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dant à eux seuls ]a vérité, — l'unité de Dieu, — que, dépositaires de cette vérité, ils doivent rester jusqu'à ce que les peuples l'aient reconnue.
Mais ces mêmes rabbins, au nom même de cette unité, professent absolument les mêmes principes que leurs persécuteurs.
Destinée de l'homme, la grâce plus ou moins réconciliée avec le libre arbitre, la prescience de Dieu, le pardon du mal par l'aumône ou la prière, après repentir et confession. Il n'y a pas un zest de divergence entre un talmudiste le plus orthodoxe, et le jésuite le plus retors. C'est que l'un prêche au nom de Jéhovah Un, l'autre le prône au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Dans les détails il y a quelques nuances.
L'un ordonne la circoncision, l'autre le baptême; l'un n'exige pas la confession auriculaire et il défend de manger du lièvre et de la viande de porc, mais, tous deux, sur la loi fondamentale de la religion, professent
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absolument les mêmes principes. Même doctrine sur Dieu, sur sa toute-puissance, sa prescience, sa mcanière de s'interrompre et de faire des miracles. Mêmes principes sur l'enfer, le paradis, le purgatoire, l'immortalité, la résurrection et le dernier jugement. Mêmes principes, absolument les mêmes, sur la récompense du bien et le cbâUment du mal, sur le juste malheureux et le méchant heureux. Les philosophes juifs depuis Job jusqu'à Spinoza exclusivement — ce dernier rompant en visière aux arguties scolastiques — traitent comme tous les penseurs chrétiens les mêmes sujets, posent les mêmes problèmes et les résolvent de même.
Nul d'entre eux n'est parvenu un moment seulement à concorder la prescience avec le libre arbitre, la grâce avec la justice, la destinée avec la volonté, tous rongent l'os de Job et y ébrôchent leurs dents. Tous accordent que Dieu peut annihiler les suites "l'une action humaine par le pardon, qu'il
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peut faire qu'une chose faite ne le soit plus, qu'il aurait pu, par conséquent, créer l'homme autrement qu'il est, qu'il a mieux aimé le créer imparfait et pécheur, pour pouvoir lui pardonner ces péchés; que si Dieu voulait, l'homme ne pécherait pas du tout. Tous enfin conviennent que Dieu suspend ses lois de temps à autre pour gouverner par des miracles. Et si par hasard quelqu'un, juif ou chrétien, ose relever ces contradictions, ces axiomes qui s'excluent d'eux-mêmes, il est déclaré athée, hérétique, mis au ban de la société, aussi bien par les rabbins que par les muphtis et les évêques.
Quelle était donc la mission des Juifs après la venue du christianisme ? Quelle vérité particulière avaient-ils à conserver? Pourquoi ont-ils toujours vécu et pourquoi ne sont-ils pas morts une fois pour toutes ?
Voilà les questions très-graves que nous allons examiner et qu'on ne saurait examiner avec fruit, sans quitter toutes les
ornières rebattues et bourbeuses, dans lesquelles ont roulé depuis dix-liuit siècles, juifs, chrétiens et musulmans?
Les nations, dit Tacite, périssent quand leur raison d'être a disparu, quand le principe en vertu duquel elles se sont élevées n'existe plus, ou a été renié par elles.
Voyons quelle a été la raison d'être de la nation juive.
Rien de plus facile à trouver. Cette raison d'être. Moïse l'a énoncée plus de dix fois, en y ajoutant, comme Tacite, que le peuple tombera dans l'esclavage, disparaîtra même, dès lors qu'il l'oubliera, la violera ou la méconnaîtra.
Au milieu de plusieurs peuples idolâtres et par conséquent matériels, barbares et ne pratiquant que le droit du plus fort, — car les hommes agissent toujours les uns envers les autres d'après l'idée plus on moins juste qu'ils ont de Dieu, — Abraham, au risque d'être brûlé vif, proclama un Être suprême
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et juste, rég-alité des créatures devant le Créateur et l'amour du prochain. Soit qu'il eût reçu cette croyance d'un autre, soit qu'elle fùtle résullat de son génie, toujours est-il que lui, le premier dans l'histoire connue et recueillie par des hommes, a fondé une tribu, reniant les idoles, reconnaissant un Dieu idéal et proclamant en son nom la justice contre le droit du plus fort. Abraham luimême risque sa vie pour venir au secours de son ami Malkizedeck, et refuse, après la victoire, d'accepter une récompense quelconque, pas même un cordon de soulier.
(Genèse, chap. xiv, v. 23). Il était de son devoir de compromettre fortune et vie, pour empêcher une injustice faite à son pro chain.
Le premier acte d'Abraham, la première conséquence de son principe fut l'abolition des sacrifices humains. 11 était d'usage, chez tous les peuples de son temps, de sacrifier les enfants les plus chers, dans le but
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d'apaiser la colère des dieux. Naturellement. Leurs dieux étaient des forces plus ou moins supérieures, et toujours la force inférieure était sacrifiée à la force supérieure. De justice, pas une trace. La terre existait pour la plante, la plante était dévorée par l'animal, l'homme sacrifiait l'animal ; à son tour, il devait être sacrifié à une force supérieure, qui, elle aussi, subissait le bon plaisir d'un Jupiter plus fort que les forts. Abraham, proclamant un Dieu juste, ne pouvait pas admettre un usage si barbare. De là l'histoire du sacrifice d'Isaac, auquel, au nom de Dieu, il substitue un bélier. Légende ou non, c'est le premier pas de fait vers l'abolition du sacrifice humain, que Moïse plus tard, défend sous peine de mort.
Mais, comme rien n'est plus dangereux que de heurter de front, au milieu des peuples fanatiques, un usage religieux ; que rien n'est plus difficile que de l'exiirper, Abraham se ût ordonner ou ordonna, au nom de son Dieu,
la circoncision, qui est un sacrifice de minimum de sang humain; aussi l'appelle-t-il un pacie avec Dieu. Il n'immola pas Isaac à l'Être suprême, mais il le circoncit, et par 3e pacte de sang, il le voua à Dieu.
Tout ce qu'on a dit sur la circoncision comme hygiène n'est que de la niaiserie scientifique. Si Dieu avait voulu que l'homme fût circoncis, il l'eût créé dans cet état de santé et de pureté. Ne l'ayant pas fait, il n'y a rien de plus ahsurde que de vouloir être plus prudent que la nature et meilleur créateur que Dieu lui-même. Les dangers qui suivent de près les jouissances du corps sont autant d'anges gardiens, avertissant l'homme d'user de tout avec modération et tempérance. Toute douleur dit à l'homme qu'il s'est fourvoyé, qu'il est temps de s'arrêter dans la mauvaise voie. Les douleurs héritées sont une conséquence de la solidarité des êtres, qui a toujours existé et qui existera toujours.
Le Dieu de Moïse, comme nous l'avons prouvé clans sa loi fondamentale, n'est pas tout à fait le Dieu d'Abraham. Entre Èlohim et Jéhovali il y a tout un système philosophique. Élohim, c'est la force suprême; Jéhovah, c'est l'Être qui n'a jamais changé ni ne changera jamais, qui fut ce qu'il sera. , Dans tous les êtres créés, dit Platon, il y a un non-être latent qui va devenir. Ce que Platon explique dans plusieurs pages, Moïse l'énonce dans un mot.
En vertu de ce principe, Dieu, selon Moïse, représente l'éternelle loi qui jamais ne ploie devant aucune considération. L'homme, à son tour, représente la liberté, tenant en sa main son bonheur et sou malheur.
En vertu encore de ce principe, toutes les créatures jaillies de la même loi, sont égales devant elle et solidaires les unes des autres.
En vertu de ce principe enfin, le faible n'existe plus pour être sacrifié au fort ; le fort, au contraire, existe pour faire son
devoir envers le faible, car Dieu lui-même, par son essence et la création, représente le Devoir. La créature doit en tout imiter le Créateur, s'élever vers lui par la pureté, la sainteté, parle devoir acccompli envers le prochain et les existences à côté et au-dessous d'elle.
Voilà donc la raison tVêtre du peuple de Moïse. Tu dois, lui dit-il, servir de modèle aux autres nations, dont les lois antiralionnelles sont basées sur la tyrannie et la force brutale. Tu dois rester un peuple de raison pure. Du jour que tu oublieras la raison, en vertu de laquelle Jéhovah t'a élu ; du jour que tu ressembleras aux peuples idolâtres dont les dieux, faits des mains d'homme, sont aussi injustes que les mortels, tu deviendras la proie des nations plus fortes que toi, tu tomberas clans l'esclavage, tu disparaîtras parmi elles.
Etant la nation k moins nombreuse, la moins considérable pari-antiquité et la force,
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tu n'existes et In ne seras sui^érieure aux autres, que par la loi basée sur la raison divine. En d'autres termes, je te donne la Qualité, l'élection, car je te donne la Vérité. Dès qu'entre tes mains cette qualité disparaît partes vices et tes crimes, tu ne seras plus qu'une seule et imperceptible Quantité. Plus tard Jésus a l'epété la même chose à ses apôtres en les appelant le sel de la terre.
Je n'ai pas besoin d'énumérer encore les causes de la cliute du premier temple. Sous les Juges seulement, le principe vital en fut l'especté. L'idolâtrie avec toutes les barbai^es à la suite, envahit les deux royaumes d'Israël et de Juda. Tous deux disparurent sous la main puissante des rois babyloniens, tous deux devinrent un sujet d'abjection et de l'isée. Étant tombé de plus haut, Israël roula •^ien plus bas que d'autres peuples vaincus par la force. Il se piquait d'être toujours le Peuple élu, oubliant qu'il n'était plus élu, dès qu'il n'observait plus la loi fon-
damentale de Moïse. Cette prétention d'élection lui a valu des enneiïiis irréconciliables, et ajuste titre. On n'est élu que par ses vertus et ses devoirs accomplis, jaiaais par l'exigeance des droits imaginaires. Israël depuis longtemps n'avait plus que les vices de ses vainqueurs.
Dans son malheur, Israël reconnut cette vérité. 11 revint sur lui-même. Il eut le temps de réfléchir et d'étudier la loi de Moïse. Babylone, ivre de sang, tomba pour ne plus jamais se relever, comme le lui avait prédit le plus grand disciple de Moïse, le grand Isaïe. Quelques véritables grands hommes surgirent de nouveau de son sein, tels que Daniel, Néhémie, Zorobabel, Esra.
Ses malheurs, Israël les a dûs, il les doit et il les devra toujours à ses princes el à ses enrichis. Son salut ne lui vient que par ses poètes et ses savants, qu'il a toujours méprisés durant le temps de sa prospérité.
Les Perses venaient d'établir leur règne
sur les ruines de Babylone. Parmi eux il y avait quelques rois pliilosoplies recherchant les penseurs juifs. Des juifs furent appelés à la cour et revêtus de dignités royales. Un roi perse permit enfin aux Israélites de relever le temple de Jérusalem. Les juifs enrichis restèrent en Perse, mais les savants, les pauvres et les artisans retournèrent à Jérusalem où, après des tribulations sans nombre, ils proclamèrent de nouveau la loi (îe Moïse.
Mais parmi les juifs revenus de la Perse, Il y avait une secte qui, de ce pays, avait rapporté la doctrine mazdéenne de la fatalité. Ce fut là l'origine des Pharisiens. La fatalité en effet est le principe fondamental des Pharisiens. Seulement ils l'ont appelée :
S'râce ou prédestination.
La fatalité, étant un principe tout à fait apposé à la doctrine fondamentale de Moïse, qui met le bonheur et le malheur dans l'action libre de l'homme, force fut à cette sect»
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dès qu'elle devint maîtresse du pouvoir, d'adultérer la doctrine sacrée, soit en falsifiant les textes, soit en les expliquant à sa guise, soit même en les supprimant tout à fait.
La fatalité traîne à sa suite d'autres erreurs sociales bien plus calamiteuses.
Dès que l'homme attend tout de la divinité, non par ses lois naturelles, mais parla grâce et la puissance de suspendre ces lois — des miracles — il cherclie à la corrompre par des flatteries, par des sacrifices, par des prières sans fin.
De même que les tyrans humains n'aimeni que de bas solliciteurs, de même les dévots ne demandent à leur Dieu que des biens matériels, la santé, la fortune et les dignités, le tout pour glorifier le Seigneur comme le courtisan qui, à l'entendre, ne se gorge de richesses que pour faire resplendir la magnanimité de son maître.
Dès lors plus de devoirs envers le prochain.
L'essentiel c'est de plaire à Dieu, Il n'y a
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même pas d'aiifre procliain pour lo dévot que celui qui liurle avec lui et partage avec lui les dépouilles divines, prises sur des mortels plus faibles. Tout opposant est un athée, un rebelle qu'il faut exterminer. A défaut de le tuer, il faut du moins, sous prétexte qu'il est damné et qu'il n'entre pas au ciel, l'exclure de tous les droits de la terre. Quant à ce ciel, ce sont les initiés, les chambellans de Dieu qui seuls en possèdent la clef. Eux seuls admettent les élus et refusent les réprouvés, la proie de l'enfer et du purgatoire. L'Autre n'en sortira jamais.
Seulement à force de les prier, à force de soumission, on peut obtenir d'eux que ces réprouvés, après avoir beaucoup souffert, remontent et soient reçus à merci. Eux seuls Vrais serviteurs de Dieu, sont Jes maîtres des vivants et des morts. En vertu de quel droit? En vertu de la grâce de Dieu et de la prédestination, en vertu du droit divin. Il se peut que le déshérité des biens de la terre
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pourvu qu'il soit bien soumis, ou bien repen-
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tant, reçoive une compensation au ciel, mais
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Il estprédestiné. Tout ici-bas est arrangé,
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Dieu l'a inspiré pour le bien. S'il fait le mal, c'est que Dieu s'est détourné de lui. D'au-
cuns admettent une espèce de dieu inférieur
pour le mal, un Satan, un diable. Le vrai
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Dieu, d' ailleurs, sait d'avance si l'homme le
quitte pour suivre le diable. Seulement dans