‹ Molière, 1622-1673Chapitre 96 sur 223 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ASCAGNE, FROSINE

FROSINE

Ascagne, je suis fille à secret, Dieu merci.

ASCAGNE

Mais pour un tel discours sommes -nous bien ici ? Prenons garde qu'aucun ne nous vienne surprendre, Ou que de quelque endroit on ne nous puisse entendre.

FROSINE

Nous serions au logis beaucoup moins sûrement :

Ici de tous côtés on découvre aisément,

Et nous pouvons parler avec toute assurance.

ASCAGNE

Hélas ! que j'ai de peine à rompre mon silence !

FROSINE

Ouais ! ceci doit être un important secret ?

ASCAGNE

Trop, puisque je le fie à vous-même à regret. Et que, si je pouvais le cacher davantage, Vous ne le sauriez point.

FROSINE

Ha ! c'est me faire outrage,.

Feindre à s'ouvrir à moi, dont vous avez connu Dans tous vos intérêts l'esprit si retenu ! Moi nourrie avec vous, et qui tiens sous silence Des choses qui vous sont de si grande importance ! Qui sais...

ASCAGNE

Oui, vous savez la secrète raison Qui cache aux yeux de tous mon sexe et ma maison ;. Vous savez que dans celle où passa mon bas âge Je suis pour y pouvoir retenir l'héritage Que relâchait ailleurs le jeune Ascagne mort, Dont mon déguisement fait revivre le sort ; Et c'est aussi pourquoi ma bouche se dispense A vous ouvrir mon cœur avec plus d'assurance. Mais avant que passer, Frosine, à ce discours, Eclaircissez un doute où je tombe toujours : Se pourrait-il qu'Albert ne sût rien du mystère Qui masque ainsi mon sexe et l'a rendu mon père ?

FROSINE

En bonne foi, ce point sur quoi vous me pressez Est une affaire aussi qui m'embarrasse assez : Le fond de cette intrigue est pour moi lettre close^ Et ma mère ne put m'éclaircir mieUx la chose.

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