GROS-RENÉ, MARINETTE, ÉRASTE
MARINETTE
Je viens vous avertir que tantôt, sur le soir, Ma maîtresse au jardin vous permet de la voir.
ÉRASTE
Oses-tu me parler, âme double et traîtresse ? Va, sors de ma présence, et dis à ta maîtresse Qu'avecque ses écrits elle me laisse en paix, Et que voilà l'état, infâme, que j'en fais.
(Il déchire la lettre.)
Gros-René, dis-moi donc quelle mouche le pique.
GROS-RENÉ
M'oses-tu bien encor parler ? femelle inique.
Crocodile trompeur, de qui le cœur félon
Est pire qu'un satrape ou bien qu'un Lestrigon !
Va, va rendre réponse à ta bonne maîtresse,
Et lui dis bien et beau que, malgré sa souplesse,
Nous ne sommes plus sots, ni mon maître ni moi^
Et désormais qu'elle aille au diable avecque toi.
MARINETTE, seule.
Ma pauvre Marinette, est-tu bien éveillée ? De quel démon est donc leur âme travaillée ? Quoi ! faire un tel accueil à nos soins obligeants ! Oh ! que ceci chez nous va surprendre les gens !