal, » estbiendans la doctrine de Moïse. L'homme tient dans sa main non seulement le bien et le mal, mais encore et surtout le bonheur et le malheur. Il ne tient qu'à lui de vivre d'après

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la loi de Dieu pour être heureux au suprême degré. « La terre (Deutéronome, XI, v. 15; Lévitique XXV, v. 19), la nature elle-même obéiront à la loi de Dieu pour rendre à Thomme au centuple les fruits de ses devoirs accomplis. II est vrai que Moïse définit même les devoirs moraux de riiomme envers l'animal et la terre, ce que nul législateur avant et après lui n'a fait. Moïse a proclamé la solidarité de tous les êtres sans distinction. Ce système est largement exposé dans le Deutéronome où Ton trouve en général les arguments philosophiques de Moïse. Il dit (chap.

XXX, V. H): tCar la doctrine que je te commande aujourd'hui n'est pas miraculeuse, elle n'est pas non plus trop loin de toi. Elle n'est pas aucidiponr que tu dises : qui montera pour nous au ciel pour la prendre et nous l'apprendre.

Elle n'est pas au-delà de la mer pour que tu dises : qui passera la mer pour la prendre et nous l'apprendre. La chose est tout près de toi. Elle est dans ta bouche, dans ton cœur, pour que tu puisses laccomplir. Vois, j*ai exposé devant toi aujourd'hui, la vie et le bien, la mort et le mal! » Moïse, dans le verset 19, prend, d'après son habitude, les cieux et la terre à témoins pour prouver à tout jamais, qu'il a laissé à son peuple le choix libre entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, entre le boaheuret le malheur : c Tu choisiras la vie, dit-il, afin que tu vives. Tu aimeras Jéhovah ton Dieu, la Loi, car il est ta vie et la longueur de tes jours. » Rien, d'après Moïse ne peut troubler cette logique, ni la volonté de Dieu, ni les accidents de la nature. En observant la Loi le peuple sera heureux, la terre fera son devoir en tout, les animaux de même. Les ani-

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maux malfaisa&ts disparaîtront. En la violant ^ rien ne pourra sauver le peuple, ni prières, ni sacrifices, ni reproches, ni efforts matériels, tout sera en vcin. Une seule ressource, ou plutôt un seul recours reste ouvert. Il faut rbvenir a la loi! (Deutéronome, chap. XXX, v. 1 jusqu'à 10.) Dès que le peuple reviendra à Tobsei'vance de la loi, qu'il accomplira ses devoirs envers Jéhovah ; devoirs qui, comme nous verrons, consistât à exécuter ses lois envers le prochain, la bête et la terre végétale, Jéhovah ouvrira ses bras, recueillera son peuple et le comblera de nouveau de tous ses bienfaits. Tout cela est nettement et clairement exposé. Il ne fut jamais un philosophe plus absolu dans son système, plus logique et plus clair que Moïse.

Cette loi n'a été édictée au peuple que par la Raison. C'est là son premier titre de gloire auprès de Jéhovdi et auprès des nations. Le peuple d'Israël ne peut revendiquer le privilège d'être un peuple élu, qu'à condition de représenter auprès des générations la nation dont les lois sont uniquement basées sur la Raison et la Justice. Ce sera là sa force unique, son égide, sa grandeur et sa splendeur. Moïse dit cela en propres termes à sa manière. (Deutéronome, chap. IV^ V. 4) : « Mais vous, attachés intimement à Jéhovah votre Dieu, vous êtes tous vivants. Vois, je vous ai enseigné mes doctrines et mes lois, comme Jéhovaii me l'a commandé, afin que vous les exécutiez dans le pays que vous hériterez. Vous les observerez, vous les ferez, car ce sera là votre Sagesse et votre Raison aux yeux des nations quLentendront pai'ler de toutes ces lois et qui diront : Vraiment, ee peuple a de la sagesse et de la

raison. C'eHun grand peuple ! Car où est un autre peuple, auquel comme lui, Dieu soit si proche comme léhovah notre Dieu l'est pour tout ce que nous appelons à lui ? Où est le grand peuple qui aii des ordontiances i^ des lois si justes, comme toute la Tora (ensemble des doctrines) que j'expose devant vous aujourd'hui même? Seulement, n'aie garde d'oubherces paroles, etc., etc. »

Oq le voit, le peuple d'Israël ne doit sa gran* deur, d'après Moïse, qu'à la justice de sa loi, laqa^ie 1(h est basée sur la sagesse et sur la raison. C'est Moïse lui-même qui nie formellement et en toutes letti*es, toute révélation miraculeuse eteUeste. 8a doctrine ne lui est pas révélée par le eiel, mais par la raison. Elle vient du cœur et de l'esprit. Si jamais elle doit devenir universelle et gagner toutes les nations, c'est qu'on l'admirera en s'éeriant : « Mais quelle loi grande, juste, raisonnable et quel peuple sage qui a de telles Lois, une telle Justice et une telle Raison! » Ces considérants seraient tout à fait superflus, si la loi était aveuglement imposée par le eiel, «i le dogme enseignait au peuple qu'il faut avant tout la foi et que la foi, si incompréhensible qu'elle fût, est supérieure à la Raison et à la Sagesse.

Moïse n'a jamais exigé la foi. Les devoirs qu'il impose aux uns n'ont d'autre but que d'assurer les droits des autres. Ses lois sont motivées, sinon particulièrement, du moins généralement. Elles n'ont d'autre raison d'être que le bien général. Son auour de Dieu n'a d'autres résultats QUE LE BIEN DES HOMMES. dit (Deutérono<*

me, cliap. X, v. 12 et 13) : t Maintenant Israël, qu'est-ce que Jéhovah demande de toi, sinon d'observer ses lois, etc., etc., pour ton bien, car (verset 17,) Jéhovah le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le fort, le grand, le puissant, le formidable, n*a égard à aucun visage, il ne prend pas de dons de corruption. Il rend justice à Toi'phelin, à la veuve, il aime l'étranger, afin qu*on lui donne le pain et le vêtement. Jéhovah seul sera ta gloire ! etc. >

Jéhovah, en effet, ne demande à son peuple que d'être juste envers Thomme, envers Tanimal et la plante, envers tous les êtres sans distinction.

S'il demande des sacrifices, ce n'est pas pour lui, il n'en a nul besoin (voir également Issue, ch. 1), mais pour assurer l'existence de la tribu de Lévi, tribu d'enseignement gratuit, tribu de prêtres et de prophètes. Car, comme dit Moïse (Deutéronome, chap. VIII, v. 3, phrase répétée par Jésus) € L'homme ne vit pas seulement de pain, il vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. > Etpuis(Deutéronome, chap. XXXII, v. 47): c Ce verbe n'est pas chose vaine pour vous. Il est votre vie, par cette parole vous prolongerez votre vie sur la terre que vous hériterez en passant le Jourdain. » Je n'insiste pas davantage sur les conclusions à tirer des passages que je viens de citer et qui sont si rarement cités. Ils sont trop clairs pour avoir besoin d'être commentés. Ils prouvent à l'évidence que la doctrine de Moïse n'est pas une Révélation surnaturelle, que Moïse lui-même ne l'a présentée que comme une conséquence logique de la Raison^ et tout ce qui est contraire dans le Pentateuque à cette vérité est faux, interpolé, légendaire et apocryphe.

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La devise philosophique de Moïse étant: Dieu est juste (Deutéronome, chaiptre I, v. 17), et riiomme est libre, le but de rhomme et de la Société est d'imiter la justice de Dieu. Seulement Ik où l'action de la justice humaine n'atteint pas le criminel, la justice divine l'atteindra tôt ou tard sur cette terre. Nous avons cité le passage relatif aux veuves et aux orphelins, où il est dit : « Si vous leur faites du tort et qu'ils crient vers Jéhovah, Jéhovah les écoutera, vous périrez, vos femmes deviendront veuves et vos enfants orphelins. » Moïse est encore plus explicite. Il dit (Deutéronome, chap. XXIX, V. 17) : « Peut-être y aura-t-il, parmi vous, un homme, ou une femme, ou une famille, ou une tribu dont le cœur se détourne de Jéhovah notre Dieu, pour s'en aller servir les dieux de ces peuples; peut-être, y a-t-il parmi vous une racine de poison et de venin. En écoutant donc les paroles de cette malédiction, il se flattera dans son cœur, se disant : quant à moi, j'aurai la paix, je suiverai les fantaisies de mon cœur et quand j'aurai soif je m'enivrerai. Oh! à celui-là, Dieu ne pardonnera pas. Au contraire ! Le nez de Jéhovah fumera et sa colère éclatera contre cet homme. Toute la malédiction écrite dans ce livre pèsera sur lui et Jéhovah effacera son nom de dessous le ciel. »

Moïse répète cette vérité à satiété. Ces principes ne sont nullement des axiomes philosophiques à priorîy nullement des inspirations du cœur ou des fantaisies pieuses de l'imagination. Ils sont les résultats de la science expérimentale. Quiconque a vécu, quiconque a observé

les vlcissitudci de la vie ncquei ra la coiiviclion que la justice divine s'exerce sur cette terre par la main fie l'homme. Le premier homme qui a atteint seulement un âge de soixante ans, a dû faire robservation, dans sa propre famille, que le travail, Tordre, le respect des parents, la charité, le devoir accompli, ont toujours été la source des bénédictions de la famille ; et que le vice, le désordre, Tàpreté au gain, la violation du droit d'autrui, bien que victorieux un instant, conduisent au malheur, à la guerre, à la misère, à toutes les calamités. L'histoire, qui date du commencement, n'a pas d'autre but.

Elle est, comme dit Schiller, le tribunal de Dieu. A chaque homme qui l'étudié sans préjugés, elle prolonge, pour ainsi dire, la vie de trois mille ans. En lisant les faits de l'histoire l'homme recule sa vie, car en voyant les causes, les actions' humaines et les effets qui les ont suivies, il devient à la lettre le contemporain des unes et des autr^, il se divinise, car il pénètre par cette étude, la loi primitive, la loi de Dieu en vertu de laquelle tout existe. Cette loi n'est autre que la justice de Dieu. Au nom de cette justice, de petits peuples s'élèvent par leurs vertus, et de grandes nations disparaissent par leurs vices. Il en est de même des familles et des individus. Quelques années de plus ou de moins, qu'est-ce que cela pour l'histoire qui est éternelle ? Parfois des bonheurs apparents ne servent que pour faire mieux voir le châtiment. Les criminels ne moulent si haut que pour tomber plus bas et pour être foudroyés par la chute. Il est des potences dorées. Pour peu que l'on veuille pénétrer plus avant dans l'histoire, on y

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trouvera la solidarité la plu» universelle. Tous ceux qui ne se sont pas opposés à l'injustice des forts envers les faibles, si forts qu'ils fussent eux-mêmes, ont largement payé leur égoïste inaction. De là vient que Thistoire n'est qu'une longue nomenclature de la justice divine, n'engendrant que les effets logiques de la prévarication des hommes. Le progrès dans l'histoire n'est nullement continu. Bien au contraire ! Il s'y trouve de longs siècles de ténèbres, de barbarie, de crimes et de misères. Il y a plus encore. Dès qu'un peuple sert un faux principe divin ou philosophique, ce peuple, loin de progi^esser, recule toujours et finit par devenir un objet d'abjection et de risée. Il n'inspire même plus un sentiment de pitié à l'homme de raison, qu'il ait vécu au milieu de ce peuple ou quelques siècles plus tard.

La justice de Dieu, d'après Moïse, s'exerce toujours par des hommes, dès qu'il y aura des hommes pénétrant la loi divine et a'^ssant en son nom. Jéhovah a condamné les sept peuples de la Palestine à causé de leurs»abominations. Pour les exécuter, il choisit le peuple d'Israël, bien moins nombreux, moins robuste et moins connu, à condition pourtant que ce peuple, libre par son choix, opte toujours pour le bien dicté par la raison contre le mal inspiré par l'intérêt égoïste.

Voici un maître dur qui viole les droits des veuves et des orphelins . Dieu exaucera leurs cris • Comment ! Par des homnes ! Des hommes animés du feu sacré de la justice viendront, tueront les maîtres prévaricateurs et feront de leurs

li MOÏSE

femmes et de leurs enfants des veuves et des orphelins.

Il en est de même de toutes les menaces de Jéhovah. Que si ces crimes s'accumulent pendant des années, sans qu'un juge quelconque s'érige pour rendre justice, alors Jéhovah suscitera des peuples étrangers non connus qui viendront assaillir cette nation prévaricatrice, la rendront esclave en bloc et la pousseront devant eux comme des animaux immondes. En effet, il ne peut pas y avoir des Justes au milieu d'un peuple corrompu, où le faible ne trouve plus de justice contre le fort, le pauvre contre le riche, l'étranger contre l'indigène. S'il y avait un Juste, il s'élèverait comme Isaïe, au risque d'être scié en deux, ou bien il mourrait comme Caton, Brutus et Cicéron.

La justice divine de Moïse et la liberté de l'homme sont donc corrélatives. L'une ne saurait être sans l'autre. Dès que l'homme, digne de sa liberté et sachant l'apprécier, s'élève au nom de la justice, l'humanité est en progrès et la prospérité matérielle suit de près. Là au contraire où l'homme, soit égoïsme, soit couardise, ne veille pas à ce que cette justice gouverne, la société s'afraisse;le Juste lui-même se corrompt, ou bien, englobé dans une exécution de justice nationale certaine, bien que tardive, il tombe avec son pays, sans laisser une trace lumineuse pour l'avenir.

Pourtant — et c'est encore une idée de Moïse, — pour peu que le principe reste sauf, même après toutes les calamités amenées par l'injustice et les vices des hommes, — dès que le peuple reconnaîtra de nouveau la vérité, — Moïse ap-

pelle cela « Revenir à Jéhovah » (Deutéronome, chap. XXX.) — Jéhovah reviendra à lui, c'està-dire, la cause produira son effet naturel, le bien enfantera le bien et la loi observée sera féconde de prospérités. Il n'en est pas de même si le principe divin est nié ou remplacé par Terreur, car alors pas de rémission possible !

En effet, les Israélites mêmes, après la destruction de Jérusalem par les Assyriens, étant revenus au principe fondamental de Moïse, ont retrouvé une patrie. Mais sous le second Temple, ce principe s'étant corrompu par les erreurs des Pharisiens sur la loi de Dieu, erreurs maintenues parle Talmud et le dogmatisme chrétien, il leur fut impossible de rassembler seulement quelques tribus. Car le Talmud et l'Évangile contiennent une doctrine diamétralement opposée à celle de Moïse.

Moïse s'est bien gardé de proclamer l'immortalité de l'àme comme dogme religieux. Il en connaissait trop les dangers sociaux et politiques ; non qu'il la niât, puisqu'il appelle la mort, soit la rentrée aiix ancêtres, soit rejoindre son peu^ pie, soit un baiser de Dieu, puisqu'il punit le criminel dans sa quatrième génération^ ce qui ne lui ferait rien si le mort mourait tout à fait(l);

(i) Jésus lui-même constate que Moïse a cru à Timmortalité de Tâme. Il dit (Saint Mathieu, chap. XXII. v. 31) : a Et pour ce qui est de la résurrection des morts, n'avez- Yous point lu Tes paroles : Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Or, Dieu n'est point le Dieu des morts, mais des vivants. » Donc selon Jésus, Moïse, non seulement a proclamé l'immortalité de Tâme, mais encore la résurrection de» morts. »

mais comme législateur il ne pouvait, il ne devait pas proclamer un principe qui ne pût être historiquement, empiriquement prouvé. Nous avons déjà dit que Moïse avait devant les yeux les funestes exemples d'un dogme surnaturel en Egypte, où, grâce à la métempsycose, idée subsidiaire de l'immortalité, le peuple ignorant et abruti, adorait des oies, des bœufs et des chats. Partout où le dogme de l'immortalité est proclamé sacré, partout où il fait corps avec la profession de foi religieuse, le peuple qui y compte supporte toutes les injustices, toutes les tyrannies, soit de SCS propres maîtres, soit des dominateurs étrangers. Il y a plus: le dogme de rimmortaUté ne va pas sans l'idée de la prédestination, idée de caste et de fatalité, qui ôte à l'homme toute croyance à sa liberté d'abord, à la vertu ensuite. S'il est malheureux, c'est qu'il a été prédestiné ; s'il est vicieux, c'est manque de grâce; s'il est criminel, c'est un mauvais sort. Bientôt toute volonté s'enchaîne. L'homme, ne croyant plus à son propre avenir, ne travaille plus. Il vient au monde, l'un un bât sur le dos, l'autre un fouet à la main ; l'un serf, l'autre seigneur; l'un vicieux, l'autre vertueux. Ceux qui, malgré ces erreurs, sentent en eux une grande volonté, une sainte ardeur, au lieu de rayonner en dehors par le travail, par de grandes actions, creusent en dedans pour détruire cette volonté même qui devient leur suprême bonheur. C'est le Nirvanah des Bouddhistes, c'est la sainteté des rabbins et des moines chrétiens. En effet, à quoi leur sert la volonté libre, puisque l'homme, d'après ces principes, ne contribue en rien, ni à son bonheur, ni à son malheur ? Y a-t-il seu-

LE TALMUD ET l'ÊVANGILE 7B

lement un bonheur ou un malheur ? Eh non !

puisque grâce à cette doctrine, toute la terre n'est qu'une vallée de misères, et qu'il n'y a qu'une seule béatitude décrite, par le Talmud d'abord, puis par les mystagogues chrétiens : « Se trouver en face de Dieu, une couronne sur la tète, et le contempler sans rien faire. » (Traité Jouma, livide IP.)

Qu'il y ait des tyrans, des méchants, des barbares, des violateurs de tout droit, qu'importe ! Prions pour leurs âmes, afin qu'elles sortent du purgatoire. Encore une idée talmudique. Quant à leurs victimes, Dieu les récompensera là-haut au ciel. Elles sont au paradis, attendant que leurs anciens tyrans les rejoignent, après pénitence et expiation.

Se révolter contre la tyrannie, défendre ses droits de citoyen, niaiseries que tout cela. Puisque l'homme est né esclave de sa caste, de son métier, de sa destinée^ puisqu'il ne sera d'aucune manière ni plus heureux, ni plus malheureux, puisqu'il n'y a pas de bonheur sur laHerre, puisque pour être béat il faut mourir, mieux vaut mille fois être lâche, prier et ne compter que sur l'immortalité, la seule vie de l'homme.

Mais on égorge le frère, le faible, on vole la veuve, on spolie l'orphelin ! Dieu punira ces misérables, non pas dans cette vie où le juste est voué au malheur, mais là-haut quand ils seront morts. Singulier Dieu, qui est juste dans un monde à venir et qui ne peut l'être dans un monde présent. Ou Dieu est juste partout ou il ne l'est nulle part ! Encore ne faut-il à ces malheureux qu'un peu d'humilité ; il suffit que vieux et impuissants, lis confessent leurs torts commis envers leurs

frères plus faibles et qu'ils fassent pénitence pour que Dieu leur pardonne. Encore une idée talmudique, comme nous allons le prouver dans le chapitre sur le Talmud. Quant aux volés et aux assassinés que l'on ne consulte pas, Dieu, qui sait tout, leur a déjà assigné une place d'honneur. Il reconnaît les siens ; seulement les repentis ont encore plus de mérite qu'eux, et le Talmud dit en toutes lettres : c Là où sont les repentis, les pai'faits justes ne peuvent se tenir, ni y atteindre. >

Et Jésus, renchérissant sur le Talmud, dit :

€ Un repenti vaut quatre-vingt-dix justes. >

Aussi partout où cette doctrine a pris racine, le peuple, depuis des milliers d'années, croupitil dans un honteux esclavage. Témoins Tlnde et une partie de la Chine ; témoins les Juifs sous la domination des Pharisiens et du Talmud ; témoins les chrétiens du moyen âge jusqu'à la renaissance du Pentateuque de Moïse et de la philosophie moderne.

Les soi-disant penseurs chrétiens et juifs qui reprochent à Moïse de n'avoir pas proclamé l'immortalité de l'àme comme dogme philosophique et national, oublient que Moïse n'avait qu'un but : créer une nation libre, au nom de la loi de Jéhovah, n'étant autre que la loi de la Raison !

Moïse, d*aillleurs nie formellement toute fatalité, tout destin, par conséquent le principe de la gi'âce. Il dit (Deutéronome, chap. XXXI, V. 16) : « Et Jéhovah dit à Moïse : Tu te coucheras avec tes aïeux, et ce peuple, se levant, se

prostituera aux dieux étrangers du pays où tu le feras entrer. Il m'abandonnera et détruira le pacte que j'ai tracé avec lui ; et ma colère éclatera en ce jour, je les abandonnerai et détournerai ma face d'eux ; il deviendra une proie à dévorer, des maux bien amers le frapperont. En ce jour il dira : Vraiment, c'est que Dieu n'est plus avec moi, c'est pour qv^oi tous ces maux m'ont atteint. Mais moi je ne détournerai en ce jour ma face de lui que pour tout le mal qu'il a fait, et parce qu'il s'est tourné vers d'autres dieux. Et maintenant, note-toi toute cette Shirah (doctrine), enseigne-la aux fils d'Israël, mets-la dans leur bouche, afin que cette Shirah me serve de témoin auprès des fils d'Israël. »

Ainsi donc Moïse prévoit et anéantit le prétexte du destin et de la grâce ; prétexte mis en avant par tous les paresseux, par tous les vicieux, par tous les prévaricateurs. A les entendre, qu'ils soient simples particuliers ou gouvernements, ils ne sont pas tombés par leurs fautes, par leurs vices, par leur manque à tous les devoirs, c'est que Dieu n'était plus avec eux. C'est la fatalité, c'est la disgrâce d'en haut. C'est pourquoi, ajoute Moïse, je vous écris ma loi, afin que vous sachiez que Dieu ne se détourne d'un homme ou d'un peuple qu'après que cet homme ou ce peuple s'est détourné de lui et de sa loi ; en d'autres termes : celui qui perd ses droits a toujours manqué à ses devoirs^ à moins qu'il n'hérite le châtiment du père pour le cas qu'il persévère dans ses errements ; car dès qu'il retourne à la loi de la raison, en vertu de laquelle nul droit n'existe que par le devoir accompli, Dieu ne se détournera pas de lui ; la loi, restant la même,

fera jaillir des effets salutaires des actions de bien et de justice.

Ce chapitre de Moïse devrait servir de frontispice à toutes les constitutions politiques.

Inutile d'ajouter que les Pharisiens ont professé et enseigné des principes tout à fait contraires à cette doctrine fondamentale. Ils admettent la grâce et le destin qu'ils appellent arrêt du ciel.

Le second principe fondamental de Moïse est l'égalité devant la loi pour l'Israélite aussi bien que pour Tétranger (Lévitique, chap. XXIV, v. 22) : « Vous aurez une seule et même justice pour l'étranger comme pour l'indigène. » L'esclave étranger, dès qu'il touchait le sol juif était libre. Tous les hommes pour Moïse sont du reste égaux devant Jéhovah. Ildit(Deutéronome, chap. XIV, V. I): « Vousêtestous fils de Jéhovah votre Dieu, T> Jésus a paraphrasé ce mot en disant : « Vous êtes tous frères. »

Tous les Israélites sans distinction étaient admis à toutes les fonctions, excepté le sacerdoce et le service du temple, réservés à la tribu de Lévi restée sanspropriété. Moïse pousse l'égalité légalejusqu'au point à n'admettre qu'un seul impôt, — un demi-sicle — pour tout citoyen riche ou pauvre, impôt qu'il appelle Kaper Nefeschy le denier de l'âme. (Exode, chap. XXX, V. 12 et 13). Les frais du temple étaient couverts par des dons volontaires. Moïse n'a garde de pousser plus loin Tégalité. Il connaissait trop bien les lois de la nature qui sont les lois de Dieu, pour aller comme Jésus au communis-

me, contraire à la liberté de Thomme et de la société. Mais plusieurs de ses lois tendent évidemment à empêcher la fortune de s'accumuler dans certaines classes supérieures aux dépens des classes inférieures. Pour augmenter la propriété et la fortune universelles, il commence par réhabiliter le travail. Chez tous les peuples idolâtres, le travail était chose vile et déshonorant. Le citoyen libre ne travaillait pas. Il s'exerçait à la guerre pour faire du butin et des esclaves. L'esclave seul travaillait. Moïse, par trois fois dit : « Six jours tu travailleras, mais le septième jour tu te reposeras, toi, ton serviteur, ton animal et tout ce qui se trouve dans tes pointes . » Voilà la première réhabilitation de travail. Non seulement le travail ne désonhore pas, mais il est un des premiers devoirs du citoyen, à condition du repos du sabath, non-seulement pour tous les hommes, mais pour toutes les bêtes.

Par la liberté du travail, la fortune s'augmentera au point, dit Moïse, que tout pauvre disparaîtra à la fin. (Deutéronome, chap. XV, v. 4.) Mais Moïse n'abandonne rien au hasard. Lui, le premier, a crée l'impôt sur le revenu. Il ordonne (Deutéronome, chap. XIV, v. 22), de prélever le dixième de tout revenu, fruit, blé, vin, bétail, lequel dixième peut être estimé et payé en monnaie, au profit des Lévites, de l'étranger, de l'orphelin et de la veuve (Ibidem, v. 29.) Cela ne l'empêche pas de recommander la charité. Il lui voue un chapitre entier (Deutéronome, chap. XV, V. 7 jusqu'à 12). Ce seul chapitre, dans son laconisme, vaut tout ce que les chrétiens réunis ont écrit et prêché sur la charité. Or, comme Moïse défend en outre à l'Israélite de prêter à

son frère de l'argent à intérêt (Lévitique, chap. XXV, V. 36), il était impossible à un Israélite de viwe sans travailler. Outre le dixième de re- • venu qu'il était forcé de payer, outre la friche forcée de la septième année, dont les produits naturels appartenaient de droit aux pauvres et aux bêtes, le capital ne pouvait rapporter que par le travail, uniquement par le travail. On ne peut pousser l'égalité plus loin sans léser la loi de la propriété. Nul législateur avant et après Moïse, n'est allé si loin.

Quant à Timpôt sur le sang. Moïse le premier en a institué l'égalité complète. Tout Israélite sans distinction était soldat depuis Tâge de vingt jusqu'à cinquante ans. (Nombres, chap. I, v. 3.) De ce nombre les Lévites pour leur service étaient recrutés à l'âge de vingt-cinq ans. (Deutéronome chap. IV, V. 3.) Le ministre Stein, en Prusse, en créant le landwehr, a cité la loi de Moïse et l'a prise pour modèle.

Le jury de même, est une institution de Moïse. (Deutéronome, chap. XVI, v. 18) : < Tu te donneras des juges et des administrateurs dans toutes tes portes. » Ces juges étaient élus, mais en général le jury était composé des plus anciens citoyens. Le Sanhédrin du second Temple n'était pas une institution de Moïse. Moïse, loin d'avoir fondé une théocratie, ôte tout pouvoir poUtique et juridique au grand prêtre, sauf pour des cas d'inspection hygiénique et d'accusation d'adultère sans preuves ni témoins.

La théocratie juive date du second Temple par suite des victoires des Machabées, qui étaient gi'ands prêtres ; Moïse n'a jamais admis une noblesse territoriale, ni militaire, ni juridique. La

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tribu de Lévi était sans propriété. Elle était la tribu servante — pour le temple — et enseignante. Elle ne jouissait d'aucun privilège et n'avait pour tout revenu que les dîmes des produits agricoles et des sacrifices. Eh bien! les Juifs n'ont même pas supporté cette seule inégalité! Déjà dans le désert, Korah et ses fils se sont révoltés contre les Lévites, et plus tard les Israélites ont mieux aimé se scinder en deux nations que d'accepter le privilège de la tribu de Lévi. Et cette division a été la cause principale de la perte de leur nationalité !

Quant au principe moral de Moïse, il est dans Jéhovah, le créateur de tous les êtres. L'idéal de l'homme, c'est d'imiter Dieu, « car Dieu est la justice même. » (Deutéronome, chap. I, v. 17).

« Dieu (Lévitique, chap. XIX, v. 2), dit-il encore, est saint, soyez donc saint comme lui. » Dieu étant la justice et la sainteté, l'homme doit aspirer à l'imiter et à écarter de soi toute injustice et toute impureté. Moïse procède toujours par la négation. C'est par la négation du mal qu'il arrive à l'affirmation du bien ; la haine du mal seule conduisant, d'après lui, à l'amour du bien. Un homme moral doit aimer Jéhovah de tout son cœur, de toute sa fortune, et de toute son âme. Ce sont là ses paroles. Celui qui n'aime pas Dieu dans son cœur et dans son âme est fortement soupçonné de devenir immoral, c'est-à-dire, impur et injuste. Moïse, en effet, ne déduit le principe de moralité, ni de Y Utilité y ni An Droit social, ni d'aucun autre axiome. Il le trouve dans ridéal^.^

du cœur, et cet idéal c'est l'aspiration de la

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