PARAPHRASE
Les peuples, comme les individus, ont l'habitude d'attribuer leurs malheurs à des causes extérieures ou à des forces supérieures. Rarement scrutent-ils leurs actions, en les soumettant aux jugements de la logique, plus rarement encore cherchent-ils la cause de leurs défaites, la perte de leurs droits dans l'oubli de leurs devoirs les plus élémentaires. Les individus comme les peuples répugnent d'ailleurs d'accepter franchement la loi de la solidarité. On veut bien jouir des bienfaits de ses aïeux, on aime à se roettre à l'abri sous l'ombre des arbres que des ancêtres ont plantés, sans les avoir vus grandir, mais on se roUWri^^^wte même loi, dès qu'il s'agit /î|payer^ iino^^h^cienne dette, et plus encorp
le châtiment d'un mal commis par les pères, et qui n'a pu être expié par eux. — Le ma] comme le bien laissant forcément un laps de temps entre la cause et l'eifet. — De soidisant penseurs ont nié cette solidarité. Ce serait, disent-ils, une injustice que de faire expier aux enfants les crimes des pères. Oui, c'en serait une, si les enfants, reconnaissant le mal, réagissaient contre lui pour en arrêter le cours, pour couper l'effet à la racine de la cause. Mais cela se fait rarement. Les enfants acceptent presque toujours les fruits de ce mal, ignorant que ces fruits ne sont que passagers, qu'ils sont empoisonnés. Les enfants reconnaissent encore plus rarement les fautes des pères; d'ordinaire ils y persévèrent, les continuent et les défendent par toutes sortes de mauvaises raisons ; ils s'y engravent, s'y embourbent, s'y enlisent. Le mal devient alors un crime national. Un individu revient quelquefois à récipiscence. En réfléchissant, en scrutant son for intérieur, il
l'econiiaît parfois son tort. Mais un peuple revient rarement sur ses crimes nationaux ; il cherche et il trouve des arguments et des prétextes pour défendre son passé et son présent; il lui faut des siècles d'expiation 'pour lui faire reconnaître ses erreurs, pour lui faire changer de voie et de système.
C'est ce qui est arrivé à la nation juive.
Voilà bientôt dix-huit siècles que ce peuple est dispersé parmi toutes les nations, comme Moïse le lui a prédit, par trois fois, avec tous les détails delà misère et de l'abjection.
Depuis plus de douze cents ans (depuis le sixième siècle jusqu'à 89), ce peuple est martyrisé par toutes les nations, valant moins que lui, et traité comme un être hors la loi, que l'on peut voler, piller, détrousser, injurier, assassiner à merci, impunément.
Bien des fois des penseurs de ce peuple, abreuvés de douleurs, abîmés de martyres, se sont demandé : Pourquoi sur nos têtes seules tous ces malheurs ? Qu'avons-nous fait
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pour être Je bouc émissaire de toute l'humanité? N'avons-nous pas un corps et une âme comme nos bourreaux ? Ne naissonsnous pas, ne mourrons-nous pas nus comme eux? Ne sommes-nous pas intelligents, sensibles, raisonnables comme eux ? Dieu at-il posé sur nos fronts un signe d'esclavage, a-t-il gravé le sceau du malheur sur notre poitrine, sommes-nous disgraciés par la nature? Ne sommes-nous pas en tout les égaux de nos oppresseurs, partageant avec eux les qualités et les défauts de la nature humaine? Pourquoi donc sommes-nous seuls persécutés, injuriés, vilipendés, exposés à toutes les injustices des méchants, abandonnés à tous les sots, à tous les envieux, à tous les scélérats du fanatisme, à tous les malfaiteurs des nations barbares et demi-barbares,
A cela les chrétiens d'avant 89 ont répondu et répondent encore aujourd'hui : « C'est que vous avez crucifié Notre-Seigneur Dieu Jésus-Christ. »
LE TALMUD ET l'ÉVAXGILE 45
Réijonse à La fois odieuse et hypocrite ! Il ne m'appartient pas de discuter la divinité de Jésus, mais de toute manière la l'éponse ne supporte pas cinq minutes de réflexion et de critique.
Si Jésus est Dieu, s'il s'est fait homme pour être crucifié, afin de racheter l'humanité, les Juifs qui l'ont crucifié n'étaient que ses fidèles instruments. Loin de punir leurs descendants, les chrétiens devraient leur décerner des récompenses, pour avoir obéi à la voix de Dieu, afin de contribuer au rachat de l'humanité, pour laquelle il a souffert avec amour, avec passion !
Si Jésus n'est pas Dieu, les Juifs qui l'ont crucifié ont certainement commis un crime horrible, un crime de lèse-humanité, mais qui n'a nullement besoin de dix-huit siècles d'expiation. Il y a plus. Dans le cas même que ce crime eût exigé des victimes expiatoii^es, il eût dû s'arrêter du moment que les vaincus, à leur tour, sontdevenus des vainqueurs.
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Or, c'est juste le contraire qui est arrivé.
Non-seulement les Juifs n'ont été poursuivis que du moment de l'avènement du christianisme officiel , mais encore ce même christianisme, pour devenir une religion, a officiellement abandonné la doctrine du crucifie pour adopter celle des crucifi,cateurs, le dogme chrétien n'étant autre, comme nous l'avons prouvé, que le dogme des Talmudistes pharisiens, avec la seule différence, qu'au lieu du Seigneur {béni soit-il) ils ont mis Jésus, et en changeant Vunitè en trinité. Les noms sont changés, mais les principes sont les mêmes avec toutes les conséquences sociales.
La mort de Jésus n'est donc pas et ne saurait être la cause de l'annihilissement du peuple juif pendant des siècles. Il faut clierclier ailleurs !
Car il ne suffit pas de rechercher les causes des malheurs d'Israël durant des siècles, il faut encore approfondir celles de sa durée et
de son ineœterminahilîté. Tant d'autres nations ont disparu avec leurs antiques religions. Toutes ont accepté la foi du vainqueur, en prenant part au banquet clé la vie. Seule, la nation juive présente un double phénomène historique.
Elle n'accepte nulle part la foi du vainqueur .
Elle ne peut pas mourir.
Elle aime mieux vivre misérablement, en gardant sa foi vaincue, que de vivre glorieusement, en acceptant la religion dominatrice.
Quelques chrétiens, sentant cette objection, ont dit qu'il fallait qu'il y eût toujours des Juifs pour rendre témoignage au christianisme. Vraiment ! C'est se contenter de peu. Si le christianisme n'avait pas d'autre témoignage que l'existence des Juifs, il n'y aurait pas là de quoi s'enorgueillir.
Les rabbins à leur tour, les modernes comme les anciens, prétendent que, possé-