‹ Molière, 1622-1673Chapitre 134 sur 223 · ACTE QUATRIEME SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME SCÈNE DEUXIÈME

Il cherche à s'excuser, et le sien voit si peu Dans ce profond respect la grandeur de mon feu ! Loin d'assurer une âme, et lui fournir des armes Contre ce qu'un rival lui veut donner d'alarmes. L'ingrate m'abandonne à mon jaloux transport. Et rejette de moi message, écrit, abord ! Ha ! sans doute, un amour a peu de violence, Qu'est capable d'éteindre une si faible offense; Et ce dépit si prompt à s'armer de rigueur Découvre assez pour moi tout le fond de son cœur. Et de quel prix doit être à présent à mon âme Tout ce dont son caprice a pu flatter ma flamme I Non, je ne prétends plus demeurer engagé Pour un cœur où je vois le peu de part que j'ai ; Et puisque l'on témoigne une froideur extrême A conserver les gens, je veux faire de même.

GROS-RENÉ

Et moi de même aussi. Soyons tous deux fâchés. Et mettons notre amour au rang des vieux péchés. Il faut apprendre à vivre à ce sexe volage. Et lui faire sentir que l'on a du courage. Qui souffre ses mépris les veut bien recevoir : Si nous avions l'esprit de nous faire valoir. Les femmes n'auraient pas la parole si haute. Oh ! qu'elles nous sont bien fières par notre faute ! Je veux être pendu, si nous ne les verrions Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions. Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes.

ÉRASTE

Pour moi, sur toute chose un mépris me surprend ;

Et, pour punir le sien par un autre aussi grand,

Je veux mettre en mon cœur une nouvelle flamme.

GROS-RENÉ

Et moi, je ne veux plus m'embarrasser de femme ;

A toutes je renonce, et crois, en bonne foi,

Que vous feriez fort bien de faire comme moi.

Car, voyez-vous, la femme est, comme on dit, mon

Un certain animal difficile à connaître, [maître.

Et de qui la nature est fort encline au mal :

Et comme un animal est toujours animal.

Et ne sera jamais qu'animal, quand sa vie

Durerait cent mille ans, aussi, sans repartie,

La femme est toujours femme, et jamais ne sera

Que femme, tant qu'entier le monde durera.

D'où vient qu'un certain Grec dit que sa tête passe

Pour un sable mouvant : car, goûtez bien, de grâce.

Ce raisonnement-ci, lequel est des plus forts :

Ainsi que la tête est comme le chef du corps.

Et que le corps sans chef est pire qu'une bête.

Si le chef n'est pas bien d'accord avec la tête.

Que tout ne soit pas bien réglé par ses compas,

Nous voyons arriver de certains embarras :

La partie brutale alors veut prendre empire

Dessus la sensitive, et l'on voit que l'un tire

A dia, l'autre à hurhaut ; l'un demande du mou,

L'autre du dur ; enfin tout va sans savoir où :

Pour montrer qu'ici-bas, ainsi qu'on l'interprète,

La tête d'une femme est comme une girouette

Au haut d'une maison, qui tourne au premier vent.

C'est pourquoi le cousin Aristote souvent

La compare à la mer ; d'où vient qu'on dit qu'au monde

On ne peut rien trouver de si stable que l'onde.

Or, par comparaison (car la comparaison

Nous fait distinctement comprendre une raison,

Et nous aimons bien mieux, nous autres gens d'étude.

Une comparaison qu'une similitude).

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