‹ Molière, 1622-1673Chapitre 137 sur 223 · ACTE aUATRIÈME. SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE aUATRIÈME. SCÈNE TROISIÈME

Et qu'affranchi d'un joug qui faisait tout mon bien.

Il faudra se résoudre à n'aimer jamais rien.

Mais enfin, il n'importe; et puisque votre haine

Chasse un cœur tant de fois que l'amour vous ramène,

C'est la dernière ici des importunités

Que vous aurez jamais de mes vœux rebutés.

LUCILE

Vous pouvez faire aux miens la grâce tout entière. Monsieur, et m'épargner encor cette dernière.

Hé bien! Madame, hé bien! ils seront satisfaits ; Je romps avecque vous, et j'y romps pour jamais. Puisque vous le voulez. Que je perde la vie, Lorsque de vous parler je reprendrai l'envie.

LUCILE Tant mieux; c'est m'obliger.

ÉRASTE

Non, non; n'ayez pas peur Que je fausse parole; eussé-je un faible cœur Jusques à n'en pouvoir effacer votre image, Croyez que vous n'aurez jamais cet avantage De me voir revenir.

LUCILE

Ce serait bien en vain.

ÉRASTE

Moi-même de cent coups je percerais mon sein. Si j'avais jamais fait cette bassesse insigne De vous revoir après ce traitement indigne.

LUCILE Soit ; n'en parlons donc plus.

ÉRASTE

Oui, oui, n'en parlons plus; Et pour trancher ici tous propos superflus, Et vous donner, ingrate, une preuve certaine Que je veux sans retour sortir de votre chaîne. Je ne veux rien garder qui puisse retracer Ce que de mon esprit il me faut efîacer. Voici votre portrait : il présente à la vue Cent charmes merveilleux dont vous êtes pourvue : Mais il cache sous eux cent défauts aussi grands, Et c'est un imposteur enfin que je vous rends.

Boni

LUCILE

Et moi, pour vous suivre au dessein de tout rendre, Voilà le diamant que vous m'aviez fait prendre.

MARINETTE Fort bien !

ÉRASTE

Il est à vous encor ce bracelet.

LUCILE Et cette agathe à vous, qu'on fit mettre en cachet.

ÉRASTE lit.

Vous m'aimez d'une amour extrême, Éraste, et de mon cœur voulez être éclairci :

Si je n'aime Eraste de même, Au moins aimé-je fort qu'Éraste m'aime ainsi.

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