‹ Moïse, le Talmud et l'Evangile, rev. et augm. de plus de cent textes.... 1, MoïseChapitre 7 sur 9 · LOIS FONDAMENTALES · texte numérisé non relu

LOIS FONDAMENTALES

moïse

Moïse n'est ni un révélatem^ surnaturel, ni un illuminé, ni un médiateur dans le sens que les chrétiens attachent à ce mot. C'est un législateur philosophe, et sa législation est fondée sur un principe, conçu, si Ton veut, à priori, mais corroboré par une longue observation empirique. Ce principe, loin d'avoir des rapports avec la science occulte des Egyptiens, y est diamétralement opposé. Les Egyptiens avaient pour base de leur religion l'immortalité de Tâme et la ïnétempsycose. Poussant ce principe àTextrême,ils étaient arrivés jusqu'à Fadoration d'un bœuf blanc, d'un chat noir et deplu-

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sîeurs vSerpents multicolores, choses que Moïse appelle des abominations.

Moïse était né dans une tribu, dans une race qui, pour une raison ou pour une autre, avait une notion plus idéale de Dieu que les autres peuplades habitant la Palestine, Il y a toujours eu, il j aura toujours des aristocrates d'esprit. Abraham avait une idée assez distincte de la justice de Dieu, même de la fraternité, puisqu'il risqua sa vie pour sauver son parent ingrat et ses alliés en refusant la moindre récompense. Mais cette idée était encore très confuse. La légende du sacrifice dlsaac est le point de départ de l'abolition du sacrifice humain.

La tache dans le caractère d'Abraham, car nul mortel n'est parfait, est le renvoi d'Agar. Mais outre -qu'Agar était Tesclave de Sarah, qui disposait d'elle à sa volonté et qui en sa qualité de juive exerçait son droit d'épouse légitime, la Bible qui n'innocente aucune mauvaise action, fait sortir de ce crime la division entre Ismaélites et Israélites, division qui dégénéra en une longue guerre fratricide.

La réputation d'Abraham qui était réellement un preux, avait pénétré jusqu'en Egypte. Isaac est monogame et marche

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dans la voie de la justice. Jacob, polygame malgré lui. — Moïse défend d'épouvser deux sœurs, — aspire continuellement à cette justice. L'idée d'un Dieu unique, plus fort que tous les autres dieux El Schadaï (le mot de Jéhovah leur était inconnu, comme le dit l'Ecriture déjà citée (Exode, chap. vi, V, 3), planait comme idéal sur l'esprit de cette race, mais elle était confuse. Sans Moïse elle aurait totalement disparu, grâce à l'esclavage et à l'ignorance dans lesquels les Hébreux avaient vécu en Egypte durant trois siècles.

De bonne heure Moïse se révolta contre l'injustice et l'oppression. Dès sa tendre jeunesse il vint au secours, lui, le fils adoptif de la princesse Égyptienne, d'un pauvre frèi-e, odieusement maltraité par un Égyptien qu'il tua. Adolescent encore, entouré de millions de lâches esclaves, Mosché seul protesta de toutes ses forces en faveur de la liberté.

Non-seulement il ne commit pas d'injustice, mais il risqua sa vie pour empêcher qu'une injustice ne fût faite h un de ses frères. Ce point de départ est très important. Tout le système de Moïse jaillit de son cœur d'accord avec sa raison, et ce système se résume dans les trois mots que voici :

Liberté / Egalité ! Solidarité !

Soit par le devoir volontaire (Vertu),

soit par la JVSTiCE boqikjse (Devoir forcé,) Pendant cinquante années conduisant paître les troupeaux de Jétliro dans le désert — il avait quatre-vingts ans quand il retourna en Egypte, et il est mort à cent vingt ans ayant conservé toutes ses facultés.

(Beutéronome, chap. xxxiv, v. 7). — Moïse eut assez de loisir pour transformer ses sentiments en principes et pour élaborer tout un système, toute une société idéale ; plus encore toute une civilisation ; ce n'est point encove n^ssez, toute riiwmanitê I Son beaupère Réuel Jéthro, était un penseur hors ligne. Les quelques conseils qu'il donne, d'après TEcriture, à son gendre Moïse, après la victoire remportée sur les Egyptiens, sont frappés au coin du bon sens' et la plus haute sagesse politique. Il lui conseille, à moins de succomber sous le fardeau, de choisir des hommes forts, craignant Dieu, aimant la vérité, haïssant toute déloyauté' de les nommer chefs des mille, des cent et des dix. Le sytème décimal a été inauguré par Moïse, même pour les poids et les mesures. Ces hommes devaient être les juges du peuple pour les petites choses de la vie.

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LE TALMU.D ET L'EVANaiLTS

-Les grandes choses seules devaient être jugées par Moïse lui-même. (Exode, chap.xviii, V. 21 et 22). Ces deux hommes, pendant des années ont débattu leurs principes.

Ce n'est qu'après s'ôtre mis d'accord avec lui-même, qu'après avoir puisé dans son génie une conviction ardente, passionnée, ïnais fortement raisonnée que Moïse s'est décidé à retourner en Egypte, pour tirer son peuple tombé dans l'esclavage deFabjection, î^u risque d'être raillé par lui, d'être appelé rêveur, songe-creux, voire imposteur, au i^isque enfin de sa vie ! A son peuple affranchi alors Moïse exposa sa doctrine avec toutes les conséquences sociales et politiques, autant que le permettait le Jus Consuet-u- ^inarium des Hébreux et leur opiniâtreté l'outinière.

Il se peut que le philosophe Moïse n'ait Pû.s tout d'un coup, songé à créer une nouvelle législation pour son peuple à peine ^oi^ti de l'esclavage. L'essentiel pour lui, car l^oïse fut en même temps l'homme le plus iQéal et le plus pratique à la fois, fut tout d^abord l'affranchissement, la délivrance de ^^n peuple, race libre tombée dans l'esclavage, pour avoir oublié les principes fonda- *^6ntaux qui constituaient la grandeur mo-

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raie de ses ancêtres. Avant tout la Liberté î Tel fut le cri de guerre de Moïse. Mais, quand on voit avec quelle facilité Moïse, à peine échappé au glaive vengeur de Pharaon, à peine échappé au flux de la mer, se met à légiférer et à codifier, il faut convenir qu'il avait dans sa tête une législation toute faite, préparée de longue main, mûrie par des années de méditation et d'observation, ou, pour me servir d'une expression populaire, que son siège était fait. Il avait réponse au moindre détail de la nouvelle vie dans laquelle entrait son peuple indigne d'un tel guide, d'un tel général, d'un tel législateur, mais a3^ant l'immense avantage de laisser dans le désert tous les lambeaux pourris de son abjecte ignorance et de faire peau neuve, grâce à trois nouvelles générations, à la porte de la Palestine, pays de ses ancêtres, et dont les habitants, gens de rapine, d'injustice, de violence, s'adonnant à toutes les abominations de la superstition et de la tyrannie, devaient être, d'après le système philosophique de Moïse, au nom de la J%(,stice^ exterminés k tout jamais, eux, leurs dieux, leurs prêtres et leurs femmes, à l'exception seulement des enfants.

Comme tous les grands philosophes, Moïsâ

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LE TALMUD ET l'ÉVANGILE

était en même temps im grand poète. Ses chants, que la Bible nous a conservés, se distinguent entre tous par une vigueur d'expression n'excluant nullement la simplicité, la clarté et un rythme des plus harmonieux.

La pensée en est naturellement idéale, aspirant vers l'infini et portant au loin la vérité divine. La voix de Moïse a du être d'une grande puissance, puisqu'elle s'est fait entendre au milieu des tonnerres du ciel et des éclats tumultueux des trompettes, (Exode, chap. xix, v. 19), mais Moïse n'a pas possédé le don de l'éloquence. Il dit luimême (Exode, chap. iv, v. 10), qu'il n'était pas un homme de parole, qu'il était lourd de langue et de bouche. La nature de Moïse le portait à méditer intérieurement, longuement et à concentrer sa pensée, à la résumer en moins de mots possibles pour l'énoncer. Ce qu'un autre législateur explique dans ^m chapitre, Moïse le dit très souvent en deux mots. Ce n'est pas là l'art de l'orateur, i'art d'amplifier. Telle loi de Moïse articulée ^n une ligne, forme dans certains codes une vingtaine dopages. Ces vingt pages n'expliquent pas mieux les différents cas que les ^1*018 mots de Moïse. Si l'art suprême du penseur et du poète consiste à dire le plus

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de vérités en moins de mots possibles, Moïse fut le plus grand artiste et le plus grand homme de l'iiistoire !

Il a commencé par réduix^e tout son système philosophique en un seul mot de quatre lettres : Jehovah, Ce mot, cette idée concrète n'existait pas avant lui. Le Dieu d'Abraham s^appelait Schadal ou Elohim, Les auteurs de la Bible ayant devant eux le texte de Moïse ont, dès l'origine, réuni le mot de Jéhovah à Elohim, mais de fait Elohim était la seule dénomination des patriarches. Il veut dire. Seigneur fort^ en forme pluriel. Il est dit : (Exode, chap. iv, v. 16) : «Lui, (Aaron) parlera pour toi au peuple. Il te servii-'a de bouche et toi tu lui seras Elo- Mm^ c*est-à-dire, tu seras son maître et instructeur. » Parfois ce mot Elohim est employé pour dire juge. Elohim qui était le Dieu le plus fort, n'étaiten vérité qu'une espèce de Zeus juste et bon ayant choisi la tribu d'Abraham, on ne sait vraiment pourquoi. Pas plus qu'on ne sait pourquoi tel Dieu païen favo-

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