CRÉATURE A IMITER*LE CRÉATEUR
L'homme, avant tout, est le serviteur de Dieu.
Plus de dix fois le Pentateuque répète cette phrase: « Car vous êtes mes serviteurs. Vous étiez esclaves en Egypte. » Tous les hommes, n'étant que les serviteurs de Jéhovah, doivent se traiter en frères. Moïse nie presque le moi au nom de ce principe. Sans entrer dans des considérations philosophiques, il parait nier que le non-moi fut autre chose qu'un autre soi-même. Toute sa morale 4'epose sur cette égalité absolue des hommes devant Jéhovah. En vertu de cette égalité il défend même d'aliéner la terre à perpétuité. Il dit: <i A moi est la terre; vous n'êtes que mes serviteurs. » Lévitiqiie, chap. XXV, v. 23). Souvent, sans dire : «Vous êtes mes serviteurs. » il se contente, comme pour la défense de prendre un intérêt, d'ajouter :-« Je suis Jéhovah, qui vous ai tirés d'Egypte. » Lévitique, chap. XXV, V, 38). c'est-à-dire, vous n'êtes tous que des esclaves affranchis par ma loi.
St-Paul, Aux Galates{c\idLp. IV, v. 7 et 8), répète la même chose : « Autrefois, lorsque vous ne connaissiez point Dieu vous étiez esclaves. Aucun devons n'est plus esclave^mais fils. » Puis, Aux Corinthiens (chap. VII, v. 22): « Celui qui étant esclave est appelé au service de Dieu devient l'affranchi du Seigneur. »
Pour tous les cas de la vie ordinaire, Moïse commande au fort de se mettre à la place du faible, et de le traiter comme il voudrait être traité lui-même, s'il était dans le même* cas. « Car, ditil, tu étais comme lui esclave en Egypte; moi seul, Jéhovah, je t'en ai tiré. Que, situ manques
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à cette loi (Deutéronome, chap. XXIV, v. 14), il suffît que le salarié, l'étranger, l'esclave crie contre toi pour que je Técoute; toi alors, et tes enfants, vous deviendrez les opprimés, et je te ferai comme tu as fait à ton frère. »
C'est au nom de cette même loi que Moïse ordonne la charité (Deutéronome, chap. XXV, v.
7,) dans un langage divin: « Tu donneras au pauvre, tu ne rétréciras pas ton cœur et tu ne fermeras pas ta main en présence du pauvre, ton frère. Tu lui ouvriras ta main, et tu lui prêteras tout ce qui lui manque. Garde-toi contre des pensées de mauvaise foi, disant : L'année de Semitah (la septième année) va venir. (En cette année, toute la récolte appartenait de droit aux pauvres.) Garde-toi de regarder lepauvre,ton frère, d'un mauvais œil pour ne rien lui domier. lien appellera contre toi à Jêhovah. Il te sera compté pour un péché. Donne-lui et n'aie pas mal au cœur en lui donnant, car c'est pour cette chose (dans ce but) que Jéhovah fa béni dans tes oeuvres ^ dans l'industrie de ta main. » A la fin du chapitre il ajoute : « Rappelle-toi que tu fus esclave en Egypte, c'est pourquoi tu observeras et tu exécuteras toutes ces ordonnances. >
Toute la loi morale repose sur ce principe :
l'homme, serviteur de Dieu, doit l'imiter pour toutes les créatures, surtout envers son frère, qui est son égal absolu devant le Créateur.
Saint-Jean (chap. III, v. 20), répète ce principe. Il dit : «Si quelqu'un dit j'aime Dieu et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur, d
Ce Cjéateur étant juste et saint, il faut que l'homme tende également à devenir juste et saint ; et pour commencer à y tendre, il faut éloigner
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de son corps toute impureté et de son esprit toute injustice. La justice de Dieu envers les êtres est, d'après Moïse, de les avoir créés utiles les uns aux autres et de laisser à chacun tout le développement de son individualité. L'homme est le mieux doté, car il est quasi comme Dieu, il est libre et il est responsable. Il faut donc que rhomme, pour être juste, laisse à son semblable toute la liberté de son développement et de son travail. Pour ce, il faut que le plus fort commence à ne pas opprimer, à ne pas voler, à ne pas tuer son prochain plus faible et à lui laisser sa femme, sa terre, son serviteur, son bœuf et son âne -.Moïse n'énonce donc pas les droits absolus dé l'homme, il ne dit pas : « Tu auras le droit de vivre, de posséder, d'aimer, de travailler, de donner, de tester, etc. » Car à quoi sert ce droit illusoire du faible là où le plus fort, ne faisant pas son devoir, ne sent pas le principe de jus tïce^^ncré dans son cœur, par un idéal simîpie, divin, inviolable, par amour de Dieul Mais il dit : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, tu ne violeras pas ton serment, tu ne prendras à ton semblable ni sa femme, ni son semteur, ni son bœuf, ni son âne ; tu n'envieras pas son bonheur. » Le tout au nom de Dieu qui est la justice, qui, non-seulement laisse à toutes ses créatures leurs droits naturels, mais qui ne permet pas qu'on attente au droit d'une existence, homme, bête ou plante, sous peine d'appliquer au violateur de la loi la même injustice comme châtiment. C'est la loi de la logique. Toute action porte quelque part, réagit quelque part. Un action qui trouble cette harmonie sera détruite par une action similaire,
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comme deux dissonnanees se dissolvent dans un accord parfait. La justice comme châtiment n'est pas autre chose. Il en est de même de toutes les actions d'impureté physique. Bon nombre de commandements de Moïse rentrent dans cette catégorie. Tels sont les mariages consanguins, les abominations de sacrifices d'enfants, la défense de manger certaines bêtes, certains poissons et certains oiseaux que l'on croyait impurs et mille autres règlements sur la lèpre, les appartements, le camp, les ablutions, les costumes et jusqu'aux modes des peuples idolâtres qu'il abomine et que le pays vomit à cause de leurs impuretés, comme le corps humain rend des aliments indigestes. Il y a plus. Non-seulement l'hommi ne doit pas être injuste, non-seulement il doit tendre à être juste, mais encore il ne doit permettre ni une injustice, ni une impureté. Ainsi l'action de Pinhas (Nombres, chap. XXV, V. 7,) saisissant un javelot pour percer de part en part un prince juif avec une fille midianite, qui s'était prostituée pour lui faire adorer ses dieux, est considérée par Moïse, au nom de Jéhovah, comme un acte méritoire digne d'être signalé. « Il a apaisé la colère de Dieu. » Luimême, Moïse, tue un Égyptien qui veut tuer un Israélite ou qui menace sa vie par la dureté de l'esclavage. Il ne faut pas, d'après Moïse, permettre qu'une injustice soit faite à son semblable, il faut accourir à son secours. Il dit littéralement (Lévitique, chap. XIX, v. 17): « Ne reste pas debout (inactif) près du sang de ton prochain. > Il ne faut pas permettre qu'une fille se prostitue, mieux vaut la retrancher de la commune. Un homme ne doit pas se rendre justice
soi-même, mais on doit intervenir de corps et d'àme pour empêcher qu'une injustice ne soit faite, qu'une impureté ne soit tolérée. On le voit, la morale de Moïse va très loin. Le propre père ne doit pas tolérer un fils dénaturé, s'il est prouvé que ce fils prodigue, paresseux, ivrogne, est incorrigible, mais il faut que le père et la mère ensemble soient d'accord pour dénoncer leur fils à la commune, qui le jugera en dernier lieu (Deutéronome, chap. XXI, v. 18).
La morale de Moïse est souvent excessive, mais elle est toujours logique.
Nous avons vu que Moïse n'énonce jamais un droit, que les droits des uns, d'après lui, jaillissent toujours des devoirs accomplis des autres. Ces devoirs sont édictés sous une forme tantôt négative, tantôt affirmative. Ils ont deux principes pour base, à savoir:
La négative : « Le droit de Tun s'arrête là où le droit de l'autre est lésé. Donc, tu ne feras pas, etc., etc. »
L'affirmative : « Ce que tu veux qu'on te fasse, fais-le à autrui. » Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lévitique, chap. XIX, v. 18).
Et toujours, au nom de Jéhovah, la justice de la loi, ne laissant pas impunies les infractions au droit du prochain, récompensera le devoir accompli. Le chapitre XIX du Lévitique, qui est une espèce de résumé rédigé sur de vieux documents, contient des commandements moraux très élevés de ces deux genres. Ce chapitre, bien qu'il répète certaines lois déjà connues, est très remarquable. Le voici :
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« Et Jéhovah parla à Moïse et dit : « Parle à toute la commune d'Israël et dis-leur ce qui suit : Soyez saints, car saint je suis, moi, Jéhovah votre Dieu. Que chacun respecte sa mère et son père ; observez mes jours de repos, je suis Jéhovah votre Dieu. Ne penchez pas vers les idoles, ne vous faites pas de dieux fondus, je suis Jéhovah. Quand vous sacrifiez un sacrifice de paix, vous le pouvez d'après votre volonté, mais qu'il soit mangé le jour du sacrifice et encore le lendemain ; ce qui reste pour le troisième jour doit être brûlé. C'est chose réprouvée qui ne peut être accueillie à bien. Celui qui le mange portera sa peine, car il a profané la sainteté de Dieu, et cette âme doit être retranchée de son peuple. (Evidemment cette défense, comme tant d'autres, est hygiénique; la viande de trois jours est impure et malsaine). Quand tu récolteras la moisson de la terre, ne coupe pas les coins de ton champ, et ce qui reste de ta moisson ne le ramasse pas. Ne grapille pas ta vigne et ne glane pas les grappes tombées ; au pauvre, à l'étranger, tu abandonneras tout cela, je suis Jéhovah votre Dieu (1). Vous ne volerez pas, vous ne dénierez pas, vous ne mentirez pas l'un contre l'autre, vous ne jugerez pas en mon nom en mentant, car tu prof ancrais le nom de ton Dieu. Je suis Jéhovah. Tu n'opprimeras pas ton prochain, tu ne le spolieras pas, tu ne garderas pas une seule nuit jusqu'au matin le salaire du mercenaire. Ne maudis pas, n'injurie pas un sourd, ne mets jamais un achoppement
(1) J'ai déjà fait observer que la formule : J3 suis Jéhovah veut dire : vous êtes tous égaux devant Dieu.
devant un aveugle. Crains ton Dieu, Je suis Jéhovah.
« Que rien de tortueux n'entre dans votre justice. Ne ménage pas le pauvre parce qu'il est pauvre, et n'aie nul égard pour le riche parce qu'il est riche. Juge ton prochain avec justice, ne va pas rapportant contre ton prochain, ne le dénonce pas, et ne reste pas debout (inactif), quand il s'agit du sang de ton prochain. Je suis Jéhovah. >
€ Ne hais pas ton frère dans ton cœur. Ne lui compte pas pour une faute, avanlj^de l'avoir discutée avec lui . Ne te vCTig e pas . Tu ne dois pas * garder rancune M fils de*on peuple . Tu dois
AIIIEK TON PROCHAIN COIfIfE TOI-MÊME. Jc^Suis
Jéhovah. >
C'est avec cet axiome qu'il clôt lê% commandements moraux de ce chapitre. ïl Sbntient en effet, en trois mots, — car en hébreu il n'y a •que trois mots, — le vi^ai sens de -toutes les autres prescriptions.
L'autre axiome : « Fais à ton prochaka ce que tu voudrais qu'il te fit , > est énoncé plusieurs fois ; d'abord pour les peines, il est dit, ententes lettres (Deutéronome, chap. XIV, v. 19): «Et vous lui ferez comme il a compté faire à son frère. » Le commandement « œil pour œil et dent pour dent » repose sur le même^rincipe que Moïse appliquée au mal comme au bien.
Moïse ordonne (Deutéronome, chap. XXII, V. 1,) de recueillir l'animal égaré du prochain ou n'importe quel objet perdu pour le lui rendre, de relever l'animal tombé, etc., etc. c'est-à-dire: € Fais à ton prochain ce que tu espères qu'il te fera. » Il dit (Lévitique, chap. XIX, v. 33 et 34) : € Ne vexe pas l'étranger, aime-le comme toi-
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même^ car vous étiez étrangers dans le pays d'Higypte. »
Dans aucun pays actuel l'étranger n'est encore régal des nationaux. Dans l'Etat de Moïse il l'était. Il dit en outre : «Si tu prêtes de l'argent à ton peuple, au ^uvre chez toi, ne sois pas avec lui comme un usurier, ne lui impose pas d'usure, Si tu prends à gage Thabit de ton prochain, rends-le lui au coucher du soleil, c'est peut-être son unique habit pouf se couvrir. Avec quoi se couchera-t-il? Et, s'il crie vers moi, je récouterai car je suis bon (Exode, chap. XXII, V. 26). D Même Commandement dans le Deutéronome. Moïse y ajoute (DmitéronomCi^ap. XXIV, V.13) : « Rends-lui le gage, afin qu'il couche dans son habit*, te bénisse et que cela te soit une vertu devant Jéhovâh. » Il dit encore (Exode, chap. XXIII, vSl,:etc.): «Ne répands pas de faux bruits, ne sois pas avec le méchant pour être le témoin d'une violence. Ne sois pas avec la majorité pour te mal. Dans un conflit, ne réponds pas pour pencher avec la foule (la majorité). Dis ce (^e tu penses. Mais n'aie pas d'égard non plus dans sa querelle pour le pauvre. Si tu rencontres le bœuf de ton Ennemi ou son âne égaré, retourne-lè-lui. Si tu vois Vâne de ton Ennemi (1) succomber sous son fardeau, garde-
(1 ) Où donc le Nouveau Teslament, Saint-Mathieu (chap. V, V. 43,) a-t-il lu que TAncien disait : « Tu haïras ton ennemi ? » Salomon va encore plus loin. Il dit (Proverbes, chap JCXIV, V. 17) : « Quand ton ennemi tombe, ne te réjouis pas, et,
Suand il bronche, que ton cœur ne jubile pas. Gela pourrait éplaire à Dieu pour détourner le mal de lui sur toi. » Et (chap. XXV, V. 21) : a Quand ton ennemi a faim, donne-lui k manger, quand il a soif désaltère-le, etc. Saint-Paul répète les mêmes paroles, mais sans citer Salomon.
toi bien de Vabandonner, soulage-le du fardeau. Ne penche pas dans sa querelle le jugement de ton pauvre. Éloigne-toi de tout mensonge, ne livi'e jamais à la mort Tinnocent et le juste, car je ne laissei^ai jamais le méchant impuni. N'accepte pas de présent corrupteur, car la corruption aveugle les sages et fausse les paroles des justes. D II répète plusieurs fois: «Ne vexe en rien ton prochain. »
Revenons à l'égalité.
Une loi n'est pas fondée sur la justice absolue sans qu'il y ait égalité parfaite devant cette loi. V égalité^ nul législateur avant Moïse ne l'a énoncée avec autant d'énergie et de logique. Aujourd'hui même, sous bien des rapports, l'idéal de la civilisation européenne est loin d'atteindre celui de Moïse. Cette vérité brillera surtout de tout son éclat quand nous aborderons son système politique et social. Il n'y a pas dans sa législation de trace d'une aristocratie quelconque, ni d'aucun privilège. Les privilèges de la tribu de Lévi sont plutôt des devoirs que des droits. Cette tribu prélevait la dime des sacrifices parce qu'elle n'avait pas de droit à une propriété quelconque. C'était un clergé forcément voué à la pauvreté et n'exerçant pas d'autre influence que celle de sa science et de sa sainteté. Du moins tel était le but de Moïse, disant (Nombres, chap . XVIII, V. 23 et 24): «Ils n'auront point de propriété. C'est pourquoi j'ai donné aux Lévites le prélèvement de la dime pour héritage. » Et pourtant cette seule inégalité des Lévites devint la cause principale de la division entre Juda et Israël. On
a VU combien de fois Moïse recommande au juge de n'avoir égard pour son jugement, ni à la richesse, ni à la pauvreté. Dans la pratique pourtant , le principe de l'égalité se heurtait aux usages invétérés (jm consuetudinarium), même pour l'esclavage. Les règlements au sujet de l'esclavage se trouvent : Lévitique, (chap. XXV), Exode, (chap. XXI), etDeutéronome, (chap. XV, V. 12) ; mais, entre ces trois versions il y a tout unmonde. Ou, ce qui n'est guère probable, Moïse a changé lui-même sa loi, ou bien les chapitres de l'Exode et du Deutéronome ont été comme tant d'autres intercalés.
Dans le Deutéronome il y a égalité complète entre l'homme et la femme. Le voici textuellement : « Si ton frère l'Hébreu ou VHebreue se vend, il te servira six ans ; à la septième année tu le renverras libre. Quant tu le renverras libre tu ne le renverras pas la main vide. Tu lui feras un pécule de tes ouailles, de tes récoltes et de tes vendanges dont Dieu t'aura béni. Rappelle-toi que tu as été esclave dans le pays d'Egypte et que Jéhovah ton Dieu t'a affranchi. C'est pourquoi je t'ordonne cela aujourd'hui. Mais, s'il te dit : « Je ne veux pas te quitter, car je t'aime, toi et ta maison, parce qu'il se plaît chez toi, alors tu prendras un foreur et tu lui foreras l'oreille contre la porte, et il sera ton esclave leolam. Et tu en feras de même à V esclave femme. »
Nous avons vu que le mot Olam ne veut pas dire à toujours, puisque Moïse l'emploie pour la défense d'abattre des bêtes sans les présenter à l'autel; défense qu'il a suspendue lui-même.
Or, Moïse défend l'esclavage d'une manière absolue. Il dit (Lévitique, chap. XXV, v. 39) : Si
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ton fr^'^s'appauvrait et se vend à toi, ne lui fais jlhs faire des travaux d'esclave. Comme un salarié^ coiffm%un colon il sera avec loi, car ils sont tous mes serviteurs à moi que j'ai délivrés d* Egypte y^ ils ne doivent pas être vendus comme
^esclaves, ne le traite pas avec sévérité. Crains tQi^ieu ».; Un esclavagiste monarchiste a inter-
* oalr au milku de Q/es paroles les lignes suivantes évidemménRifausses { « Il te semra jusqu'à Tannée du Jubilé» sortila alors d% chez toi, lui et ses enfants et retournera à*sa famjlle et au patrimoine de ses pères » . Ptiis'à la fin : « L'es-
yciavcIN^me et femme, que ta auras des peuples aJcmir de toi, d'eux, voVfS pouvez acheter serviteur ou servante.'^ ^ . .
Voilà donc une abolition en tt)ute forme de l'e^lavage pour fbut Israélite. Il doit, être traité ^0ne un salarié. Tout le regte est faux et intercalé. Et, comme à trois fof^oïle accorde le même droit à l'étranger îîomme à l'indigène, la phrase concernant les esclaves étraùgers est égë^JMient ajoutée. Elte est contraire à la loi de }i\^^Sk Deutéronome, chap. X^III, vr47,il défencRe livrer à son maître un esclave étranger qui s'est sauvé.. Dès qu'il touchait le sol du pays juif il était libre. Exode, chap. XXI, v. 20,. il punit de mort un maître qui tuait son esclave.
Voici nmintenant la version de l'Exode qui dit tout le contraire, et qui certes aussi est postérieure à Moïse :
« Quand tu achèteras un esclave hébreu (on pouvait donc le vendre?) Il te servira six ans, à la septième année il sortira libre. S'il est venu seul, il s'en ira seul. S'il a une femme elle sortira avec lui. Si son maître lui a donné une femme qui
lui a donné des Qls et de$ filles» les^nfanfs se- m ront au maître et lui sortira seul. Mais si l'esclave , dit : « J'aime mon maître, ma fejaime et mes enfants, je ne veux pas êtr^. libre, » i^n maître l'amènera alors devant Ig juge, l'approchera de la* poi'te ou poteau, lui forera l'oreille et l'escl
servira leolam (toujours jusquiau JiÀilé). Er s^ quelqu'un vend sa fille pour esclaféP^oii pouvait donc vendre séf fille? c'ei^ contre la loi) elle ne sortira pa^ comme l'esclave homme. » C'est diamétralement opposer au Deutéronome, QÙjl est dit : Et ainsi tu feras à l'esclave femme. SEto riA * plaît pas à son maître qui ne l'épouse ^il^ elle . est libre. Il ne peuti^n aucune manière, la vendre à l'étranger ayant été parjure envers elle. S'il la donne à son fils, on lui fera d'après^e droit des filles a|rr|jjphies. S'il en prend une aunli|§ pour lui, il ne climinuera rien ni de sa nourriture, ni de ses vétementsj ni de ses droits à l'amour conjugal. S'il manqué à une de ces trois cho.ses, elle est libre et sort sans rançon. » A
Abstraction faite de ces contradictions, ol6|^ le' peuple de l'antiquité et même des temps modernes ayant eu ou ayant encore des esclaves, qui puisse s'enorgueillir d'une pareille loi? Il est vrai que les rois juifs ne se sont pas gênés (k la violer, malgré les cris et les menaces des prophètes. Ils ont même, grâce à des prêtres complaisants, falsifié les règlements de Moïse, comme on le voit, mais ils li'ont pas pu effacer tçut.- *Nous verrons plus tard dans un article spécial que la femme Israélite, sauf la distinction sexuelle, jouissait des mêmes droits que l'homme et qu'eue a perdu ses droits, à mesure que la monarchie et le clergé ont renié les principes
divins du grand législateur pour les échanger contre ceux des peuples despotiques et idolâtres. La femme est restée victime de ces principes menteurs jusqu'à nos jours.
La troisième loi fondamentale de Moïse est la solidarité.
Moïse ne proclame pas seulement l'égalité pour les hommes, il est le premier et Tunique législateur qui ait proclamé la solidarité de tous les êtres, prescrivant à Thomme des devoirs envers l'animal, la plante et la terre. Evidemment ces devoirs jaillisent du principe philosophique de Moïse. D'après ce principe, Dieu a créé rhomme à son image, mais toutes les créations, même la matière brute, sont une émanation de son essence. La différence entre les êtres n'est que dans la quantité d'essence divine que chaque être contient. De là le devoir du supérieur de se vouer à l'inférieur, le devoir de l'homme envers la bête et la plante. Naturellement ces devoirs accomplis tournent en faveur de l'homme. « La teiTC elle-même, dit Moïse, te donnera toutes ses bénédictions si tu obéis à ma loi. » Voici maintenant les quelques règlements que Moïse a prescrits en faveur des bêtes et des végétaux.
Il ordonne (Exode, chap. XXII, v. 29, puis Lévitique, chap. XXII, v. 26,) de laisser le petit à sa mère pendant huit jour$ avant de le sacrifier. Il ordonne à deux fois de célébrer le sabath, afin que la bête ait un jour de repos. Il défend (Lévitique, chap. XXII, v. 28,) de tuer le petit avec son père ou sa mère lé même jour. Moïse
reconnaissait aux bêtes une sentimentalité, plus qu'un simple instinct. Il défend à deux fois « de cuire Tagneau pendant qu'il est au lait de sa mère (Exode, chap. XXXIV. v. 26 et Deutéronome, chap. XIV, v. 21 .)Il défend (Deutéronome, chap. XXII, V. 6,) de dénicher la mère avec les oiseaux, et ordonne de donner la liberté à la mère et de ne garder que les petits « afin, ajoute-t-il, que tu vives longtemps. » Cette précaution pouvait bien n'être qu'une mesure en faveur du gibier. Même chapitre (verset 10), il dit : « Tu ne laboureras pas avec un attelage de bœuf et d'àne. » En cela, Moïse protège l'âne plus faible contre le bœuf plus fort. Il défend (Lévitique, chap. XIX, V. 19,) le croisement de différentes races entre bêtes, de même que le mélange des semis de plantes de différents genres qui s'excluent. Il répète cette défense (Deutéronome, chap. XXII, V. 9,) ajoutant une raison que nous ne comprenons plus , car il y ajoute « de peur que la semence et le fruit de la vigne ne soient ensemble profanés ou neutralisés. » Il ordonne (Lévitique, chap. XXV, v. 4^) de laisser la terre en friche tous les sept ans. Un sabath des champs comme il dit. Ce qu'elle produit toute seule apparliendra aux esclaves, aux étrangers, aux bêtes et aux animaux du pays » (même chap., v. 6.) Il défend de m'tiseler le bœur pendant qu'il bat le blé dans l'aire (Deutéronome, chap, XXV, v. 4). Enfin Moïse défend (Lévitique, chap. XXII, V. 24,) formellement de châtrer un animal (1).
{i)Josèphe, Antiquités liv. IV,ch8,conslale cette défense qui était universelle. Les Juifs n'avaient pas de bêles châtrées. Ils labouraient avec des taureaux qu'ils conduisaient par un
Non-seulement un animal châtré ne peut pas être présenté à Tautel^jfnais Moïse ajoute : € Tune feras cela à nulle bête dam ton pays. » Ce droit que Moïse assure aux animaux, certains peuples ne rassurent pas encore aux hommes (1).
Moïse défeqd de couper un arbre fruitier même dans le pays ennemi pendant la guerre, « car Vhomme est comme un arbre des champs * (Deutéronome, chap. XX, v. 19.) Enfin, il ordonne (Lévitique, chap. XIX, v. 23), de ne manger les fruits d'un arbre nouvellement planté pendant trois ans, de présenter ceux de la quatrième année à Tautel, et de n'en jouiiBqu'à la cinquième année. Ce dernier commandement est un règlement hygiénique et prouve la profonde conmissance que Moïse a eue de la nature et de ses lois.
Ces lois ont été encore plus rarement observéesT^ftrtout lesabath des cftamps, que les autres lois de Moïse. Les rois nerempUssaientpas leurs devoirs envers les êtres qui pouvaient se plaindre. Qu'avaient-ils à craindre des bêtes et des végétaux ? Il est vrai que ces derniers, sans parler, leur répondaient par des famines, des pestes et d'autres plaies contagieuses. Ce langage était parfois plus éloquent que les stériles réprimandes des hommes, y compris leurs révoltes et
crochet, espèce de frein attaché aux naseaux et dont le la* boureur tenait la bride en sa main, (i) Tel n'est pas Tavis de Saint-Paul, Il dit Aux Corin- > thiens (chap. IX, v. 9) : « II est écrit dans la loi de Moïse : Vous ne tiendrez pas la bouche liée au bœuf oui foule les grains. Est-ce que Dieu se soucie des bœufs ? » Puis (chap. XV, V. 39) : « Toute chair n'est pas la même chair. Autre est la chair des hommes, autre est la chair des bêtes, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons ».
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leurs vengeances. Les végétaux et 1^ animaux ne demandent pas mieux que de servir les hommes et de leur être utilesf^*mais il ne faut pas croire qu'ils n'aient pas leur manière de protester contre les tyrannies et les manques de devoir des humains. Plus d'une peste est sortie des marais abandonnés qui exigaient d'être desséchés et cultivés, et plus d'un tyran a péri par une maladie contagieuse qui a été donnée aux hommes par des animaux maltraités, mal soignés, c'est-à-dire, traités en dehors des lois que la nature leur a tracées.
tr XVII
Chose extrêmement curieuse ! Moïse non seulement ne répète pas dans le Deutèronome le commandement de la circoncision, mais il n'en fait nulle part une loi particulière. Là où il en parle, l'interpolation. es^ flagrante. Il dit : (Léyitique, chap. XII, V. 2) : « Une femme qui accouche d'un enfant mâle sera impure pendant sept jours, etc. » C'est un règlement sur la femme. Mais verset 3 on y a ajouté : « Et le huitième jour, on circoncira la chair de son prépuce. » Il n'était nullement question de l'enfant. Le verbe masculin n'a rien à faire quand il ne s'agit que de la mère. Moïse n'aurait ceçtainement pas ordonné une loi si importante d'v/ne manière incidente. Même interpolation pour la fête dePàque. (Exode, chap. XII, v. 48) : « Si un étranger veut fêter la Pâque, qu'il cu'concise tous ses mâles. Un inch'concis ne doit pas manger » (de l'agnea^f pascal). Mais puisque Moïse n'a nulle part ordonné la circoncision aux Israélites, pourquoi commencer par l'étranger ?
Elohim a bien ordonné à Abraham (Genèse, chap. XVII,v. 13), de circoncire tout enfant mâle, mais ce commandement n'est nullement obligatoire pour Moïse. Ce même Dieu n'a-t-il pas ordonné à ce même Abraham de lui sacrifier son flls, sacrifice puni de mort par Moïse ! Et quand il se contente d'un bélier, où est-il écrit qu'il s'en contentera toujours ? Ce même Dieu n'a-t-il pas toléré Jacob épousant deux sœurs ; Moïse cependant l'a défendu. Abraham avait épousé Sarah qui était la fiUe de son père. (Genèse, chap. XX. V. 12). Moïse pourtant a interdit ces sortes de mariages. Et puis, chose plus curieuse encore ! Moïse, longtemps après Abraham, n'avait pas circoncis ses propres fils, ce qui résulte clairement du chapitre IV de l'Exode, (verset 25). La circoncision était un usage adopté depuis Abraham ; mais jamais Moïse n'en a fait une loi, autrement il l'aurait certainement édictée dans le Deutéronome ou dans un autre document, mais à sa manière, grande et nette, et non subrepticement, incidentellement. (La circoncision a été inventée par Abraham pour l'abolition du sacrifice humain constaté par la légende du bélier substitué à Isaac.) C'est im minimum de sang humain voué à Dieu, Aussi l'appelle-t-il unpacte de chair. (Genèse, chap. XVIL v. 13.) C'est du reste l'avis de Jésus qui dit : Saint-Jeaii (chap. VII, v. 22) : « Moïse vous a donné la circoncision, non pas qu'elle soit de Moïse, mais des patriarches. »
La politique de Moïse est la conséquence logique de sa doctrine philosophique, jusqu'à la for-
me de son État qui, pour n'être pas absolue, est pourtant essentiellement démocratique, élective et sociale. Tout en évitant le communisme et la promiscuité des femmes de Platon, le principe égalitaire et électif prédomine. Moïse lui-même a donné un exemple frappant du principe électif. On sait qu'il a eu deux fils, dont l'un s'appelait Gerson et l'autre Éliéser, (Exode, chap. XVIII, V. 3 et 4,) de plus un beau-frère, fils de Réuel Jéthro, qu'il a prié de l'accompagner dans le pays promis. (Nombres, chap. X, v. 29.) Pourtant, il n'est jamais question ni des uns ni des autres comme fonctionnaires ou chefs de l'État. Moïse cependant représentait le pouvoir suprême, il eût pu léguer le pouvoir à son fils aîné au lieu de choisir Josué, son disciple et porteur d'armes. Il a bien nommé le fils d'Ahron grandprêtre à la place de son père. Mais la tribu des Lévites n'avait pas, ne devait pas avoir d'influence politique d'après le Statut de Moïse. L'hérédité dans cette tribu restreinte ne lui paraissait d'aucun danger ; le fils pouvait oflîcier à la place du père ; il ne fallait pour ces fonctions qu'une longue habitude sacerdotale et une grande pureté de mœurs, qualités accessibles à tous les hommes de bonne volonté. Il n'en était pas de même des qualités que l'on exige d'un chef politique en même temps général en chef. Et pourtant dans l'hérédité sacerdotale des Lévites se trouve la plaie vive, le centre de corruption de la loi politique de Moïse. C'est pour avoir manqué de logique et de conséquence que l'édifice si péniblement élevé de Moïse a croulé. Ce vice d'organisation se fait sentir dès le début. Déjà, dans le désert, la famille de Korah se révolte contre
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l'hérédité sacerdotale de la famille d'Ahron. Moïse Répondit par un coup d'État ; mais le peuple, à son tour, sachant très bien comment et de quelle manière les Korahites ont été vaincus, répond : € Fais-nous donc tuer nous tous ! » Plus tard, deux tiers d'Israël, plutôt que d'accepter l'hérédité sacerdotale des Lévites, vogt se créer d'autres dieux, d'autres lois et d'autres prêtres. Il se peut comme le fait observer si judicieusement Spinoza, il se peut que Moïse, tenant avant tout à ce que ses prêtres n'eussent pas de propriété, fût forcé de vouer toute une tribu au sacerdoce ; mais il n'en est pas moins vrai que la chute d'Israël est uniquement due au principe d'hérédité, nié partout dans le système de Moïse, admis seulement par privilège dans la tribu de Lévi. Là est la cause première de toutes les révoltes, de toutes les divisions intestines, de toutes les guerres civiles en Israël. Ce fut là aussi l'unique cause de l'établissement du royaume d'Israël, se séparant du royaume de Juda, qui seul a consem l'hérédité de la tribu de Lévi. Le royaume de David une fois scindé, sa perte était inévitable. (Voir Traité théologico-politiqv£ de Spinoza, qui attribue la chute du premier Temple uniquement à cette inconséquence de Moïse.) Au second Temple, les pitres, les Pharisiens s'étant emparés du pouvoir, ils en ont fait, contrairement à la loi de Moïse, une véritable théocratie, intei'prétant la loi d'après leur bon plaisir, la tronquant et la défigurant au gré de leurs intérêts, créant forcément des sectes et des divisions qui, après avoir tiraillé en tous sens le pays, ont fini par le livrer à l'étranger.
LE TALMUD ET l'ÉVANGILE lOJ ^
L'État de Moïse, sauf cette exception, reposait entièrement surleprincipe électîf et sur Tassentiment du peuple, y compris les femmes. Sa propre loi, Moïse Texpose devant le peuple (espèce de suffrage universel acclamant), tous répondent : Amen ! ce qui veut dire : « Oui, ainsi soit-il, » surtout pour les défenses. (Deutéronome, chap. XXVII, v. 14 à 20.; Plus d une fois, Moïse en appelle à cette acclamation . Il dit : (Deutéronome, chap. XXIX, v. 9): «Vous tous, vous êtes debout aujourd'hui devant Jéhovah votre Dieu, vos chefs, vos juges, vos anciens et vos administrateurs, tous hommes d'Israël. Vos enfants, vos femmes, l'étranger qui est dans ton camp, depuis lefendeurde bois jusqu'au puiseur d'eau, pour passer le pacte avec Jéhovah ton Dieu. »
Ce pacte, Moïse l'a scellé au nom de Jéhovah pour toutes les générations. Jéhovah, selon lui, ne le rompra que lorsque les générations les premières l'auront violé. Lui-même avait nommé des chefs pour dix, cent, mille, dix mille. Mais il dit bien au peuple : (Deutéronome, chap. XVI, V. 18) : <lTu te donneras des juges et des administrateurs dans toutes les portes que Jéhovah ton Dieu te donnera pour juger. Et qu'ils jugent le peuple d'après la stricte justice. Tu ne pencheras pas la loi, tu n'auras nul égard à n'importe quel visage et tu ne te laisseras pas corrompre. Tu aspireras ardemment après la juctice et ce qui est juste, afin que tu vives et que tu hérites du pays que Jéhovah ton Dieu te léguera. »
Evidemment ces juges étaient élus, comme d'ailleurs l'histoire A^^ Juges le prouve. Ils étaient parfois acclamés. Les femmes elles-mêmes pou-ogie
valent être élues, à plus forte raison avaientelles voix au chapitre. Témoin Déborah, qui gouvernait souverainement, acclamée par la nation.
Il en était de même de Tarmée ; d'après la loi de Moïse, tout Israélite à l'âge de vingt ans était soldat. (Nombres, chap. XXVI, v. 1 et 2.) Seulement, voici ce quil dit: (Deutéronome, chap. XX, V. 5) ; « Quand tu iras en guerre contre ton ennemi, les administrateurs diront au peuple ce qui suit :
« Quiconque a bàtî une maison sans lavoir inaugurée, qu il rentre dans sa maison. Il pourrait mourir et un autre l'inaugurerait. Quiconque a planté une vigne sans Tavoir vendangée, qu'il retourne chez lui. Il pourrait mourrir et un autre la vendangerait. Quiconque s'est fiancé avec une femme et ne l'a pas épousée, qu'il rentre chez lui. Il pourrait mourir et un autre l'épouserait. »
D'ailleurs, (Deutéronome, chap. XXIV, v. 5), Moïse ordonne^ que tout nouveau marié soit exempt du semce militaire pendant la première année de son mariage.
Puis les administrateurs, parlant au peuple, diront :
€ Quiconque a peur et se sent mou de cœur, qu'il rentre chez soi, afin qu'il n'amollisse pas le cœur de ses frères comme le sien. Cela dit, ils nommeront des chefs de Varmée pour être à la tête du peuple. »
Les officiers étaient donc nommés par les Schotrim qui eux-mêmes électifs, étaient nommés parle peuple.
Ce^ système d'égalité fut étendu par Moïse jusqu'à la propriété. On sait que Moïse (Nom-
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bres, chap. XXXIII, v. 54), avait ordonné de partager le pays conquis en autant de parts que de tribus, sauf pour deux tribus et demie qui préféraient rester en deçà du Jourdain.
Ce partage se faisait par le sort. Pourtant il ordonnna que les propriétés dussent être adjugées pour la quantité d'après la population plus ou moins considérable des tribus. Ce qui serait difficile à accorder avec le tirage au sort , à moins d'admettre que les tribus égales en population seules eussent entre elles tiré au sort leur partage.
Cette propriété devait être inaliénable ; on ne pouvait la vendre que pour quarante-neuf ans ; au Jubilé, toute propriété rentrait au propriétaire primitif. Le Jubilé s'appelait deror (Lévitique, chap. XXV, V. 10), c'est-à-dire liberté. Dans cette année tout ce qui s'était vendu rentrait libre. La terre, dit Moïse (Lévitique, chap. XXV, v. 28), ne doit jamais être vendue pour toujours, car à moi, dit Jéhovah, appartient la terre. Moïse répète cette phrase deux fois : « Vous n'êtes que des étrangers et des locataires. »
Saint-Paul, Aux Corinthiens (chap. X, v. 26), répète la phrase de Moïse : « Car la terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur. »
Ce retour aux premiers propriétaires n'a jamais été mis en exécution. Grâce à la riK)narchic, le Jubilé et le Semitah restèrent à l'état d'idéal. Les rois prennent mais ne rendent pas.
Moïse avait élevé son peuple pour être un peuple agriculteur. Il devait la dime de tout aux Lévites sans propriété, ne cultivant quela loi etl'art
d'enseigner. En cas d'impossibilité de présenter la dime en nature» on la transformait en argent. Mais en tout cas le peuple dispersé à la campagne devait trois fois par an, à la Pàque, à la Pentecôte et à la fête des Cabanes, se rendre en personne a Jérusalem, hommes et femmes. Ces sortes de fêtes n'étaient pas seulement des foires d'échange ; par ces voyages forcés, Moïse espérait répandre l'instruction sacrée parmi toutes les classes du peuple, grâce au frottemenl continuel des campagnards contre les habitants de la capitale, siège des Lévites, des prêtres et des prophètes. Plus tard le Talmud, qui en tout est le contraire de la loi de Moïse, a exempté les femmes de ce voyage, comme si la femme n'avait pas besoin d'enseignement. Moïse tient tellement à l'instruction universelle qu'il dit: (Deutéronome, chap. XXXVI, v. 10): «Après sept ans, àla Semitah, à la fête de Soucoth, quand viendra toiU Israël pour comparaître devant la face de Jéhovah ton Dieu, à l'endroit qu'il choisira, tu feras la lecture de toute cette Thorah (doctrine) en présence de tout Israël et à leurs oreilles. Rassemble le peuple, hommes, femmes, les enfants et l'étranger dans les portes y afin qu'ils entendent, qu'ils apprennent, qu'ils craignent Jéhovah votre Dieu, et qu'ils observent les paroles de cette Thorah. Et leurs fils ignorants écouteront et apprendront à craindre Jéhovah votre Dieu. »
C'était donc l'enseignement universel, gratuit et obligatoire. Les Pharisiens ont aboli l'obligation de renseignement gratuit, surtout pour les femmes. La femme d'aUleurs a perdu ses droits dès l'établissement de la monarchie.
Moïse ne parle nulle part du comnje|'g^j0|feie
rélranger. Pourtant, d'après la loi sur l'intérêt, changée deux fois dans le Pentateuque, il ressort qu'il a songé au commerce d'exportation. C'est là l'avis du savant Michaélis. Moïse avait d'abord défendu tout intérêt (Exode, chap. XXII, V. 24); puis (Lévitique, chap. XXV, v. 35,) il défend de prêter à intérêt au pauvre. Mais (Deutéronome, chap. XXIII, v. 20,) il permet de prêter à intérêt à l'étranger. Les Juifs exportaient, en effet, du blé et du vin par l'entremise des Tyriens et des Sidoniens. Or, nul commerce n'eût été possible avec la défense absolue de prêter à intérêt.
Michaélis va plus loin encore. Il prétend que Moïse a ordonné la Semitah (défense de cultiver à la septième année) afin de forcer les Israélites d'avoir toujours des provisions de blé, de vin et d'huile, et de ne jamais recourir aux étrangers pour les substances premières, de peur que le peuple ne retournât au culte des idoles. Je cite cette opinion parce que Michaélis, dans son Droit de Moïse, est le premier chrétien compétent qui rende justice à la législation de Moïse. Son livre est et restera un chef-d'œuvre de science, d'érudition et de haute sagesse sociale.
Le droit d'aînesse était un jus consuetudinarium. Il existait chez tous les peuples de l'antiquité. Chez les Égyptiens, l'aîné seul suivait la caste du père. Moïse a restreint le droit d'aînesse à deux parts d'héritage. (Deutéronome, chap. XXI, V. 17.) En cas d'absence d'héritier mâle, les filles héritaient toutes une part égale, à condition d'épouser un homme de leur tribu, afin qu'au Jubilé une tribu n'accumulât pas toutes les parts par le mariage, (Nombres, ch. XXXVI,
V. 6, etc., etc.) Du temps de Moïse d'ailleurs, les filles n'avaient pas besoin de dot. On les achetait à leurs pères et quand on les répudiait, elles avaient leur douaire.
Nous voici arrivé à la question des droits de la femme d'après les lois de Moïse.
De grands penseurs ont cherché et discuté le vrai critérium du progrès et de la civilisation dans l'histoire. Des volumes ont été écrits à ce sujet. Rien pourtant de plus facile à trouver que ce critérium. Dans un pays où le faible est protégé contre le fort, l'étranger contre l'indigène, le pauvre contre le riche, là est le progrès, là est la civilisation. On pourrait y ajouter, là est Dieu ! Et d'après Moïse là où est Dieu, là sont le bonheur, la bénédiction, la prospérité.
Dans les pays, en effet, qui jouissent de ces avantages, régnent la justice, la liberté et l'égalité. Sans cette trinité, il n'y a pas de progrès possible. L'humanité basée sur la morale divine, morale excluant toute distinction sociale et politique, n'est jamais là où le faible est opprimé par le fort, où la naissance et la fortune ont d'odieux privilèges, où l'étranger, où tout être humain n'est pas considéré comme l'égal du citoyen, sous n'importe quel prétexte, car tous les prétextes ont leur origine dans l'intérêt égoïste, sordide, souvent dans le vice et dans la couardise ; enfin là où la femme, parce qu'elle est d'un sexe plus faible, ne jouit pas de tous ses droits inhérents à sa nature humaine, égale, sinon supérieure, sous bien des rapports, à celle de l'homme. L'histoire, hélas ! nous montre peu
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de peuples arrivés à cet idéal. Partout le fort opprime le faible, partout la femme est odieusement exploitée parThomme, partout l'étranger est exclu de tous les droits ; çà et là seulement il est des éclaircies où le droit naturel apparaît comme un rayon de soleil au milieu des ténèbres et des prêtres. De grands hommes ont pourtant, de tout temps, posé les jalons de ce progrès et de cet idéal de civilisation, mais leurs lois sont restées à l'état de théorie, leurs règlements h l'état de pieux désirs. Jamais peuple n'a observé les lois de Moïse à Tégard de l'étranger. Plus de vingt fois, il dit: « L'étranger jouira des mêmes droits que toi, tu aimeras l'étranger comme toimême, car tu étais étranger et esclave en Egypte. » Aujourd'hui, après trois mille ans, Tétranger n'est pas en France même l'égal d'un Français. Moïse était plus avancé que le Code Napoléon à ce sujet. Quant à la femme, nul législateur de l'antiquité n'a atteint l'idéal de Moïse. Ce gi'and philosophe a parfaitement compris l'égalité de la femme. Mais Moïse a souvent tenu compte, dans ses règlements, des habitudes invétérées de son peuple. Jésus dit : (Saint-Mathieu, chap. XIX, V. 8): « A cause de la dureté de votre cœur. » Tous ses efforts tendaient à abolir la polygamie, à la rendre impossible. Bon nombre de ses lois étaient purement locales:
€ Car le pays où tu entreras, dit-il à son peuple, (Deutéronome, chap. XI, v. 10,) n'est pas comme l'Egypte d'où vous sortez. >
Telle qu'elle est, sa loi sur la femme est supérieure, plus humaine, plus égalitaire, plus libérale, plus conforme à la nature que celle de toute Tantiquité, et aujourd'hui encore il est des lois à
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l'égard de la femme en France , notamment le droit de tuer en flagrant délit, qui n'atteignent pas à la hauteur de la loi de Moïse.
inutile. d'ajouter que toutes les lois de Moïse furent violées, anéanties par la monarchie absolue des Juifs et que, la femme, sous les rois et les Pharisiens, a perdu tous les droits que Moïse lui avait assurés.
En effet, l'humanité entière était encore plongé^dans le polythéismg, soutce de Tesclavage ef ae la polygamie, que Moïse avait affranchi la femme en la déclarant égale de l'homme. En général, les îtastitutions sociales d'une nation sont les conséquences logiques des idées que cette nation sefaj/; île Dieu. Que pouvait êîre la femme chez les peuples antiques, qui n'admettaient pas l'unité du genre hftmain, dans le ciel desquels 11 y avait plusieurs races, plusieurs rangs de dieux et de déesses, chacun d'après sa prétendue forée. Qu'était-ce donc qu'une déesse grecque? Une concubine à côté de beaucoup d'autres, brillant un instant par sa jeunesse et sa beauté, cédant la place à une autre plus jeune et plus belle. Que^j^uvait être la^ vertu conjugale dans un pays dont les dieux faisaient des gorges-chaudes de l'aventure malencontreuse de Vulcain et de Vénus ! Je paille des Grecs dont l'histoire était la plus civilisée d'entre les païens. Les autres peuples leur étaient encore inférieurs sous bien des rapports. Nulle part, chez toutes ces nations, on ne sent la divine influence de l'épousff vertueuse, car cette femme loin d'être l'égale de l'homme, n'était qu'une espèce d'estflave confinée dans le gynécée. Les femmes des Atrides sont affreuse^. Hélène,
la belle Hélène, la cause de la guerre de Trcîîe, retourne après cette guerre auprès de Ménélas, qui la reprend, et peu assagie y comme ditftfontaigne, par les leçons tembles que les dieux lui ont données, elle prête une oreille complaisante aux douceurs que lui dit le jeune Télémaque.
Hector aime bien Andrjomaque, fliais n'a-t-il pas comme Achille sa Brîséïs ? Puis, Hector à peine refroidi, Andromaque épa^se le vainqueur de son 4 mari. Car TAndromacpfê de Racine n'esf pas' celle de l'histoire. Un mari hébreu comme Ulysse, n'aurait jamais eu besoin de vaincre par laforcjb ou la ruse tous les prétendants présomptueux de sa femMe. Il n'aurait eu*qu'à paraître en disant : «Je suis Ulysse ! » La rècounaissance faite, tous ces ardents ^ ridicules galants d'une femme mariée de plus de quarante ans, se seraient retirés du combat, sans perdre une flèche ni un bon mot.
Les Grecs ont bien inventé ^les Muses ; mais, outre qu'elles sont bâtardes, elles ont des favoris, des nourrissons, des amants, jamais des époux. Elles sont les Hétaïres du cie]. .
Nous ne connaissons la femme égyptienne que par la Bible. Les rares historiens nationaux n'en parlent pas. Nous savons que Pharaon était le maître absolu de toutes les femmes de son pays, même des étrangères; témoin l'histoire de Sarah ! Quant aux femmes indigènes, nous ne connaissons d'elles que Thistoire édifiante de Putiphar. ♦ •
Disons-le tout de suite, les Juifs sont également tombés par la polygamie, maintenue, augmentée par le despotisme, la cause principale de la dissolution des mœurs et de Tesclavage
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qui en est la conséquence inévitable ; mais du moins savaient-ils, parles prophètes, qu'ils violaient leurs propre lois, Moïse le leur avait prédit littéralement et presque minutieusement. C'est précisément parce que les rois juifs, à partir déjà de David, violant ouvertement la loi de Moïse, étaient revenus à la polygamie et à Tesclavage, qu'ils ont partagé le sort des autres rois. Les hommes ont passé, mais la loi est restée, et, de t^ette loi seule, a jailli l'émancipation de la femme ! '
Sur la première page de la Bible, se trouve écrite, en lettres inefiTaçables , Tégalîté de l'homme et de la femme, Eve sort de la côte d'Adam, qui dit en la voyant (Genèse, chap. II, V. 23): « Ceci est l'os de mes os et la chair de ma chair. Elle s'appellera Ischah, > c'est-à-dire le féminin de Isch, qui veut dire homme. Dans la langue hébraïque seule, l'homme et la femme portent le même nom, sauf la terminaison du genre. « C'est pourquoi Vhomme quitte son père et sa mère pour s'attacher à SA femme, ils devienr' nent une seule chair. »
Voilà, ce me semble, une déclaration d'égalité et de monogamie comme l'histoire entière n*en connaît pas.
Ah! dira-t-on, vous oubliez l'histoire de la chute ! D'abord le mot chute est une invention talmudique et chrétienne ; la Bible n'a jamais prononcé ce mot. Et, en effet, cette fable légendaire de l'Écriture, loin d'être une chute, est la glorification de l'homme et surtout de la femme. Adam et iLve se trouvaient dans un soi-disant paradis. On leur dit de ne pas manger de l'arbre de la reconnaissance, qui égalait l'homme à
LE TALMUD ET l'ÉVAKGILE 111
Dieu. Adam se soumet et n*y touche pas. Mais Eve, curieuse, comme on dit, désireuse d'apprendre, étend la main vers cette précieuse pomme, y mord et y fait mordre son mari. Voilà déjà l'influence de la femme constatée pour les affaires intellectuelles. Grâce à Eve, l'homme connaîtra le bien et le mal. Plus encore, il sera libre. Sans la mort, sans le pouvoir de mourir, plutôt que d'être esclave, l'homme ne. serait pas libre. Il serait comme l'animal qui esl privé de ce pouvoir. Fable ou nom, il me s*emble qu'ji.ve n'a nullement à se repentir de sa téméraire action. Et que lui impose Dieu en échange de 6es hardiesses ? Des devoirs d* amour (Genèse, chap. III, V. 16.)!... «J'augmenterai, » dit-il, « tes grossesses et tes douleurs ; avec douleur tu enfenterasj tes désirs seront après ton mari et lui dormnera en toi. » Je traduis textuellement.
Voilà donc les suites de cette fameuse chute. Adam et Eve seront libres. Eve aimera son mari, aura beaucoup d'enfants, et c'est par l'amour que son mari la dominera.
Quant à Adam, naguère un vrai fainéant^ il sera condamné à travailler, à cultiver la terre, souvent îngi'ate, à la défricher, à en faire le vrai paradis. Où donc, je vous le demande, se trouvet-il là la moindre trace d'une chute ? Dieu destine Thomme et la femme libres au travail, non pas pour eux, mais pour autrui. A l'homme le travail rude de la terre, à la femme l'amour, c'est-àdire, le dévouement pour son mari et ses enfants , comme la Bible le dit en propres termes . Mais c'est tout simplement la quintessence de la philosophie ; car, en effet, rien icibas n'existe que par la substance autonome et
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divine, et nul n'existe pour soi, pas même Dieu! Tout être vit et travaille pour autrui. C'est là, en effet, le but et la grandeur de la création ; c'est là, que l'homme reconnaît la loi de Dieu et sa propre loi : le travail, non comme moyen, mais comme biU ; le travail, non pour soi, mais pour auti^i ! C'est là, enfin, le secret de la solidarité de tous les êtres, de toutes les existences, depuis le grain de sable jusqu'à l'astre des cieux.
Il faut, de gaieté de cœur, aveugler sa raison et la soumettre à un dogme tyrannique, antirationnel, pour voir dans cette légende la chute de l'homme et surtout de la femme. Si on devait la prendre à lalettre, la femme, dans la personne d'Eve, n'aurait qu'a s'en glorifier ! Aux observations d'un Adam quelconque, lui reprochant l'histoire de la pomme, elle pourrait répondre : < Je m'en vante. Sans moi, tu vivrais peut-être un peu plus longtemps, mais tu ne serais qu'un crétin! >
Dans toutes les histoires de famille antésinaïques, outre l'intérêt national qui s'y rattache, l'auteur de la Bible que nous possédons, quel qu'il soit, poursuit un double but : Prêcher la monogamie par des exemples de bénédictions et flétrir la polygamie, en énumérant les malheurs domestiques dont elle fut la cause. Déjà le déluge est le résultat de la corruption de la chair et des filles de Dieu. Noé et ses fils sont monogames : chacun entre dans l'arche avec sa femme, même les animaux entrant dans l'arche sont monogames. Abraham, le plus grand des patriarches et le plus grand homme de son siècle, est monogame. Il ne se remarie qu'après . la mort de Sarah (Genèse, chap. XXV, v. 1.)
lE TALMUD ET L'ÉYANGILE 113
Voltaire accuse Abraham de dureté de cœur pour avoir renvoyé Agar avec son fils Ismaël. Mais Agar était une esclave étrangère de Sarah qui, en tout et pour tout, savait très bien maintenir son droit. Juive, elle était l'égale de son mari. Quand elle n*espéra plus avoir d'enfant, elle donna son esclave Agar à Abraham, afin de prendre Tenfant qui lui appartenait de droit. Dès qu'elle eut un fils, elle renvoya et Tesclave et son fils, en leur donnant la liberté à tous deux.
Quand Éliézer, le fidèle semteur d'Abraham, se présente devant les parents et les frères de Rébeka pour la demander en mariage, au nom d'Isaac, ceux-ci demandent à la jeune fille si elle veut bien suivre cet homme pour devenir l'épouse du fils d'Abraham. « J'irai », réponditelle brièvement. (Genèse, chap. XXIV, v. 58.) 11 résulte de cette demande et de cette réponse que même la jeune fille juive était libre et qu'on ne la mariait pas contre son gré. Isaac est monogame. Voici les paroles à la fois tendres et profondes que dit la Bible à l'occasion de ce mariage (Genèse, chap. XXIV, v. 67). « Et Isaac se consola par Rébeka de la mort de sa mère. > En efibt, quel fils, aimant tendrement sa mère, voudrait se marier s'il était sûr de ne pas lui survivre ! Voltaire encore, reproche à Rébeka d'avoir favorisé Jacob aux dépens d'Esau, grand chasseur, grand bretteur, grand coureur de plaisirs. Mais Voltaire qui pourtant était déiste comme Moïse, n'a jamais étudié sérieusement ses lois. Chez tous les peuples idolâtres et même chez les chrétiens idolâtrisés, le droit d'ainesse était un droit invétéré surtout pour les classes privilé-
gîées. Moïse le premier a aboli cette loi inique. 11 la remplace par deux parts accordées à Tainé. L'histoire d'Esaii et de Jacob est racontée en détail pour montrer dès l'origine de l'histoire juive, les iniquités et les malheurs qui résultent de cette loi. Rébeka et Jacob avaient raison contre cette injustice qulsaac avait tacitement adoptée et, ne pouvant employer la force, la femme, comme toujours, a employé la ruse.
C'est là la seule et unique portée de l'histoire du droit d'aînesse d'Esaû et de Jacob. Esau, désobéissant à sa mère, avait épousé plusieurs filles idolâtres avec lesquelles il gaspillait sa jeunesse quand il ne chassait pas ; au demeurant, bon
garçon, tour à tour fantasque et faible à l'excès, uoi d'étonnant que la pieuse et vertueuse Rébeka préférât son cadet, un modèle de piété et de tendresse filiale ? Jacob avait promis à sa mère de n'épouser qu'une fille de sa nation et de sa reUgion, et sa nère, à son tour, ne recula devant aucune ruse pour procurer à son bienaimé préféré fils la bénédiction du père, qui appartenait injustement à l'ainé. A cette bénédiction était attachée une double part de l'héritage paternel auquel d'ailleurs Jacob renonça plus tard.
Jacob, de son côté n'a jamais manifesté le moindre repentir. Il a comblé son frère de présents, mais il ne lui a jamais demandé pardon. Le droit d'aînesse était une iniquité à ses yeux, il a cru bien faire de ne pas s'y soumettre. Chez tous les peuples de l'antiquité, l'action de Rébeka eût été la cause de plusieurs crimes domestiques . Mais Esaû , malgré son inconduite était Hébreu. Il respecte sa mère même après le
départ de Jacob, et, lors des funérailles de son père, il prend le premier rang, bien qu'il eût vendu son droit d'aînesse. C'est que la femme et la mère juives ne ressemblent à aucune autre femme des nations idolâtres . Devant Jéhovah tous les êtres humains étaient égaux. Devant son DieUy la femme vertueuse valait Vhomme courageux. Tous deux étaient égaux par le devoir ac-, compli.
L'histoire de Jacob, roman, si jamais il en fut, prouve par plusieurs crimes le danger de la polygamie. Il est vrai qu'il y fut forcé par la ruse de Laban. Il n'aimait que Rachel. Il résulte cependant de l'histoire de Léah et de Rachel deux choses. D'abord que les filles juives héritaient dans ce temps de leurs parents, puisqu'elles n'ont jamais pardonné à leur père de les avoir vendues. On lit (Genèse, chap. XXXI v. 14) :
«Rachel et Léah répondirent et dirent : « Avonsnous encore une part et un héritage à la maison de notre père ? Ne lui étions-nous pas comme des étrangères? Il nous a vendues. Et maintenant il veut manger encore tout notre argent. Car toute la richesse que Dieu a sauvée de notre père est à nous et à nos enfants ! »
En effet, on ne voit pas dans l'histoire des patriarches et des tribus que les pères vendaient leurs filles. D'ordinaire on lit: « Et un tel alla et épousa la fille de Lévi (Exode, chap. II, v. 1). » Ou bien : Un tel lui donna sa fille pour femme, » comme Jethro à Moïse.
Jacob une fois époux des deux sœurs, alliance que Moïse défend, chacune de ces sœurs, dans l'intention de posséder à elle seule les bonnes grâces du maître, lui donne une esclave, d'abord
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pour s'en approprier les enfants, autant de liens d'amour , puis pour plaire exclusivement à Tépoux. Cela ressort clairement du récit de la Bible. C'est Léah qui commence . Rachel ne fait que suivre l'exemple . C'est une lutte continuelle à qui des deux appartiendra ce malheureux mari ballotté entre deux sœurs et deux jeunes esclaves, et dont les propres fils, plus tard, souillaient la couche paternelle avec une des concubines.
L'aventure malencontreuse de Dinah est encore une suite de ces désordes, ainsi que la vente de Joseph aux Égyptiens. Tous ces malheurs jaillissent de la même cause : la polygamie.
Ces histoires, au lieu d'être expurgées, devraient être lues et connues par toute honnête femme, voire par toute jeune file. Elle n'y apprendra jamais un mauvais principe, elle ne sera jamais tentée d'imiter ce mal, qui, nulle part, dans le Pentateuque, ne se manifeste que pour traîner à sa suite un châtiment exemplaire. N'est-il pas curieux qu'après l'enlèvement de Dinah, son nom ne soit plus jamais prononcé? A ce sujet, je dois faire observer que, s'il y avait quelque part, dans un pays païen, musulman ou juif, une famille catholique dont la fille eût été enlevée par le prince de sa nation, et que ce prince déclarât vouloir épouser la jeune fille et se convertir, lui et tom ses sujets à la religion de la bien-aimée, tous les catholiques, non-seulement accepteraient d'emblée cette proposition, mais encore jubileraient de joie en criant au miracle. Ils auraient peut-être raison.
Mais les fils de Jacob s'écrièrent : « Notre sœur est-elle une courtisane? i> (Genèse, chap. XXXIV, V. 31). Loin d'accepter l'off^re, ilsmas-
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sacrèrent le prince, ses amis et enlevèrent Dinah. Je le répète, l'action est cruelle, mais elle prouve que les Hébreux n'ont jamais été de faiseurs de prosélytes. Ils n'admettaient pas qu'on changeât de dieu pour une jeune fille manquant à son devoir. Et quant à Dinah, son sort était mérité.
Joseph était également monogame.
Dans tout le paganisme, il ne se trouve pas une histoire pareille à celle de Joseph. Si Hippolyte recule devant l'amour de Phèdre, c'est qu'elle est la femme de Thésée, son pèrei II n'était d'ailleurs pas esclave.
En France, on a l'habitude de rire au récit de cette histoire, qui est tout simplement admirable. Pour ua Hébreu, la femme mariée était chose sacrée. Légende ou non, l'Écriture la raconte pour sanctifier le mariage et pour punu* l'adultère de la peine de mort. Seulement il fallait deux témoins, et, d'après le Talmud, deux avertissements préalables.
Même l'histoire des filles de Lot n'est pas im^ morale. Ces braves filles, loin de songer à une action libidineuse, se sont littéralement sacrifiées pour le bien de l'humanité. Qu'on n'oublie pas que le pays, à deux cents lieues alentours, était détruit et réduit à un vaste désert, où il n'y avait plus ni bête ni homme ; qu'on se transporte en imagination vers ce temps primitif où il n'y avait ni science géographique, ni relations sociales entre un pays et un autre. Après la destruction de Sodome et de Gomorrhe, et de tout le district autour de la mer Morte, ces filles pouvaient sérieusement craindre qu'avec elles et leur père ne finît l'humanité. La preuve que la Bible ne leur impute pas cette action à crime, c'est que les
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résultais n'en sont nullement calamiteux ou seulement malfaisants. La Bible n'a point connu Tart pour Tart. Moïse surtout, ou quel que soit l'auteur du Pcntateuque, ne s*est pas amusé à nous conter des romans. Chacune de ses histoires d'amour est pour ainsi dire une préface à la législation de lunité de Dieu, du genre humain et de l'égalité de la femme devant la loi de Jéhovah (1).
La monogamie de la Bible n'a jamais été considérée comme un sacrement religieux ; car, en ce cas, il n'eut pas été permis aux veufs et aux veuves de se remarier. La Bible l'établit, dès les premières pages de son livre, comme un élément de fécondité et de pureté de mœurs : « fructifiez et multipliez-vous, » dit le Seigneur au couple humain : « Vous me serez un peuple d'élus et de purs, » dit-il plus tard. Tout cela n'est pas possible avec la polygamie (2). La monogamie, du reste, est conforme aux lois de la nature, car il nait autant de garçons que de filles. La Bible est bien explicite pour tout ce qui touche à la pureté des mœurs matrimoniales : elle laisse mourir Onan pour son crime, qui, depuis porte son nom. Quaud une femme perd son mari, et qu'elle n'a pas d'enfant, le frère de ce mari est forcé de l'épouser (Deutéronome, chap. XXV, V. 5) i mais si, avant l'accomplissement de se
(i) La Bible relate ce fait parce que deux peuples Amon et Moab sont issus de raction des filles de Lot, lesquels peuples jouent un très grand rôle dans Thisloire des Juifs.
(2) Pour le Talmud le célibat est un crime. Quiconque, dil-il, n'observe pa? le commandement de « fructifiez et multipliez-vous, » c'est comme s'il commettait le crime d'assassinat.
second mariage, elle en reconnaît un autre, elle peut être condamnée à mort, comme cela ressort de l'histoire de Jéhudah et de Thamar (Genèse, chap. XXXVIII, V. 24). Le mariage est, pour ainsi dire, obligatoire dans la loi de Moïse, car ni fille ni fils d'Israël ne pouvaient se prostituer. (Lévitique, XIX, v. 29 ;Deutéronome, XXIII, v. 18.) Moïse défend (Deutéronome, chap. XXII, v. 5,) à la femme de s'habiller en homme et à l'homme de porter des vêtements de femme. Quand un homme avait séduit une jeune fille (Exode, XXII, V. 15, Deutéronome, XXII, v. 29), il il était forcé de l'épouser sans jamais la répudier. En cas de refus du père, il était condamné à lui payer un douaire de vierge. Un mari accusant faussement sa femme d'inconduite avant le mariage était condamné à payer cent pièces au père et il ne pouvait plus la répudier. Si Taccusation est trouvée vraie par le jugement des Anciens, la femme trompeuse était condamnée à mort.
Le viol était puni de mort (Deutéronome, chap . XXII), mais seulement en plein champ ou dans un endroit où la fille pouvait appeler au secours sans être secourue. Une fiancée était considérée comme une femme mariée; le crime est le même pour le séducteur comme pour la séduite. Seulement il fallait deux témoins. Moïse n'admet pas de condamnations à mort par un seul témoin. Un homme jaloux soupçonnant sa femme et n'ayant pas de témoins (Nombre, chap. V, v. 13,) pouvait traduire sa femme devant le grand prêtre qui lui administrait les eaux amères. Moïse ne permet pas qu'un mari puisse se rendre justice luimême, pas même en flagrant délit. Dès que les témoins lui manquent, il ne lui reste plus que le
recours au grand prèlre. Celui-ci a dii prendre des informations sûres, car en cas de certitude, il est plus que probable que ces eaux étaient empoisonnées. Mais, dès que la femme avait passé par cette épreuve, le mari n'avait plus aucun droit de jalousie sur elle. Il résulte d'une loi de Moïse que la mère avait sur le fils les mêmes droits que le père et que sans elle, le père n'avait aucun droit sur ses enfants. On lit (Deutéronome, chap. XXI, v. 18: « Quand un homme a un fils rebelle et égaré, n'obéissant ni à la voix du père, ni à celle de la mère, ils l'ont réprimandé , et lui, n'a pas écouté. Alors son pire et sa mère le saisiront, le conduiront vers les Anciens de la ville et ils diront : « Notre fils que voici est un révolté, un égaré, il n'obéit pas à notre voix, il est débauché et ivrogne. > et les hommes de la ville le lapideront.
On a reproché à Moïse la dureté de cette loi. Si jamais il existe une mère qui demande la mort de son fils, ce fils ne vaudra même pas un caillou.
Il n'en résulte pas moins que sans la mère, le père n'avait pas de droit sur son fils.
Un loi d'extrême délicatesse de Moïse est celle à l'égard de laprisomière de guerre. (Deutéronome, chap. XXI, v. 10 à 15.) Il était défendu au vainqueur juif de la prendre ni pour femme ni pour maîtresse avant trente jours révolus, pendant lesquels la malheureuse jeune fille laissait pousser ses ongles, — ce qni aujourd'hui ne serait pas précisément un signe de laideur ni de deuil, — coupait sa chevelure et observait tous les usages d'un deuil absolu, afin de pleurer sa patrie perdue et ses parents absents. Après ces trente jours seulement, le guerrier juif pouvait
répouser s'il en avait encore envie, mais il ne pouvait pas la vendre.
Nous avons déjà cité les droits d amour de la femme, même pour les esclaves.
La monogamie était la cause de la grande fécondité du peuple d'Israël dont se plaignaient tant les Piiaraons d'jLgypte. Ils craignaient en effet que, dans une guerre, le peuple héÊreu, sortant de Canaan, ne fit cause commune avec des nations sémitiques contre eux. La Bible nous apprend que les parents de Moïse étaient également monogames ; en général, la Bible cite presque toujours le nom de la mère quand il s'agit d'un grand homme (1). L'histoire des grands hommes prouve, en effet, qu'ils tiennent presque tous leurs grandes qualités de la mère; c'est pourquoi rÉvangile, imitant laBible, ne s'inquiète guère du père de Jésus.
Jokébed, la mère de Moïse, en même temps la cousine de son mari, n'était pas une femme ordinaire : Flavius Josèphe, à ce sujet, parle d'un songe qu'eut Amram le père ; mais la Bible ne s'appesantit guère sur son compte, et l'on voit bien qu'elle veut nous faire comprendre que l'àme forte de la maison était la mère. Aussi, quand Pharaon fait appeler les sages-femmes et leur reproche de ne point exécuter ses ordres barbares sur les enfants mâles d'Israël, celles-ci lui répondent (Exode, chap. I, v. 19): « Mais les femmes des Hébreux ne sont pas comme les femmes égyptiennes : elles sont vives et n'ont pas besoin de
(i) Le Talmud a déjà fait robservaUoa que l'Ecriture ne donne pas le nom de la mère de Samson, aussi disUngué par sa faiblesse d'esprit que par sa force herculéenne.
notre sei*vice. » Faux-fuyant ou non, cette réponse, si spécieuse qu'elle eût dû paraître, ne pouvait pas être dénuée de toute vérité.
Moïse et Ahron sont également monogames, mais Moïse ayant épousé une Midianite , s'est vu forcé de se séparer d*elle deux fois. La Bible nous raconte qu'après la sortie d'Egypte, Jéthro, le beau-père de Moïse, lui renvoya sa femme et ses enfants. Us les avait donc envoyés à son beau-père ! Quelque temps plus tard, Moïse se sépara de nouveau de Ziporah,sa première femme. Il n'est plus question d'elle dans la Bible qui nous apprend seulement qu* Ahron et Miriam, en leur qualité de frère et de sœur, accablèrent Moïse de reproches a lant jusqu'à la révolte, quand il épousa une femme kouschite. Ce grand homme, le plus grand homme de l'humanité, fut peut-être méprisé par sa propre femme !
Miriam, la sœur de Moïse, était une femme d'élite. Après la sortie d'Egypte, elle était à la tète des jeunes vierges qui chantaient des cantiques en l'honneur de Jéhovah et de la grande victoire remportée sur les Égyptiens.
La Bible mentionne également sa mort, mais nulle part il n'est question de son mariage ; elle s'appelle tout court Miriam, la sœur de Moïse. Dans les reproches adressés à Moïse, à cause de la kouschite, elle dit avec Ahron: « Dieu ne lui parle pas à lui seul; il nous parle comme à lai. j> Pour la faire taire, il ne fallait rien moins qu'un miracle. Moïse, hélas! ne nous a pas légué son secret.
Moise admet la femme aux mêmes devoirs et droits que l'homme; sauf la prêtrise, il n'y a nulle part une exception énoncée à son égard, à
moins d'incompatilité absolue avec son sexe.
Encore Moïse ne défend-il pas expressément la prêtrise à la femme ; elle présente ses sacrifices et ses offrandes à l'égal de l'homme . Quand il proclame sa loi, hommes et femmes sont présents et l'acclament par un ilmm à haute voix. Il dit: (Deutéronome, chap. XXXI v. 12): « Rassemblez le peuple, hommes, femmes, enfants et étrangers, afin qu'ils écoutent, qu'ils apprennent, qu'ils craignent Dieu ; qu'ils observent les paroles de laThorah, et afin que leurs enfants, qui ne savent rien encore, écoutent et apprennent la vérité. »
Le droit que Moïse stipule pour la femme porte le cachet d'une haute civilisation, surtout pour son époque.
Où est le législateur antique qui sauvegarde comme Moïse les droits naturels de l'esclave même? Moïse recoimait parfois l'influence de la femme sur l'éducation et la religion; il ne craint rien tant pour son peuple que la corruption des femmes idolâtres . Il ne veut pas qu'on les ménage plus que les hommes, en cas de guerre d'extermination, et déjà l'histoire de Balak et des Midianites prouve qiie cette crainte n'était pas vaine.
Moïse n*a pas défendu les mariages consanguins par raison religieuse. Ces défenses ont été instituées dans un but de pureté et de sûreté sociale. Ainsi Moïse a défendu au neveu d'épouser sa tante, et il a permis à Tonde d'épouser sa nièce. C'est que le neveu voyait souvent sa tante auprès de sa mère ou de son père, tandis que l'oncle ne pénétrait pas dans la maison de sa sœur mariée et ne voyait pas si souvent sa nièce, surtout en Orient et du temps de Moïse.
L'histoire des Grecs, des Romains et même
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des Juifs prouve le danger de la permission des mariages consanguins ; témoin le crime d'Amnan et de Thamar, tous deux enfants de David, mais de deux mères. S'il était permis d'épouser sa tante, sa belle-sœur ou son beau-frère, plus d'un crime serait prémédite et exécuté dans l'intérieur des familles. Moïse a fait exception pour le beaufrére en cas de mort du mari sans enfant.
La femme juive se maintient à sa hauteur pendant le règne de la démocratie ; elle ne s'avilit que lorsque les Juifs sont gouvernés par une monarchie absolue. Bientôt après, la femme disparait comme figure politique et sociale, et il n'est plus question d'elle que dans les livres des prophètes, des poètes, et pendant les grandes calamités nationales. La femme prend partout pour elle la plus grande somme de douleur.
Récapitulons !
Je crois avoir prouvé, soit en citant les textes, soit en indiquant les chapitres :
Que Moïse, lui-même, nie toute relation céleste et miraculeuse ;
Que sa doctrine religieuse, sociale et politique repose uniquement sur la Raison, en rapport direct avec le Créateur et émanant de lui ;
Que le peuple juif n'a été élu ni pour sa vertu, ni pour sa noblesse, ni pour sa force, mais uniquement pour servir :
Premièrement : de peuple justicier contre les peuples idolâtres, impies et barbares.
Secondement : de peuple modèle à l'humanité tout entière, à condition qu'il suivra les lois de Dieu basées sur la liberté et le devoir.
LE TALMUD ET L*ÉVANGILE i23
Que si ce peuple manquait à ses devoirs, si élu qu'il fût, il perdrait tous ses droits. Le Dieu de Moïse n*est pas un être fortuit, plus fort que d'autres dieux, gouvernant le monde d'après ses caprices et sa volonté arbitraire, condamnant aujourd'hui et pardonnant demain, donnant à celui-ci santé, fortune, pouvoir, et l'ôtant à celuilà, parce que tel est son bon plaisir, mais TÊtre qui est ce qu'il est, ce qu'il fut, ce qu'il sera ; Jéhovah, en un mot. La Loi, la logique qui jamais ne change, qui n'a égard ni au riche, ni au pauvre, ni au fort ni au faible.
Dieu, c'est la justice incorruptible, immuable. Par son essence, pai' sa loi, le bien produit toujours le bien, et le mal engendre toujours le mal.
Cette justice ne laisse rien impuni, mais rien non plus sans récompense.
L'homme est libre, complètement libre, grâce à sa raison et à son instinct du juste et de l'injuste.
Il tient son bonheur et son malheur dans sa main.
Cet instinct, d'ailleurs, est facile a sentir. Il faut faire à son prochain ce qu'on désire qu'il vous fasse. Il y a plus. Il faut ne pas permettre qu'une injustice soit faite, ni à un homme, ni à une bête, ni à la plante, ni à la terre.
Les. hommes sortant tous de la même souche, n'ayant qu'un Créateur, sont tous égaux devant lui, et partant, devant la loi, la loi sociale n'étant que l'expression, l'émanation de la loi universelle. Us ne sont inégaux que par les différentes, aptitudes au travail. Le génie du législateur n'a d'autre but que d'égaliser au mieux ces différentes inégalités, sans attenter à la liberté indi-
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viduelle. Toute inégalité violant la loi de la liberté est fausse, anarcbique et contraii'e à là loi de Dieu et de la nature.
Tous les êtres créés sont solidaires. Si les plus forts ne font pas leur devoirs envers les plus faibles, la loi de la nature des causes et des eifets, crée des maux qui atteignent les forts aussi bien que les faibles. C'est pourquoi on est aussi criminel de laisser commettre des iniquités que de les commettre soi-même, les effets réagissant sur tous, en vertu de la loi de la solidarité.
Moïse prescrit à Thomme des devoirs envers ranimai, la plante et la terre. Tout son système repose sur le devoir que le fort doit accomplir envers le faible, le riche envers le pauvre, l'homme sain envers l'invalide, etc., etc. Si les hommes observaient ces lois et faisaient leurs devoirs, tous seraient heureux. Plus d'animal malfaisant, plus de peste, plus de guerre, plus de famine! QueThomme, d'après Moïse, remplisse ses devoirs envers le prochain, envers l'animal, la plante et la terre ; l'animal, la plante, la terre, ne seront que des éléments de bénédiction et de prospérité. Que l'homme libre manque à ces devoirs, les animaux, la terre même deviendront un sujet d'affliction et de châtiment.
L'animal s'ensauvagera et deviendra méchant.
La terre, non cultivée, exhalera des pestes et des famines, « le ciel, dit-il, deviendra d'airain, et la terre de cuivre. »
Cette solidarité des êtres n'a été aperçue par aucun philosophe, ni ancien ni moderne, depuis Moïse jusqu'à Spinoza.
Moïse nie la grâce et la prédestination. L'homme n'a rien à reprocher à Dieu. Ses malheurs
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viennent tous de ses propres manquements au devoir, ou bien des prévarications des aïeux continuées par les fils et les petits-fils. Dieu ne se détourne que de ceux qui se détournent de lui, c'est-à-dire, qui ne font leurs devoirs, ni envers le prochain ni envers eux-mêmes.
Le système social de Moïse : c'est la démocratie basée sur le devoir . Montesquieu eût dit sur la vertu.
Moïse n'énonce aucun droit. Le droit de Tun jaillit toujours du devoir accompli de l'autre. Seulement le manque à ce devoir ne reste jamais impuni. A défaut de justitûer direct, Dieu, c'està-dire la force des choses, la logique de la loi, suscitera des vengeurs pour le confondre.
La cause ne se dissout que dans l'effet qui la dévore, comme la torche est dévorée par l'incendie. Toute la morale de Moïse est dans ce devoir. L'homme, la créature, doit imiter le Créateur, doit aspirer à l'égaler par la justice et la vertu. S'il n'y asph*e pas, s'il écoute la voix du droit égoïste plutôt que celle du devoir ; du devoir qu'il doit accomplir envers le faible, envers le pauvre et l'inférieur, envers l'animal et la plante, la justice le mettra tôt ou tard à la place de ce faible, de ce malheureux, de cet animal, il lui sera absolument fait comme il a fait.
Moïse n'a jamais songé une minute à créer un état théocratique dans le sens qu'y attachent les chrétiens. Son pontife n'a aucun pouvoir ni politique, ni judiciaire. Pour un seul cas, — une femme accusée d'infidélité par son mari jaloux, — le grand prêtre a une influence directe. Il n'a rien à pardonner, et il ne peut rieh pardonner.
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Le sacrifice est une amende pécuniaire pour le pécheur et ce pécheur ne peut le présenter qu'après réparation complète du tort fait au prochain.
L'autel ne protège aucun criminel, c Tu le prendras sur Tautel même. » (Exode, chap. XXI, V. 14), dit Moïse, et le pontife même était comme le dernier des Israélites, soumis à la loi universelle. Moïse proclame l'égalité complète de la loij pour rétranger aussi bien que pour le citoyen. Il accorde à la femme tous les droits humains. De même à T enfant.
Il ôte à la tribu de Lévi toute propriété, afin qu'elle puisse se vouer à Tinslruction du peuple sans distinction d'âge et de sexe. Le premier devoir de l'homme, d'après Moïse, c'est d'instruire son frère, de l'initier à la loi de Dieu.
La tribu de Lévi ne doit avoir nul souci de la vie matérielle ; elle vivra des sacrifices, et elle logera aux frais de l'état. Mais elle n'a rien à dire pour la justice, ni pour l'administration. Juges et fonctionnaires, de même les officiers en temps de guerre, seront élus par le peuple.
Un juge suprême élu par le peuple entier, tiendra les rênes de l'État.
Chose curieuse. Les prophètes qui, dans le judaïsme de l'antiquité, avant l'invention de l'imprimerie, représentait la littérature, sont tous sortis du peuple (1), sauf Isaïe, né et élevé sur les marches du trône absolument comme Moïse.
« Plût à Dieu, dit Moïse, que tout le peuple fut prophète. » (Nombres, chap. II, v. 29).
(1) Cela ressort de Samuel, chap. X, v. 13, où il est dit à propos des prophètes : » Un homme répondit : et qui donc sont leurs pères ? »
Loin de craindre Tinstruction et Tinspiration, tout le système de Moïse est basé sur Tétude de la loi de Dieu, que Ton doit toujours méditer.
Moïse abolit Tesclavage en principe. D'autres, en son nom, ne l'admettent que temporairement. Il crée le Sabath pour donner à Tesclave, même étranger, et à l'animal un jour de repos forcé.
Tout esclave fugitif étranger est libre en touchant le sol juif.
Il ne fait jamais une gueiTC offensive. Il propose un traité de paix à tous les peuples aux frontières de la Palestine, leur promettant de payer tout comptant.
La guerre pour lui n'est qu'une défense légitime. Il n'excepte de cette règle que les sept peuples occupant le cœur de la Palestine , patrie des patriarches pendant deux siècles, et qu'il réclame comme un droit imprescriptible.
Ces peuples usurpateurs adonnés à toutes les abominations, doivent être exterminés jusqu'au dernier homme.
La femme, pour lui, est l'égale de l'homme pour la récompense comme pour la peine ; il craint même plus la femme idolâtre pour son peuple que l'homme.
Il assure tous les droits naturels aux animaux ; de même il reconnaît à la terre des droits jaillis des devoirs accomplis de l'homme envers elle.
Tous les droits politiques et sociaux que la philosophie moderne, depuis Spinoza jusqu'à Voltaire, a énoncés, jaillissent des devoirs ordonnés par Moïse. L'idéal de Moïse n'a même jamais été atteint, pas même par les principes de Quatre-vingt-neuf.
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C'est au Pentateuque que Descartes, que Spinoza et Lteibnitz ont dû leur libre pensée, et ajoutons-y qu'ils n'ont rien inventé de nouveau, pas plus qua Rousseau et Voltaire. Tous, après des dissertations longues et sérieuses sont arrivés au Déisme ou Jéhovisme plus ou moins bien expliqué, de Moïse, lequel Déisme seul est la source et la souche des principes imprescriptibles reformulés par Quatre-vingt-neuf et que Ton peut résumer dans les trois mots : Liberté, Egalité^ Solidarité.