‹ Molière, 1622-1673Chapitre 133 sur 223 · ÉRASTE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

ÉRASTE, GROS-RENÉ

ÉRASTE Encore rebuté ?

GROS-RENÉ

Jamais ambassadeur ne fut moins écouté ;

A peine ai-je voulu lui porter la nouvelle

Du moment d'entretien que vous souhaitiez d'elle.

Qu'elle m'a répondu, tenant son quant-à-moi :

« Va, va. je fais état de lui comme de toi ;

Dis-lui qu'il se promène » ; et, sur ce beau langage,

Pour suivre son chemin m'a tourné le visage.

Et Marinette aussi, d'un dédaigneux museau,

Lâchant un : « Laissez-nous, beau valet de carreau »,

M'a planté là comme elle, et mon sort et le vôtre

N'ont rien à se pouvoir reprocher l'un à l'autre.

L'ingrate ! recevoir avec tant de fierté Le prompt retour d'un cœur justement emporté 1 Quoi ! le premier transport d'un amour qu'on abuse Sous tant de vraisemblance est indigne d'excuse? Et ma plus vive ardeur, en ce moment fatal. Devait être insensible au bonheur d'un rival? Tout autre n'eût pas fait même chose en ma place, Et se fût moins laissé surprendre à tant d'audace? De mes justes soupçons suis-je sorti trop tard? Je n'ai point attendu de serments de sa part; Et, lorsque tout le monde encor ne sait qu'en croire, Ce cœur impatient lui rend toute sa gloire :

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