AARON, NADAB, ARZANE
ARZANE, à Nadab.
Ma présence est ici sans doute inattendue ; Mais pardonnez, Nadab, si la fille des rois Demande à vous parler pour la dernière fois. On dit que dans ces lieux, écoutant votre père, Recevant ses conseils, cédant à sa colère. Vous allez par ma mort noblement consentir Au pardon qu'on promet à votre repentir. Voilà ce que Dathan s'est hâté de m'apprendra. A des reproches vains je ne sais point descendre ; Je dédaigne la vie, et je viens seulement Entendre mon arrêt, subir mon jugement.
NADAB
Arzane !
AARON
Quelle femme insolente et rebelle Ose mêler sa voix à la voix paternelle? Du sang et du devoir respecte le lien. Mon fils.
ARZANE
Nadab, aussi ne me devez-vous rien?
Moi, des rois d'Amalec et la veuve et la fille. Je vous livrais mes dieux, mon peuple et ma famille. Fallait-il, puisqu'enfin vous vouliez m'immoler. Par des aveux trompeurs chercher à me troubler, A ternir sur mon front l'éclat du diadème?
NADAB
Soupçonner mon amour! j'en appelle à vous-même:
se
Que diriez-vous, Arzane, en cet affreux moment, Si je vous accusais de me tromper?
ARZANE, surprise et troublée.
Comment !
Qui? moi?
AARON, à Nadab.
N'en doute pas, c'est le ciel qui t'inspire. A perdre les Hébreux cette étrangère aspire, Sans partager ta flamme. Altier, dur et moqueur, Son regard a trahi le secret de son cœur. Elle te hait, Nadab, comme elle hait ta race. Aussitôt qu'à tes yeux elle aura trouvé grâce, Tu la verras, quittant un langage suspect, Redevenir pour toi la veuve d'Amalec.
Tes fils, dignes enfants de cette digne mère, Sortiront de son sein en maudissant leur père ; Et peut-être, effaçant le crime de Gain, Ils lèveront sur toi leur parricide main.
ARZANE, à part.
Ne laissons pas la haine altérer mon visage.
(Haut.) Le ciel lit mieux au fond de ce cœur qu'on outrage.
NADAB
Aaron aurait-il dit la triste vérité?
ARZANE
Que son reproche, hélas! n'était-il mérité! Je m'égare...
NADAB
Achevez !
ARZANE
Un dieu qui m'humilie Me force à révéler ma honte et ma folie. Cruel, quand, sans remords, tu manques à ta foi...
AARON, l'inte rompant.
Nadab, crains des aveux qui ne trompent que toi.
ARZANE
Jusqu'au fond du tombeau bénissant ta mémoire...
AARON, l'interompant.
Regarde-la, mon fils, pour cesser de la croire.
ARZANE
Je ne regretterai, dans le sombre séjour,
Que de ne pouvoir plus t'exprimer mon amour.
NADAB
Aveu délicieux ! douce et divine flamme.
Qui pénètre et descend dans le fond de mon âme !
Qu'est-ce que l'univers au prix d'un tel bonheur?
Et qu'importent Moïse et toute sa grandeur, Et les desseins du ciel et le sort de la terre? Nadab, sûr d'être aimé, redevient téméraire.
AARON
Quel basphème est sorti de ta bouche, ô Nadab !
(Arzane s'incline aux pieds d'Aaron ; Aaron la repousse.) Fuis, exécrable enfant de Loth et de Moab, Et reçois, pour présent de l'hymen qui s'apprête, La malédiction dont je frappe ta tête.
(Arzane se relève.)
NADAB, égaré tout le reste de la scène.
(Arzane le prend par la main.) Femme, as-tu disparu? Ta main brûle ma main.
ARZANE
Des tentes d'Israël c'est ici le chemin.
AARON
N'engage pas mon fils dans le sentier du crime.
NADAB
Arzane! suis mes pas... Évite cette abîmé. J'entends gronder la foudre, et la terre a tremblé.
AARON
Malheureux, par l'enfer ton esprit est troublé.
NADAB
Silence!... c'est sa voix ; c'est la voix de Moïse.
AARON
II te montre la terre à tes aïeux promise.
NADAB
Il fait rouler du Nil les flots ensanglantés ; L'ange pâle des morts se tient à ses côtés ; Le feu du ciel descend sur ma tête profane.
AARON
Demeure avec Aaron.
NADAB
Il a maudit Arzane !
AARON
Il bénira Nadab.
Rejeté loin du port, D 'Arzane désormais je partage le sort.
AARON
Ne revendique point l'anathème d'un père. J'anéantis l'arrêt lancé dans ma colère. S'il atteint jusqu'à toi.
NADAB
Vous ne le pouvez plus ; Par le Dieu paternel vos vœux sont entendus. (Il suit Arzane.)
Astarté, qu'à tes chants notre union s'achève. Marchons ; l'autel est prêt et l'aurore se lève.
AARON
Arrête I
Il est trop tard.
AARON
Viens.
NADAB
Je suis entraîné.
AARON
Dieu te pardonnera.
NADAB
Vous m'avez condamné.
AARON, à Marie, qui s'avance à la tête des chœurs. Ma sœur, secourez-moi ! Priez tous ! Au prophète Pour racheter mon fils, je vais offrir ma tête.